La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 27 juillet 2011

















à Hala Moubarak*,
pour son courage
et pour sa parole libre





En exil, ici ou ailleurs,

parviendras-tu

à découvrir

ce lieu qui n’est ni le fleuve

ni la source ni l’embouchure,

pas davantage le sommet ou la vallée ?

Ce lieu, tu le situes

à l’écart de la vie et de la mort,

pareil à un visage attendu

dont le nom ne t’a pas été révélé.

Max Alhau

Extrait de l'Anthologie subjective de la poésie réalisée Guy Allix



A Guy Allix

Mémoire enfouie et train de nuit

J’ai pris le train de nuit. Je roule vers Narbonne. Il est minuit et demi. Des bribes de conversation tenues avec Patrick, Au Grillon, me reviennent en boucle. Je crève de faim. Il fait trop chaud pour dormir. J’ouvre le dernier livre acheté cet après midi : Deux marchés, de nouveau. Je ne connais pas cet auteur, Ryoko Sekiguchi. Il ne faudrait pas écrire comme ça : des mots et puis un vrai talent qui bouleverse mon voyage. Le paysage défile dehors, invisible. Ma vie aussi.

Je pose le livre et prends mon appareil photo. L’envie de revoir les photos prises la veille dans trois cimetières d’une grande ville. Je frissonne. Je voudrais les marier aux images de Ryoko. Je passe de la mémoire enfouie dans ces tombes abandonnées, couvertes de mousse et de feuilles en décomposition aux phrases du livre. Je dérive d’amnésie en amnésie.

Nous voici à l’orée de l’Orient, chevauchant des soleils aux longs cheveux noirs.

Qui parle du vent dans les feuilles de bouleau si ce n’est le jardinier, comme une tâche d’automne à laquelle il n’échappera pas ?

J’aime à penser que ces imposants cumulonimbus traverseront les frontières du monde, sans autorisation, comme le font les oiseaux.

Il faudra des jours et des jours de pluie pour laver ces peaux diaphanes et ramener un sourire sur les lèvres des jeunes filles de Fukushima.

Nous lèverons le campement, en fin de nuit et laisserons les os de poulet pour les chiens sauvages. Nous abandonnerons les terrains, laissés inoccupés, aux âmes en errance.

Je quitte la tribu.

Me voici parti, une fois de plus, aux frontières de l’enfance brisée. Comment réaliser encore une fois, quelque chose de vivant, dans ce bordel organisé…

Je devrais, sans doute, dilapider ma parole errante, comme un moissonneur aveugle, perdu par le cri des corbeaux…

Je préfère écrire un traité sur l’art de la fugue et ensuite, celui sur l’art d’être mort. Côtoyer les tombes est une liturgie à double sens, vous le savez bien. Nos jeux de mots d’intérieur entre les pages, le sont aussi pour les aiglons tombés du nid.

Il serait bon, afin de n’oublier personne, d’écrire une lettre rouge aux herbes folles de la pampa.

Après, seulement, il faudrait relire, et revendre les Hauts du Hurle Vent, tandis que la mode s’évertuerait à crever les minets, un par un.

Et puis, après, il faudrait aussi, ouvrir une autre page blanche, rien que pour écrire la saga des danseurs de tango gominés, glissant leurs pas savants, dans les bras de jolies femmes, sur les trottoirs de Buenos Aires.

Il faudrait entendre ce cri de : " Fuck Spinoza ! "

sortant de la bouche d’un blond inverti, poings tendus vers les ciel, la bave aux lèvres, cracké à mort, rue saint André des Arts.

Mais, à peine le voyage commencé, je n’entendrai plus que les sabots d’un cheval, lancé à triple galop, tatouant les sables mouillés de la plage, et monté par un mirage.

A quoi bon lutter, à quoi bon essayer d’attraper une cavale. Les rêves ne sont que liberté, comme les mots de Ryoko, pour un jeu, pour un jour, pour la vie qui passe.

J’ai terminé la lecture de ce roman puis je l’ai laissé dans le train, libre d’emmener avec lui un autre passager vers son propre destin, en bonne compagnie.


Roger Dautais



Quelques titres de romans Ryoko Sekiguchi édités chez P.O.L.

Héliotropes

Deux marchés, de nouveau

Calque


*Hala Moubarak est une jeune femme Libanaise, architecte de son état, qui défend ses idées avec beaucoup de courage dans un pays qui cherche toujours sa stabilité.

Son blog porte un nom très symbolique : Je suis un cri . Je vous le conseille.

Roger Dautais


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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.