La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 18 janvier 2020

Le voyage de la sphère  :  to Erin


 
À Marie-Claude…
*
*
Il n’y avait rien à sauver, sauf l’amour.
Regretter de ne pas avoir tout dit, ne sert pas à grand-chose. Aucune vie ne permet d’ atteindre un tel but
La géographie de zones marécageuses qui bordaient l’estuaire sur les deux rives du fleuve, me donnait une idée de la complexité de l’existence. Des différences de niveaux, peu de lignes droites, des circonvolutions où le mort et le vivant, coexistaient. Des miroirs à circonstances, captant le ciel au mieux et renvoyant des lumières labiles. Des bouts de terrains en herbe, stables pour élever des cairns. Des vasières pour s’enliser. Comme dans la vie.
Et puis, la mer revenait, montant sans hésitation, qui recouvrait l’ensemble de la vérité vue, d’un manteau liquide gris.
Pour peu que le brouillard s’en mêla et l’oubli total s’imposait à toutes ces mémoires amnésiques en train de se noyer sous mes yeux.Il restait donc, sous cette masse autre chose d’indicible, détenant un trésor, une mémoire des lieux et des ans, résistant aux pires tempêtes, se nourrissant de sa propre entropie. Un casse-tête de psychanalyste.
Le souvenir de ma vie, s’enracinait bien, à l’instant, dans un présent condamné, d’un homme qui se déplaçait. Ce souvenir se démultipliait dans les vents salubres et salés, du paysage marin. Ni les anges ni les sirènes n’avaient droit à une place dans ce délire. J’aimais faire réapparaître des bribes de vie de mes disparus.
Malgré les petites souffrances accompagnant ce genre d’exercice très personnel et mélancolique, les lumières de leurs regards captés, éclairaient le désert dans lequel mon existence de vieillard me faisait avancer.
Les silences suggéraient des profondeurs
Je pensais à mille choses. Trop. Mais, c’était écrit dans les sables mouillés de l’estuaire et mon étonnante mémoire éclatée, faisait office d’encre sympathique. Dans le fond, l’oubli,en surface, une trace,des mots qui surnageaient, s’imbriquaient, bribes par bribes, au point de s’assembler et faire sens.
Mes doutes enténébrés et profonds, se délitaient au profit d’une vérité présente.
De la vie grouillante de mon inconscient, naissait une réalité plausible, malgré le combat de ma propre mécanique corporelle, incapable d’entrer dans ce schéma.
Face à moi, trop de cadavres verdis de peur, trop de chairs délitées, abâtardies, portant la pourriture comme un étendard. La noblesse se trouvait dans les disparitions, non dans les parades cupides. Mon sang, ma peau, ma taille , prenaient racine, au sud. Mon cœur mes entrailles, mon âme, reniaient tout,sauf une réalité : le cœur à cœur faisait exception du reste. Il n’y avait rien
d’autre à sauver .
Une tour de Babel, que cette superstition de mémoires maudites. Entre l’inclus et l’exclu, des sorties de routes serpentines. Des palanquées de juges fourbes. Un pardon, aussi.
Je cherchais dans ma démarche de land artiste, la concision, celle qui rassemble les visons parallèles de l’esprit, pour atteindre, l’homogénéité du geste. Mais aussi, une musique intérieure, élevée dans l’ordre du sacré : la mélancolie . Son absence signait l’échec.
Que certains événements brutaux, introduits dans la ma vie, m’avaient conduit à tout plaquer pour rejoindre, assez tard, le land art, était une vérité. Vous en étiez témoins en me lisant.
Sous les réverbères de ma petite enfance, rue Sébillot, des halos de lumière jaunâtre, suffisaient, la nuit, pour rassurer mes fugues.
Au retour, dans la petite cuisine de notre maison, qu’éclairait une lampe à gaz, trônait une table dans le prolongement du buffet. Au bout de la table, mon père, le jugement, la sentence, la peine et un placard noir pour l’accomplir.
Certes, la pénombre adoucissait ma peine, dans ce lieu où je pleurais beaucoup. C’était mal de fuguer, et bien de rester subir. Je refusais. Allez comprendre pourquoi, cette rébellion, ce balancement entre le bien et le mal dura jusqu’à mon adolescence.
Pourquoi cette oscillation qui me prenait, aujourd’hui, dans cet estuaire, me transperçait, douloureusement ?
Pourquoi j’allais traduire cet état limite, par une dernière fugue vers les hautes herbes qui délimitaient le domaine marin en le séparant des terres cultivables ? Parce que j’allais y trouver un écrin souple, sous le vent, pour y déposer cette sphère de coudrier, qui comme moi, ne cessait de marcher en attendant la mort. Et si ma vie n’était qu’une longue marche, jusqu’à son terme
Avec un peu de recul, je peux avancer une réponse à tout ça. Pratiquer le land art résumait bien ce que je désirais être : un homme de passage, éphémère, sachant que le principal, restait d’aimer
Roger Dautais
Route 78
Photo  : création  land art de Roger Dautais
" Le voyage de la sphère " To Erin.
Normandie










Route 78
Photo : création land art de Roger Dautais
"Le voyage de la sphère " To Erin.
Normandie

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.