La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 12 décembre 2012







Cairn de l'estuaire : à Sylvain Arbez *

L'échelle de Jacob

Chant  muet  pour laisse de mer
A Vincent et Stéphanie :  Estuaire de l'Orne en Normandie,Décembre 2012
Mandala  au citron
A fleur de peau
Une histoire simple
L'heure  unique : pour Jean
Le nid


Arrêter le temps : à Raymond



Sur le chemin :
De part et d'autre : à Guy Allix, fraternellement.
                                     

Tourner la page:   à Louis Bertholom *






La vieillesse est une réalité qu'aucun  mot ne conjure...


                                                                                              Ici,  il  n'y a rien à dire. Il faut marcher, simplement marcher, les idées viendront après. J'ai garé  ma voiture  sur un parking vide qui  borde le club nautique. Je ne rencontre personne. Je m'engage sur la partie la plus déserte de la côte  à cette saison. La mer est basse. L'estuaire se vide. Il fait très froid. Un vent de nord-est accentue cette sensation. Je traverse un champ de salicornes rabougris et tente de passer le gué sans glisser. Un glacis de vase grises en tapisse  les berges. Très rapidement  mes chaussures ressemblent à des gros pieds de scaphandrier car  il se couvrent de vase. Cela alourdit la marche. Le sable fin, de  l'autre côté de la petite rivière, va nettoyer tout  ça. Je marche, direction Nord. Que vais-je faire. Je n'en sais rien. J'entre dans le paysage. Je le contemple. Le ciel  pommelé se contente d'une lumière rare. Il est 15 heurs, le soleil est déjà  bas.
Devant  moi,  à cent mètres, au  pied de la dune, j'aperçois  un amoncellement de pierres. Je m'approche. C'est  un ancien poste d'affût  pour les chasseurs. Ici, on rencontre, des promeneurs,  l'été, des  pêcheurs de moules, des pêcheurs  à  la ligne au beau temps, un land artiste, de temps en temps et des chasseurs. Je n'aime pas la chasse et je préfère les oiseaux vivants. Ainsi, je n'ai aucun scrupule  à me servir de ces pierres qui sont  à  ma portée  pour élever  un premier cairn, bien que cet exercice  physique ne me soit pas encore trop conseillé, à cause du cœur. Mais enfin, j'y arrive et il culmine bientôt  à 1,9Om au-dessus du sable. Il a  une très belle allure. C'est certain,  il va plaire aux chasseurs.
Avec cette première installation, je suis rentré dans l'action. Je vais maintenant observer tout e qui peut m'inspirer, tout ce que je vais pourvoir transformer sur place et  inscrire dans le paysage. Cent mètres plus loin, deuxième  ancien poste de chasse, avec amoncellement de pierres,  à demi enfouies dans le sable. Cette fois, je change la forme du cairn et j'élève ce que j'appelle,  une échelle de Jacob. Le cairn est plus rugueux de forme,  plus difficile  à mettre en place,  moins haut, seulement 1.75 mètre mais il  me plait dans cette forme.Je l'abandonne  à son sort de guetteur. Je continue de marcher le long de la dune qui  me protège sur ma droite.
 J'arrive bientôt sur la grande  plage qui borde la rive droite de  l'Orne et dégage la vue sur  un estuaire qui n'en finit  pas. Belle immensité par laquelle un vent de Nord-Est m'arrive en  pleine face. La sensation de froid s'accentue. La solitudes et encore  plus présente. Je m'aperçois que de  pratiquer le land art à 35 ans,  ou  à 70 ans  n'est pas la même chose. Dans  mon cas, le second,  on subit  plus les éléments, quoiqu’on en dise. La vieillesse est une réalité qu'aucun  mot ne conjure. Il faut expérimenter  pour savoir. Personnellement, ça m'intéresse. J'aime retrouver ces efforts qui  mettent tout le corps  à l'épreuve. Je suis les différents sillons de laisse de mer qu'elle dépose suivant la hauteur des marées sur cette immense  plage. On  y trouve de tout. Beaucoup de bois, brindilles, troncs d'arbres, en malheureusement des  plastiques de tout genre. Un drôle d'objet attire mon regard. C'est un  morceau d'écorce d'arbre qui devait entourer la naissance d'une branche. Je le verrai bien orné d'une couronne de brindilles, ce que je fais. Il reste là,  posé comme  un chant  muet, sur ce long chemin de laisse.
Je reprends  ma route. Au bout de cette plage, culmine  une petite dune que je sais être constituée d'un sable  à spirales.
Je marche jusqu'à cet endroit et aperçois la mer. Elle grise jusqu'à  l'horizon, blanche et  moutonneuse en bordure de plage. Un très beau spectacle. Est-ce cela qui me motive ? Je n'ai pas fait de spirale depuis si  longtemps. Trop difficile pour moi qui n'avait plus la force avec mes ennuis de santé. Le soleil est vraiment bas mais je tente le coup. Je plante  mon talon gauche dans le sable et je démarre. J'ai conservé le rythme et le coup d’œil nécessaire  pour "tourner rond". Le sable est souple, le sillon se creuse, régulier, se déroule. Physiquement,  j'ai du mal mais je vais mener l'entreprise jusqu'au bout. Lorsque je me relève, j'éprouve ce bonheur connu d'une belle réalisation et je le partage avec la mer. Serais-je sorti d'un long tunnel ?
La nuit commence  à tomber lorsque je reprends  le chemin du retour. Dans trois heures, la mer aura étendu son territoire jusqu'ici et la spirale redeviendra sable. Mais avant, le vent de nord-est qui  me glace le corps, aura érodé le sillon et fait blanchir cette spirale, comme si,  une part de mon travail  lui revenant, en tant que témoin.
Je reprends ma route, seul et coupe par les dunes d'oyats pour raccourcir  un peu le voyage.  J'ai encore vécu ce que je recherche et  pourtant j'ai le sentiment d'atteindre des limites. Que je l'attende  où non, la vague qui  m'emportera est déjà en route. Alors,  pour le moment,  je ne l'attends pas.


Roger Dautais
Sylvain Arbez       http://galerie.sylvainarbez.com/?id=1&album=LandArt
Guy Allix                http://www.ecrivainsbretons.org/Allix-Guy.html
Louis Bertholom    http://www.dailymotion.com/video/x675d4_vent-solaire-louis-bertholom_creation




Ce qui a lieu d'être
Ne va pas sans le dire

Ce qu'on  ne peut pas dire
Il faut  l'écrire

La partie donne sur le tout
Qui donne la partie

Savoir  à quoi ça ressemble
C'est  notre savoir ___ non absolu

Il faut de la semblance
Pour faire de la contiguïté

Le poème est des choses  prochaines
Qu'il faut aller chercher

Michel Deguy  Gisants

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.