La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 18 janvier 2014

Breizh : à Danièle Duteil
Le gisant de Saint Jean  :  pour Elena Nuez
Le gisant de St. Jean : vue d'ensemble
Le secret de St Jean :  Pour Pilar Lain
Pierre de  mémoire :  pour Uuna

Laisse de  mer :  pour Remeï

L'heure  profonde :  pour Moun  B.
Le guetteur de St Jean : Pour Sadaya
Spirale de ST Colomban : à Serge Mathurin Thébault
Terraqué : à Eugène Guillévic
Les suivants : pour Norma
Les  premiers : pour  Orfeenix
Confidences : à Marie-Claude
Après la tempête :  pour Marie-Josée Christien



Dès  lors que  l'on renonce  à tout comprendre tout
s'éclaire *

M.J.Christien




Hommage  à  l'Atlantique

Il fait froid. Le ciel est couvert, la mer est grise,  un  léger vent qui  n'arrange rien, va m'accompagner  aujourd'hui. C'est la première fois que je mets les  pieds sur cette  plage de Saint Colomban,  à Carnac. D'emblée, le lieu me plait.J'aimerai y tracer ma première spirale de  l'année 2014, car,  jusqu'à ce  jour, le mauvais temps  m'en a empêché.
Je descends sur la plage. Le sable est tassé,  mouillé, les dernières tempêtes l'on  damé comme  une dalle de ciment. Enfin,  presque.
Je tente le coup et je ne suis pas déçu car elle sera très difficile  à réaliser. J'insiste,  plante mon talon gauche dans le sable et commence le travail de traçage. Au bout de quelques tours, elle apparaît assez régulière  mais  peu profonde. L'effort est intense et il faut surtout éviter le claquage d'un  muscle - cela  m'est arrivé- surtout par ce temps froid. Les derniers tours sont tracés, centimètre par centimètre ce qui est très  pénible, mais le sol est si dur qu'il est impossible de faire autrement. Ayant choisi le haut de la plage, par  obligation car c'est le seul endroit possible pour travailler, je suis proche de la digue et j'ai de la visite. J'entends de tout, ça va du compliment  à  l'ironie,  parfois la  moquerie : "c'est les Maya, les Aztèques, les martiens ! J'ai l'entrainement et je prends cela avec  humour. En fait, ce que je crains le  plus, ce sont les gros chiens en  liberté.Ils peuvent ruiner  mon  travail en quelques secondes. Aujourd'hui,  il  m'aura fallu 1H30 pour arriver à terminer cette spirale. Je prends du recul et  monte sur la digue  pour  la découvrir , vue d'en haut. Une belle  impression,  une satisfaction du travail bien fait. Enfin,  premier  hommage  à  l'océan Atlantique.
A cette  heure  là, Carnac attend que la nuit tombe ce qui ne saurait tarder. Il  me reste environ deux heures de  lumière et ce sera fait. Je prends la direction de l'Est. J'emprunte le chemin de Ty Bihan qui  longe la côte. Les dernières tempêtes  l'ont abîmé. Je descend sur les rochers bordés  par un emer calme et choisis quelques  pierres  pour élever  le premier cairn d'une série.
j'écoute  l'imperceptible chant des  pierres bretonnes. Il est silence, me dites-vous ? Nul n'est besoin pour  moi,en ce domaine, d’acquiescement. Je l'entends, je le sais, je le sens et le tambour du  monde qui bat dans ma  poitrine, s'emballe. Mes  yeux se brouillent. Ils sont  là, devant moi, revenus, mes revenants, qui dansent sur la grève. 
Retenir une heure simplement en  mémoire, de ce  jour : celle ici  présente, maintenant...


Le rendez-vous de la baie

Un ami  me demanda  un  jour, pourquoi  je continuais la série des gisants de Sallenelles, si décriée, autrefois. Je  lui  répondis  : je ne me suis jamais  posé la question de savoir,si  je devais le faire, mais  pourquoi, je ne le ferai plus.
Ils se sont  imposés comme des  incontournables dans  mon travail.
Depuis  notre retour en Bretagne, je n'ai trouvé ni le lieu ni  l'inspiration pour reprendre cette tradition qui remonte  pour moi au début des années 2000. Très attiré par la beauté sauvage de la Baie de Saint Jean, sur la ria de Crac'h, j'y retourne régulièrement depuis que je l'ai découverte. En  pratiquant le land art sur sa rive gauche,  j'ai trouvé  une minuscule  plage de sable fin. Elle est située  à  l'emplacement d'un ancien chantier ostréicole, en ruine et domine la rivière. Ce  lieu  me  plait, car  il est calme,  ouvert et lumineux .Depuis  plusieurs semaines je me dis qu'il  pourrait convenir  à installer  un gisant. Ce matin  là, malgré la brume, je pars vers la ria et j'arrive sur la petite  plage. La mer a commencé à monter , mais il y a peu d'oiseaux  posés sur la vase et au bord des filières, quelques cris  par ci  par là mais c'est tout.
 Je pense que c'est le bon  jour  pour entamer  une série  bretonne. Je trace sur le sol  la silhouette du gisant et ,  à  l'aide d'une pelle, j'accumule le sable nécessaire à la sculpture du corps.
La forme évoque très rapidement  un corps allongé et la proximité fait que  j'ai  l'impression de lui prodiguer les derniers soins. Le rituel  m'emporte  loin, très  loin. Je ne cherche  pas  à combattre mes idées et je les laisse  venir.  Impossible de ne pas revoir tous ces morts accompagnés, les  miens, disparus.C'est troublant.Je parle, je lui  parle, je  m'adresse  à eux,  le rite passe par là.
 C'est probablement  une façon de conjurer ma peur, de partager aussi ce  magnétisme émanent de ce gisant. Véritable  piège pour qui se laisserait prendre trop  longtemps au  jeu.  En  même temps, une relation  puissante m'unit avec d'autres rites vu en d'autres lieux, entretenus dans d'autres cultures sur la planète.Je suis comme dans  une bulle  isolé de tout provisoirement mais  profondément humain dans ces gestes.
Il me faut terminer le travail d'ornement.
L'ancien chantier  ostréicole abonde en tuiles rouges, servant au naissain d'huîtres. Abandonnées par centaines, elles sont  là, inutiles, véritables objets de la  mémoire ouvrière que la crise a rendus inutiles après en avoir chassé les hommes. Ces  tuiles s'imposent  à  moi,sans calcul mais avant, je réalise comme  une sorte de couronne de  pommes de  pin cueillies sur  un arbre abattu par la tempête. J'entoure le gisant d'un ruban de tuiles rouges orangé. L'effet est saisissant. Il m'échappe. Je ne peux  plus  y toucher et je ne le toucherai plus. Il appartient au paysage.
Pendant  mon travail, l'océan a fini de remplir la ria et  j'entends derrière moi, le chant de  l'eau me rappeler sa  présence. Elle est  à deux  mètres de mes pieds. Avant qu'elle ne recouvre entièrement le goémon,j'en récupère quelques  pognées. Il me sert à entourer le corps d'un dernier geste et ainsi,  lier le gisant  à la mer.

Ce sera  mon  premier réalisé en Bretagne et il portera le nom de Gisant de Saint Jean. Avant de quitter la rive, je réalise un petit mandala en  hommage  ultime. Je m’assois  près de  lui .Le temps s'étire. Je ne fais rien de  plus et me laisse vivre. La sérénité de  l'instant est la récompense de tous mes efforts
Le froid, la brume,  l'humidité,  l'auront accueilli et  pris en charge dans cette Ria. Il fait maintenant partie de  l'esprit des  lieux quoi qu'il arrive.


Roger Dautais



Je ne sais du voyage
que les haltes
où la mémoire fait escale

un segment d'horizon
dévoile
l'âpreté de l'attente

il  n'est plus temps
de croire
tout ce qui s'offre
 à  l'enclos de  l’œil.

Marie-Josée Christien
Temps morts

Editions Sauvages
Collection Askell 2014

Saluons  la parution en ce début d'année, des deux derniers  livres de Marie-Josée Christien

* Petites notes d'amertume
et Temps morts
dont est extrait le  poème présenté ici cette semaine

Ces deux  livres sont édités par Les Editions Sauvages
dans la collection La Pensée Sauvage  pour le premier
et la Collection Askell  pour le second livre

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.