La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

dimanche 3 mars 2019

Cairn du Don   :  à Pierre Dautais,  mon grand-père.


4.OO Heures, nuit noire.

à Pierre Dautais,
mon grand'Père.


Au cœur de la nuit, j'assume le quart sur mon radeau dérivant.Une pluie fine et traversante, me glace le corps. Le vent est établi pour un moment.
J'ai quitté le continent, hier, pour aller sur l'île aux Moines, retrouver mon Grand'père. Il n'a plus d'âge.
12 fontaines d'eau douce, en sa compagnie de revenant.
Les fontaines de Haleguen accueillent mes insomnies. Je ne dors plus bien depuis le 29 septembre 2017, jour où j'ai failli perdre la vie. Grand'père me tenait par la main, sur la table d'opération, devenant, à cet instant, un rêveur permanent.
Cette veille de nuit met à nu tous mes besoins de repos. Je suis épuisé.

Pierre est là, debout devant moi, avec sa baguette de sourcier.
- Bonjour grand'père
- Bonjour mon petit. T'as pas dormi ?
- Non, pas bien.
- T'es toujours d'accord,
me dit -il en me passant la main dans les cheveux coupés au bol.
- tu vas me regarder sans me poser de questions ?
- Oui, grand'père.
Il porte ses vêtements de paysan, son grand béret noir des gars des pêcheurs de sardine, le teint basané et des sabots neufs.
Il a une barbe piquante et une grosse moustache qui lui cache la bouche et bouge quand il parle. J'aime cet homme rustique. C'est mon grand'père paternel.
Tête nue, il me donne ma première leçon de radiesthésie.
Il est venu ici, depuis La Turballe, à cette occasion. Je remarque la finesse de ses mains.

Je n'ai rien oublié des senteurs de pins maritimes de Saint Nazaire, ni de la peur des bombes, transmise par maman, ni des morts de la famille, en guerre, ni de l'exil, ni de la pauvreté, ni de notre fierté naturelle.

Me voici, écoutant, mouillé, transi de froid, le bruit du courant de la Jument, au galop, près des fontaines Haleguen de l'Île aux Moines.
Si le soleil s'est levé, je ne l'ai pas vu sur le chemin des fontaines. 70 ans plus tard, je marche aux côtés de Pierre, l'homme des sources, mon grand'père, guérisseur, aussi.
Fontaine du Guip, près du chantier naval. La mer est grise. Les bernaches, à l'abri du vent, se laissent ballotter dans les vagues.
Fontaines de Salzen, de Kerno, de Kerquecu. Fontaine du Vran. Je remarque son absence. Elle est passée en courant, pieds nus drapée dans un poncho de laine, sans un regard.
Puits du Naudeux, puits du Gras-Houarn. Fontaine du Guerric. Je suis adolescent.
Fontaine du Prado, Puits de l'Eglise. A la pointe du Trec'h, j'ai 60 ans
.
Fontaine du Lerin, à genoux sur la margelle, je lave mon vieux visage. J'ai presque fait le tour de l'île et celui de ma vie. J'ai 76 ans.

Je pousse à nouveau jusqu'à la pointe de Brouel.
7 pierres pour le puits Naudeux,
7 pierres pour le puits du Gras Houarn.
7 pierres pour la mer.
Un cairn pour Pierre,

Mon grand'père qui casse la croûte,
à la fontaine du Guerric.


Si nos morts nous appartiennent, nous leur appartenons. aussi.



Merci grand-père, pour les dons que tu m'as transmis.
Roger Dautais

Land artiste
En Bretagne 5.17 heures
En mes nuits d'insomnie.


LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
"Le don " à Pierre Dautais, mon grand Père
Île de Saint Cado - Morbihan

Cairn au couchant   :  pour Marty

Aux marcheurs du bout de l'An




un jour avec, un autre sans...

Voilà deux jours qu'une pluie fine et tenace tombe sur la région. En début de semaine, j'ai tenté une sortie. Marcher par un temps pareil rend difficile la moindre installation. Je laisse passer la nuit et le lendemain matin, une légère accalmie me redonne espoir. Je prends la direction des plages.
Dans le chemin creux qui mène aux grèves, j'aperçois la mer, calme et au bas. Avec un coefficient de 94, elle aura bien dégagé l'estran. Mais sur ces côtes, le paysage est à découvrir au dernier moment car les empierrements peuvent disparaître sous des tonnes de sable, d'une semaine à l'autre.
Je marche plein nord. L'air marin me fouette le visage. Il ne fait que 3 degrés et je vais travailler les mains dans l'eau. Aujourd'hui, pas de spirales possibles, tout le sable est mouillé, trop tassé. Je vais donc monter des cairns. Ce seront les derniers de l'année. Aujourd'hui, j'ai la main et trouve facilement les points d'équilibre. Je suis encore limité dans le portage des pierres depuis mon accident du 9 mai. C'est un vrai plaisir que de choisir chaque pierre, l'apporter au lieu choisi et monter le cairn, face à la mer.
Je change d'axe de marche et remonte vers l'est. Je croise quelques marcheurs emmitouflés. Ils me saluent. Sur mon trajet, je trace une figure géométrique dans le sable mouillé. Elle s'intègre bien au mouvement laissé par la mer, en se retirant, d'ici.
Je découvre , dans un rayon d'une vingtaine de mètres, une réserve de pierres blanches, alors que l'estran est couvert de goémon noir à cet endroit. Elle auront passé un très long temps sous les sables avant d'être découvertes, ce qui aura préservé leur blancheur. Dans deux mois, elles seront colonisées par les d'algues.
Je les regroupe en un ensemble de personnages que je désigne comme étant, les marcheurs du bout de l'an. C'est à eux que reviendra la mission d'aller vers cette nouvelle année, parmi les grèves.
Mon imagination m'emporte avec eux. J'ai tellement envie d'enchanter ce monde gris, que parfois, je me laisse prendre au jeu de cette transformation.
Avec ce jour de soleil, comme une trêve au milieu de la dernière semaine de l'année, je n'ai réalisé que la moitié de mon projet. Je dois, maintenant, travailler à l'intérieur des terres.../

Roger Dautais
Notes de land art pour ma mémoire amnésique.

Vous étiez affairés,
 aux courses pour les fêtes du jour de  l'an, 
Je passais ma vie d'estran en estran.


***

Au réveil
Ce ne sont qu' illusions
Le rêve lui, vient au moment du sommeil
Compagnons de jeux de l'enfance
Peut-être amis de longue date.../
Ai Qing,( 1910-1996)

Ce poète Chinois a connu l'emprisonnement, l'exil et la tourmente de la Révolution culturelle et n'est autorisé à publier ces écrits qu'en 1978.

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.