La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mardi 1 mars 2011














à Youenne Gwernig, à ces descendants,

cette romance noire et blanche comme l'Hermine...




Vacarme nocturne

Il faudrait que cesse tout ce vacarme. Je suis emporté dans un fleuve et je me noie. Mes apnées sont fréquentes qui me portent en surface, m’emportent au royaume des morts comme un yoyo que je suis. La folie me guette. Je l’observe, présente, gluante, noire, furieuse et active. Je suis rongé de l’intérieur comme un vieux chêne, alors que le chant du monde me parvient comme celui d’une source limpide.

Des fers des Saints jean aux brûlots des Monts d’Etamclin, un sabbat diabolique se joue sous mes pieds fourchus. Succube, incube, ange ou démon, j’erre de ville en village et ne trouve que champs de ruine. Le pêcher originel, les coups, les trahisons, les aventures malheureuses ne peuvent endiguer cette désespérance du monde.

Je ne peux plus croire en un Dieu qui me sert ce repas. Je suis un clochard céleste, moi aussi, emportant dans sa pauvre besace, des miettes et subsides, pour ne pas mourir d’amour. La faim est proche et je vous dévorerai tous, mes vieux démons.

Il me faut vivre dans l’expulsion sur les routes poussiéreuses de mon amour. Il me faut marcher dans le sable brûlant de Douz la Tunisienne sur les pas de Lawrence d’Arabie,, m’écorcher les pieds nus sur les morts de Matmata, et creuser ma tombe dans les sables du Saint Laurent.

Monter un a un les escaliers de fer, rejoindre Gwernig, tirer le chariot de feu jusqu’à la voie lactée, ramper sous les ronces et voir la renarde allaiter ses petits. Je veux être truite du Scorff et non le supplicié des bas foins. Je veux rattraper les sternes et voler avec eux. Je veux être l’enfant paisible, le vieillard apaisé et non le gibier de potence. S’il me suffisait d’aimer, ce serait facile, mais il faut vivre encore un peu pour expier l’écriture. Les livraisons nocturnes s’accélèrent comme des pertes séminales. J’engrosse des femmes de passage et j’aime des fantômes.

Abbaye de Beau port, tu m’accueillais en ton cœur mystique. J’ai vu la lumière et trois fois j’ai refermé la porte. Ô morts, mes morts qui m’accompagnez si souvent, ne m’en voulez pas de vous toucher, je suis déjà avec vous, sous terre, en terre comme vous êtes sur terre, déterrés.

Mon errance apparente n’est qu’une boussole orientée. Je suis à l’exacte millième de seconde le magnétisme proposé et j’exécute. Mon écriture de ce matin, par nuit de lune est celle d’un illuminé sans doute. Illuminé par l’amour de Marie-Claude, par sa désespérance à ne pouvoir que constater les dégâts. Homme perdu, je prends la route chaque seconde et vais au chevet du malade. Je me soigne comme je peux de vous, pauvres imbus de votre petite personne, pauvres faiseurs comme le dit Anne-Marie. Je suis le drame et de quoi devrai-je me plaindre. D’être en vie ? Certes. J’ai déjà tiré trois fois la conclusion et n’ai besoin de personne pour recommencer.Les porcs sont aux affaires et non dans les soues à cochon où vous me précipitez pour calmer vos inquiétudes. Saint d’esprit et de corps, je travaille, j’avance vers l’impossible conclusion. La finitude coule en moi, comme est en vous la fêlure d’immondices et votre morgue ne contient que des âmes en décomposition. Jamais je ne partagerai votre table, vos festins. J’ai perdu toutes mes dents, et je suis déjà mort à vos yeux. Laissez moi avec ceux de ma race maudite, les démunis, les goitreux, les illuminés, les déambulant, les Alzheimer, les fous. Laissez-moi continuer à les aimer, les comprendre, les accompagner, les soulager, les aider, les soigner. Je suis d’eux, comme vous êtes des banques, hommes parfumés de peu. Vous sentez la merde.

Le peuple d’en bas ne peut que pêcher sur les grèves, poser des collets et ramasser les miettes de vos cocktails onéreux. Le peuple est-il moins homme pour autant... Aurions-nous le droit de mourir deux fois pour que prospère votre insane fortune. De qui parlons nous, hommes de droit, de quelle liberté au pied des gibets d’Auschwitz, La chaconne n’était pas jouée pour vous, charognes, mais pour des princes de la nuit, des princesses aux pieds nus, mon sang coulait dans leurs veines comme il irrigue mes artères, aujourd’hui.

De quelle égalité parlez-vous donc, quand il faut la chercher en vain, sur les visages morveux des enfants des rues de Bogotá. Que faites-vous, adipeux riches dans les rues de Sidi Bou Saïd à courser ces beaux pré-pubères qui vous font bander, avant de reprendre l’avion et rentrer chez Maman.

Il n’y a pas deux fils rouges dans ma vie, il n’y a qu’un fil, Gwen ha du. Je suis dans ma vie, équilibré entre folie et folie, mais, lucide, au travail tous les matins à cinq heures et au lit à 11 heures du soir quand je tombe de sommeil. Il n’y a pas d’autre secret. Marie-Claude souffre de vous, méprisantes personnes aux fortunes incertaines et éhontées qui l’abandonnez, la reniez, lui tournez le dos. Enfants parjures, vous creusez sa tombes, aveuglés de vengeance. Elle n’est qu’amour et vous de présomption, marchez encore dans votre merde, la couche pendante, le lait à la bouche. Vos pseudos certitudes d’homme enfant, de femme enfant gâtée. Immatures et aveugles à la poésie. Elle me veille par amour et non par bêtise.

Quand cesserez-vous, frères, de tremper vos tartines dans un grand bol de mépris. Quand arrêterez-vous de proclamer en silence, cette envie de tuer tous les malades mentaux, les vieux, les pauvres. Au bal de l’Eugénisme, c’est le diable qui vous fait danser et tient l’accordéon. Vous croyez être sauvés, vous n’êtes que des profiteurs, des menteurs patentés, des politiciens véreux. Ça ne sent pas bon, chez vous mais vous enveloppez vos excréments dans du papier de soie, et nous on se torche dans l’eau claire de nos torrents, pour que vous la buviez.

Vous comprenez cela, cette désespérance, à ma table, chaque matin. Je n’ai besoins de personne pour déjeuner de mon pain dur.

Il me faut vivre, je vous l’ai dit, près de mes morts, avec les vivants, sur la route, comme Kerouac, avec le grand Gwernig, dans la lumière des Grall, Lemen, Allix, dans la clarté de Quellien. Qu’y puis-je de mon amnésie si vous n’êtes cités ce matin, vous que j’aime. Vous plaignez vous de la désertion des étoiles quand il pleut.

Ils m’ont volé ma Bretagne comme ils ont piétiné mon enfance. Je n’ai plus de place pour accueillir quiconque.

Marie-Claude, mon aimée aux yeux bleus, souffre de moi. Je l’aime mal mais je l’aime et ne peux aimer aucune autre. Pardonnez-moi, femmes mirage si je suis ébloui. Sans doute aurait-il fallu que je porte un enfant, que j’accouche de la vie pour être calmé de vous. Il y a un mystère en cela, mais j’accepte depuis longtemps votre supériorité humaine. Les femmes portent la vie, enfantent, les hommes font des enfants, les abandonnent à leur triste sort, en font des soldats, préparent la guerre.

C’est dans cette différence, cette béance que j’avance, lucide dans le désert de ma création. Je pressens bien quelque chose mais ce n’est pas à moi de proclamer. J’exécute ma vie monte à l’échafaud, tous les jours, inondé d’amour, de besoin d’aimer, de paix, de transparence et d’ombres, comme un homme libre, que je voudrais continuer d’ être avant de fermer les yeux, bruler dans les flammes et me perdre, éparpillé dans le vent.

Roger Dautais

Les chemins creux, amis d’enfance

Novembre 2009


Lisser des plumes de paon ne m'intéresse pas contrairement à ce que j'entends dire, ici et là et la littérature à la petite semaine, non plus. Que les artistes du Dimanche se satisfassent de leurs beaux atours et se congratulent entre eux sur des blogs à deux balle ne me gène pas, qu'ils fassent école, m'amuse, qu'ils philosophent , me distrait. Seule la route est belle en compagnie de ma femme. Nous approchons du but chaque jour. Certains l'oublient qui nous croient mariés depuis trop longtemps. La mort nous lie, ne vous en déplaise, oiseaux de mauvais augure. La guerre est partout qui déchire le monde et vous vous battez pour savoir si deux cailloux arrosés d'un pipi de chat, c'est du land art et qui a tort ou raison. C'est vrai, vu comme ça, le monde va bien.

Bonne route aux esthètes de l'art.


Roger Dautais

1 mars 2011 en Normandie 21h07'

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.