La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 6 janvier 2014

Dialogue avec la vague : Pour Seijastrïna
Parole donnée au Dolmen du Mené Lud : Pour Pierre Boyer
Le Grand Passage : to Ana Mendieta
Longue conversation au téléphone : Pour Bhaggya Shree
L'instant : Pour camino roque


Le temple des vents de Kerpenhir : Pour Patrick Lucas
Amnésies  blanches :  Pour Isabelle Jacoby

Signes de générations: Pour Carla Fernanda
Le solitaire de Brec'h :  Pour Fifi
Les autruches de Pierrepont :  Pour Margarithes
:

Talisman : à Marie-Claude
Mémoires suspendues : Pour Marthy
La porte de l'an neuf à Kerpenir : Pour Guy Allix


Carnets de la veille et du jour  pour demain.


Me voici  parti en voyage, privé de sorties,  presque prisonnier du temps qui nous  mène la vie dure depuis des semaines en Bretagne. Pluies, violentes, vents, tempêtes,  inondations. Je regarde la  pluie tomber par la fenêtre et je rêve  à cette semaine passée avec Marie-Claude sur les routes de Bretagne, il  y a déjà quelques années, de Paimpol  à la Presqu'île de Crozon en passant par les chaos du Gouet, au Huelgoat et les montagnes noires.
Nous l'avions entièrement consacré au voyage et au land art et il faisait beau. C'était un  matin, entre Morgat et Postolennec, je m'étais senti attiré par une petite  plage. Un pareil silence, je ne l'aurais trouvé ailleurs que  là, tant la mer sans doute inspirée, m'accompagnait de sa mélodie secrète. L'ordinaire de ma  journée de remueur de pierre et d'éleveur de cairns s'en était trouvé  bouleversé. L’instant, j'avais trouvé  l'instant  unique dans  le  lieu unique.
 Être habité,  me disais-je  plutôt qu'habiter en propriétaire. Propriétaire, mais de quoi donc ? D'une œuvre ? La belle affaire !
La  pluie ça sert au ça aussi, à rêver mais je ne  me suis pas malgré tout  totalement  privé d'aller marcher sous la  pluie,  pour le  plaisir de la sentir sur  mon visage et de rentrer  bien trempé, autrement,  il  m'aurait manqué quelque chose.
Pour le land art,c'était  plus dur mais j'ai fait deux  belles sorties, entre les gouttes, et puis je me suis soigné aussi, il le fallait bien. J'ai donc  une fois de  plus, mélangé mes propres souvenirs des temps passés, avec ceux  plus récents  pour vous présenter quelques  photos de mes créations.

En attendant la Saint Sylvestre.

Nous sommes au cœur de la tempête,et la nuit n'a pas été de tout repos  pour tout le  monde. Le vent a soufflé très fort et des arbres se sont couchés  un peu partout en campagne, sur les routes, ce qui rend la circulation dangereuse. Le vent a  un peu molli lorsque je prends la direction de la mer, vers Locmariaquer. Juste  pour voir. Je passe devant le dolmen du Mané-Lud , j'irai le saluer en revenant. J'arrive sur le front de  mer, à droite, l'allée couverte des Pierres Plates, remarquable Dolmen,  à gauche La  pointe de Kerpenhir qui délimite avec Port Navalo, sur  l'autre rive, l'entrée du Golfe. La mer est agitée. Elle sera  au plein dans  une heure. Avec  un peu de chance, avant la renverse, le temps  pourrait s'améliorer. L'Océan Atlantique est gris, et ses vagues frappent la grande  plage. Difficile d'approcher. Quelques personnes regardent le spectacle  non  loin de de Notre Dame de Kerdro,  une statue taillée dans le  garnit. Elle est  de belle taille et tous les marins ayant navigué dans la région, la reconnaissent de  loin. C'est la gardienne des  lieux. 
Réfugié sous les pins, je monte  un premier cairn puis  un second que je dois alimenter en descendant chercher quelques  pierres roulées  par les vagues. Dernier bain de  pieds de  l'année ! Ici, c'est gratuit. 
Comme je l'avais  imaginé, le vent tombe et je me dirige sur  un autre  petite  plage qui se situe un peu au nord à 200m de la  pointe de Kerpenhir. Cette fois, je tente de  porter  plus gros. C'est vrai qu'avec les 2 premières  pierres j'ai  mon compte. Je ne le referai pas deux fois dans la journée, mais  l'effort vaut le coup Ce cairn,  je vais  le laisser s'expliquer avec la marée  montante,. Il  a fière allure face  à  la grosse bouée rouge  qui indique le passage aux  marins entrant et sortant du Golfe. 
Je continue mon chemin vers le Nord . Je tombe sur  une colonie d'oies  Bernaches, venue comme tous les ans de Sibérie pour se refaire  une santé ici .Elles passeront  l'hiver, ici.  
Je fais en sorte de ne pas les effrayer car elles sont  à  moins de dix  mètres de  moi. Quel beau spectacle.
Je me détourne de  mon chemin et découvre  un  immense  menhir qui,  jusqu'ici  m'avait échappé. Je m'approche, le prend dans mes bras et reste  ici, collé  à  lui quelques instants, comme je le fais sur chaque  menhir, un ressourcement. Entre  lui et la  mer, un très gros tas de bois dont je vais faire une sorte de pagode, de temple  pour les vents d'ici et pour que la communication  soit complète,  un cairn au pied du  menhir. L'instant vaut d'être vécu. Rien d'étrange dans tout cela  puisque ces idées me viennent et s'enchainent naturellement, alimentées par la beauté du lieu de de la  joie de vivre ici, ainsi exprimée.
De mon  travail, je sais qu'il ne restera rien,  ou si peu qu'il serait vain de rêver à une quelconque  postérité artistique.L'important, aura été dans ces instants de partage  intime avec la Nature, notre Terre Mère, car à chaque fois, je repars  plus riche de  l'expérience c vécue, et plus dénudé devant l' avenir. Et tout sera  possible  à nouveau  à chaque fois que je vivrai ces émotions.

L'An Neuf

Les fêtes sont passées. Le temps ne s'est guère amélioré et dans certaines villes et villages de Bretagne, les inondations font la loi et le malheur des gens. Depuis ma fenêtre, j'observe la rangée de chênes qui m'indique la force du vent. Le samedi 4 janvier, je pars, sous une pluie acceptable en direction des terres, vers Brec'h. Je sais qu'au-dessus du Loc'h, passe  un  superbe pont Romain .Je tiens à prendre de ses nouvelles. J'entre dans le petit bois dont  le chemin en pente donne accès au site. Il  y a de la casse, beaucoup de casse et de  grosses  branches sur le sol. J'entends  l'eau avant de la voir. Au fur et a mesure que  j’approche du Loc'h, habituellement,  une rivière tranquille, je sens le sol trembler et l'eau gronder en s’engouffrant sous les arches du pont. Le Loc'h s'est étalée, couvrant tous les champs  alentour et produisant  un courant d'une incroyable force. Y tomber serait connaître la mort. Ce sont mes territoires de land art qui à  leur tour  ont changé d'aspect,  plus  près du lac que de la terre ! 
Je me verrai bien  ici, en faisant attention,  élever mon  premier cairn de  l'année  et honorer ce  pont qui se bat contre  l'adversité . Je m'y  mets, trouve les premières pierres et comme  il  m'en faut d’autres, je m'approche du bords et glisse dans l'eau jaunâtre. Premier bain de  pied de  l'année, et gratuit, comme  à Kerpenhir ! Le cairn est de taille  moyenne  mais  il s'inscrit asse bien dans ce paysage  inondé. Il  marque  mon entrée dans cette année dont j'ignore ce qu'elle me réserve.
Difficile de faire plus  pour aujourd'hui. J'emprunte le pont Romain et passe sur l'autre rive. Fort heureusement,  une sorte de construction élevée en amont, mi-barrage,  mi-déversoir, le protège car avec la force du courant il se serait encore plus dégradé.
La semaine qui s'annonce paraît bien perturbée au niveau de la météo et j'attendrai de meilleurs jours  pour reprendre ma  pratique  plus régulièrement.


Roger Dautais



 à Marie-Claude

Talisman

Entoure ton  âme
d'un long ruban de brume
et attend le passage
des  oies sauvages
dans le ciel d'hiver
assise.

Roger Dautais
chagrins déboisés
                         une épidémie d’épingles
cloches émoussées
orages lents
écumes et leurs geôliers
craies, cratères
sur l’étagère
dans les tiroirs
frontières embaumées
émigrés qui bivouaquent
                         isolement
étiolement
          —puis le tout renversé
émigrés soudain devenant chagrin
frontières déboisées
cloches plus lentes
craies disparues
              cratères isolés se remplissant
d’épingles
              orages émoussés bivouaquant
              écumes et leurs geôliers embaumés
puis l’épidémie se répandant
puis le monde
étiolé
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chagrins déboisés
                         une épidémie d’épingles
cloches émoussées
orages lents
écumes et leurs geôliers
craies, cratères
sur l’étagère
dans les tiroirs
frontières embaumées
émigrés qui bivouaquent
                         isolement
étiolement
          —puis le tout renversé
émigrés soudain devenant chagrin
frontières déboisées
cloches plus lentes
craies disparues
              cratères isolés se remplissant
d’épingles
              orages émoussés bivouaquant
              écumes et leurs geôliers embaumés
puis l’épidémie se répandant
puis le monde
étiolé
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chagrins déboisés
                         une épidémie d’épingles
cloches émoussées
orages lents
écumes et leurs geôliers
craies, cratères
sur l’étagère
dans les tiroirs
frontières embaumées
émigrés qui bivouaquent
                         isolement
étiolement
          —puis le tout renversé
émigrés soudain devenant chagrin
frontières déboisées
cloches plus lentes
craies disparues
              cratères isolés se remplissant
d’épingles
              orages émoussés bivouaquant
              écumes et leurs geôliers embaumés
puis l’épidémie se répandant
puis le monde
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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.