La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

jeudi 18 novembre 2010










aux passantes...



à Marie-Claude

Les rosiers


Une plaine-nuit, une nuit de peine-semaine. Partout le vide et l'éclat. La brouette au bout des bras., me courbe. inlassable gravité des jardiniers au travail. J'exprime la terre. Jeu de mains, jeu de vilain. Me voilà si près, si loin.Terre de feu, brûlure des griffes de rosiers. Humus. Pierres abandonnées, retournées, déplacées, emportées autre part, dans l'autre-ailleurs des platebandes. Les grands silences partagés, nos blessures, sécateurs, griffes en bois, puis, le sang-sève. Mes doigts engourdis et sales. Ces mains gâchées, ce dos vieilli. Cette fatigue juste qui monte avec la journée. La pâleur du soleil voilé, l'affolement du tambour de chair, mais, l'alignement des corbeaux qui volent leur destin. Le bruit des bottes sur l'herbe gelée comme un bonheur d'enfance retrouvé. L'oiseau revenu, nommé "an eostig".
L'indifférence des passants, me navre dans cette allée d'école. Je suis dans mon havre de paix-travail, bien. Froid, gelé, vivant, oublié. La bêche tranche,retourne, casse, tasse. l'œil apprécie. Il est midi. Je m'arrête, seul.
Je marche dans la plaine-nuit, dans la nuit de ma peine-semaine

Roger Dautais





à Marie-Josée
.../
Mes vers je les écris avec le soc de la charrue
Dans la chair vivante de ma Bretagne, sillon après
sillon- J'y dissimule des grains d'or-
Le Printemps en fera des poèmes:
Mers d'émeraude ondulants dans la brise
L'été en fera des étangs d'épis
Le vent d'Août les mettra en musique
Et le chœur de al batteuse chantera
Les journées ardentes du huitième mois
Les journées de peine de poussière de sueur
Mes Poèmes sacrés et...méprisés

Anjela Duval (1905- 1981)
Poèmes de nuit, Poèmes de jour.




à Manue...

Chien errant


Et me voici devenu chien errant, pattes crottées, poils mouillés par les pluies d'automne, langue incertaine et pendante. J'ai cherché, en vain, une proie facile, pour me nourrir, mais je n'ai reçu que volée de bâtons, par les paysans, bien décidés à me rompre les os. J'ai hanté les ruines des fermes, parcouru les rues froides pour apaiser l'écho permanent de ma faim. Mes yeux éblouis par les phares de voiture, sont devenus aveugles. La faim au ventre, j'ai déchiré des charognes dans les fossés humides et mes dents se sont usées à la tâche. Ils m'ont pris en chasse, les hommes d'équipage en livrée et bottes cirées. Leurs meutes hurlantes m'ont appris la fuite, l'isolement, la vie rude et j'ai perdu l'espoir des chiens. Jour après jour, la faim me rognait le ventre. Mes cris sont devenus plus rauques. Les hurlement ont peuplé mes nuits, déchiré les banlieues, atteint les ciels d'orage. Ma vie s'est inscrite dans ces territoires improbables remplis d'habitations aux murs de vent. J'ai creusé des tombes croyant que tel était mon destin, prêt à m'y coucher. Mais à chaque fois, je suis reparti en quête de sonorités nouvelles à saisir dans le vent, espérant qu'elles me feraient signe, qu'elles me montreraient la route pour aller voir ailleurs, sur les traces des chiens sauvages en guerre, comme moi.
Fallait-il donc se coucher pour obtenir la paix et manger dans la main du maître, ou bien, prouvais-je garder ma vie rebelle et libre sans chercher ce rassasiement ?
J'ai pris la route du Nord. Le soir tombait. J'ai traversé une dernière fois la forêt et cela m' pris toute la nuit.Lorsque je suis arrivée à l'orée, la lune éclairait ce no man's land qui me séparait de la grande ville. Je me suis assis sur les pattes arrières et j'ai poussé le lus long cri jamais sorti de ma gueule. Quelques fenêtres se sont allumées et j'ai entendu les chiens domestiques me répondre. Je ne pouvais plus leur expliquer que j'avais choisi, à l'instant m^me de rester, chien errant, pattes crottées, poils mouillés, par les pluies d'automne, langue incertaine et pendante.
Mon pays serait, déplacement, voyage, ailleurs, au delà de la frontière qui nous séparait. Mon pays serait la vie, rythmée par les battements de mon cœur. Ma vie serait un long hurlement jusqu'à ce que je rencontre la tendresse des hommes, s'ils ne l'avaient déjà enfouie sous de monceaux de viande fraîche et autres entassement d'or et de richesse.
Le ciel s'est couvert et la pluie s'est mise à tomber ,fine et froide. Je me suis souvenu de ce ce pays que l'on appelait la Bretagne, où j'étais né, non loin de Brest, de mon abandon au bout d'une corde dans une forêt et je décidais, malgré cela d'y retourner pour y finir mes jours sans perdre la liberté de chien errant.


Roger Dautais


P.S. Toute les photos présentées sur cette page ont un point commun : elles ont été sélectionnées pour illustrer un livre de poèmes en 2009.

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.