La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 20 février 2016

Spirale de la 19ème heure :  pour Anne Le Maître
La dernière  minute  : pour Fifi
Sept raisons d'être  là :  pour Alp
Pierres au  jusant :  pour Sole
La grande spirale de St Phil. : pour  Orfeenix
Le guetteur de silence de la 19ème  heure : Pour Tilia
Double spire sur la piste de Santa Anna : Estourelle
Franchissement  : pour Maïté/Aliénor
Lampedusa blues :  pour Pierre Boyer
Trémie,  ou passe temps :  pour  Serge Mathurin Thébault
Confidences rouges :  pour Marie-Josée Christien
Les niveaux de la connaissance : pour mémoire de silence
Les grandes et les  petites :  pour Christineeeee
Derniers feux au Motten : Claudine Le Bagousse
Présences  :  pour Rick Forrestal
Un trou dans le ciel  :  pour Elfi
L'adieu au Soleil  : Pour Guy Allix
Cairn de la méditation  :  pour Ceciely


Je vous écris du pays du vent...

Spirale de la 19ème heure

Nous étions, tous les deux, courbés par  l'âge et fascinés devant le spectacle d'une mer déchaînée. le mauvais temps et notre  âge nous ont  fait regagner la maison. Deux jours sont passés et la météo reste maussade. Je décide  malgré tout, de retourner au même endroit en espérant  un peu mieux. Sur la route, pluie, grêlé, neige fondue, vent. Je me gare  près du petit bois qui borde cette  petite  plage où je vais tenter de tracer une spirale, puisqu'une éclaircie s'installe.
Cette  plage concave s'inscrit entre deux ensembles de rochers. Je sais que la mer  monte et  il me reste  peu de place  pour réaliser mon  installation.
Je sonde le sable avec  mon talon. Je vais rencontrer au moins quatre densités de sable différentes, Très dure,dure, souple, très souple. Le terrain est en pente. L'exercice sera  donc difficile. De  plus, je ne trace  presque  plus de spirales car mon dos blessé ne le permet  plus. Une  petite  inquiétude s'installe en moi avant de commencer : aurais-je encore l’œil  pour ce grand  tracer qui se fait sans aucun  instrument, aucun cordeau et qui doit être le  plus parfait  possible.
Je choisis le centre de la spirale, plante  mon talon gauche dans le sable et je commence  à reculer. Le principe est de creuser un sillon parallèle avec le tour précédent, et ce,  jusqu'au 24ème ,si  possible. La jambe droite servira de moteur, le corps, courbé sur  lui-même, de  poids et le  pied gauche fera office de soc,  à la manière d'une charrue. 
Les  premiers tours doivent être enlevés assez vite, pour que le  mouvement ,je traine pas et n'inflige des déformations au sillon. En général, je me relève vers le 5  ou 6ème pour juger de  l'effet. Ici, c'est parfait. J'ai déjà ressenti la différence de densité sous  mon  pied gauche. Plus le sable est souple, plus  il faut contrôler la  profondeur du sillon  pour ne pas s'embourber. Il s'agit plus de  glisser que de de  peser sur le pied. Quand le sable est dense, encore chargé d'eau,  là, au contraire, la cadence diminue et le corps doit exercer une poussée vers le bas pour creuser en force. S'installent en ce moment, et  jusqu'à la fin, des crampes dans les jambes et un mal de dos difficile  à supporter. 
Au dix neuvième tour, la mer commence  à  mordre dans le bas de la spirale. Elle a gagné. Par contre, le spectacle de son entrée dans le sillon est  superbe  à observer, sous  un très beau soleil, revenu.
Je prends quelques  photos et me promets de revenir  pour en tracer une grande, cette fois.

Spirale de la 24ème heure

Le pays s'est fait secouer, des semaines durant, par des vents  toujours  présents, des tempêtes qui  ont abattu de nombreux arbres. Le trait de côte s'est aussi fait  mordre  méchamment par les vagues. Mais nous avons ici, qu'entre deux coups de vent, entre deux tempêtes, on peut sortir sous le soleil. Je choisis donc cette fois, une bonne météo. Je calcule  mon arrivée sur la  plage pour avoir le temps de me mettre  à l’œuvre. Mes spirales,  pour en avoir tracée  plus de  mille dans ma vie de  land artiste, sont toujours les  mêmes et développent  un seul et  même sillon qui tourne 24 fois autour du centre. Elles représentent ainsi, les 24 heures d'un jour. Leur circonférence mesure entre 45 et 50  mètres, selon la qualité du sable. Le temps de traçage varie de 1 heure  à 1 heure 30.
 Toutes les conditions étant réunies, je réussis cette fois le tracer jusqu'au bout. Je dois faire face  à des bavards, les vacanciers sont de retour, qui  m'interrogent sur ce que je fais. Je leur réponds le  plus simplement  possible. Le courant passe très vite et ils repartent avec l'adresse de  mon blog. Cette spirale ne sera engloutie par  l'océan que dans deux  heures et je  reprends la route pour aller élever quelques cairns.

Correspondance

Deux hommes me regardent du haut du  phare de  l’Île vierge, dans le Finistère. Dernière relève du phare. Je retourne la carte  postale, reçue ce matin de Vincent et Flo :Je vous écris du pays du vent. C'est vrai que pendant ces dernières semaines,  où que nous ayons été en Bretagne, nous habitions le Pays du vent et pourtant, je n'arrive pas  à lui en vouloir,  il fait partie de la famille.

Roger Dautais

Merci à Marie-Josée Christien en Guy Allix pour leurs deux articles publiés dans le magazine du Web Unidivers , présentant  mon travail de land artiste
Je vous  invite  à les lire
http://www.unidivers.fr/land-art-roger-dautais-bretagne/
http://www.unidivers.fr/roger-dautais-land-art-exil-exiles-lampedusa/


En équilibre
sur  l'inquiétude
le ciel et la terre
s'épousent
en  une courbe de  pierres

Marie-Josée Christien

 Un  monde de pierres
 Éditions Blanc Silex


***


L'herbe si pâle
Et la voix  brève
Au bord cassant des choses

Retourner la  plaie
Nôtre que cet appel
Qui se fige dans la  nuit la  plus blanche

Ce cri malgré soi reporté
Objet  inanimé

Guy Allix   

Solitudes     Éditions Rougerie

 ***


Chaque objet
Une écriture
Une sonore présence
Muette
Contre l’indifférence

Chaque âme
Une calligraphie aussi
A séduire apprivoiser
Pour la transmettre
Au silence
Pareil à l’inanimé
Dont l’amour est
La science

Chaque objet
Une écriture
Une sonore présence
Muette
Contre l’indifférence

Chaque âme
Une calligraphie aussi
A séduire apprivoiser
Pour la transmettre
Au silence
Pareil à l’inanimé
Dont l’amour est
La science

Serge-Mathurin Thébault 
 Les Dominicaux   Inédit







 

vendredi 5 février 2016

Lampedusa blues : pour Maïté/Aliénor
Guetteur de silence : mémoire de silence
Cairn de Holy Motors :  pour Denis Lavant

Le  point de non-retour : pour Chrys
Cairn de la Jument : Ruma
Cardinales : pour UUna
Le charbon de bois : Guy Allix
Mourir  à Lampedusa :  pour Marty
Élévation  pour  une  mise en terre   :  pour Serg-Mathurin Thébault
Circulation  transversale et rouge Pour Anne-Marie Bodard
La partition  :  pour  Erin
La deuxième chance :  pour Danièle Duteil
L'arbre du pays Toraja :  pour l'inconnu X
Autopsie d'un estran :  pour   Marie-Josée Christien
L'appel de  l'errance :  pour  Youenn Gwernig
Mémoires d'hiver : pour  Pastelle
Topographie d'un rêve  :  pour Sylvie ( L'esperluette )
Les autres raisons  :  pour Tilia
Les sept raisons d'être  là  : pour Christian Cottard
Focus  :  pour  Noushka



à Marie-Claude...

 

Lampedusa

Il fait froid. Le ciel est plombé. Je suis seul dans les falaises de Ty Bihan. Je cherche  une grosse roche, qui se détacherait de la  lourde masse des rochers et qui  puisse être cernée  à marée haute. Ici, avec le ressac, les vagues  sont courtes mais puissantes. Je suis parti à la recherche de pierres  oblongues avec lesquelles  je vais  installer une scène évoquant des naufragés perchés sur la roche. Je dois en trouver  une douzaine. Ils évoqueront les silhouettes des rescapés provisoires.
Cette quête me prend un peu de temps, car la  marche sur ces  pierriers mouillés, très glissantes, est un peu risquée lorsqu'on a les bras chargés. Un par  un, les corps  s'érigent. Je retourne ensuite  à la recherche de têtes  pour mes personnages.  
2002 fût la première année de mes installations sur le thème de  l'exil. 2016, le  phénomène s'est amplifié, toujours  plus cruel. Je l'évoque régulièrement, Mare Nostrum, les noyades de masse, Lampedusa. 
Mes personnages se veulent provisoirement sauvés mais regardent-ils vers la mer, à la recherche de disparus ayant  eu moins de chance,  ou vers  le continent,  à la recherche d'un autre pays plus accueillant?
La scène est en place  à Ty Bihan. Les premières vagues  approchent et frappent le rocher. Premières  photos,  insatisfaisantes. Je ne travaille pas au téléobjectif, je préfère être dans l'action, sentir la mer, le  froid. Le niveau d'eau commence  à monter. J'entre dans la mer. Elle est froide. Les vagues prennent du volume, de la  puissance. Ma présence en ce  lieu est limitée, car à tout moment,  une vague  plus  haute,  plus forte,  peut m'emporter. Je fais mes dernières  photos et  me dégage vivement vers  l'arrière. Il était temps.

L'arbre du pays Toraja

Pourquoi  me suis-je perdu dans cette dévotion particulière, ce culte aux enfants-mort-nés des Toraja ? Probablement, après avoir découvert récemment que cette coutume très touchante de confier le corps des enfants défunts au ventre des arbres ressemble  à ce que je dessine depuis  longtemps sans jamais avoir eu connaissance  de cette cérémonie.
Mais aussi parce que la mer a rejeté  un corps sans tête sur  une plage proche d'ici, la semaine dernière. Peut-être nous  montrait-elle  à sa façon qu'à son tour elle savait se nourrir des hommes qui la considèrent comme  un lieu de ressource sans  limites.Dans les rochers de Kerpenhir, je trouve un bois flotté de belle taille,  plus  près de  l'arbre que de la branche et dont la courbe  m'inspire aussitôt. Le problème est de le déplacer, sans le  porter car  il est trop  lourd. Je calcule tous mes  mouvements  pour ménager mon dos  blessé. . Je le place  à  l'horizontal et sa  forme évoque  un dôme sur lequel, je vais élever mon cairn qui sera,  ici, l'arbre du pays Toraja, élevé à la mémoire de  l'homme qui perdit la tête en  mer, sur une plage voisine.

  Cueillette
J'ai ramassé  pas mal de  baies et graines ces derniers jours, profitant de la  pluie et du mauvais temps  pour renouer avec mes chemins creux. J'ai cet  exercice de la cueillette qui  prend du temps et fait approcher de  près, différents végétaux. Le ruscus est l'un de ceux-ci et  pousse en abondance dans la région, notamment dans les sous-bois et les chemins creux, humides, dans l'ombre.
Elles  me servent  à réaliser des  installations, à  l’intérieur de cabanes de chantier, de pêcheurs,  à  l'abandon qui  me permettent de travailler  à l'abri. Recherches géométrique de mes extravagances rêvées, topographie d'une vie imaginaire, elle surgissent régulièrement depuis des années, comme pour ponctuer des travaux in-situ. La concentration, la patience requise dans ces créations, me permettent une total extraction du  monde. Elles  ouvrent  à la méditation.

Mémoires d'hiver

Mes premières  boîtes  à mémoires remontent à une dizaine d'années, alors que  mon  premier gisant  a 18 ans. Si le second a  pratiquement disparu depuis  mon retour en Bretagne, trois  en 3ans, les boîtes  à  mémoires sont toujours  présentes. Il s’agissait, dans les premières, de définir  un cadre,  puis de collecter, différents végétaux,  minéraux, dans  un rayon de 2 m. J'ai changé les règles, agrandissant le périmètre, jusqu'à 50m. M'est venue  l'idée de cueillir le  long d'un parcours, d'une marche, tout rassembler et réaliser  une boîte. Celle qui est  présentée  ici, rassemble les  mémoires de chaque végétal , cueilli  pendant  une seule et  unique marche dans le courant du  mois de Janvier.Ce sont bien des couleurs d'hiver.


Cairns

L'océan s'engouffre dans le Golfe du Morbihan. Je me situe sur la première petite  plage, entre la grotte au pins et le grand Menhir. Les dernières tempêtes  l'ont recouverte de  goémon noir. Dans  une anse,  à  l'abri du fort courant de marée  montante, une quarantaine d'oies  bernaches , trouve sa  pitance, accompagnée de de quelques  mouettes. J'aime leur  présence, leur calme, leur sérénité. Le magnétisme du lieu est particulièrement  fort, probablement renforcé par la  présence de cette masse d'eau en  mouvement, toutes les six  heures à la renverse de chaque marée. J'ai passé  plus de temps  à  observer cette nature, qu'à travailler. Cela me permet aussi de porter en moi ces intentions d'hommage qui finissent par se matérialiser en cairns. J'ai trouvé en ce lieu, de  très grosses pierres couverts de  lichen or que  j'ai aimé associer au ballet aérien de  mes  pierres  libres. 
Envoûtant  envolée céleste, confrontation de plein d'univers ou vecteur de rêve, le cairn s'impose en ces  lieux, me laissant  loin derrière.
En ces temps de petite santé, le land art  m'interroge. C'est quelque chose qui me dépasse et  me concerne en même temps. Il  y a des chose de  moi,  oubliées, que je retrouve. Elles me permettent de traverser mes épreuves. La route 73 existe bien sous mes  pieds, je me dois de la parcourir au mieux.

Roger Dautais




la côte hostile
sa présence
parmi les brumes
au loin
nulle tension palpable
pourtant
dans ces hôtels
où l’on mange toujours
trop

***

il n’y a rien
après
si ce n’est que
la vie
continue
celle qu’on a
quelquefois
créée
aux instants
de l’évidence droite 

 ***

on fait de nous
des avachis du chariot
malgré nous
sous les hangars béats
heureux nous
de Sainte Consommation

Paul Badin

Pour en savoir  plus sur ce  poète
consulter l'Anthologie subjective du frérot, Guy Allix :  

http://anthosuballix.canalblog.com/pages/paul-badin/27631919.html

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.