La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 3 novembre 2014

La dérive des sacrifiés :  pour Mémoire du silence
Cairn de  l'embarquement : pour Rick Forrestal
Loup solitaire : pour Danièle Duteil
Brightness : à Guy Allix
Cairn de  l'absence : à Marie-Josée Christien
Le conte en marche des  pierres noires : pour Hélène Phung
La parole donnée :  pour Thibault Germain
L'attente  :  pour Erin
Les  mémoires de Toussaint : pour Epamin'
D'une vie  à  l'autre :  à Paul Quéré
Gnomon du Golfe : pour  Marie
La jonction : pour Joelma.
L'éternel signal  : pour Nathanaëlle
Les demoiselles des Sept Îles : pour Camino Roque
La rencontre : pour Anne-Marie Santiago
Sérénité  :  pour Ariane, Cléa et Emmanuelle


A Marie-Claude...



Lampedusa

J'ai repéré une très grosse pierre qui ne devrait pas tarder  à être cernée  par la marée montante. Dans deux heures, ce sera fait.. Je suis arrivé sur la plage par l'Est. L'océan est gris, l'estran sans un  être humain, le soleil,pâle au travers des nuages.
 Avant  même de commencer  mon installation, je les vois, ces êtres abandonnés de tous, transits de froid dans leurs longs manteaux de nuit. Ils guettent, sans trop d'espoir,  l'origine du monde. Il viendra de  l'Est, le cercle  d'or, mais  il sera trop  pâle pour les réchauffer. Ils ne le verront pas, le soleil espéré, ces  hommes, femmes, enfants,  pétris de brumes qui s'accrochent  à leurs lambeaux de rêves. Les enfants comprennent cette chose : exister ne sera que  provisoire sur ce cailloux. Le silence des adultes les envahit. La mer  bat le rocher. Ils deviennent des souvenirs.
J'ai passé  beaucoup de temps à rassembler les pierres nécessaires  à réaliser cette scène. Je vais les chercher  loin. Je les mets en place, elles tombent, comme des dominos. Je recommence. Le vent ne m'aide  pas. Il est important,  pour moi, de délivrer ce message  à  l'océan,  pour conjurer ces cris de  haine : jetez-les  à la mer. 
L'homme invente, sans cesse,  l'inimaginable, encore  une fois et sacrifie  une partie de  l'humanité. Lorsque je quitte la plage, le gros rocher est entièrement couvert par la mer.

Présences...

Ce n'est pas facile d'appartenir  à la foule des anonymes et c'est pourtant là que tout se révèle. A force d'approcher  l'évidence d'une disparition certaine,  à force de me tenir en  marge du bruit des foules, j'ai retrouvé cette  liberté de  mon enfance rebelle.
Si je capte une belle  lumière, je la partage avec le paysage,  ou, avec l'oiseau de passage. J'aime voir au-delà de ce ce que ma vue  propose. Sans émotions, pas de basculement, pas de passage de la ligne, pas d’éblouissements ni de frissons  possibles.
Les présences ne peuvent s'expliquer ni se fabriquer. Elles sont la preuve du lâcher-prise, de la vraie connexion avec les forces vives de la nature. Aucune  pierre n'est muette, chaque conteur le sait. Parfois, se tiennent-elles dans la retenue, mais c'est tout.Chaque  pierre reçoit, contient et transmet sa part d'univers à qui sait l'approcher,  l'écouter. Ainsi, l'outre monde  peut-il être contacté de cette façon et de  mille autres encore.

Lac

Si  j'ai pris le temps de descendre jusqu'au lac asséché, c'est que ce voyage  a son  importance. Le dessous des choses  parle, l'épaisseur des mots, comme le dessous du niveau de l'eau où je vais installer plusieurs cairns.C'est le royaume de la mort annoncée, mais c'est aussi une chance de prendre place dans cette  immense plaine éphémère. J'y élève trois cairns  : Celui de l'absence, celui du signal et celui du conte en marche des pierres noires.

Presqu'Île de Locoal-Mendon

Un fort vent de 70km heure est annoncé. Il est bien là. Je m'engouffre dans le chemin de Cadoudal et décide de traverser la presqu'île de part en  part. Je remonte le cours de  l'histoire et passe de la légende  à la réalité. Lorsque j'arrive  à découvert sur la ria, le vent me fouette le visage. Je veux  pourtant élever un très grand cairn dans cet endroit magnifique et sauvage. Je transporte de très grosses  pierres  pour en assurer la base et monte l'ensemble  jusqu'à 1;90 mètre. Ce cairn à fière allure et je peux continuer ma route. Il  portera le nom de cairn de l’embarquement.


Roger Dautais



Chambre de
combustion
solaire
                        musique
fission

Le hasard y fait
feu de toutes ses flûtes
La nécessité
bois de toutes ses cordes

Poursuite
musicale
érubescente
d’un vivant probable
Strette
d’une fugue de l’amorphe
Avant l’oreille
Avant l’œil

Avant le point
d’eutexie
de tous les sens

Ou bien encore
noctiluque ovni
au space opéra
des sphères
sonate de l’être
humain

Diastole et systole
du porphyre
au sein de la terre
Extase matérielle

Dans l’aube
cramoisie
le brasillement solaire
tango

Paul Quéré

 ***

LES FOUS





Les fous s’en vont par deux sur la route des songes
Sans regret de la nuit qui bat leurs mains de pauvre
Ils ne sont ni surpris ni las d’être chassés
Tant leur visage est pur et leurs pas insouciants

Ils ont fui la grand ville aux faces redoutables
Aux cheveux arrachés par les mains des trottoirs
Trop de voix les frôlaient et trop d’yeux sans savoir
Où toucher de la vie le cœur ou la cadence

Si vous voyez passer deux de ces gens du rêve
Et le sang barbouillé de joies qu’on ne sait pas
Ne les arrêtez pas car un fou qui s’éveille
C’est un espoir qui meurt.

André Daviaud * 


 *http://andredaviaud.free.fr/

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.