La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 28 novembre 2012

Aux 100 000 lecteurs du Chemin des Grands Jardins

Pour Jean-Pierre et Jacques : Cairn couronné du Verdon
Piège  à rêves
à Ingrid Beckmann : Le soleil de Joshua
Rive droite
Signes
Exil
To Fumiyo Suko : Temple du Soleil Levant
Dialogue  éphémère
à Marianne Monnoye-Termeer : Ici, règne le silence
à Réjane Fauries : L'espoir
Signal en baie de Seine
à Florence Arrighi : Pierre de silence



La vie comme elle va...


"Lire tes  mots me font du bien. Pourtant,  il n'existe  plus d'espace capable de me relier à l'histoire du  monde. La béance a pris place. Les nuits arrêtent le manège mais, au petit  jour, la cadence infernale m'emporte toujours vers le pire  à venir.
Je n'envisage  pas de paix possible. C'est d'une marche solitaire dont je parle. Les haltes ne sont que des accidents. La pente m'emporte. Je sais la fin. Pourquoi rêver autre chose".
Voici ce que j'ai trouvé dans un petit carnet au fond de mon sac  à dos,  hier, au moment de la pose sur cette plage immense et vide. J'avais écrit ces quelques  lignes  à mon ami et poète Guy Allix, que vous lisez souvent ici. Je l'avais fait parce que je le savais capable de partager ce fardeau. Voilà que je ne sais plus si je l'ai fait  ou non. Quelques temps après, rien  n'a changé, si ce n'est la longueur des jours, de plus en  plus, rognée.
 Je me suis assis devant le dernier cairn élevé, le dos aux falaises dangereuses, le regard vers la mer.
Autant je m'étais gelé les doigts dans les mares d'eau glacée par le vent, le corps parcouru de frissons, autant, je me trouvais ici, apaisé. Il me suffisait de contempler cette longue et  lourde  pierre horizontale posée sur le sable, et ce simple cairn  pour ressentir en moi un véritable apaisement que je savais , passager.
Je n'avais rien connu de semblable la semaine dernière, sur ce quai bordant le canal,  à proximité du  mythique  pont de Pegasus Bridge. Un soleil rouge au  cœur d'eau de  pluie  prisonnière,  n'avait pas calmé  mon angoisse . Joshua, était bien abandonné, amarré au quai, bouffé par la rouille, terminant sa vie de chalutier, dans un  oubli quasi total. Je ne supportant  pas. Après deux heures de petites installations,  j'avais quitté les lieux,  pour retrouver la route.
Et voilà qu'hier, en débouchant sur cette plage, j'étais perdu. Perdu par la disparition des gros amas de pierres et galets, enfouis  par les marées successives, sous des tonnes de sable. Perdu en descendant vers la mer, sur l'estran, colonisé par des algues vertes. Plus envie de rien. Si, de faire demi tour. Stopper tout. Je ne me situais  plus dans cet espace. Qu'y faire ?
 Je me suis lancé dans une marche rapide sur les sables mouillés en remontant vers l'est de la  plage. Je me disais qu'un  jour, cesserait bien toutes cette course, cette agitation et que je ne perdrai  plus ma vie, seul,  à pratiquer le land art,  à me geler,  à  me faire tremper  par cette  pluie de Novembre, glacée, sans aucune idée de création.
Et  puis,  mon regard s'est porté sur des pierres oblongues, couchées dans  une mare, en  partie ensablées. Je les ai vus. Je les ai vus, ces  personnages hirsutes, hagards, déambulant, recherchant une solution dans la fuite, l'exil. Je me suis arrêté, je les ai levées, ces  pierres,  une  à une,  puis couronnées d'une tête,  pour former ces groupes d'exilés, dont je parle depuis  presque dix ans, avec mes pierres. J'ai  presque  oublié le froid,  la pluie et je suis parti dans une séries d'installation  jusqu’à la nuit tombée. Sauvé par la nature.
à quelques centaines de  mètres de  là, j'ai installé  un temple, comme  une porte franchissant une rivière vers le Soleil Levant.
 J'étais  à la limite de mes forces restantes.
Et  puis en reprenant la route vers l'est, j'ai retrouvé une partie plus empierrée, au pied des hautes falaise, avec ce long rocher horizontal. Ne rien faire aurait été bien aussi,  mais j'ai élevé ce cairn,  pour faire une liaison entre le ciel, la terre, la  mer et le vent.C'est là, que je mes suis assis, une fois le travail  terminé. Je me situais alors au centre de cette circulation d'énergie et je me suis senti, bien, apaisé. Il faisait nuit,  lorsque j'ai repris ma route. J'ai appelé Marie-Claude  pour  entendre sa voix. Entre deux silences,  nous nous sommes parlés avec l'envie de se retrouver très vite.

Roger Dautais

A l'heure  où j'écris ce billet, 103306 personnes  ont visité  LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS.Je les remercie chaleureusement  et je continue la route.
Merci à  l'équipe de journalistes du PORTAIL DU LAND ART www.landart.fr qui a continué  à  me soutenir  malgré mes difficultés de santé.





Effraction

1
Il s'en faut toujours de peu

Mais venir  jusqu'à terre
Là  où le fleuve s'insurge
Où la lave s'appête
2
N'écrire ne vivre
Que dans l'effraction

Là est la seule demeure...
Passagère
"
Tu ne seras que  là-bas
A terme
Dans ce dépôt de toi
Jeté sur l'horizon

Dans l'espace de ce dedans
Qui  n'ose le présent

Dans l'espace de ce magma lourd
Qui  t'affole et  crispe

Et te rend à ton silence.

Guy Allix

SURVIVRE ET  MOURIR  -
 ROUGERIE mars 2011

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.