La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 27 janvier 2014

Mémoires cardinales  :  Pour Yves Jégou
Cap  à l'Ouest  : Pour Jacques Thomassaint
Sereine solitude : pour Claude Pélieu
Remember : pour Erin
Breizh : Pour Guy Allix
Le cercle ami : Pour Isabelle Jacoby
Le chant du Loc'h :  pour Sasa Saastamoinen

Le manège  à souvenirs : Pour Virginie Gayot

Le voyage  à quatre : pour Pierre Boyer
Éloge de la paresse : pour Camino roque
Trois fois rien : pour Marie-Josée Christien
Transfusion  lente : pour Tossan
Insolence : Pour Leeloo


à Marie-Claude


Terre sacrée 


Un  jour, je prends la route avec le sentiment d'en voir la fin.Désillusion passagère due  à mon état de santé. Espérer,  pour moi, consiste  à marcher, avancer malgré tout, comme si l'éternité était contenue toute entière dans chacun de  mes pas.
 J'ai adopté le rythme qu'il faut et accepté le travail du temps sur tout ce qui existe.
Je suis parti  pour vivre parmi tout ce qui existe et que personne ne voit, personne ne nomme, ce tout qui  nous accepte tels que nous sommes. Il faut faire de la place au rêve si l'on veut le voir advenir.Louis Calaferte, Youenn Gwernig et quelques autres ont su me montrer le chemin Il faut oublier, tout ce qui  pèse, tout ce qui encombre inutilement. Je veux m'ouvrir  à la seule éventualité possible : avancer, expérimenter ma vie et faire reculer le mot fin. Une belle utopie.
 La route défile, Kerléano, Toul-er-Hah, Mi-Voix, Kergroix, Gourvanzeur, Je prends  à droite,  longe les alignements de Kerlescan. La route est étroite, sinueuse. Il faut bien tenir sa droite. Dès les premiers  menhirs de Kermario, commune de Carnac, se découvre sur la gauche,  un  bel étang. Je  m'y arrête,  pour   parcourir et explorer ses rives.
 Sac au dos, je commence par la  rive Ouest. Les ondées alternent aux éclaircies.Je marche  à peine depuis  un quart d'heure que je suis déjà trempé. Je suis attiré par cette étendue d'eau. Au  bord de la rive, la macération des feuilles  mortes tombées  à  l'eau, leur donne une seconde vie. Mon regard est capté par leur couleur brune, jaune-orangé et cela suffit  à  m’arrêter. Je pose mon sac.Un  lieu idéal  pour travailler.
Mon  idée est de faire le tour complet de  l'étang et d'y créer quelques installations éphémères. Je progresserai dans le sens inverse des aiguilles d'une  montre pour rejoindre le Nord de la  pièce d'eau.
Je  monte un  premier cairn, sous la  pluie et je  pose  à ses  pieds,  une orange. Je pense aussitôt :  hommage  posthume  à Alain Jegou. C'est la répétition d'un geste réalisé en Ria d'Auray, peu de temps après sa  mort.
Je dois  maintenant  prendre  un certain rythme qui me permet d'enchaîner mes installations et leur donner une unité de temps et de  lieu. C'est un seul et  même geste, qualifié ici de  poème gestuel.
Près d'un genêt aux fleurs  à peine écloses et qui cherchent le printemps, j'installe  un nid dont le seul  œuf sera  une mandarine. Pourquoi ces fruits? Parce qu'elle me les a offerts en quittant la maison et qu'ils sont du voyage. Dans mes mains suivront un second cairn, pour Jacques Thomassaint, puis sur  un  muret, le chant des cupules, puis une halte assez  longue pour admirer un cormoran en  pleine  pêche. Fabuleux.
Je n'ai pas vu le temps passer comme d'habitude et lorsque je reprends  la marche, c'est déjà le moment  où la lumière cesse de  mordre le  jour  pour faire  place  à  l'ombre. S'installent devant mes yeux, le miroir de  l'entre-deux  mondes.
Les  oiseaux se sont tus. La pluie reprend, douce, fine, froide. Les pierres sont extrêmement lourdes. Il faut poser  juste, ne pas s'y reprendre  à deux fois. Ce cairn s'affirme, a du caractère et se rebelle face  à l'ordre établi. Nous sommes frères. Il fait face au cairn d'Alain Jégou et je pense tout naturellement : ce sera un hommage  à Claude Pélieu.
C'est comme ça, tu as des personnes, plus tu t'imagines qu'elles sont mortes,  plus leur présence s'intensifie.
Je pense  à Lu qui n'oublie pas.
Ici, nous sommes en Terre Sacrée, à  mi-chemin entre les menhirs de Kermario, soldats  pétrifiés ,porteurs de mystères et le tumulus de Kermadio avec sa kyrielle d'âmes en peine. Autant dire que le magnétisme est d'une forte intensité et la légende authentifiée. Que deviendra-t-il ce cairn ? Il sera, capteur magnétique, trait d'union de  l'entre-deux mondes, gnomon,  ombre portée  parmi les ombres,  poème de  pierres. S'entendra-t-il avec le grand cormoran des  lieux. Lui accordera-t-on un regard pour peu qu'en  plein hiver, un marcheur s'écartant du chemin balisé, vienne se  perdre  par ici?
Je lui ai donné vie. J'ai tracé son destin et celui-ci  m'échappe déjà. Inexorablement, il terminera  l'aventure dans les eaux  profondes de l'étang. Mais, n'est-ce pas  mieux ainsi que d'échapper à toutes mes suggestions acrobatiques pour retrouver la paix des eaux du lieu ?
Je ne sais pas, je ne sais  plus, mais il faut surtout, ne rien  posséder qui alourdirait ma progression. Le beau souvenir des heures laborieuses qui ne produisent qu'un déplacement de vent sur la  planète, doit me suffire. Et cette question  permanente qui trotte dans ma tête et me fait reprendre la route : suis-je arrivé au terme  ou dois-je encore avancer  un  peu. Petite musique suffisante pour me servir de réponse, au  moins  provisoirement.





Caillante d’espoirs
Et piètre devenir
En souffrance
Qu’est-ce qu’une vie
Sinon gagner du temps
Juste un soupçon de temps
Comme on souffle sur ses doigts
Pour les garder du froid
Quérir un peu de chaleur
Pour se préserver du pire
Et poursuivre vaille que vaille
L’ineffable combat

Alain Jegou
 "Une meurtrière dans l'éternité "
 

Followers

Archive du blog

Qui êtes-vous ?

Ma photo
Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.