La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Un voyage étonnant au cœur du land Art

jeudi 2 juillet 2020

Guetteur de marée : pour Virginie Roels


À Marie-Claude.





Le temps s’était occupé de brouiller les cartes.


Chaque jour, tout restait à découvrir dans la peau d’un rebelle qui prenait de l’âge, sans autre projet de vie que celui de survivre.
Après la pluie, le vent qui me claquait la face, refroidissait mon cœur, dangereusement. J’avais pris le chemin des îles et je devais coûte que coûte, y arriver. Vivre en land art ne pouvait être qu’un mixte entre le plaisir de la découverte et le brûlant constat des échecs vécus in situ. Sans réaction à ce voyage au long cours je me serais désagrégé très rapidement. J’étais né seul, avec une mélancolie attachée à mes basques. Il n’était pas question d’abandonner ni de devenir un pâle imitateur à cause de cette difficulté de plus.
Bien sûr, il y avait eu ces épisodes vécus à l’hôpital. Pour qui n’y avait jamais souffert, c’était l’incompréhension totale. Parce que c’est triste, un hôpital, entre les morts planqués en morgue, ceux qui attendent d’y être allongés, la fin avait une odeur fade qu’il était de bon ton de ne pas sentir. Et puis, il y avait cette foule bigarrée de passage qui faisait semblant de survoler tout ça, de ne pas être là, ou, par hasard, avec une seule idée, se barrer vite fait de la visite. Encore heureux pour moi, j’avais toujours eu ma femme aimée, pour m’accompagner et me tenir la main, près de mon lit.J’avais pris le relais, quand cela avait été son tour.
Le reste, ça tenait entre les odeurs d’éther de désinfectant, les chariots de soin, les poubelles souillées, encombrant les couloirs, parcourus par les bancales à roulettes ou autres malades poussant leur mat à perf, le pyjama tombant sur les mules, pour aller acheter des clopes, à la caféte. Ajoutez le personnel et vous avez le tableau de cette ruche à souffrance.
Privé d’horizon , d’air frais et de toutes ces choses de l’extérieur. j’avais malgré l’âge avance, gardé le besoin d’aimer la femme de ma vie, avec un cœur ardent et recousu .
Si ce temps de la douleur existait bien dans ma vie, alors, ce n’était pas le mien. Jamais je n’aurai voulu en être le complice soumis. Çà rappait dur, toutes les convictions, ces passages obligés dans la souffrance. Bien peu retournaient à leurs rêves en sortait de ce merdier.
J’y étais retourné, à chaque fois, avec plus ou moins de temps consacré à la convalescence qui vous tombait dessus comme un paquet-cadeau.

Le jour s’était levé et répétait sa leçon. La vie pour moi, se passait, dehors. Dans le vent, sous la pluie, en plein soleil, mon corps ne demandait que ça. A chaque instant, toutes le couleurs du temps m’accueillaient. Il y avait bien ce vide s’élargissant jusqu’à mon enfance détruite pour toujours, mais je n’y plongeais plus à chaque fois. Je voulais fuir cet abandon comme j’avais fuit les coups donnés à la maison.
C’était depuis mon grenier que je t’écrivais tout cela, mais c’était déjà trop tard. D’une rive à l’autre j’avais glané des silences glacés, sauvé une poignée d’idées dans le courant du fleuve, rassemblant le tout en un pauvre viatique auquel je m’attachais pour ne pas me noyer.
Le temps s’était occupé de brouiller les cartes. L’amnésie avait progressé en moi, comme la marée sur l’estran. Il me restait l’essentiel, un souffle de vie ténu, si précieux que je veillais sur lui car c’est lui qui me rattachait à toi.
Je retournais dans les pierriers des îles ,où la marche était si difficile, mais le choix de pierres, à l’infini. Aucun mot n’avait la richesse des pierres assemblées en cairn pour chanter mon amour pour toi. Et comme c’était avant tout une affaire de vivant que d’aimer, j’étais sur le bon chemin.

Roger Dautais
Route 78
Photo : création land art de Roger Dautais.

dimanche 21 juin 2020

" Chemin de vie " à ma femme aimée



À Marie-Claude.

Absence de toi.
L’ordinaire de mes jours, dévore le vent, derrière les collines. Il retourne les terres noires et moissonne les idées venues en masse. L’ordinaire, efface la mémoire, en convoque une autre, plus enfouie, plus intime et qui te tire les larmes. L’ordinaire, c’est le blues de toi qui me prend aux tripes, lorsque tu t’absentes. L’ordinaire se vit sur les quais du port, d’où tu as embarqué pour les îles et qu’il attend le flux de la prochaine marée. L’ordinaire , c’est quand je me mets, seul à table, écartant les miettes du repas d’un revers de main, avant de me servir un verre de vin, main tremblante. L’ordinaire, c’est chercher jusqu’à mon dernier sou, pour acheter le pain. L’ordinaire, c’est raccommoder le temps perdu à raconter des vies et des vies, à des inconnus, sur un quai de gare. L’ordinaire, c’est poser une lune dans les coquelicots, puis une deuxième et attendre que le soleil vienne les éclairer. L’ordinaire ce sera de voir le ciel s’assombrir et disparaître les copains, un à un, l’hiver, et de se rendre compte que le monde retournera quand même, sans eux.
L’ordinaire changera le jour où, à la pointe de Kerpenhir, je verrai s’approcher la belle vague d’étrave de la Sterne, vedette blanche et bleue comme te yeux. Parce que je te saurai de retour et bientôt dans mes bras, pour vivre notre ordinaire à deux.
Roger Dautais
Route 78
Photo : création land art de Roger Dautais
" Chemin de vie " à ma femme aimée
Bavent - Région de Caen - Normandie
Année 2000

mardi 16 juin 2020

Maelstrom de vie :  à Guy Allix





À Marie-Claude, femme aimée.
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maelstrom de vie
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Dans ces montagnes russes parcourues tout au long de ma première vie, il m’arrivait de vomir mon enfance. Certains soirs, je pensais avoir vécu un jour de trop.A chaque fois mes tripes se crispaient. Pourtant au lever du jour, mes doigts agrippaient à cette vie détestable, croyant vivre du mieux, bientôt.Je sauvais du naufrage, quelques idées glanées la nuit, d’un rêve à l’autre. De belles occurrence rapprochaient les êtres qu’il fallait vivre avant leur fragmentation.
Mes souffrances avaient une existence circulaire, allant et venant comme les marées dans la baie.
Il m’arrivait de me lancer dans quelques travaux intérieurs, réglant une circulation sanguine, trop bouillonnante, consolidant mes os de quelques prothèses. Mais les moisissures colonisaient mes synapses. Ma mémoire amnésique, s’épaississait, cédait la place et la mélancolie reprenait de plus belle.
Plus proie que chasseur, je craignais la meute de chiens, chassant le hobo, empêtré dans les marais, emportant mes restes, comme dans le pire des cauchemars.
Te souviens-tu des images folles collées comme des affiches sur les murs du port de Caen ? Portraits au fusain, de hobos morts sur la route et que le vent décollait sans pitié. L’âme de ces morts tintinnabulait dans les impasses des docks. On dansait avec eux, sur les trottoirs à putes, certains soirs avinés.
Finir là-bas ou ailleurs, au pied des cargos dont certains marins ravitaillaient en came, nous était égal.
C’était toujours ce fichu et même temps donné qui s’écoulait.
Il aurait fallu ,après l’incendie de nos êtres, trouver une place sur les pavés luisants pour répandre la dernière poignée de cendres que le vent aurait dispersé.
Mon univers se situait au-delà de mes propres limites. Ma lumière , se partageait l’espace intime avec ma part d’ombre intérieure. Ce lieu incertain contenait une once de magie née de cette tension alternative.
Une sorte de réponse au doute. Les affres de mon corps vivant, différenciaient ma chair de la pierre. Éveil de sensualité à fleur de peau.
Je laissais à l’univers le soin de m’absorber.
Je vivais ailleurs, avant tout, étranger, sans appartenance. Ma peau témoignait de mes gênes.A peine posé quelque part, je poussais mes racines dans le vivant. Une manne inattendu qui sauvait la mise. Puis, je reprenais la route
Si je m’en étais sorti à chaque fois, jusqu’ici, je payais pour savoir que les rescapés n’avaient jamais raison. Personne ne voulait entendre leurs récits catastrophiques, pleins de geôles, de cachots, de trains et de barbelés..
Etais-je perdu dans ce maelstrom de vie?
Non, j’avais toujours une boussole dans mon sac à dos. Je savais les routes à ne jamais prendre comme celles qui menaient au fascisme. L’orientation aux étoiles, que je pratiquais depuis mon enfance, gardait un parfum poétique. Je conservais cette habitude, depuis ma jeunesse sacrifiée et les nuits à la belle étoile.
J’aimais, dans la baie, cueillir les salicornes que je mangerai le soir avec toi, dans notre cuisine. J’aimais de plus en plus, lorsque tu me regardais avec tes yeux bleus.
L’âme de la baie où je pratiquais le land art, était curieuse, venteuse, grise. Sous ses airs de poésie flottante, les bulots continuaient à manger les yeux des péris en mer, entre deux marées.
Sortie d’un bois de pins maritimes, la tourterelle turc, devenait le trait-d’union vivant entre le souvenir du lieu gardé dans sa mémoire d’oiseau et la réalité d’une étendue d’eau de mer, quelle survolerait sans jamais la maîtriser.
Vous désiriez où je vivais, passante, sans soucis ? Si je le savais vraiment, sinon en moi lorsque je ne me quitte pas.
Enfant de pourchassé, très vite indésirable, j’avais pris la route de l’exode dans ma jeunesse pour chercher le passage vers l’autre rive. J’y marchais encore.
Pourquoi attende qu’une bonne âme me tende la main et me montre l’embarcadère, pour cet autre monde, sans guerres, sans racisme, sans dominants, sans violence, sans colons ? Je le connais, rêvant aux jours meilleurs et c’est là que je vais m’asseoir les nuits de grande peine.
Roger Dautais
Route 78
Photo : création land art de Roger Dautais
" Maelström de vie " à Guy Allix.
Normandie.

lundi 8 juin 2020

à Maria Dolores Cano



Changer c’est à la fois, naître et mourir.
Carl Gustav Jung
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à Marie-Claude
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Expérience ultime.
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S’il n’avait pas autant neigé le jour de son enterrement, j’aurais pris cette neige comme un don du ciel. Une bonne matière pour le land art. Mais depuis le 15 février 1997, la voir tomber me faisait l’effet contraire. A cause du mort, dans son cercueil se couvrant de neige , au fond de la tombe,. L’oncle Théophane détestait la neige, depuis les camps nazi où il avait passé cinq longues années.
Des événements comme ça, suffisaient à ajouter, une couche à ma confusion, au moment de créer. Ils s’ajoutaient à l’afflux d’idées désordonnées, lorsque l’inconscient ouvrait les vannes. Mon cœur en prenait un coup à chaque fois. J’aurais à le payer plus tard .
Je le sentais près à bondir en dehors de ma cage thoracique, dans une explosion de cotes. Il fallait remettre de l’ordre dans tout ça, mais pas trop.
Se laisser aller à la petite musique du succès, même légitime, couvrir les murs de mes portraits, n’était pas bon. Je ne l’avais jamais fait. Je devais oublier tous ces bravos.
Si les eaux dormantes résistaient au silence, je devais y arriver aussi.
Chaque saison passée trouvait une place dans ma mémoire amnésique, comme un livre lu, dans ma bibliothèque. Après tout, si je ne lisais qu’un ouvrage à la fois, j’avais tendance à penser qu’à chaque jour suffisait sa peine. L’heure vécue n’était qu’un morceau d’éternité dont je devais faire quelque chose sans me charger de mon passé artistique réalisé.
Je recherchais le silence de l’esprit, loin des appels d’anges déchus qui recrutaient pour le Sad Paradise. Le souffre qui remontait des enfers, tapissant le cratère du volcan, n’atteignait plus mes poumons. Les shoots violent n’entraient plus dans mes veines et mes yeux ne se révulsaient plus dans un corps désarticulé au fond d’un squat.
Mon ancrage était ailleurs, sous un ciel complice.L’universalité de l’absence m’avait fait homme et j’y grandissais, loin des mutineries organisées par les cellules anti-fa, où je militais en dilettante. Ces brûlots révolutionnaires aiguillonnaient les foules. J’aimais l’idée de révolte contre l’ordre et l’injustice, mais en me faisant vieux, l’activisme ne me tentait plus. Oui, à la sincérité de l’engagement, à la simplicité des actions qui marquaient les esprits endormis, mais la violence que j’avais pratiqué, dans ma jeunesse ne me plaisait plus.
J’étais allé vers le land art, parce qu’il était en marge de l’art traditionnel. J’y marchais comme on marche pour atteindre la terre promise. Je m’y était senti accueilli. Je m’ y étais épanoui.
Il s’agissait, pour moi, c de remercier la Terre-Mère, dans chacune de mes installations. Je désirais changer ma vie, changer le monde à mon échelle et j’y arrivais parfois.
Dépasser la performance, qu’elle soit très grande ou modeste, devenait une façon de pense, de s’en détacher. Je devenais un passeur d’idées et je tendais à devenir ce que je faisais naître entre mes mains.
J’aimais, au travers de cet art de vie, cette expérience ultime, menée jusqu’à la vieillesse, raconter l’histoire de l ‘homme que j’étais, à l’enfance meurtrie, issu des extrêmes et pacifié par cet art universel, dans les dernières années de ma vie.
Il me fallait peu, après avoir beaucoup marché, entre l’émotion ressentie dans le paysage et la création in situ. Une sorte de cri du cœur, en somme une grande énergie spirituelle mise au service du geste. Seule, une pratique de chaque jour amenait à ce résultat.
J’étais déterminé à cultiver cet art de l’équilibre précaire pour l’amour d’une femme dont je partageais la vie depuis 53 ans et qui m’aidait, par sa présence sans failles à tenir la route malgré les détracteurs.
Roger Dautais
Route 78
Photo : création land art de Roger Dautais
" Salutation au soleil " à Maria-Dolorès Cano, en amitié.
Ria d'Auray - Bretagne

vendredi 5 juin 2020

lLe voyage de la sphère  :  à  Pierre Bénichou.




Marie-Claude
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*Le mot amour, c’était tout.
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Le monde d’où je venais, n’existait plus et celui auquel j’aspirais, paraissait inaccessible. Entre les deux était apparu un état d’urgence.Des mots sinistrés en moi, pendant de longues périodes de mutisme, affleuraient. Le dire manquait de spontanéité. La société, devenait incurable.Le monde d’où je venais n’existait plus. Cette sauvagerie de souvenirs enchevêtrés dans ma mémoire amnésique , finissait par créer une désordre qui m’emportait dans son sillage.
Petite enfance
On fonctionnait, pareillement, rue Paul Sébillot. On naviguait à l’estime, sans futur. En 1948, ça sentait encore la guerre.les disparus, les déportés, les collabos.Nous, on avait faim et cette sensation de creux au ventre, scellait notre amitié à trois : Edith, Maud et moi. Ces deux sœur juives avaient vu disparaître une grande partie de leur famille dans les camps Nazi. Maud résistait le mieux à son statut d’orpheline de guerre qui lui était offert comme cadre de vie, mais les deux sœurs en souffraient beaucoup. Leur courte vie était inscrite dans ce drame.
Nous étions tous les trois des enfants de la guerre, livrés à eux-mêmes. Notre royaume était la rue et le fleuve de nos navigations, le caniveau.
A quelques centaines de mètres de la maison, en remontant la rue Paul Sébillot, se trouvait le bar de l’Étoile. Plus exactement, un bordel à soldats, comme il en avait beaucoup, à cette époque, dans les villes de garnison, afin de calmer les troupes. L’armée avait une vue tout fait pratique, de la femme au service de la nation. Une exaction de plus à mettre à son palmarès de violence institutionnalisée.
Enfants perdus, nous allions jouer sur le trottoir de ce bordel, attirés, par le bruit, la vie l’ambiance et la musique largement diffusée par le patron, pour attirer le client dont les filles s’occupaient, ensuite. Installés, parmi ces filles à même le trottoir, on jouait aux billes pendant qu’elles racolaient les soldats. On profitait des gentillesses de ces « dames » qui nous distribuaient des bonbons en nous passant la main dans les cheveux. C’était, nos mamans de la rue. Mais on ne comprenait pas plus de ce qui se passait là-dedans. J’avais 6 ans et mes deux amies, deux à trois ans de plus.
De temps en temps, le patron du bar de l’étoile, sortait en vociférant, donnait un coup de pieds dans nos billes, pour nous casser, nous traitant de petits voyous, de sales juifs. On se comportait comme des piafs effrayés, pendant un quard d’heure, avant de revenir devant le bar, accueillis par les sourires de ces « dames ».
Une fois, Maud avait entendu, le mot amour, c’était tout.
Parenthèse.
Ce genre de souvenirs,arrivait dans ma vie, comme une tintinnabulations d’anges déchus de Sin Paradise. De sangsues noires pompaient, le sang de leurs yeux, repoussant toute envie d’accouplement avec leurs estuaires incnadescents.
Le land art occupait maintenant, ma vie, durablement, ouvrant en moi, un large champ d’inquiétude et de questions, auxquelles je me devais de répondre. Au moins, m’y essayais-je de tous mes moyens. Tout était à réinventer, à défricher chaque jour, jusqu’au bout de mes forces.Cette longue et passionnante trajectoire, ne devait en aucun cas, faire de moi, un savant, un spin Doctor, un brillantissime artiste que les foules admireraient,. Non, il s’agissait d’orienter ma vie et de la vivre au jour le jour sans déshumaniser la pratique.
L’imprévu de cet art physique, restait la blessure.Elle revenait, souvent. J’avais quitté la foule besogneuse et ouvrière que je respectais, mais aussi, celle des affairistes, des cupides, du consumérisme et je me retrouvais projeté dans une sorte de houle où je devais surnager, parfois survivre. J’y arrivais.
Carré des anges.
Les visages d’Edith et Maud, mortes toutes les deux dans les années 50, me revenaient en mémoire, très souvent, comme des éclats lumineux. Elles étaient devenues mes étoile. Je les enviais dans leur grand voyage, elles qui reposaient au carré des anges du petit cimetière de ma ville. Souvent, je me trouvais au pied du mur de ce cimetière, prêt à accrocher le voyage , pour de bon, sur fond de mélancolie qui arrivait à percer mes peaux succinctes, et atteignant mon cœur
Reprise.
Mais , je retournais au chantier, dans les petits matins gelés qui font les doigts gourds, au dialogue avec la mer amoureuse, aux danses sur les terres noires, bordées d’ajoncs,. Puis un jour, il y avait eut cette sphère magique, magnétique, avec qui j’avais accepter de voyager.
Elle m ‘avait redonné de l’élan, fait battre mon cœur jusqu’à la chamade, et surtout me redonné l’envie de continuer le chemin pour toi, seule femme aimée, jusqu’au bout.
Roger Dautais
Route 78
Photo : création land art de Roger Dautais
« Le voyage de la sphère » à Pierre Benichou
Région de Caen - Normandie

vendredi 29 mai 2020

à Michèle Schang

De mon enfance en caniveau, il me restait si peu de bonheur. Mais le sourire de ces deux soeurs de misère, je les garderai à vie.
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À Édith et Maud,
mes étoiles de guerre..
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La clandestinité, on l’avait choisi pour elles, dans cette France de collabos , devenue trop dangereuse à vivre. Même pour de jeunes enfants, le temps n’était pas à se promener dans les rues, avec une étoile jaune sur le cœur. Leurs parents s‘en étaient séparées, pour les sauver. Elles étaient arrivées, toutes les deux, un hiver dans une ferme des côtes du nord, en Bretagne. La famille était protectrice. On les avait aussi obligé à changer de nom. Elles s’appelleraient, désormais, les sœurs La croix. Issues d’une famille juive non pratiquante, elles avaient dû, provisoirement, suivre la religion catholique, aller à la messe, réciter des prières, qu’elles ne connaissaient pas. Ce n’était pas leur nature de prier et elles n’aimaient pas ça.
Édith et Maud, étaient restées cachée dans cette ferme jusqu’à la libération avant de rejoindre Paris. A part une tante du côté de leur mère, tous les membres de leur famille avaient été déportés, puis exterminés.
Leur tante était venue avec elles, habiter dans une petite ville, du nord de la Bretagne. Elles vivaient toutes les trois dans ma rue.
Très vite, Édith et Maud étaient devenues mes amies. Cela me permettait de m’échapper très souvent de ma maison, où j’étais maltraité. Je leur racontais tout.
C’est ainsi qu’en échange, elles m’avaient fait des confidences sur leur vie.
Le père de mon ami Titi,le voisin du dessus, n’aimait pas les juifs .Pour cette seule raison,Titi ne participait pas à nos jeux. Un jour, il m’avait montré un livre, appartenant à son père: Mein Kampf. Pour que je le lise.
Cela ne me disait rien de lire un livre sans images et il l’avait remporté chez lui.
Nos escapades, à la vieille rivière, nous les faisons tous, les deux, sans les filles.
Un jour, j’avais emmené Édith et Maud, au cimetière de la ville. Elles avait trouvé le lieu des morts, très beau. Un grand jardin, qu’elles disaient.
Elles avaient récupéré des perles dont on fabriquait de couronnes mortuaires, pour en faire des colliers et des bracelets. Très élégantes, dans leur pauvreté, elles s’ en paraient, tous les jours.
Je les avait toujours trouvé jolies avec leurs longs cheveux et leurs regards noirs. Je pense que j’aurais pu les aimer, en vrai, si elles n’étaient pas mortes, jeunes.
De chagrin, je crois.
Avec le temps, toutes ces histoires s’étaient transformées en empreintes profondes qui relevaient de leurs passages sur terre et dans mon environnement.Je les comparais à ces rivières bleues qui apparaissaient, sans que rien ne les annonce, sur les étangs du lac aux lotus.
Rien ne pouvait expliquer leur présence, mais je savais, qu’Édith et Maud, mes étoiles d’enfance, continuaient à vivre près de moi.
Roger Dautais
Route 78
Photo : création, land art de Roger Dautais
« Rivière bleue» pour pour Michèle Schang.
Région nord de Caen.
Normandie

dimanche 24 mai 2020

 " Béances "
La mort n'est rien pour nous.
Epicure ( Lettre à Ménécée )
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à Marie-Claude, femme aimée.
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Béances...
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Solitude, vieillesse, maladie, abandon, une agonie en soi qu'il faut combattre.
Cette mort qui infuse, c'est trop vague pour déjà être prise au sérieux.
Je la compare à l'air soudain grave pris par le ciel, qui cache son jeu derrière un paravent de nuages et finit par imposer sa colère en trombes d'eau mortelles.
Je suis adepte de la lecture et de la marche dans le cimetière des Quatre Nations *. J'y retrouve ce silence des zones excentrées de la grande ville bruissante et agitée, propice à la méditation.
J'y rentre par l'unique porte située au sud, trouant la grande muraille d'enceinte. Je rejoins, rituellement et en marchant, les quatre Cardinaux, en tournant toujours à gauche. Sud, Nord, Ouest, Est.
A peine si la présence des chats, dans les hautes herbes colonisant les tombes en dés-errance, , dérange les habitants du sous-sol. Nos propres échanges, sont touffus et légers à la fois.Choisir une tombe à honorer demande du discernement. L'inévitable disparition de la quasi totalité des noms sur les pierres tombales ne me dérange plus. Je m'adresse en silence, à l'ensemble des disparus.. Je compose avec cette sensation des présence et tout signe peut être interprété ou simplement perçu.
Vient alors l'instant de l'invite , la quelle il faut répondre et honorer la mémoire qui fait signe.
Discontinuité d'un rêve éveillé, fragrance de l'esprit qui veut efface la frontière virtuelle entre cette énigmatique expérience et la création qui laisseraient place au land art pour son épanouissement éphémère ?
Le cœur devient le seul messager capable de répondre à cette énigme.
Roger Dautais
Route 78


* Le Cimetière des Quatre Nations, se trouve à Caen et fait partie des lieux de promenade connus bien au-delà de la Normandie.


Photo : création land art de Roger Dautais.
" Béances " :
aux âmes vagabondes qui accompagnent nos vies.
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Note :
Béances.
sur le côté droit de cette route en lacets qui menait à la mer, je trouvais un endroit ensemencée de fleurs des champs. Sa beauté me frappa. Quelle main avait semé ces fleurs champêtres, sur ma route, peut-être, dans le dernier de mes printemps.
Une force anormale stoppait mon avancée.
J'examinais les lieux, le virage, le talus, le chêne vert.
Mais oui, c'était ça,... l'endroit même où Sara perdit la vie au volant de sa voiture, projetée sur le chêne vert, par un automobiliste aviné qui avait perdu le contrôle de son véhicule. Nous avions tous été bouleversés par la mort de cette jeune femme de 22 ans.
Dix ans après, j'étais arrêté au même endroit, par ces fleurs semées. Ce ne pouvait être qu'un signe de Sara. Je cueillis de trois fétus de paille que je posais en équilibre, pour elle.
Bizarrement, encore une fois, on me faisait signe de l'autre monde. Toute ma vie avait été ce compagnonnage avec ceux que vous appeliez de disparus, dont je me sentais proche.
Roger Dautais

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.