La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mardi 29 mai 2012












à Raymond, parti rejoindre ses étoiles...


Cette année là, lors d'une pose en plein soleil,  j'avais marqué sur  mon calepin : la terre, elle souffre. Je me souvient très bien de l'avoir accompagnée dans cette souffrance en cette année de grande sècheresse, au fond d'un carrière de la région. J'avais , dans la foulée,  installé cette petite tombe blanche, faite de croûtes de cette même terre calcaire, avant d'y déposer le corps d'un enfant. Deux herbes croisées sur loi, évoquaient le linceul, ficelé. On ne peut être dans ces gestes hautement symbolique évoquant aussi la mort de notre terre, sans ressentir  une grande émotion. Qui  peut me comprendre?
Descendre  à 50m au fond d'une carrière a ciel  ouvert, c'est très vite abandonner un quelconque esprit de grandeur. Il était précieux pour  moi de ne jamais dévoiler ces lieux,  où je pouvais,  à loisir  perdre cet horizon naturel et goûter les frisons du danger. Ainsi,  pendant dix années, j'ai visité,  puis squatté ces carrières avec cette impression d'être au cœur d'un grand sablier  qui décomptait mes jours:  à  moitié enseveli au royaume des morts,  à moitié tourné vers la vie, et le ciel vide qui me tendait les bras, rempli de vie et d'oxygène. Le pire était  un orage qui s'annonçait par quelques grondements, suivi d'une  pluie violente me faisant craindre,  injustement, la montée des eaux du lac central  où je disparaîtrai, noyé. Ce qui  n'est jamais arrivé !
Les autres vrais dangers se vivaient dans des escalades en milieu  non stabilisé,  où sur des enrochements pentus,  à 45°. Combien de fois, suis-je parti dans des glissades de 15m que seul  un méplat arrêtait avant la chute dans le lac. J'ai vécu des chutes plus brutales  d'où je sortais assommé, le corps rempli de bleus, mais je n'ai jamais eu de fractures. Dans ces lieux difficiles,  j'ai vécu des grands moments de bonheur en  harmonie avec la nature. J'aime les  pierres, je vous l'ai dit et j'ai entretenu de véritables dialogues avec elles.
Je leur ai confié des poèmes, sur des petits papiers que je glissais dans les cairns, persuadé qu'elles en gardaient la trace dans leur mémoire. Été comme hiver, survolant cet espace, des faucons m'envoyaient leurs messages : 
- On t'a vu, tu es ici chez nous, on te connais, maintenant. Sois le bienvenu.
Quel bonheur de refaire le monde selon son  imagination !
C'est vrai, en ce qui concerne les carrières cela dura au moins, dix ans. J'y ai élevé un nombre considérable de cairns que je retrouvais, quelques mois  ou années plus tard, couverts de fientes d'oiseaux. Signe qu'ils les avaient apprécié et utilisé  comme perchoir d'observation pour observer leur territoire. J'ai cessé de fréquenter ces lieux régulièrement,  il y a deux ans, les jugeant trop dangereux.
Par chance, habitant près de la mer, non  loin d'un fleuve côtier et auprès de quelques rivières., je passais d'un milieu à un autre, traversant les saisons, certes éprouvantes lorsque l'on travail dehors,  mais avec un tel  plaisir.
Je vis  un temps intermédiaire entre cet accident de la vie et l'envie de reprendre  un  jour le land art, une fois la convalescence terminée.
J'anime ce blog, comme je peux et rencontre parfois incompréhension ou rejet. Je le comprends et en même temps, comment parler du  land art, tel que je l'ai vécu avec un scientifique froid et distant,  moi qui suis le contraire. J'ai besoin de voir le spectacle du monde, avant que le rideau ne se referme. J'ai besoin de sentir la nature, de goûter à la salinité de la mer, d'écouter son chant au jusant. J'ai besoin d'inventer  un  monde différent que celui proposé. Alors, je l'invente avant de l'habiter. Je veux que mes créations deviennent dialogue, parlent de la nature avec elle et m'apportent sa réponse. J’attends que cette Nature me raconte l'histoire universelle, détaché provisoirement du  monde  moderne et me fasse retrouver toute mon humanité.Celle dont me parlait Raymond et qui se perdait si facilement  pour peu que nous soyons dans le mauvais convois ,  où comme  lui, rescapé d'une sale rafle,  puis grand témoin d'une histoire qui n'aurait jamais dû être inventée par des hommes. Si je pense  à lui. Oui, j'y pense très souvent.
Je sais, ce n'est pas raisonnable et cela ne sert  à rien aux yeux de certains. Je ne leur en veut pas, mais je ne suis plus intéressé par leurs discours. Qu'ils continuent  à croire dans leur expertise, leur enseignement, qu'ils nient la poésie née d'un cœur malade si cela leur chante, je continuerai mon chemin loin de ces savants qui ne m'apportent plus rien.

Roger Dautais



Haiku

Etoile filante
voeu d'un enfant
à Gaza;


*

L'ombre d'un  papillon
butine l'ombre d'une fleur
sur le bitume.


Tanka


Soirée froide et  pluvieuse
sous les néons de l'abri-bus
des amoureux s'embrassent
je regarde
l'ombre  à mes pieds


Lydia Padellec

mardi 22 mai 2012




 à Linda Lourenço

La vie hors cadre...


On se demande parfois  où les gens vont chercher leurs questions. Il est vrai que le land art a toujours fait parler, qu'il soit pratiqué par de grands artistes internationaux  ou par d'autres, ce que l'on  y voit ne devrait pas se voir. L'une des plus belles questions  à m'avoir été posée dernièrement, est la suivante : 
ça sert  à quoi ? suivi d'une autre:   faire tout ça pour aller où ?  En effet,  pauvre dame, l'art ne sert  à rien,  à si peu. . Se disant écrivain, j'aurai dû à  mon tout, l' interroger. Je n'ai  pas eu le culot de lui demander  pourquoi elle écrivait des livres alors qu'il y en en a tant déjà. Si  l'on rentre dans ce jeu,  on ne fait plus rien, si,  on fait comme tout le monde,on s'aligne et  l'on reste muet.
 J'ai décidé de vivre autrement. Parce que, le peu m'intéresse,  comme il intéressait Pierre Sansot, écrivant Les gens de peu, avec tant d'humanité
Mais cette brave dame  me revient  à l'esprit  en ce moment après avoir choisi  pour vous des installations qui ne servirent  à rien et qui me donnèrent beaucoup de plaisir à les réaliser. Jamais, je ne me suis posé la question de savoir si j'avais le droit de réaliser des gisants entourés de feu pour évoquer le grand passage. 
Jamais je ne suis allé chercher le gardien du jardin des plantes pour lui demander l'autorisation de ranger ses feuilles mortes en forme de spirale. Je l'aurai empêché de dormir. Je n'ai jamais demandé l'autorisation d'élever des cairns, parfois très grands, sur l'estran, entre deux marées au propriétaire des plages du littoral. Et  lorsque j'ai réalisé cette sphère, fabriquée en partie de cornouiller car ce bois évoquait mon grand-père, sourcier, je ne sais pas  où je suis allé chercher cette idée de la faire voyager dans le temps sur une année, et dans des espaces différents : mer,  marais,pâtures, ruisseaux, rivières, fleuve. Je l'ai fait ainsi car cela devait être fait. Personne ne m'a dit de la brûler en cette fin de périple et de jeter ces cendres dans le fleuve. Je la voyais finir comme ça, c'est tout.
J'ai procédé de la même façon, que ce soit en Égypte, au Maroc et en Tunisie, à  la rencontre d'autres cultures, d'autres peuples qui là-bas ne m'ont jamais posé de ces sortes de questions.
Ici,  on aime bien l’alignement, le conventionnel,  le cadre. Je m'étais rendu compte rapidement que je 
n'allais pas dans ce sens , mais cela me plaisait, alors j'ai réalisé cette  installation montrée sur la dernière photo de la série. Je l'ai appelée, La Vie Hors Cadre parce que le cadre photographique écartait tout ce qui ne rentrait pas dans son cadre, ce hors champ  où la vie existait, malgré tout,  où il se passait des chose et des événements que nous ne verrions plus  à cause de ce choix de photographe et qui valaient la peine.
Une fois de plus, la vie me pousse dans les marges,  pour raison de santé et cela me force à inventer,  à regarder autrement le spectacle du  monde.C'est le seul avantage de cette situation mais je ne vais pas m'en priver.

Roger Dautais



Je vous conseille la lecture de très beau poème de Henri Droguet. Un  poète que ne demande l'autorisation d'écrire  à personne et comme il fait bien  !


TOUT VENANT

Il a déplu
brocante et troc l'or fluide
et fourchu des foudres
s'efface au ciel  ouvert et sec
comme la langue d'un  pendu

ainsi autour d'ailleurs au temps
du capiteux loisir l'amour uni
que ardent fou s'en va-t-à la
prairie saugarure bigrenue
duveuteuse et bruissante
aux acharnés zonzons des melliflus essaims
 et bombinants paquets de mouches
 à conchiure 

et c'est l'hiver
-onglées! chemins  pourris !
l’œil vitrifié de flaques!
jonchaies brisées à la grisure!-
le décontent  marche demarche
contremarche enfin défoui
de ventre  à sa moman
loin des années vertes noires
-pères & fils semblablement tordus
rogneux et muets
                        il  mesure la mer
au-delà de la mer
s'encréche entonne aux mages
face  à l'âne et le boeuf
le chat la belette et le catoblepas
son hymne et ses antiennes

Cap à nulle
part au blanc rien
cap au ni vu
ni connu noir
taille ton  pain
taille ta route
sauve le vent!
Avance ! Avance
              à la fin...

Henri Droguet
11 décembre 2011

lundi 14 mai 2012


Silence, le plus digne hommage !
Quel tumulte d'amour emplit jamais le très profond silence ?
 Victor Segalen



Je pense  pas que les pierres soient arrivées sur terre  pour devenir objet de lapidation et qui les regarde de la sorte n'est pas de mes amis. J'ai passé beaucoup de temps en leur compagnie et même si je m'en suis éloigné pour un moment, je ne les ai jamais oubliées. Enfant de la guerre, je jouais dans les décombres des  bombardements et je pense que ces terrains de jeu accidentés  ont développé en moi, le goût des pierres.
Je me souviens de mes premiers pas en land art, avec des travaux sur une plage. Je les trouvais intéressants, bien sûr,  mais toutes ces pierres qui me tendaient les bras, ne restèrent pas longtemps  hors de ma portée. Mes  premiers cairns  ont très vite pris de la hauteur. J'ai appris les lois de l'équilibre et celles plus cruelles de l'échec. De ces petits cairns de 50 kilos, je suis passé aux élévations monumentales, deux mètres, deux mètres cinquante, trois mètres,  trois mètres vint. Je me suis arrêté là après être tombé plusieurs fois de l'échelle, les bras chargés de pierres. Il fallait en remuer des tonnes, jusqu'à dix pour les plus grands avec une circonférence  de base approchant les quatre mètres. J'étais jeune, je n'avais que 64 ans  à cette époque et pas grand chose ne m'arrêtait encore. Aujourd’hui, c'est différent.
J'ai parcouru  les plus profondes carrières de la région,  prenant des risques inouïs, pour aller cher l'endroit, le plus beau,  le plus sauvage et travailler des week-ends entiers, sous les cris des petits rapaces volant au dessus  de ma t^te, en plein soleil. Je n'étais relié au  monde que par mon téléphone et Marie-Claude qui aurait déclenché les secours en cas de besoin.
J'ai beaucoup travaillé autour des fleuves et des rivières, glissant dedans en plein  hiver, parfois et continuant d'installer,  jusqu'à la fin de la journée,  bien  mouillé. Ce contact avec l'eau me révélait ma propre constitution et une certaine fraternité entre elle et  moi. Je n'aurai pas supporté  un pays sans saisons bien marquées, sans les ressentir dans mon corps, avant de créer quoi que ce soit.
Mais le cairn qui me reste en  mémoire c'est bien celui élevé  à la barbe des militaires en arme, au pied de la plus grande des pyramides Égyptiennes, Khéops, avec l'aide de Marie-Claude qui guettait leurs mouvements  pour que je ne fasse pas embarquer. Et  à l'époque, ça ne plaisantait pas car  nous n'étions qu'à quelques mois de la révolution d’Égypte. Je tenais  à déposer  un hommage  à Khéops mais aussi à tous les constructeurs de cette merveille du monde, et je l'ai fait.

Je n'ai  pas vu  la mer depuis longtemps,  mais je suis comme ces guetteurs de la première image, je garde le bel espoir de retrouver ses mouvements grisants, ces couleurs irremplaçables et sa  présence que rien ne remplace. En attendant, j'ai remis la machine  à rêve en route, et garde  l'espoir de retrouver  mes  plages an plus vite, lorsque je serai réparé.
Je vous remercie de continuer  à venir nombreux sur LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS  déposer des messages amicaux qui me soutiennent et me touchent beaucoup.

Roger Dautais




LA SOURCE DU TEMPS

Silence, le plus digne hommage !
Quel tumulte d'amour emplit jamais le très profond silence ?
 Victor Segalen 

Dans le jazz du vent
arborer un  nouveau langage
en écho du silence .

De la vacuité
plein les godasses
suivre le chant
qu'offre l'ombre 
à fleur de peau.

Remuer au plus profond de soi
la légende 
sous l'écorce
Déventer
la fauvette de l'air.

A la source du temps
se décoller du visible
Visiter les songes
jusqu'à  plus soif 
de l'essence.

Saisir par l’œil
les combustibles translucides
que seules les rumeurs nourrissent.

Le sanctuaire au goût huitrier
de la parole
saisira l'alphabet
de la genèse
comme  l'incantation
d'une pureté  à venir

Louis Bertholom

mardi 8 mai 2012


Car il faut que chacun compose le poème de sa vie

Youenn Gwernig


Je ne sais  plus combien de fois,  j'ai écrit cette  phrase de Youenn dans les sables, tant je la trouve belle et lorsque je retrouverai ma liberté d'aller vers ces grands espaces, c'est  par  là que je recommencerai.J'ai du lire cette  phrase dans les années 8o et depuis, je me suis tenu au  plus près de cette pensée.L'évidence s'incarne, la finitude n'est plus simplement  un  mot et, dans cette nouvelle expérience de vie, voilà que ma Bretagne me manque encore plus. Mes racines sont dans cette terre noire que j'ai aimé travailler,  à deux pas de la mer, et non pas  où je vis. Je porte mon pays en moi et tout ce que j'exprime en est nourri quel que soit le lieu  où  cela se fait.
Comme je vous l'ai raconté dans la précédente chronique, je vis maintenant une période d'après avec plusieurs objectifs dont celui de pratiquer  le land art le plus vite possible, ce qui est  loin d'être le cas. Lors de ces 14 années de pratique,  j'ai eu le temps de réfléchir à ce choix artistique qui s'est imposé dans ma vie comme le chemin  à suivre. J'ai connu de grandes joies, des critiques,  injustes et infondées qui m'ont profondément blessées au point de vouloir cesser,  mais j'ai surtout élevé cet art de vivre  à un art de vie. Je pourrai donc, en vous présentant ,ici, des installations, parfois connues pour certains, découvertes par les autres, continuer ce blog le plus longtemps  possible pour tous ceux, très nombreux qui  me suivent maintenant et que je remercie.

Roger Dautais




KEMENT A DRAOU

Pa'n em gavan en un toull don
ur puns tenval hep dour na fons
arabat din chom da gousket
kement a draoù a darzh er bed

bronsoù  bleunioù loened ha tud
pa'n en  gavan en un  toull don
ur gevnidenn a denn he roued
hervez lezennoù an holved

Youenn Gwernig 1995


SO  MANY THINGS

Feeling deep down  in the abyss
dark well and try and bottomless
Isohoul not now back to sleep
so  much  is blowing in the world

Buds flowers creatures mens
feeling deep down in the abyss
a spider 'weaving a coweb
according to cosmic law

Youenn Gwernig 1995
 

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.