La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

dimanche 7 février 2010




au hasard des routes...


Encore une fois, le choix de mes installations avait du se faire sans réelle intention, dans une marche en traversant un parc et puis, sur une grève pratiquement déserte. On y trouve une spirale en aiguille de pin et une petite partie d'une série de lettres que j'ai continuée de réaliser pendant des semaines en variant les lieux d'installation et les matériaux utilisés, ici par exemple, des algues.Tout ceci est du passé. Il reste des traces dans ma mémoire, parfois rien, et pour vous, des photos. Pourquoi ne pas les montrer. Ce matin j'étais à l'ouvrage, sur les docks, dans le froid mais j'ai décidé de garder mes images pour plus tard. Qu'est-ce que ça change, aujourd'hui ou demain. Le plus important reste l'envie de créer, malgré le vide, malgré l'indifférence des jours de ma vie qui défilent au compteur. Sans doute une raison de plus d'être au monde, d'exister dans cette fureur, cette course au profit. Je n'ai jamais bien compris ce qui me poussait à expérimenter une pareille vie d'artiste que j'avais d'ailleurs imaginée, être beaucoup plus courte. Comme quoi, on peut se tromper.


Roger Dautais



Imprégnation


on nait on vient
dans le sens de la douleur
mais au fond ça passe
ça fait ce que ça peut
dans le vif

de ça on parle
comme si on avait le temps
une idée solide
comme si le besoin de traces
était l'objet du désir

on écrit
pour que ça change
que ça devienne
trame d'ombre de lumière
et quoi d'autre que la vie ?


Claude Held


LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

vendredi 5 février 2010






à l'inconnu de Merville
...




Je marche sur cette immense plage en direction de Cabourg. Je suis la trace d'un sulki, les pas du cheval, les deux traits parallèles des roues qui s'enfoncent à peine dans le sable me font pense que le jockey doit être vraiment léger. Au plus loin que porte ma vue, pas d'attelage, mais j'aperçois, au-delà de Cabourg, Deauville et Trouville. Plus à l'est et au large, le port du Havre. Il arrive dans cette baie de Seine de voir des super tanker, à la queue leu leu, s'approcher du terminal pétrolier d'Antifer. En me retournant, j'aperçois le Ferry de Ouistreham, à quai.
je me réjouis à l'avance de ce dur travail J'ai choisi cet endroit pour tracer une belle spirale et je me réjouis à l'avance de ce dur travail tant de fois répété, sans ressentir la moindre routine. Elles sont tellement différentes les unes des autres, tellement "vivantes". Aujourd'hui la lumière est particulièrement douce, avec cette qualité propre à la côte de Nâcre, qu'elle couvre d'or ce sillon creusé avec mon talon. Ne suis-je pas cheval et charrue dans cette entreprise... rêve de microsillon ou de disque d'or ?
Je suis aux trois quart du tracer, dix huitième tour...éviter de compter avant 10 à 12 tours...pour le moral. Une jeune femme s'approche de moi. Elle reste à une dizaine de mètres, sans parler. Regarde le geste lent du pied qui s'enfonce dans le sable et trace le sillon. Elle s'éloigne sans un mot.
Je termine le vingt quatrième tour, le plus long, environ 45 mètres. Un homme s'approche. Il me salue:

- Bonjour
- Bonjour
- Je vous ai reconnu
- ah ?
- Nous nous sommes rencontrés au pied des Vaches Noires, les falaises de Villerville ( non loin de Deauville) lors d'une sortie "fossiles". Vous vous souvenez ?
- De la sortie, il y a deux ou trois ans, oui, très bien, mais de vous, non.
- C'est bien ce que vous faites.
- Merci
- Vous habitez Hérouville.
- Quelle mémoire.
- Vous m'aviez donné une carte, vous êtes landartiste. Votre carte, je la vois tous les jours, je l'ai collée sur mon frigo pour ne pas oublier
- C'est vrai...et vous êtes allés sur internet
- Non, je n'ai pas internet et en plus, je n'en veux pas. Je quitte la France dans quelques temps, définitivement. Je me souviendrai de vous. Allez, au revoir.
- Au revoir et bon voyage.

L'homme s'est éloigné vers l'ouest de la plage puis a disparu dans les dunes. J'ai pris mes photos et je suis remonté vers les dunes. En quittant la plage j'ai écrit un dernier mot non loin des oyats qui avec le vent laissaient leur trace sur le sable.

Ces rencontres sont tellement diverses autour de mes spirales que je pense en faire encore quelques unes cette année.


Roger Dautais


LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

jeudi 4 février 2010



Points de vue...





Faudrait que se terminent au mouroir
Litanies, souffles et râles ostentatoires
Par où est venue cette vie à demi-écrémée
Qui n 'est que fluide étrange
Dans la bizarre épopée.


Avec le simulacre de la fuite
Le mot devient accoudoir


Au fil ininterrompu du ruisseau
Les genoux écaillés taisent
le passage des plaies d'été
Le soleil fait mine de disparaître
Pour luire à nouveau
Sans objection autre
Dans l'infini de ce qui nous conduit au monde.


Slaheddine Haddad,
poète contemporain, Tunisien

mercredi 3 février 2010





aux coureurs de grèves





Je m'étonne des vagues, si petites, du vent présent, ici, qui disperse ou rassemble la colonie de mouettes en partance. Je m'étonne du goût du sel sur mes lèvres gercées par le froid, de mes doigts rougis, engourdis. Je m'étonne de ces pierres si nombreuses, impossibles à compter. Je m'étonne de cette idée de cueillir des pierres comme des fruits. Je m'étonne de les assembler, aujourd'hui et de les empiler comme des petites pagodes reprenant des gestes mille fois répétés. Je m'étonne de mes pas, de leur trace dans la grève. Je m'étonne du soleil rouge basculant derrière la dune, annonçant une nuit encore plus froide.
Je m'étonne et pourtant, je suis bien en vie.
Alors, pourquoi ne pas continuer à s'étonner du monde.


Roger Dautais


Land art : Petits travaux de plage Côte de Nacre.Normandie 2 février 2010

Les textes et photos land art ne sont pas libres de droit.
Renseignements : roger.dautais@numericable.fr

mardi 2 février 2010



à Suminoto, fils du Soleil Levant
...





Ce n'était pas cette plage, ce n'était pas à cette saison, il y avait eu cette cavalcade de chevaux dans les vagues, puis leurs naseaux bouillants au dessus de nous. J'avais tracé une première spirale sous les yeux ébahis des deux vielles japonaise qui l'accompagnaient. Puis une deuxième en direction du soleil levant. Il m'avait observé, en silence, avant de commencer lui même à transporter de lourdes pierres qu'il allait chercher presque dans la mer pour les remonter à ma hauteur. Il avait aligné son installation, sur mes spirales et le soleil levant. J'avais tracé un cercle à Ana Mendieta puis planté en son centre, une branche de saule que je courbais et lestais d'une pierre, afin d'obtenir une courbe parfaite. Je lui avais raconté la vie de Mendieta, sa fin tragique. Il m'avait dit' qu'alors, elle était maintenant avec nous, dans ce cercle et qu'il ne pouvait, lui, y pénétrer, à cause de son caractère sacré. Tout s'était passé ainsi parce que je l'avais rencontré à Caen, et grâce Julien, un ami interprète ayant vécu 10 années au Japon, j'avais réussi à l'inviter sur une des plages où je travaillais souvent, pour réaliser une œuvre commune, dédiée au soleil levant.
Cet artiste qui pratiquait aussi le land art au Japon s'appelle Suminoto. Je me souviens avoir parlé de la poésie Japonaise avec lui. C'est un peu en son honneur que j'ai choisi ces quelques HaÎku

Roger Dautais



Faisant de la quiétude
mon seul compagnon –
solitude hivernale

Hashin


Dans le clair de lune glacé
de petites pierres
crissent sous les pas

Kyoshi


Avec pour seul chapeau la lune
Je voudrais tant partir!
Ciel du voyage.

Tagami Kikusha

dimanche 31 janvier 2010






Jeu de lettres, à terre
...*

aux effilocheurs de temps.




J'ai donné
à la terre
des mots
pour la nourrir.
La mémoire
est présente
l'instant d'une pensée.
Un bas brouillard
tire le rideau
vers le large.
Les premières pluies
lavent la neige
sur le sable.
Il me reste à jouer
la fin de la partie
avant la nuit.
Au large,
les ferries emportent
des bribes d'amitié.
La corne de brume
attire l'attention
des marins
restés à terre.
En mer,
la nuit sera
agitée
comme mes souvenirs.






* Lors d'une marche, j'ai trouvé un jeu de scrabble dans la nature. Je l'ai promené longtemps dans mon sac à dos et puis un jour, je l'ai utilisé dans de minuscules installations. J'ai fait ça pendant un bon moment, perdant des lettres de l'alphabet, les unes après les autres. je ne sais plus ce qu'est devenu ce jeu. Un souvenir, comme toute chose.


Roger Dautais

samedi 30 janvier 2010



Élargir l'horizon d'une marche sans rien oublier du monde...



En direction de la mer,
à la croisée des chemins bordés d'oyats qu'un vent cinglant et glacé, couche puis relève, trouver le point central d'une question.
Pourquoi ici ?
S'arrêter justement, là, attiré par le magnétisme de l'endroit.
Sur deux axes perpendiculaires, tracer douze pieds. Faire de même dans les espaces intercalaires.
Du bout de la canne ferrée, rejoindre les petites traces, dessiner une cercle le plus parfait possible. Creuser ce cercle au talon.
Se reculer et du haut d'une butte, le regarder inscrit dans ce paysage maritime.
Avoir envie de l'accompagner d'autres cercles, plus petits, en direction de la mer, puis reprendre la marche dans le froid et rejoindre la plage.
Choisir un endroit idéal et partir pour une heure trente de traçage d'une spirale offerte à la mer.



Roger Dautais

jeudi 28 janvier 2010





Flottaison d'été
...


Il arrive que la lecture d'un poème vienne colorer ma journée et se poser auprès d'humbles installations éphémère, depuis longtemps oubliées, pour mon plus grand plaisir. J'aime à vous le faire partager.



Ce n’est pas une affaire d’épaules
ni de biceps
que le fardeau du monde
Ceux qui viennent à le porter
sont souvent les plus frêles
Eux aussi sont sujets à la peur
au doute
au découragement
et en arrivent parfois à maudire
l’Idée ou le Rêve splendides
qui les ont exposés
au feu de la géhenne
Mais s’ils plient
ils ne rompent pas
et quand par malheur fréquent
on les coupe et mutile
ces roseaux humains
savent que leurs corps lardés
par la traîtrise
deviendront autant de flûtes
que des bergers de l’éveil emboucheront
pour capter
et convoyer jusqu’aux étoiles
la symphonie de la résistance.

Abdellatif Laäbi

Poète marocain né à Fez en 1942

mardi 26 janvier 2010




To the sea...



La mer commence à monter et le site choisi pour ma spirale reste problématique. Il faut faire attention à l'encerclement. La température est de zéro degré mais le vent de force 4 rend pénible ce genre de traçage car le froid tétanise les muscles de mes jambes. Le site représente un glacis orienté à l'est et je suis accompagné par un coucher de soleil, pendant tout mon travail. Le vent chargé de grains de sables me cingle le visage. En voilà au moins pour une heure et demi, car la configuration de la plage se présent sous la forme d'un glacis avec une pente à 15 degrés, sur la partie haute. Le sables est de densité inégale, souple mais très humide dans le bas de la spirale et plus sec dans le haut. Il est toujours très difficile d'obtenir un tracer régulier sur un terrain en pente et la partie " remontante" demande un vrai effort, mais je l'ai choisi pour la beauté du site et son côté sauvage. Le pied qui trace doit s'enfoncer comme un soc dans le sable, de manière régulière et pousser le sable du talon, tout en remontant la pente et en gardant le parallélisme du sillon. Un bel exercice de maîtrise acquise par de nombreuses années de pratique.
Je termine cette spirale, fatigué mais heureux d'avoir tenu jusqu'au bout, malgré le froid, malgré le vent et malgré mon âge. Le vent s'est emparé de mon travail et commence à recouvrir le recouvrir d'une poussière de sable blanc, comparable à de la neige. Dans une heure, elle sera probablement toute blanche. Je quitterai cette plage sans rencontrer âme qui vive, après avoir tracé dans le sable les mots habituels To the sea.
Après le vent, c'est bien la mer qui reviendra remettre tout en place, comme si je n'étais jamais passé par là, comme si je n'existais pas. Tout l'intérêt d'une telle pratique dans l'absolue gratuité du geste.



Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

lundi 25 janvier 2010



Expression de la liberté
...

J'ai créé cet ensemble cet après midi, sur une plage normande, en pensant à tous ces réfugiés Kurdes débarqués en France, dernièrement pour y tenter une autre vie.



Quand un enfant pleure, nous dit un oriental, sa mère comprend d'instinct s'il a faim, s'il a soif, s'il a froid ou s'il a mal. De la même manière, lorsqu'elle chante une berceuse pour endormir son enfant, elle souffle instinctivement l'esprit de l'amitié, de l'amour et de la beauté.

Nul doute que les petits enfants kurdes débarqués la nuit dernière clandestinement sur les côtes Corses, et il y en avait de très petits, auront entendu leur maman reprendre cette berceuse kurde traditionnelle dont voici un extrait:


.../ Je chante une berceuse pour mon enfant chéri
Pour que le vent du nord vienne caresser ses cheveux
Je chante une berceuse du fond de mon cœur
Pour que mon enfant s'endorme sur un oreiller de fleurs.
Ma berceuse est douce et son oreiller est fait de plumes d'oie
Une caravane joyeuse et pleine de couleurs arrive de loin.
Tu es venue pour assister à un mariage

Et donner un doux baiser à ta mère .../


Bienvenue et bonne chance à eux.

Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS


dimanche 24 janvier 2010





car les saisons n'ont rien effacé...



Sept cent
lieues
nous séparent
le rêve
nous
assemble
dans
le
gris
de l'hiver.

Tes cris
d'enfant
tes chants
joyeux
l'éclat
de ton
regard,
un tourbillon
de vie
anime
la maison.

Je pense
un jour
reprendre
le voyage,
traverser
la mer
aborder
sur l'île
retrouver
ton sourire
déposé,
là,
sur une
marelle
de sable.

J'aimerai
à nouveau
tes yeux
d'enfant,
ton rire
à cloche pied
tes cris
de joie
sur la marelle,
ta main
dans la
mienne,
rentrant à la maison.

Mais
sept cent
lieues
nous séparent.

Il faudrait,
ici,
raccommoder
les mots,
écrire
une musique
chanter
nos retrouvailles.

Mais
sept cent
lieues
nous séparent
depuis
si longtemps
que je suis
devenu
vieux.



Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

vendredi 22 janvier 2010




au-delà des murs, subsiste la mémoire...



Trois
ombres
deux bruits
un tour
pour rien

Ici
l'espace
se libère
entre
les
barreaux.

Le cri,
cette écriture
jetée
à la rue
s'écrase contre
les murs.

Il faudrait
la clé
tournée
à l'envers
pour ouvrir,
l'abcès
et décrocher
l'homme.

Il faudrait
courir
après l'absurde
et diner à sa table.

Il faudrait
quitter
l'enceinte
pour de bon.

Il faudrait
franchir
le chemin de ronde
le dernier mur,
et marcher
comme si
de rien n'était.

Il faudrait
retrouver son souffle,
oublier la peur
sous la lumière
jaune et blafarde.

Il faudrait
en arriver là,
dans chaque
rêve.

Mais trois ombres,
deux tours de clé
et puis le rien
qui s'installe,
Ici.

Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS




à Marie Claude...



Je marche depuis deux heures sur ce chantier d'autoroute et tout est déjà là. Pourtant, je vais me mettre à construire une installation, malgré l'orage qui devrait me faire songer à rentrer. Ce n'est pas les pierres, ni le vent, ni cette impression de chantier déserté, ni le temps que je vais consacrer à monter cet équilibre éphémère qui me fascine, mais, c'est de vivre le tout, l'instant unique, seul. C'est aussi de me sentir vivant par ce geste un jour de plus. Difficile d'imaginer qu'il faudra quitter tout ça, quitter la lumière du jour et ces longues marches, ces dialogues avec la pierre, ces extases devant la beauté de la nature, pour laisser la place aux suivants et pourtant, c'est la loi du genre. Carpe diem !




Signe après
signe
s'élèvent
les pierres
dans
l'espace
désigné
comme,
libre.

D'azur,
de bruit,
d'oubli
de désir,
le silence
se défait
se délie,
se dédit.

Maintenant
il est
debout
le rêve
et toi
tu viendras
le dévorer
de ta
bouche
rose.

Signe
après
signes
nous
aimerons
l'espace
qui
nous
étreint.
Le vent
s'envole
comme
le
souffle.
Il est
temps
de quitter
ce monde
qui
ne comprend rien

Roger Dautais

jeudi 21 janvier 2010





J'avais déposé l'empreinte de mon nom sur le sable
Avec toute mon âme et le fruit de ma pensée.

Revenu à marée haute pour la déchiffrer
Sur la grève, je ne vis plus que mon ineptie.

Gibran Khalil Gibran



Il fait froid. J'arrive sur la plage de Ouistreham vers 15h 30. La mer se retire depuis une heure et ne me laisse pas le choix du lieu où je vais tracer une spirale. C'est un peu un retour avec cette maudite blessure qui m'en empêchait depuis des semaines. Pourtant, c'est bien la lecture des quelques vers de Gibran Khalil Gibran qui m'a décidé à retrouver ces sables. La plage est vide, déserte. Je n'apporte rien, je n'emporterai rien et pourtant tout va se trouver changer sous mes yeux en à peine deux heures. Je crains après cette période d'arrêt de ne pas retrouver la maîtrise du geste, mais des les premiers pas, je me sens attiré par cette spirale que je me dois de dérouler au mieux. Les jambes tiennent bon. Les tendons d'achille, encore fragilisés par les blessures, me font ralentir la cadence. Il faut au moins avoir exécuté une vingtaine de tours avant d'éprouver cette sensation de grandeur et de beauté de la trace. Le vingt quatrième mesurera autour de 45 mètres. Alors je pourrai offrir mon travail à la mer qui; dès son retour, s'en emparera en moins de dix minutes.
Je viens de terminer quand le Ferry rejoignant l'Angleterre, passe dans le chenal parallèle à la grande plage. Personne sur le pont. Dans une demi heure, il aura disparu derrière l'horizon.


Roger Dautais

samedi 16 janvier 2010





Les règles du grand Jeu...





Tu as l'impression que ta vie peut s'écrire sans effort, que de respirer, se nourrir, se déplacer suffirait pour exister, et voila qu'une envie de s'inscrire dans l'éphémère te prend. Alors, rien ne compte plus que d'exécuter cette dictée intérieure. Et rêveur impénitent, je n'échappe pas à la loi du genre, rien ne compte plus pour moi. Rien, sauf la mer, le bruit des vagues, la plainte lente et criarde d'une mouette agacée par ma présence, la course avec le soleil couchant qui mange ma spirale, l'inquiétude d'être dans le vrai officiel, l'orage qui menace et ce bout de ficelle dans le fond de la poche, dont il faut, obligatoirement faire quelque chose pour exister, là, dans la solitude du lieu. Inimaginable ce chantier à ciel ouvert, sans murs, sans frontières, sans but précis, inimaginable de mener cette vie improbable, et pour combien de temps. C'est toujours le mouvement perpétuel de la vie avec ses imprévus qui l'emporte et me laisse là,devant mes questions. Il faut si peu de choses pour que demain n'existe pas et si peu de choses, aussi pour rêver le monde autrement.
Demain, si je peux, je prendrai la route pour voir où elle me mènera, demain, je trouverai bien quelques pierres à monter en équilibre.Demain, je trouverai d'autres sables désertés par la mer, pour y tracer une autre spirale. Demain, mon bout de ficelle me rappellera l'enfance fugueuse et les caches de la vieille rivière, là où nous devenions indiens entre deux feux de solitude. Demain, j'inventerai pour toi, des rêves de quatre sous et demanderai à la terre d'arrêter de trembler pour que les enfants du monde puissent toujours y tracer des marelles. Demain, s'il y a demain, je continuerai le land art, pour exister à ma façon.


Roger Dautais
" Bout de ficelle "

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

vendredi 15 janvier 2010



Au peuple Haïtien...



Nègre colporteur de révolte tu connais les chemins du monde depuis que tu fus vendu en Guinée une lumière chavirée t'appelle une pirogue livide échouée dans la suie d'un ciel de faubourg
.

Jacques Roumain




.../

Nous rebâtirons
Copan
Palenque
Et les Tihuanacos socialistes
Ouvrier blanc de Détroit péon noir d'Alabama
Peuple innombrable des galères capitalistes
Le destin nous dresse épaule contre épaule
Et reniant l'antique maléfice des tabous du sang
Nous foulons les décombres de nos solitudes.
Et nous brassons le mortier des temps fraternels
Dans la poussière des idoles.




POURTANT

je ne veux être que de votre race
ouvriers paysans de tous les pays...
ouvrier blanc de Detroit péon noir d'Alabama
peuple innombrable des galères capitalistes
le destin nous dresse épaule contre épaule
et reniant l'antique maléfice des tabous du sang
nous foulons les décombres de nos solitudes
Si le torrent est frontière
nous arracherons au ravin sa chevelure
intarissable
Si la Sierra est frontière
nous briserons la mâchoire des volcans,,
affirmant les Cordillères
et la plaine sera l'esplanade d'aurore
où rassembler nos forces écartelées
par la ruse de nos maîtres
Comme la contradiction des traits
se résout en l'harmonie du visage
nous proclamons l'unité de la souffrance
et de la révolte
de tous les peuples sur toute la surface de la terre
et nous brassons le mortier des temps fraternels
dans la poussière des idoles ."


Jacques Roumain, citoyen Haïtien( 1907-1944) Homme de grande culture, il fut essayiste, ethnologue, journaliste, il écrivit de nombreux articles. En tant que Poète il laisse derrière lui : Bois d'ébène, Défense de la Race Noire, et comme romancier : la Montagne ensorcelée, le Fantoches, la Proie et l'Ombre,Le Gouverneur de la rosée.



Roger Dautais

mercredi 13 janvier 2010







à Marie-Claude, Epamin', Flo, Michelle et Jo
ces toutes nouvelles créations


Et puis en ce jour de deuil Haïtien, parce que j'aime ce peuple, sa culture, sa musique, sa littérature, ses peintres naïfs dont je me suis souvent inspiré pour faire travailler mes patients dans mon atelier d'art thérapie, j'ai choisi deux poèmes de Jean Metellus pour illustrer cette page:

Telle une houle brûlante

Impérieuse, insidieuse

La douleur

Captant et captivant toute l’énergie

Comme pour refouler un souvenir

Rappeler un égarement

Un manque d’attention

Une négligence

Un geste inachevé

Ou quelque oubli méprisé malgré ses spasmes

Semblable à un rappel

À la sanction de quelque légèreté

Ou d’une simple indifférence

La douleur plaide

Non pour le pardon de la faute commise

Mais pour la résurrection de l’esprit engourdi

De toute une aventure enfouie

Menace avec véhémence

La main frileuse et fragile

Généreuse comme une terre de promission


Toujours en alerte

La douleur

S’étend, se propage

Irradie et se fixe

Sans raison

Portant son message du centre de la paume

Jusqu’au bout des ongles

Effleurant os et cartilages

Tendons et articulations

S’essoufflant sur une ligne pour gagner un mont

Raclant le revers

Visitant les phalanges

S’assouplissant dans les plis

Où elle jette ses aiguilles

Pour s’éparpiller tout d’un coup

Comme une poussière aveugle

Sur des doigts mille fois meurtris par son passage

Et son spectre invisible

Investit tout l’espace de la main

Bonheur indicible de l’homme délivré

Délivré du doute grâce à la foi

Grâce à l’espoir

Grâce à la tendresse liée à la magie

À la magie suprême de la félicité

De la félicité qui s’exhale dans l’enchantement du Verbe

Du Verbe qui accueille tous les trésors

Ces trésors qui jaillissent des prières

Des prières qui labourent mes jours et mes nuits

Nuits distillant des oracles

Jours dessinant le chemin de l’avenir

Dénombrant les dentelles des mystères

Comptant les pas de danse

Danse de l’homme en fête

Dans cette fête où se perd sa douleur

Grâce au répit qui le rend à la vie


Jean MÉTELLUS

dimanche 10 janvier 2010






Il faut accepter de passer par des moments où l'on est incapable d'être créatif. Plus on accepte sincèrement, plus ces moments passent vite.


Etty Hillesum.



à Etty...
Les oiseaux de silence ont survolé la plaine, leurs yeux rivés sur une mer invisible. Ils palpent l'air glacé de leurs ailes. Je marche dans la neige depuis une heure. Il n'y aura rien d'autre que ma trace dans cette friche industrielle faite pour l'oubli des saisons passées... rien d'autre que ma trace et celle d 'un lapin de garenne, au moins aussi doué que moi. Le spectacle est en l'air, entre les flocons qui reviennent et un ciel plombé.
A ces oiseaux de silence, je leur demande d'emporter mon meilleur souvenir, loin d'ici, en Bretagne, vers celui qui s'éloigne définitivement, étranger à ce monde devenu trop blanc.

Roger Dautais

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.