La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 17 septembre 2014

La vague : pour Olivier Mélisse
Bienvenue sur l'autre rive  : Pour Jacques Manceau
Occurrences Celtes :  Pour Laodina Le Gal
Passion rouge : pour Marie-Claude
Boîte  à  mémoires des perdus  : pour Joëlle Mandard
Sangs mêlés de Kernours : Pour Danièle Duteil
Terre d'exil : aux enfants du  monde
Les trois sœurs : pour les sœurs Gwernig
Le secret des  pierres : pour Youenn Gwernig
Scarface : pour Erin
Pierre d'offrande  : à Paul Quéré.
La question: Pour Louis Bertholom.
La réponse du Loc'h: à Marie-Josée Christien
Les  demoiselles d'Omphalos : pour l'inconnu péri en  mer.
Offrande au soleil levant : Pour Rick Forrestal


A Jacques Manceau.


A  l'heure  même  où j'écris ces lignes, ils mettent  un  homme en terre,  loin d'ici. Le passage d'une rive  à l'autre,  il l'a payé, cash, cher. Il était  mon cousin Jacques.
 Pour toi, Jacques, cette dernière spirale du Vieux-Passage, en terre Bretonne. Tu le sais, maintenant, toutes les terres ne font qu'une et chacun selon ses croyance  y trouve la paix, dit-on . Qu'il en soit ainsi  pour toi.

On ne peut quand  même pas imaginer la vie sans la mort. A chaque disparition, je monte en  première  ligne. Je ne l'oublie jamais. Ce qui a changé depuis que nous sommes en Bretagne ? Nous y avons vécu 17  mois. Dix sept de  moins à vivre sur  mon  propre compte.

  Ty Bihan

Le  monde  est beau, sans doute. Il est cruel, aussi. Combien d'exilés envoyés par le fond ces  jours-ci en Méditerranée et  à qui  profite le crime ?
  Je suis sur les roches de Ty Bihan, en ce  lieu difficile d'accès, aux  pierres  lisses, glissantes,  lourdes. Je m'y rends parce que  l'endroit est beau, calme. J'ai des choses  à dire à proclamer devant  l'océan. Pierre après  pierres, je compose le  poème du jour, puis  un autre, et un autre, jusqu'à épuisement. Ils valent bien cela ces enfants du  monde, sacrifiés sur le chemin de  l'exil. Qu'on arrête de  me parler de mes petits  bonhommes rigolo. Je préfère que vous passiez sans rien dire. Cela me convient  mieux.

Île de Berder

Ce qu'ils appellent vagabondage et qu'ils  punissent, n'est qu'un reste de  liberté première d'aller et venir dans la nature, avant qu'elle ne tombe aux mains des  propriétaires. A  moins qu'ils ne soient contraints et enfermés dans des cages,les oiseaux ne se soumettent qu'aux  lois de la nature, ignorant, limites de  propriétés et frontières. J'aimerais revenir sur terre sous la forme d'un  oiseau.
Les demoiselles de Berder ont pris leur envol  pour  l'Omphalos, entre les carcasses du cimetière marin de l’Île de Berder. J'ai expliqué au  photographe  présent qu'il s'agissait  pour  moi, de rendre hommage au marin  pêcheur, tombé la veille d'un caseyeur et disparu en mer, au large de Belle Île. Il a compris  mon geste, ajoutant, n'en parlez pas  à mon groupe d'amis,  ils ne comprennent pas ces choses  là.

Côte sud de la Bretagne.

Elle m'attend  à la maison, souffrante. Je pense aux longs  mois passés dans cet état. Je l'aime. Je rapproche deux  pierres sur  l'estran, je les lie d'un coton rouge et termine le tableau en posant  une tête sur chaque corps. L'Atlantique  monte. Bientôt ils seront recouverts et ne restera plus que  l'immensité marine et son  horizon.
 Au bout du paysage, existe-t-il plus beau que ton  regard.
 Elle accompagne chacun de  mes pas. Je grimpe sur la falaise. Je reprends le chemin de ronde. Je vais la rejoindre.

S'alléger si  l'on veut vivre. Le trop, parfois, c'est le contraire de la vie.

Mémoires

Pour ne pas perdre  pied, ce Dimanche, j'ai décidé de faire le tour de  mon village, dans le sens  inverse des aiguilles d'une  montre. Brec'h. Ville étape. Pont Romain, sur une pierre de remarque, déjà rencontrée, je réalise autour de pièces métalliques trouvées près d'une machine agricole abandonnée, trois  installations. Je questionne le  lieu et totémise la  pierre de remarque. La réponse ne tarde  pas. Le magnétisme des cours d'eau et de cette voie Romaine,  m'inspire. Trois noms, Bertholom, Christien, Quéré me sont servis par ma mémoire.Ils sont présents, ici.
Je reprends la route. Seconde étape: même ville, Champ des Martyrs. Après une  longue cueillette, je réalise  un boîte  à  mémoires. Chaque  végétal, chaque  matériau a sa  mémoire, éphémère. Le tout assemblé doit raconter, chanter une histoire. Ensuite, je peux partir.

Terrasse de Saint Goustant

Un  petit groupe d'étudiants parle de Hannah Arendt et moi, je lis "La terre  à personne" d'André Daviaud. Pas de rapport direct entre les deux auteurs, sinon, la littérature. Ici, ma solitude se contente d'une tasse de café noir, sans sucre et de quelques pages de  lecture à la terrasse de l'Armorique.
L'été est fini.


Roger Dautais
Pluneret, le17 Septembre 2017


.../
Tout se justifie
en cette  vieille contrée
qui se donne à l'océan
comme  une nymphomane
affamée de sel et d'iode.

" Mes chaussures crissent
un papier froissé
sur les gravillons  blancs
qui  mènent à ta dernière demeure. "

Kermabec terraqué.
effrayé,  presque, habité  pourtant,
 village-passage vers les nuages
et les gerbes de  l'océan
qui s'impatiente.../

Louis Bertholom
 Bréviaire de sel
Editions Sauvages 2013





Bretagne. Ici on ne pense pas, on chante, on danse la pensée. On ne pèse pas les mots, les arguments, on les laisse s’accorder à une mélodie, une musique interne suscitée par le lieu, l’élément, pluie et vent. Le corps la joue, comme les branches de l’arbre, la voile du bateau, le conduit de la cheminée, le rocher battu de la vague. L’âme caisse de résonance ?

Nous nous en remettons à ce chant intérieur, d’ailleurs moins personnel que création commune. Secret de notre silence sauvage.

Il neige. Poésie en hibernation dans le sein chaleureux de la terre qui l’écoute, la sent, lui parle : comme la mère à l’enfant qu’elle porte.

Le silence est une œuvre au noir.

Autre temps, autres lieux, le Bouddha, Lao Tseu et le Bodhidharma, invitaient, eux aussi, à danser la pensée…

Secrète nature, muette nature, le chant intérieur n’est pas personnel. Il est bien commun, viole de Bretagne, violon bigouden !

Etre en harmonie avec l’espace vécu comme une célébration : nous nous sentons, ici, plus près d’un Orient même extrême, que d’un Occident bavard, raisonneur, ratiocineur, dont nous ne pouvons saisir les paroles tant leur flot nous submerge, nous étouffe, nous noie…



 Paul Quéré *

*  http://www.cyclopaedia.fr/wiki/Paul-Quere


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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.