La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mardi 31 décembre 2019

" Le voyage de la sphère" pour Ariane Callot


Hâte-toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie.
Sénèque
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À Marie-Claude.
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Une vie...quelle vie ?
Bien des souffrances pour peu de répit. Après, quand ça déborde, ils s’étonnent que tu déballes, mais ils lisent. Pour bien faire, il faudrait tout ravaler, tout tirer au cordeau, aligner et mettre le reste de la poussière sous le tapis.
Je prenais mon temps, que ce soit, rue Gît-le-Coeur, ou sur la Cabo san Vicente, du pavé au grand large, pour ne pas être pris par lui. J’avais le temps de la regarder, pas toujours belle, cette vie donnée.
Apprivoiser l’éternité, passait par cet exercice d’introspection naturelle qui cassait le rythme de l’ordinaire proposé. Les confidences sur ma passion n’étaient pas le plus important à retenir. Ce qui l’était , c’était de l’avoir vécue, cette passion. D’avoir pris le temps de jouer, de donner du jeu à la vie, de faire vaciller la bien-pensance, avant de tirer le rideau.
Le land art se serait appelé autrement, que rien aurait été changé pour moi. La définition étant plus pour les spécialistes de l’étiquetage, entomologistes de l’art d’épingler , que pour ma propre personne.
Vibrer dans la précarité, rester digne au travail, trouver son propre chemin, s’approcher des vérités de tout être vivant dans la nature, pour mieux la comprendre. Survivre était aussi dans la panoplie, qui est une condition humaine, inconnue de bien des gens. Tout ça me donnait une attitude atypique, un art de vivre peu adopté dans un monde affairé et bruissant.
L’ensilement de soi, sous la contrainte et la maltraitance de mon enfance, l’inhumanité, jusqu’à la faim, la pauvreté aussi, nourrissait ce besoin de beau, manquant.
Enfouir l’essentiel, toutes les modes nous proposant le contraire, préparait le surgissement de l’esprit libre, de ce chaos. Part incompréhensible, détail vital de la résistance à l’ordre injuste, aux éléments de langage qui asservissent. Ouvrir les yeux sur le scandale des injustices organisées, la faim, les noyés de Lampedusa…Cela se paye toujours cash.
Fait de peu, et, confirmé par une nature frêle, marquée par une guerre,je m’étais trouvé une seconde famille parmi ceux de ma race, les invisibles.
Les éclats de pierre, le bois mort, les effilochures de nuages, le crachin glacé, la vie infime du ver de terre, la ronce rouillée, la crosse de fougère, la cupule de chêne, le cornouiller de mon grand-père, tous pris dans l’entropie naturelle du monde et refermant le cercle, jusqu’à l’humus, constituaient aussi le monde où je vivais. Toutes ces vies inutiles, dont j’étais fait, donnaient une légitimité à ma vie.
Il avait fallu passer par les « Sin Paradise morphiniques et acides» lire Ginsberg trop tard, emboîter le pas de Kérouac, croiser Gwernig pour toucher à l’autre paradis de la poésie.
La forêt de mousses et de lierre, les restes d’animaux morts, la trace du renard en chasse,dans les maïs, découvrir le cadavre sanguinolent du faisant en plein champ, de la truite dévorée sur le bord du ruisseau, du hérisson écrasé dans une fondrière, rappelait la loi de la nature, pas simplement belle.
Une fenêtre sur le monde que trop n’ouvraient jamais, s’arrêtant à photographier un coucher de soleil sur la mer..
J’allais, vacillant. Vaillant aussi, mais quelque chose d’infiniment douloureux hurlait en moi. Chien enragé, j’avais connu les chaînes mais aussi l’évasion.
Que cherchiez-vous donc à pêcheurs dans la vase de mes jours, procureurs aux effets de manches ?
Les distinctions, les prix, les honneurs, les médailles. Je n’avais pas de place sur mon manteau.
J’avais perçu, très jeune,le silence de l’au-delà d’Alpha de Céphée, senti mon sang bouillir, cailler et mon coeur, faillir.
Inquiétez-vous de ne pas comprendre le land art, mais continuez votre chemin, il est trop tard.
Rien n’est à sauver. Rien ne restera. Votre regard m’a suffit, merci...pour vous aimer.
Retournez dans votre peau et moi, dans la mienne.
Le monde continuera sans nous, une fois que nous serons passés
Roger Dautais

Photo : création land art de Roger Dautais
" Le voyage de la sphère" pour Ariane Callot
Région de Caen - Normandie.
Ceci est mon dernier texte pour l'année 2019.
Je vous remercie de faire vivre LE CHEMIN DES  GRANDS JARDINS par vos nombreux passages , enrichis de commentaires amicauxqui  m'ont soutenu dans une année tyrès difficile  pour  moi.
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Je vous présente tous mes meilleurs voeux pour cette année 2020, qui approche. Je vous embrasse fraternellement.

dimanche 22 décembre 2019

C’est pas des morts qu’il faut avoir peur, c’est des vivants
La rafle Joseph Weismann.
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À Marie-Claude
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42...Il me manque un chiffre, et le compte sera bon.
J’aime la monotonie des heures sombres et pluvieuses de ce monde oublié, tintinabulé. Pour le plaisir d’inventer l’échappée-belle.Un mystère qui remonte à l’enfance., capable de faire le lien entre ce passé lointain et ce jour advenu, sans lui demander. Cela passe souvent par des états intermédiaires, dont mon inconscient détient le secret, où mon enfance émerge du chaos. Étonnantes fulgurances incompréhensibles, déstabilisantes, qui côtoient mes abîmes.
La lumière tremblante qui hésite, change le contours ds silhouettes, des vies et qui est faite pour troubler les eaux calmes, pour éclairer les choses, sous un autre angle.
J’ai côtoyé la nuit, la mienne, sourde profonde, froide anéantie, riche, dérangeante, lutine, étrangère, serpentine, en rupture, cousue à même ma peau, décousue, en lambeaux, offerte, bouleversée.
Je poussais mon premier cri, dans une rue en pente. Elle se nommait , rue Toulifault. La chambre était petite. L’étoile d’or se portait au cœur. Qu’en ai-je compris , au fond, que je tente de prolonger en land art, si ce n’est que le mystère la constitue, me fonde autant que ma lucidité.
J’ai cette image d’enfance. 5 ans, hiver 47, dans la neige tombée en abondance sur le grand jardin devant la maison, en Bretagne. Sous la voûte étoilée, je marche à côté de mon père, lui donnant la main. Il m’apprenait les étoiles. C’était fort, malgré le froid. Un véritable amour, mais si peu souvent donné, dans le chaos de ma vie. J’ai aimé mon père, ce personnage énigmatique, dans ces moments là, toujours rares.. Je ne l’ai vraiment retrouvé que très tard, bien qu’ayant vécu et travaillé longtemps à ses côtés. Je l’ai accompagné jusqu’au bout de sa vie, dans la tourmente de son esprit souffrant. Rien ne sortit de sa bouche pour expliquer cette longue violence envers moi, qui me détruisit. Je lui avais pardonné avant son grand départ.
J’ai toujours aimé dire, papa, maman. Je reste un très vieil orphelin, sur la route aveugle.
Je choisis les paysages pour installer mes créations. À moins que ce ne soit le contraire.L’eau y est très présente. La nature est une identité forte qui décide et m’emporte, là où il faut, au moment voulu, ignoré de moi. Le tout est d’accepter cette magie de l’instant, sans résister. Être le plus fort, le plus riche, le plus dominant, n‘est pas une nécessité pour moi, voyez. Mon corps vit la décroissance, naturellement, l’entropie s’en charge. Il faut laisser faire cette mécanique, accepter que le cœur se ride, mais qu’il reste bouillant jusqu’au bout. Céder sa place , au moment venu. Tacher de mourir vivant.
C’était un lundi, ou peut-être un autre jour, de mes nombreux jours vécus, dans ma vie, sur la côte de Nacre. La mer m’avait offert une belle journée. Je lui avait offert une spirale. Je la quittais en franchissant la dune d’oyats qui séparait la plage des marais. Un pont de pierres, reliant les deux espaces marins et se reflétait dans une minuscule rivière littorale. J’avais dans mon sac à dos, quelques étoiles de David de ma fabrication et de la ficelle. L’idée, m’était offerte, pour un dernier land art.
Il me fallait évoquer le chiffre 42, puis les mots : rafle du Vel d’Hiv. enfance, évasion, Justes, rencontre, fraternité, témoignage. Tout ce que mon ami , mon frère Raymond, avait été pour moi.
J’ai pris un morceau de ficelle dans mon sac à dos, et suspendu l’étoile de David, sous le pont de pierres, pour qu’elle se détache dans la lumière de l’arche.
C’est compliqué une vie. Le land art, aussi, incompréhensible pour beaucoup.
En fait, « sans amour, on est rien du tout ».
C’est Edith Piaf qui chantait ça.
Roger Dautais ;
Notes d’ouverture pour La Route 78
Photo : création de Roger Dautais.
« L’Étoile de David » à Raymond Anisten
Normandie -Côte de Nacre
à Raymond, fraternellement

jeudi 19 décembre 2019

Le rêve est un rébus
Jacques Lacan.
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à Marie-Claude, femme aimée.
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La part des Anges
L’été offre sa déchirure à ma pensée, errant dans un monde d’indifférence. Se lancer dans le tracer d’une nouvelle spirale, reste, après de nombreuses années de pratique land art, un exercice surprenant et assez rare, pour le considérer comme une exploration des possibles.
. Le voyage dure entre une heure et quart et une heure trente, suivant la qualité du sable. La mécanique du corps doit marcher parfaitement, se coordonner avec la respiration qui donnera le tempo de l’avancée. Il n’y a pas tellement de place au rêve, car le tracer se fait au pied et sans repères autres que ceux gravés dans mon cœur. Il m’est arrivé de travailler pour des télévisions, avec un cadreur, un preneur de son, parfois beaucoup plus de monde dans l’équipe technique.. Il faut s’extraire très vite de cet environnement qui devient gênant si on le considère comme l’élément majeur de la création.
Il s’agit bien d’un voyage intérieur, qui part du cœur, chauffe le sang à blanc, harcèle les tendons, brise le dos et les muscles. La seule contrainte acceptée, est, que la spirale doit faire 24 tours autour du centre. Cela représente les 24 heures d’un jour.
Qu’elle soit fait, à l’étranger, comme en Égypte, au Maroc ou en Tunisie, puisque j’ai pratiqué le land art à l’étranger, ne change pas la règle . Je peux ajouter que dans ces pays, une telle création en public amène beaucoup de monde rapidement sur la plage et suscite grand nombre de questions. En France, c’est plus modéré. Ne choisissant pas l’emplacement de la spirale, plutôt guidé par l’émotion ressentie dans le paysage, elle peut n’être vue que de moi-même et engloutie, quelques minutes après son achèvement, à marée montante. C’est spectacle bouleversant.
Pour des raisons de force physique , le dos doit être légèrement voûte, la tête orientée vers le sable, le regard fixé sur le pied gauche qui fait office de soc,pendant que le pied droit fait office de moteur dans le déplacement du corps qui recule et tourne et fouille le sable, à la fois. C’est l’œil qui estime le travail de tracer.
Le sillon est-il bien parallèle au tour précédent, sa crête, régulière, sa profondeur maîtrisée. C’est en bonne entente avec moi-même que je déroule ce fil imaginaire, simplement conscient qu’il naît par le mouvement régulier de mon corps et peut m’échapper à tout instant.
Je ne sais dire, pendant ce voyage, où se trouvent les points cardinaux, la terre, la mer. C’est une abstraction totale du lieu géographique, de l’heure, et donc du temps consacré, devenu sacré par le travail qui épouse le paysage marin.
Le corps et l’esprit s’approchent de la transe, nourrie par mon propre inconscient, à l’œuvre. Le crissement du sable devient l’incarnation de ma petite musique intérieure, et le souffle, la perception d’une âme dont je ne saurais dire à qui elle appartient.
Serait-ce la part des anges ?
Sil reste une notion perceptible de grandeur géographique, dans ces spirales éphémères ce qui m’échappe dans cette aventure, est probablement le plus grand .
Il faut accepter, d’être habité, éclairé de l’intérieur, relié à l’univers et vivre cette profonde transformation du palpable, du ressenti, amenant à vivre un état second, générant son propre langage. De spirale en spirale, le chemin initiatique est le même , parcouru, m’élevant dans la connaissance, niveau par niveau.
J’ai, dans ma vie de land artiste, créé plus de mille spirales et dépassé ce chiffre,depuis longtemps.
Seul, mon état de santé cardiaque, et l’opération à cœur ouvert, faite dans l’urgence, a mis fin, depuis 9 mois, à cette très longue et belle série. Je garde espoir d’un refaire au moins une, un jour, en Bretagne, ou je vis maintenant , avec ma femme..
Roger Dautais
Dernières notes prises sur La Route 77 *
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" Spirale éphémère " ( périmètre 45 mètres )
pour Raymond Anisten, mon ami, mon frère.
Normandie - Cote de Nacre.

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Ainsi se termine la Route 77. Demain,  à midi,  je ferai  un premier  pas dans cette nouvelle année. Mais avant tout, laissez moi vous remercier chaleureusement  pour le soutien et l'amitié dont vous avez fait  preuve  à mon égard durant cette longue  pose.
 Grâce  à vous , LE CHEMIN DES  GRANDS JARDINS  à continué de fonctionner seul. Il a atteint et dépassé les 500000, visites,  puisqu' aujourd'hui,  il a atteint 520365 visites en dix ans et quelques  mois. Un beau succès d'estime,  à qui  on ne donnait pas six  mois d'existence à sa création !
Si je  m'écoutais, je fermerai définitivement ce blog, ce soir, parce que  je suis épuisé. Mais je garde encore  l'espoir de retrouver un peu de  forces  pour pratiquer le  land art  à nouveau.
En 7 ans, nous avons vécu, Marie-Claude et moi, un grave accident de la route en Angleterre, avec un rapatriement sanitaire en avion suivi de  longs soins en France.
. L'année suivante, j'ai fait  mon premier  infarctus. Deux ans après, j'ai fait  une paralysie, suivie d'une grosse  opération de la colonne vertébrale, dont je ne suis pas encore remis, heureux  malgré tout d'avoir  pu quitter mon fauteuil roulant.
 Il  y a 9 mois, j'ai fait deux crises cardiaques en 24  heures, été évacué par le SAMU vers  un  premier hôpital puis  subit  une  importante  opération à cœur  ouvert,dans  un second hôpital. J'ai beaucoup mal à m'en remettre. Durant cette période de sept ans,  j'ai été  hospitalisé 8 fois et le nombre de  mois d'hospitalisation et de rééducation, et de convalescence, se  comptent en années.Certes,  j'ai brûlé ma vie  dans le  land art et  je le paye  probablement un peu, en fin de  parcours, mais je ne le regrette pas.
 Je consacre une très grande  partie de  mon énergie  à me remettre debout  pour vivre encore quelques années et retrouver ma passion.. C'est pourquoi, je serai moins  présent,ici.
 Je garde tous vos commentaires, comme  un trésor d'amitié, d'échanges et d'humainité qui se sont accumulé tout  au long des ces années, et nous  lie fortement et contine  à  m'aider, aussi. Ma  propre  histoire aurait  pu se terminer, au  printemps dernier. Je dois ma vie  à une équipe de chirurgiens experts, entourés de  leur équipe du bloc Imaginez ce que je leur doit comme reconnaissance !
Il me reste  à vivre,jusqu'au bout,passionnément et  à partager cette passion  un jour, si  possible
 Je vous souhaite de  passer de très belles fêtes de fin d'année. Je vous embrasse tous, fraternellement.
Roger Dautais

*Publié sur ma  page  FACEBOOK-ROGER  DAUTAIS

mardi 21 mai 2019

Le temps qui passe :  pour Patricia Anisten

Recueillement  : Pour Edith et Maud

Yoni  : aux passantes sans soucis

L'instant  :  pour Thierry Kergroas

Répétition générale  : aux porteurs.


 à ceux qui doutent.





Répétition générale



Si le land art est bien celui de la rupture avec la tradition, d’un autre côté, il cultive un lien intime avec la nature. D’où cette ambiguïté qui m’est parfois reproché. J’assume mes contradictions, tous les jours, ne cherchant plus à être catalogué dans un genre artistique bien défini.
L’idéal, pour avoir une paix intérieure serait de s se sentir jeune, dans cette pratique à risques, une fois le grand âge venu. Ce qui est mon cas.
Si ce n’est pas un problème pour moi, de risquer ma vie, comme je l’ai toujours fait, ce l’est pour mon entourage qui m’appelle à plus de sagesse et me tire,ainsi vers le bas.
Si je dors peu, c’est pour m’accorder une seconde vie, quand je suis en train de perdre la première. Mon éveil tient à cette culture de de l’usure et de la fatigue. J’y puise ce monde imaginaire, à qui je tiens depuis toujours.
J’aime prendre le large de mon savoir,j’aime oublier, volontairement ou pas. C’est dans cette perte aussi, que je trouve mon inspiration Perte géographique, perte sentimentale, perte physique., ma fin de vie d’artiste est kaléidoscopique.
Retrouver l’innocence des jeux de mon enfance, en fabricant un moulin à aube dans un ruisseau,
et inconsciemment retrouver une scène mille fois répétée entre cousins, dans la forêt de Brocéliande, c’est ouvrir la porte au rêve dont j’ai besoin, pour oublier mes souffrances physiques qui plombent ma vie depuis trop longtemps.
J’en suis rendu au point de solitude, qui m’isole et fait de moi un étranger dans mon propre pays. Cela me permet de mettre en place, un grste d’adieu, une trace d’au revoir dans chaque création.
Je ne pense pas que l’art soit un moyen de me sauver, car je courre à ma perte, depuis trop longtemps.Mais il reste un moyen de survivre provisoirement, et celui de suivre le chemin qui est le mien,désespérément, sans but.
Cette errance me plaît, me fait exister, impatient de savoir combien de temps il me reste, mais aussi, satisfait de l’ignorer. 

Roger Dautais

Notes de land art pour la Route 77
pour LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

lundi 20 mai 2019

Sauver  l'amour  :  pour elle.
Frontière  :  pour Edgar Hilsenrath
L'instant d'ici  :  pour Marie
Sérénité   :  à la rivière du Sal

Aux vies brisées d'Edith et Maud



Certains humains sont plus doués que d’autres. Certains sont faits pour accomplir. D’autres pour détruire. D’autres pour sauver. Mais la plupart des humains ne sont pas faits pour quoi que ce soit. Ils sont là, beaux et inutiles comme des anachronismes. Comme des cheveux sur la tête d’un caillou
 ThomasVINAU
Ici, ça va.



 à Odile

La nuit d’avant le jour.

Le vent froissait les eaux dormantes, dans les mares, déplaçait les feuilles mortes, en tourbillon bruyant et gênait le vol des corbeaux.
Il faisait plein jour, maintenant. Je n’avais pas de regrets d’avoir quitté la maison, au milieu de la nuit. Malgré  une soirée arrosée, je n’avais pas pu conclure de contrat sérieux avec mon nouvel éditeur,  certes, flatteur mais trop cupide, pour me décider.
 Insomniaque, je ressassais ce rendez-vous de trop, et voulais à tout prix m’éloigner de toutes ces péripéties. Il avait tellement insisté sur mon âge que cela avait fini par me déranger. Je savais bien qu’il me fallait aller jusqu’au bout de ma vie d’artiste et conclure pour  faire éditer  un dernier livre, mais pas à ce prix. Et puis,  un  livre de  plus,  à quoi bon.Cette marche de nuit me faisait du bien, même si elle s’avérait dangereuse sur la route qui menait à la côté. Très vite, je l’avais quittée pour m’enfoncer dans la campagne et retrouver mes chemins de traverse.

Cette nuit glacée avait fini par accoucher d’une aube blanche sous la pleine lune. Dans l’herbe gelée, s’inscrivait une géographie de pistes animalières, se dirigeant toutes dans le même sens.
Des cercles magnétiques et inaudibles, s’échappaient de l’astre, remplissant mon âme en demande.
Je rêvais d’abandon, de dépouillement, de dépassement de soi, au milieu de cette nature généreuse, loin des foules bruissantes.
Un camp de manouches, rentrait en terre d’oubli. Les herbes se chargeaient très bien d’effacer leurs traces . Belle hystérie du manque qui fait suite à la vie lorsque celle-ci a disparu..
J’aimais ce peuple de voyageurs, parents de mes propres enfants, qui prenaient de la distance avec ce monde de consommateurs compulsifs et de propriétaires fixes, déjà morts en lotissement.
Ô terre, cruellement retrouvée par ce froid mordant, tu restais, pour le moment mon unique lieu de vie. Plus la marche avançait dans le temps, plus mon cœur s’emplissait de ton mystère. A chaque pas, chaque regard, mes sens s’ouvraient à cette vie sauvage.
Tant de souffrances tapies sous les feuilles en hiver ne comptaient plus. J'avais vécu les  mêmes dans  l'indifférence totale de mon entourage. Entrer en hiver emboîtait le pas de l’entropie et de la mort. Ma saison  préférée, celle au cœur de la quelle j'étais né, pauvre et   ma  place.
Chaque arbre devait se battre, ici pour conserver intacte, un peu de sève jusqu’aux futurs beaux jours. Chaque chêne, chaque aulne, chaque châtaigner, me confiait ce secret : résister, malgré le froid.
Avant de mourir, je connaîtrai, encore quelques printemps.
 De quoi réconforter ma solitude dans une continuation du geste land art, dans l’échange humain «  de cœur à cœur » de la pratique du pardon quand il le faudrait et tacher de quitter pour toujours mes cavernes neurasthéniques .

Roger Dautais
  Notes de land art  pour la Route 77

Au Cadoudal - Auray  Mai 2019


dimanche 19 mai 2019

Souhaits chamaniques : pour Ariane Callot
Le terminus  :  pour Tilia
L'autre frère, disparu  : pour Manouche
Le frère  : pour Ana Minguez Corella
Avant le blanc-manger   :  pour Maria Cano



 Je hasarde une explication : écrire
c'est le dernier recours quand on a
trahi
Jean Genet





 à Marie-Claude...

L’étranger
Je passais sans m’ attarder devant ces lieux de sortilèges que tu m’avais indiqués, il y avait bien longtemps. J’avais envie de retrouver ces ruines de ferme, où je pourrai pratiquer le land art, librement. Mon regard parcouru, une dernière fois ces sources, moussues, sans trop y croire. Pourtant, à cet endroit même, mon cœur s’emballait. Et si ton pouvoir magnétique avait été vrai ?
On avait bien trouvé le jeune fils de Pierre, noyé dans la seconde source, celle qui sortait d’une souche de chêne . La tête dans l’eau. Oui.
Je descendis la ravine avec cette mauvais image de l’enfant bleu.. Je devais franchir le ruisseau pour quitte cette zone et m’avancer à découvert jusqu’aux premiers bâtiments de ferme, tombés en ruine.. Une ferme abandonnée depuis si longtemps qu’ils avouaient leur peine de se présenter dans un tel état d’abandon.
Pourtant, j’aimais ce lieu calme, loin des sources à sortilège, loin de tes pouvoirs obscurs, de tes incantations, où je pouvais m’exprimer en toute liberté.
Un temps pareil aurait du me dégoûter de tout. Ma pratique du land art m’avait, justement habitué à sortir quelle que soit la météo. Et j’insistais souvent à prendre la route, sous la pluie, ,bravant le mauvais temps.
Alors, je rêvais du temps, où, dans les Alpes, je te lavais tes longs cheveux dans les abreuvoirs abandonnés par les troupeaux de moutons. Je pensais à cette chaleur intense qui desséchait nos corps en sueur. Nous acceptions ces contraintes sans rien dire. Mais ici, dans ce froid humide, j’avais pris l’initiative d’allumer un feu de solitude, dans la cour de la ferme. Pour le moral, vous comprenez. Aussitôt, des gens cachés, s’étaient joints à moi, dans leurs suaires, pour réchauffer leur âmes en peine. Braves disparus.
Il fallait bien ça afin d’ oublier les sources, me remettre en chemin, et trouver en mon cœur, le premier battement créateur.
Cela devait être amusant pour ces disparus, de voir un vieil homme, perdu dans ces ruines, un peu voûté, recevoir la lumière qu’il recherchait, jusqu’à le transformer en créateur.
Le temps hésita, dans ce froid perçant.
Pourtant, je persistais à tenir bon. Le land art salvateur, s’annonçait comme possible, ici.
Je me souvins de mon sentiment d’alors. Et si c’était mon dernier jour sur cette terre? Et si c’était un adieu définitif au monde dans ce lieu de solitude ?
Je peux bien le dire maintenant, je m’en foutait un peu de plier bagage, ici ou ailleurs. J’estimais avoir tout dit, tout fait, tout écrit, sans avoir besoin d’ajouter une autre œuvre éphémère que personne ne verrait.
Et puis, j’avais pensé que faire encore l’amour avec toi, aurait été le seul souvenir valable à emporter dans l’au-delà.
Dans ce pays paumé, inculte, fait de cailloutis , de ruines et de ronces,, encore présentes en hiver, et de beaucoup d’oubli, rien ne m’obligeait à vivre plus longtemps. Mais je l’ai fait.
Je me suis mis à l’œuvre,avec mes doigts gelés,et j’ai pratiqué le land art en pensant à toi.
A toi, l’absente maladive et je n’ai rien trouvé d’autre à rapporter en descendant vers le village, qu’une mélancolie poisseuse.
Je ne suis ,jamais retourné là-haut. Je n’ai jamais revu les sources. Jamais pensé à l’enfant bleu.
Je ne suis jamais retourné chez toi, ni chez personne d’alentour ayant connu cette histoire. 

J’ai tout donné au land art. Ça s’est fait comme ça, années après années , puis je suis devenu un étranger.
Roger Dautais
Pour LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
Au Café Latté...Auray Mai 2019



***




Toute une vie

peut parfois tenir

dans le passage

du crépuscule

à l'aube.
 
Marie-Josée Christien

Quand la nuit voit le  jour
Babelio28 mars 2016

samedi 18 mai 2019

La source  :  pour Jacqueline

 Géométrie : Pour Marty


Street art * :  pour Sophie

Cairn  blanc  :  pour Marie-Claude
 
A la cabane des silences
mes pensées s’envolent.



à Marie-Claude, femme aimée...

Au sommet de l’île, un vent de sud m’amène les premiers embruns. Le temps va changer avec la bascule de la marée. Tu me manques déjà.
Commencer par éteindre toute parole intérieure, puis celles qui viennent de l’océan. Écarter le murmure des premières vagues qui atteignent le pierrier bouillant. Aborder la descente de la petite falaise sud, sans bruit.. Retenir tes derniers mots «  mon cœur est dans ton cœur » comme si c’était ton  ultime  pensée. En faire un sésame pour l’instant présent.
Je voudrais voir la réalité nue de l’océan, d’ici à l’horizon, sans un nuage et faire de Stuhan, un sanctuaire pour mon cœur blessé.
Je voudrais compter les étoiles en plein jour et la danse sacrée d’Alpha de Céphae, pour toi, endormie, au milieu de tes songes.
Je voudrais que ton silence ne soit plus ce vide à remplir qui m’inquiète, mais une complicité à respecter, sous le glissement des sternes, au-dessus de nos têtes.
Ferme les yeux et donne moi la main. Tu vois ce qui ne nous regarde pas? Laisse-le de côté, laisse ton cœur parler et je t ‘élèverai un cairn, pour toi seule, face au large, avant la marée haute.

Roger Dautais

Notes de land art pour la route 77

pour LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

 * Je pratique le street art, depuis de  nombreuses années, sans d'ailleurs en garder trace. J'utilise différentes techniques, pochoir,  lettrage, tags, fresque, collage de mes  propres dessins. Celui  présenté a été réalisé sur  un mur de maison de Caen, en ruine, en partant d'un tag existant,sur lequel j'ai rajouté un dessin fait avec  un morceau de charbon de  bois, trouvé  dans  un foyer éteint. Ce sont pour moi des  moments récréatifs sans prétention.



Une année de silences
« En toute vie le silence dit Dieu
Tout ce qu’il est tressaille d’être à lui !
Pas un seul mot, et pourtant c’est son nom
Que tout secrète, te presse de chanter… »
Patrice de La Tour du Pin

vendredi 17 mai 2019

Première sur  l'estran  :  Pour Ruma
Le voyage de la sphère  :  pour Océane J.
Intentions chamaniques  :  à l’esprit de  Morgane

Rendez-vous au marais :  pour Sophie ( Pastelle)
 

 Le travail est  l'amour, rendu visible
Khalil Gibran
Le  Prophète



 à celles et ceux que j'aime...

Je vis avec mes morts.Mon imagination m'emporte avec eux. J'ai tellement envie d'enchanter ce monde gris, que parfois, je me laisse prendre au jeu de cette transformation inévitable que me  procure ma compagnie.
Avec ce jour de soleil, comme une trêve au milieu de ce  mois interminable, je n'ai réalisé que la moitié de mon projet. Je dois, maintenant, travailler à l'intérieur des terres.
Le lendemain matin est gris, plombé, avec un ciel qui traine par terre. Mes chaussures de marche sont encore mouillées et pleines de sable.Je me dirige vers un marais de la région. On y accède par une longue piste de terre battue qui traverse des terres ensemencées de blé et d'orge. Voilà bien longtemps que le remembrement a rasé toutes les haies. Le vent est au nord Ouest et rien ne l'arrête. Au-dessus de moi, un vol de corbeaux joue avec ces courants d'air, s'envole, se pose, avec facilité. Je suis plus lourd qu'eux et mes pieds collent à la piste. Le paysage est sinistre. J'arrive à la zone marécageuse et je pénètre dans le sous-bois qui la couvre. La petite rivière est à 100 mètres de l'orée. Ce sous bois est un piège. A peine ai-je fait 20 mètres que mes pieds s'enfoncent jusqu'aux chevilles dans un sol gorgé d'eau. Le pluies des derniers jours ont fait monter le niveau d'eau de la rivière et le sol spongieux, s'est gorgé d'eau par capillarité. Bain de pied obligatoire, dans l'eau  froide.
Je dois rejoindre la zone des arbres moussus et progresser encore. Je marche sur les branches mortes, les souches, et les terrains plus durs. J’arrive à la rivière. Je réalise trois petites étoiles de fougère, que j'ai le plus grand mal à installer, perché, à genoux, sur un tronc d'arbre et manque tomber à l'eau plusieurs fois.
Je vais ensuite fabriquer  une flottaison en carré,  posée sur  une eau bleue, qui donne l’impression de beau temps.
Je quitte le bord du cours d'eau, et reviens vers le centre du bois. Je navigue entre les arbres moussus et cherche une idée pour symboliser les douze mois de l'année écoulée. Ce sera un ensemble de douze petites sphères de mousses posées en équilibre sur un arbre abattu par la dernière tempête.
Dans la carrière voisine, plane l'esprit de Morgane, chienne fidèle. J'élève un petit autel    pour célébrer son esprit qui s'élève au-dessus du bûcher . Elle me manque.
J'ai réalisé mon objectif, un jour avec soleil, un autre sans, m'auront guidés dans les choix des lieux.

Roger Dautais
Notes de land art  pour la Route 77 
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS


Quand  on a
Pensé
rêvé, défriché
labouré, semé
arrosé, biné, récolté
moulu, pétri, partagé, fêté...

Prendre le temps de s'arrêter.

Robert Coudray *

*

https://www.youtube.com/watch?v=Q-YQa-N9BoI

jeudi 16 mai 2019

Le signe de  l'Oetre  à Guy Allix
La disparition  :  à Raymond Anisten
Âmes jumelles : Baradoz

Le lien- Passion  :  à Marie-Claude



Chaque tournant torpide de ce 
monde engendre des enfants
déshérités, auxquels rien de ce qui
a été,  ni de ce qui sera,  n’appartient.
Rilke



L'avenir, est ce qu'il me reste à vivre...

Lorsque l'indescriptible s'empare de toi, alors, tu te mets à vivre entre les  lignes, entre les notes,sous l'épaisseur des  mots. Tu ne t'appartiens plus. Tes mains fébriles, traduisent  une pensée, toute en vibrations. Il faut bien admettre que la création te dépasse.
C'est un peu le secret de ma vie actuelle.
Je me situe dans  une zone de non-savoir, nouvellement atteinte, immense et minuscule  à la fois. La seule source de  mon inspiration se trouve dans mon cœur. Tu vois  pourquoi, je quitte la route parfois et disparais de la circulation? Je sens en  moi,cette proximité de la mort, qui ne demande aucune consolation, et qui permet de vivre, sans  luxe,  près du dénuement, afin d'établir des communications de cœur  à cœur.
Je cultive cette sensibilité excessive, qui  m'amène  à  l'émotion  ultime.Cela m'importe  peu, aujourd'hui que l'on  me reproche tout ça. ? Je suis  plus que jamais, seul, étranger.
J'aime cette faiblesse  physique, de convalescent, qui a tout  mis a  plat, permettant  une reconstruction de mes émotions en les poussant  à l'extrême. Chaque minute s'abat sur  moi, comme étant la dernière et ma mémoire efface  mon passé douloureux, abandonné dans les hopitaux.
J'avance,  pieds nus, sur mon chemin de vie,espérant quelque lumière nouvelle pour éclairer mon ignorance. J'aimerai qu'elle soit capable de  m'amener  là,  où j'aimerai  mourir vivant.

Quand l'immobilité apparente des eaux dormantes dégage  une énergie réelle, le contact entre les deux  mondes, celui des vivants, celui des  morts s'incarne dans la moindre ridule née du vent. Les intersignes ont la parole.Il suffit d'y croire et la magie de toute  installation, flottante, apparaît dans la seconde.
L'histoire de chaque vie se termine par  une seconde d'éternité, pas  plus;

Roger Dautais
Notes de land art  pour la Route 77
Tous les  land art  présentés  ont été réalisés en Normandie,
 depuis 1997

mardi 14 mai 2019

Semis :  pour Thérèse
Fulgurance  :  pour Alfonso
Classement sans suite  :  pour Christine Saint-Géeours
Sémiotique  : pour Manouche



Aux Anges du Grand Garage Blanc.



Chambre 64
La nuit sera longue. Mon voisin de chambre est en urgence cardiaque et  respiratoire, il étouffe. J’appelle l’infirmier de garde. Ils interviennent à deux, rapidement. Plusieurs alertes dans la nuit, suivies de plusieurs interventions des soignants. Il délire, il crie.
 Je suis très souffrant, aussi, depuis  mon opération à cœur ouvert.. Distribution de morphine, trois fois cette nuit. J’allume ma veilleuse. Je ne dormirai pas. Je prends des notes, pour plus tard, avec l’idée d’un avenir compromis.
Service des soins intensifs -Cardiologie .
CH.Chubert Vannes



***


Petite musique de nuit

Le temps m’échappe, en suis-je responsable ? Suis-je plus responsable de cette force intérieure,de cette énergie, née d’un cœur abîmé qui se bat.
D’où viennent tous ces signes perçus, que je transforme en land art ? A qui s’adressent-t-ils, sinon à moi ? Je suis bien dans la dernière ligne droite. Je sais maintenant, qui aura le dernier mot.Souffrir est une injustice faite à la vie.
A quel âge devient-ton vieux pour aimer ? Parfois, dès l’enfance quand celle-ci est piétinée.
*
Souvenirs d'été...
J'avais 14 ans,. Elle aussi. Un premier rendez-vous, sous les marronniers des remparts de Dinan. Et ce banc de bois, pour nous, tous seuls, puis ce premier baiser advenu à la fin de l’été 56. Enfants, on découvrait l’amour.
*
Avant la mort, les séparations, les retrouvailles, les fâcheries, les histoires d’amour inattendues et l’esprit qui remonte le temps pour gagner quoi, en fin de compte,
*
Chaque année, un nom rayé parmi les personnes aimées, et puis un jour,vient celui de passer ton tour. Tu deviens «  le rayé de l’année « .
*
Entre le souvenir de ton visage aperçu dans un délire, et la solitude de l’après, une longue plaine où rien ne s’arrêter, rien ne se passe si ce n’est une longue mélancolie,tenace et sans fin


***
Notes pour plus tard

Note°1
Il est déjà bien tard. Une fois mort, le temps perdu le sera, définitivement.

Note 2
S’écarter de ce qui est évident, normal, prévu, attendu, et prendre le risque de se perdre dans l’inconnu.

Note°3
Est-ce grave, si je n’ai rien écrit d’important, aujourd’hui ?

Note n°4
Comprendre l’horizon avant qu’il ne bascule.
Il faut choisir entre la mort et la création. Parfois, c’est la mort qui choisit d’enterrer la création.

Note n°5
Rien

Note n° 6
Pendant mes absences, je m’éloignais de la terre entre morphine et perfs.
Et pendant ce temps, l’herbe avait continué à pousser sans moi. Chez toi, aussi.

Note n° 7
Au cœur de la nuit, je crie ma désespérance dans cette douleur qui me poursuit. Un seul désir, mourir, ou bien alors, de la morphine et que finisse ce manège où je n’ai pas le droit de monter.
J’aimerais aimer, plus tard, quand la vie sera plus fréquentable. Mon présent est détestable. L’illusion antalgique ne tient jamais sa promesse, longtemps.

ROGER DAUTAIS
 pour 
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
Avril 19
Dans ce mois, j'aurais été opéré  à Rennes-Pontchaillou et transféré au CH de Vannes. Au bout de 4 jours de ranimation, j'ai commencé  à prendre des notes, sous morphine.

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.