La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 13 juillet 2011














à Valentina Dragan,
Roumaine passionnée par la vie
et par la photographie.

aux Roumains...



Les pensées racistes ordinaires ne vont en général, pas très loin, mais il n'est pas nécessaire
de voir loin pour y être entrainé.


André Frossard






Square Lupin



La veille du premier mai, deux hommes à l'élégance bedonnante, se rencontrent autour d'un cadavre, square Lupin. Ils parlent.

- Ah! Vous voilà!
- Comment, me voilà ?
- Je dis ça comme je dirai...bonjour. Vous comprenez, avec elle

Un corps de femme gît sur une pelouse, près d'un bosquet, les jambes sur l’asphalte du chemin.

- C'est arrivé comment ?
- Je ne sais pas, je me promenais dans le square.J'y viens souvent pour lire.
- vous lisiez quoi ?
- un bouquin de Marguerite Duras.
- remarquez, ça ne me regarde pas. En plus, je ne lis jamais.
- Enfin , comme je vous l'expliquais, je me promenais dans le parc, lorsque j'ai vu ce corps allongé. Je me suis approché pour voir.
- Je vous comprends...Dites donc, elle est jeune.
- La vingtaine, je pense .
- Morte ?
- Elle n'a pas bougé depuis une demi-heure.
- Vous avez appelé la police ?
- Avec quoi ?
- Votre téléphone.
-Je n'ai pas de téléphone. J'ai horreur du téléphone.
- Ah bon ? Des fois, ça rend service.
L'homme au panama, s'essuie le front. Le temps est à l'orage. Il sort un paquet de Camel.
- Vous fumez ?
- Jamais devant un mort.
- Oui mais là, quand même, vous pourriez.
- Je pourrai mais je ne fais pas.
L'homme chauve s'éponge le front et lève la tête. Les temps d' orage le font transpirer. Il marque facilement sous les bras et ces auréoles de sueur le mettent mal à l'aise devant l'inconnu au Panama.
Les deux hommes se penchent sur le visage de la victime.
- Je crois que c'est une étrangère. Asiatique ?
- Vous croyez mais il n'y a rien de sûr.
- Si, regardez, ces yeux bridés. Elle vient de là-bas.
- Chine ?
- Non, plutôt, Vietnam. ou m^me, Corée. Oui, c'est ça, Corée. Je déjeune chez Lee tous les mardi, place de la gare. La patronne est Coréenne, avec les mêmes yeux.
- On ne sait jamais ce qu'elles pensent, cs filles là.
- Non, c'est vrai, mais celle là...elle ne pensera plus.
- Vous l'avez touchée ?
- Mon Dieu, toucher un mort. Il parait que c'est froid et raide.
- Exact, glacé, même.
- Vous avez remarqué, ce filet de sang qui a coulé de sa bouche ?
- Pulpeuse...
- A quoi vous pensez ?
- Je pense à sa bouche, alors je dis, pulpeuse...comme toutes les files d'Asie.
- Voue en connaissez un rayon, n'empêche que ce filet de sang... Je pense qu’elle aura reçu un mauvais coup derrière la tête, comme à la télé.
- On pourrait peut-être déplacer le corps et le tirer sur la pelouses ? Le jambes sur l'asphalte, je ne supporte pas.
- Moi, je ne touche à rien. Imaginez, le garde, il survient, il nous voit tous les deux porter un corps inanimé.
- J'imagine. Il appelle Police secours et puis nous deux.Hop ! dans le panier à salade.
- Et les titres dans les journaux : deux quinquagénaires en voyage à Paris assassines une jeune Coréenne, square Lupin.
- Moi, j'ai un avocat. Et vous ?
- Moi, non, je sais mentir tout seul. Et puis, j'accuse toujours les S.D.F. ou les clodos. Je dis que je les ai vus. Les flics les emballent à coup sûr. ça fait de la place pour les bons citoyens comme nous.
- Je ne vous donne pas tort, mais, aujourd'hui, là, cette jeune femme, personne ne l'a vue, a part nous . On est seuls, on, pourrait quand même garder un souvenir. Vous la montre et moi le collier. Vous avez bien une maitresse. Pensez à lui faire plaisir !
- Vu comme ça, c'est vrai et de plus, elle n'en a plus besoin de ses bijoux. ça lui apprendra à venir mourir au Pays des Droits de l'Homme.
- Vous n'aimez pas les jaunes, ça se sent. Et les Blacks?
- Pareil.
-- Les Arabes ?
- Pareil.
- Mais vous aimez qui, alors ?
- J'aime tout le monde,du moment qu'il est blanc.
- Vous êtes raciste ?
- Oui.
- Et vous ?
- Pareil.
- Alors, on la déleste ?
- Et puis si quelqu'un demande...on ne se connait pas...hein !
- Moi, c'est Jean- Marie Le peigne, coiffeur, et vous ?
- Moi, c'est Philippe Pétin , raffleur.
- Qu'est-ce que vous faites le premier mai ?
- Je défile avec des copains, derrière la Louve. On va honorer Jeanne d'Arc. Sympa, non ?
- j'irai voir, si j'ai le temps.

Le lendemain, France soir titrait: un crime crapuleux, square Lupin. Deux S.D.F. agressent une jeune Coréenne et la tuent pour lui voler ses bijoux. Les deux criminels sont sous les verrous.

Moïse Clément


Valentina Dragan http://brasov-photography.blogspot.com/

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.