La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

jeudi 10 juin 2010









Malgré les orages de la veille qui ont purgé le ciel, le temps reste encore très lourd lorsque je prends la direction des marais. Pour y parvenir, je dois emprunter un petit chemin de terre battue qui serpente entre les champs d'orge et de lin. J'ai connu ici des mois de juin caniculaires, mais ce n'est pas le cas, cette année. Je suis attiré par une grande tache rouge, sur le côté droit du chemin. Voici les premiers coquelicots. Quelques centaines de fleurs qui ont colonisé le bord du champ de seigle. En face, un champ de lin, avec ces millions de fleurs bleu pâle. J'ai l'idée de cueillir ce rouge pour le mêler au bleu en réalisant de petites installations flottantes. D'abord, un triangle puis une trainée de fleurs de coquelicots, en ligne, qui pénètre ce champ bleu comme pour indiquer le point de fuite. Je dois m'y reprendre à plusieurs fois car le vent est de la partie et me complique la tâche. L'effet obtenu est néanmoins, très intéressant.
Je reprends ma route. L'avantage d'un temps humide c'est qu'il a beaucoup moins de poussière et la marche se fait plus aisément. Je pense à Kérouac dont je relis souvent les livres.
Je descends un petit raidillon qui me mène à la croisée des chemins, une sorte de patte d'oie que je dois quitter pour longer un bois en marchant à la lisière d'un autre champ d'orge, dans lequel, cette fois encore je retrouve quelques coquelicots. Je les cueille avant de m'enfoncer dans un petit bois qui couvre le marais. J'ai rarement vu autant de moustiques et de moucherons dans cet endroit. Autant ce lieu est très sauvage et beau autant il reste inhospitalier par temps d'orage. C'est pourquoi, je me couvre de la tête au pied pour venir y travailler. Les iris d'eau sont défleuris, encore quelques uns, ici et la, et puis leurs touffes de feuilles généreusement étalées et épanouies. Je m'arrête un instant et constate que le sol est couvert de plantes rampantes dont je vais me servir pour réaliser quelques travaux de tressage, un cercle, puis une sorte de filet entre deux branches. Ces installations s'intègrent bien dans le paysage. Je continue à marcher vers la rivière. Quelques arbres morts à demi couchés dans son lit me servent de cadre pour un autre travail. Ici, avec un apport de quelques fleurs, je veux souligner la beauté des courbes de deux branches mortes par trois fleurs de coquelicot fixées sur deux petits morceaux de bois, installés à l'horizontal. Tout naturellement mes yeux suivent ces courbes et j'ai l'idée de déposer une autre fleur à l'extrémité de celles-ci, comme une sorte de papillon dont l'envol prolongerait cet instant de bonheur.
Je m'avance un peu dans la rivière mais dois battre retraite car le fond est vaseux et je risque bien de m'y enfoncer dangereusement. C'est entre deux autres arbres morts et abattus sur la rive droite que je me réfugie pour réaliser une autre installation ( non présentée ici) sur un radeau de feuilles d'iris, flottant et de quelques fleurs de coquelicot. Mon travail s'arrête ici. Cet après-midi, je serai sur la côte pour retrouver un terrain plus à l'air avec l'intention, cette fois, de faires des installations de pierres.
Pratiquer le land art peut paraître un luxe au yeux de beaucoup. C'est aussi un choix de vie, un art de vie qui demande en contre partie, beaucoup de sacrifices. Je ne serais pas arrivé à ces résultats sans y avoir consacré beaucoup de temps. Vivre cette expérience à long terme, y intégrer mon vieillissement, continuer la route, contribuent à me faire vivre ce que personne en dehors de moi-même, ne m'aurait sans doute permis. C'est le prix de la liberté.


Roger Dautais






Haïku



Entouré de branches mortes
il se redresse_
le printemps

Osawa Minoru




Bras croisés
le printemps médite
sur la vitesse des racines amères

Fuyuno Niji




Dans le secret du cœur
le printemps me manque_
j'ai vieilli.

Awano Seiho





Par-delà
le grand auvent du temple zen_
un papillon de printemps

Tkano Sujû

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.