La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

jeudi 5 mars 2015

Le guetteur de la 116   : pour Patrick Lucas
La grande marée :  pour Claude Amstutz
Le rides du temps : pour Gérard Bonemaison
L'échappée hivernale  :  Pour Marie-Claude
Trouble-fête en ria : pour Serge-Mathurin Thébault
Spirale de Gouyanzeur  :  pour Béatriz Macdowell
Prison de femmes :  pour Erin

Niveaux de connaissance : pour Gine Proz
Mandala des quatre sapins :  pour Uuna
Trou de  mémoire  :  pour Mémoire de silence
Trois places pour le ciel  : pour (Magia da) Inès
Traversée : pour Orvokki
Epidemic systèm :  pour Marie-Josée Christien
Le guetteur de marée : pour  Tilia
L'autre combat de Lampedusa : pour Danièle Duteil
Petit temple Charlie : pour Luce Lapin et ses copains
Spirale CHARLIE  : pour ne pas oublier


 Route 72


Groë-toul
J'ai observé le jeune merle gratter dans les feuilles  mortes,  à la recherche de vers de terre. Il est  ici chez  lui et moi,  son  invité. Lorsqu'il a terminé, il  me regarde  un instant et prend son envol. Je prends la suite et m'approche de la souche d'arbre et commence  un mandala.
" qu'est-ce que vous faites sous mes arbres ? Une très vieille dame, 80 ans me dit-elle,  m'interpelle en brandissant  un bâton de  marche.Je suis installé sous ses quatre  pins maritimes, poussés le long du chemin. L'échange n'est pas convivial. Elle reprend : vous n'êtes pas d'ici, vous êtes  un étranger, partez. 
C’est vrai  j’habite  à 3 kilomètres de ses arbres. Elle consent néanmoins à ce que je termine  mon  travail.
Le monde appartient aux  propriétaires

Route 72
Elle n'est pas venue m'accompagner, une fois de plus. Les saisons défilent. Rien ne s'arrange. J'aime toujours son regard bleu, lorsqu'elle me souhaite bonne route. Je lui ai planté des  primevères dans le jardin. Elle les vois, depuis notre table. Viendront, bientôt, les rhodos, le camélia de Fany. Cette solitude me  pèse. On n'aime jamais assez. Je  m'échappe dans le land art mais, jamais  loin. C'est à elle que vont mes pensées. Ils ne comprennent pas. Ils nous voudraient, comme eux, parcourant le monde, flamboyants. La maladie emmerde les gens. Nous elle nous a rapprochés.

L'hiver
Une pluie fine et froide tombe sur le triangle de Gouyanveur. Cernés par la forêt, les  hommes du pays  ont déboisé suffisamment pour  y vivre et cultiver la terre alentour. Ici,  l'eau est dominante. Elle impose sa présence. Elle est parfois étang, ruisseau, rivière, source, et la terre en est  imbibée. Toute cette eau, ruisselle, bondit caracole, coule et descend jusqu'à la ria, en Baie de Saint Jean pour rejoindre la mer..
Je suis le mouvement naturel de cette eau et pose mes installations sur la rive droite du Gouyanveur, belle rivière  à truite. La  pluie cesse en  milieu d'après-midi, et le ciel me gratifie d'une lumière inespérée.

Prison des femmes
1960, tous les matins, je passe  à vélo devant ce que  l'on appelle La Prison des Femmes de Rennes,  pour me rendre à l'école des Beaux-Arts,  où je suis étudiant. 2002, je pousse la porte d'un Centre de détention où, pendant 6 ans, j'accompagne des détenus de  longue  peine dans des projets artistiques. Février 2015,  je crée une installation land art  et la nomme : Prison de Femmes.  Je n'ai rien  oublié de ce long compagnonnage.

Ty Bihan
La mer  monte. Je rassemble  un maximun de  pierres et je les dresse,  les  unes contre les autres, âmes de Lampedusa, nous rappelant ce que les hommes font à ceux qui  ont tout perdu. Ils continuent  à les voler s'ils  n'ont pas disparu en mer.
Une femme m'ayant vu les prendre en photo,  m'interpelle sur le chemin douanier,  loin de cette installation, me demande si je sais qui a fait ces petits pingouins. Je lui répond que non, car je suis  un peu gonflé par ces  remarques, ne sachant pas ce que cela cache. Ici,  on est quand  même souvent dénoncés comme des  destructeurs de paysage. 
Je suis dans le grand  pierrier, malgré  mon genou blessé qui me fait encore mal. Je réalise  un petit temple  pour LuceLapin et ses amis  de la rédaction de Charlie Hebdo, en signe d'amitié. Il faudra aussi que je ressorte cette Spirale Charlie de Janvier, celle qui m'aura valu tant d'ennuis. Ça serait dommage d'oublier si vite et de plier devant tous ceux qui ne veulent voir qu'une seule tête dans les rangs et condamnent la liberté de penser.
Demain sera un  autre jour et je sens déjà  l’appel de la route 72


Roger Dautais





Sans la nuit
Que serait le  miracle
de l'aube
l'apparition du  jour
derrière les paupières

Marie-Josée-Christien

mariejoseechristien.monsite-orange.fr/
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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.