La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

dimanche 19 mai 2019

Souhaits chamaniques : pour Ariane Callot
Le terminus  :  pour Tilia
L'autre frère, disparu  : pour Manouche
Le frère  : pour Ana Minguez Corella
Avant le blanc-manger   :  pour Maria Cano



 Je hasarde une explication : écrire
c'est le dernier recours quand on a
trahi
Jean Genet





 à Marie-Claude...

L’étranger
Je passais sans m’ attarder devant ces lieux de sortilèges que tu m’avais indiqués, il y avait bien longtemps. J’avais envie de retrouver ces ruines de ferme, où je pourrai pratiquer le land art, librement. Mon regard parcouru, une dernière fois ces sources, moussues, sans trop y croire. Pourtant, à cet endroit même, mon cœur s’emballait. Et si ton pouvoir magnétique avait été vrai ?
On avait bien trouvé le jeune fils de Pierre, noyé dans la seconde source, celle qui sortait d’une souche de chêne . La tête dans l’eau. Oui.
Je descendis la ravine avec cette mauvais image de l’enfant bleu.. Je devais franchir le ruisseau pour quitte cette zone et m’avancer à découvert jusqu’aux premiers bâtiments de ferme, tombés en ruine.. Une ferme abandonnée depuis si longtemps qu’ils avouaient leur peine de se présenter dans un tel état d’abandon.
Pourtant, j’aimais ce lieu calme, loin des sources à sortilège, loin de tes pouvoirs obscurs, de tes incantations, où je pouvais m’exprimer en toute liberté.
Un temps pareil aurait du me dégoûter de tout. Ma pratique du land art m’avait, justement habitué à sortir quelle que soit la météo. Et j’insistais souvent à prendre la route, sous la pluie, ,bravant le mauvais temps.
Alors, je rêvais du temps, où, dans les Alpes, je te lavais tes longs cheveux dans les abreuvoirs abandonnés par les troupeaux de moutons. Je pensais à cette chaleur intense qui desséchait nos corps en sueur. Nous acceptions ces contraintes sans rien dire. Mais ici, dans ce froid humide, j’avais pris l’initiative d’allumer un feu de solitude, dans la cour de la ferme. Pour le moral, vous comprenez. Aussitôt, des gens cachés, s’étaient joints à moi, dans leurs suaires, pour réchauffer leur âmes en peine. Braves disparus.
Il fallait bien ça afin d’ oublier les sources, me remettre en chemin, et trouver en mon cœur, le premier battement créateur.
Cela devait être amusant pour ces disparus, de voir un vieil homme, perdu dans ces ruines, un peu voûté, recevoir la lumière qu’il recherchait, jusqu’à le transformer en créateur.
Le temps hésita, dans ce froid perçant.
Pourtant, je persistais à tenir bon. Le land art salvateur, s’annonçait comme possible, ici.
Je me souvins de mon sentiment d’alors. Et si c’était mon dernier jour sur cette terre? Et si c’était un adieu définitif au monde dans ce lieu de solitude ?
Je peux bien le dire maintenant, je m’en foutait un peu de plier bagage, ici ou ailleurs. J’estimais avoir tout dit, tout fait, tout écrit, sans avoir besoin d’ajouter une autre œuvre éphémère que personne ne verrait.
Et puis, j’avais pensé que faire encore l’amour avec toi, aurait été le seul souvenir valable à emporter dans l’au-delà.
Dans ce pays paumé, inculte, fait de cailloutis , de ruines et de ronces,, encore présentes en hiver, et de beaucoup d’oubli, rien ne m’obligeait à vivre plus longtemps. Mais je l’ai fait.
Je me suis mis à l’œuvre,avec mes doigts gelés,et j’ai pratiqué le land art en pensant à toi.
A toi, l’absente maladive et je n’ai rien trouvé d’autre à rapporter en descendant vers le village, qu’une mélancolie poisseuse.
Je ne suis ,jamais retourné là-haut. Je n’ai jamais revu les sources. Jamais pensé à l’enfant bleu.
Je ne suis jamais retourné chez toi, ni chez personne d’alentour ayant connu cette histoire. 

J’ai tout donné au land art. Ça s’est fait comme ça, années après années , puis je suis devenu un étranger.
Roger Dautais
Pour LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
Au Café Latté...Auray Mai 2019



***




Toute une vie

peut parfois tenir

dans le passage

du crépuscule

à l'aube.
 
Marie-Josée Christien

Quand la nuit voit le  jour
Babelio28 mars 2016

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.