La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 18 mars 2019

Rupture  :  pour Sarah



Pour Sarah
Si comme moi, tu ne connais pas l'éternité,
rien ne t'empêche d'en inventer une autre.
Roger Dautais


Aux femmes-étoiles qui nagent entre deux eaux...

Nuit blanche...
Cette nuit, je suis passé de l'autre côté du miroir. Je savais t'y trouver, mon amie. Tu dors de trop. Ta pensée se sclérose et se retrouve dans cette pensée universelle morte en ce moment. Tu te veux normale, normalement normale, désaccouplée, libre. Ce sont des mots. Il faudrait les redéfinir, les élargir, les enrichir. Redeviens vague dans ta fumée d'herbes et satisfais-toi de cette véritable existence excessive. La mer s'était retirée quand tu avais regagné le bord, les cheveux  mouillés. Je connaissais ta façon de les balancer sur le côté de la tête,  pour le essuyer vigoureusement, avec ta serviette épouse, en regardant la mer, avant de la nouer "en fakir", ce qui  grandissait aussitôt ta petite taille.
Elle est encore froide-   m'avais-tu dit, couverte de frissons. 
La plage des commensaux était sujette aux vents du nord. . Parfaite pour des cairns, pas pour se baigner.
 Je te regardais, en perpétuelle oscillation par rapport à la norme et son désir d'ordre. Je supportais mal ce flou dans lequel pourtant, je trouvais de quoi t'aimer. Probablement,  m'échappais-tu, en permanence, sans le savoir. 
Ton bateau-couple avait coulé dans la violence, malgré tes enfants, et personne ne montrait à bord, maintenant. Quelque marin ou capitaine, pour lofer au bon moment, mais rien, rien d'autre que le vent n'embarquerait avec toi, trop rebelle, trop abîmée par la vie.

Sarah le savait. Elle en jouait. Je l'avais accepté trop longtemps. Je devais partir, aussi.

-Ton cœur te lâche, fais toi soigner -,  avait-elle  lâché, en me regardant dans les yeux, ses deux mains   mouillées,  posées sur me bras.
Tout était dit. Je suis parti le jour même. J'ai quitté sa maison, sac au dos.
 
J'ai traversé les dunes d'oyats, qui remontait vers le nord. J'ai emprunté le pont de pierre qui franchissait le fossé des premiers gabions. Son étoile se reflétait dans l'eau bleu, pendule sacré sur fond de ciel bleu , tombé sous l'arche. Je pensais à Sarah que je ne reverrai plus jamais, absorbée par sa folie naissante.
J'ai pleuré longtemps cet après-midi là et je me suis perdu dans la nature.
Roger Dautais
Notes de Land art pour la route 77

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com

" Rupture " pour Sarah
Cote de Nacre - 1998
 
Cairn du souvenir  :  pour Tio + *



à Christian Cottard
frère d'écriture.


Durant ces dernières semaines, une longue indifférence m'avait entourée sournoisement, depuis que mon opération du cœur s'était annoncée. Rien de violent. Non, les mots changeaient de trottoir, les regards fuyaient. Même les chiens détalaient en courant devant moi.
Je suivais Tio et Zac sur le même trottoir. De vieux amis que je n'aurai dérangé pour rien à cet instant. Je me suis dit au même moment : : tiens, je suis vieux, je commence à sentir.
Beaucoup craignent cette maladie sociale. Et pourtant, à moins de se faire écraser, ou de mourir brusquement terrassé par un infarctus, vers 30 ans, leur vie future les amènerait un jour à la vieillesse. Et justement, ce pays là, habité par des séniles leur faisait peur.
Alors, je suis parti pour de bon. J'ai quitté la maison. Comme j'étais voyageur, je me suis retrouvé loin de chez moi, tout à fait à l'aise.
Tio venait de fêter ses quarante six ans et elle m'avait confié quelques poème de son cru, recopiés sur des petits papiers blancs, roulés sur eux-même. Sa main de femme exquise, , les avait entourés d'un ruban rouge, pour souligner le côté cadeau fait à la nature.
J'ai pris la route qui menait à la voie ferrée. J'aimais les voies ferrées, les chemins creux, les plaines sans fin, les carrières dangereuses, les chênes et les oiseaux, surtout les sternes.La mer était mon paysage préféré. Pas de quoi rester longtemps seul,avec ces amis.
Après quelques heures de marche, j'entendis le chant de l'Océan. Il avait le pouvoir de me calmer aussitôt.
Le vent s'était levé lorsque j'étais arrivé à Ty Bihan. Je me suis mis aussitôt à l'ouvrage, élevant une série de cairns face à la mer.. J'ai réparti tous les poèmes dans ces pierres levées, puis j'ai allumé un feu de solitude.
J'étais heureux, loin de cette hypocrisie déambulant , mielleuse qui me souhaitait une bonne santé et pensait le contraire.
Les poèmes prirent la mer à chaque écroulement de cairn. Je pensais à Tio que j'aimais tant et qui, elle aussi n'en avait plus pour longtemps à vivre. Roger Dautais
Notes de Land art pour La Route 77

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Cairn du souvenir " pour mon amie Tio + *
Bretagne Sud - 2014

* Tio est morte en 2014 dans  l'indifférence d'un monde cupide.

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.