La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mardi 31 décembre 2019

" Le voyage de la sphère" pour Ariane Callot


Hâte-toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie.
Sénèque
*
*
*
À Marie-Claude.
*
Une vie...quelle vie ?
Bien des souffrances pour peu de répit. Après, quand ça déborde, ils s’étonnent que tu déballes, mais ils lisent. Pour bien faire, il faudrait tout ravaler, tout tirer au cordeau, aligner et mettre le reste de la poussière sous le tapis.
Je prenais mon temps, que ce soit, rue Gît-le-Coeur, ou sur la Cabo san Vicente, du pavé au grand large, pour ne pas être pris par lui. J’avais le temps de la regarder, pas toujours belle, cette vie donnée.
Apprivoiser l’éternité, passait par cet exercice d’introspection naturelle qui cassait le rythme de l’ordinaire proposé. Les confidences sur ma passion n’étaient pas le plus important à retenir. Ce qui l’était , c’était de l’avoir vécue, cette passion. D’avoir pris le temps de jouer, de donner du jeu à la vie, de faire vaciller la bien-pensance, avant de tirer le rideau.
Le land art se serait appelé autrement, que rien aurait été changé pour moi. La définition étant plus pour les spécialistes de l’étiquetage, entomologistes de l’art d’épingler , que pour ma propre personne.
Vibrer dans la précarité, rester digne au travail, trouver son propre chemin, s’approcher des vérités de tout être vivant dans la nature, pour mieux la comprendre. Survivre était aussi dans la panoplie, qui est une condition humaine, inconnue de bien des gens. Tout ça me donnait une attitude atypique, un art de vivre peu adopté dans un monde affairé et bruissant.
L’ensilement de soi, sous la contrainte et la maltraitance de mon enfance, l’inhumanité, jusqu’à la faim, la pauvreté aussi, nourrissait ce besoin de beau, manquant.
Enfouir l’essentiel, toutes les modes nous proposant le contraire, préparait le surgissement de l’esprit libre, de ce chaos. Part incompréhensible, détail vital de la résistance à l’ordre injuste, aux éléments de langage qui asservissent. Ouvrir les yeux sur le scandale des injustices organisées, la faim, les noyés de Lampedusa…Cela se paye toujours cash.
Fait de peu, et, confirmé par une nature frêle, marquée par une guerre,je m’étais trouvé une seconde famille parmi ceux de ma race, les invisibles.
Les éclats de pierre, le bois mort, les effilochures de nuages, le crachin glacé, la vie infime du ver de terre, la ronce rouillée, la crosse de fougère, la cupule de chêne, le cornouiller de mon grand-père, tous pris dans l’entropie naturelle du monde et refermant le cercle, jusqu’à l’humus, constituaient aussi le monde où je vivais. Toutes ces vies inutiles, dont j’étais fait, donnaient une légitimité à ma vie.
Il avait fallu passer par les « Sin Paradise morphiniques et acides» lire Ginsberg trop tard, emboîter le pas de Kérouac, croiser Gwernig pour toucher à l’autre paradis de la poésie.
La forêt de mousses et de lierre, les restes d’animaux morts, la trace du renard en chasse,dans les maïs, découvrir le cadavre sanguinolent du faisant en plein champ, de la truite dévorée sur le bord du ruisseau, du hérisson écrasé dans une fondrière, rappelait la loi de la nature, pas simplement belle.
Une fenêtre sur le monde que trop n’ouvraient jamais, s’arrêtant à photographier un coucher de soleil sur la mer..
J’allais, vacillant. Vaillant aussi, mais quelque chose d’infiniment douloureux hurlait en moi. Chien enragé, j’avais connu les chaînes mais aussi l’évasion.
Que cherchiez-vous donc à pêcheurs dans la vase de mes jours, procureurs aux effets de manches ?
Les distinctions, les prix, les honneurs, les médailles. Je n’avais pas de place sur mon manteau.
J’avais perçu, très jeune,le silence de l’au-delà d’Alpha de Céphée, senti mon sang bouillir, cailler et mon coeur, faillir.
Inquiétez-vous de ne pas comprendre le land art, mais continuez votre chemin, il est trop tard.
Rien n’est à sauver. Rien ne restera. Votre regard m’a suffit, merci...pour vous aimer.
Retournez dans votre peau et moi, dans la mienne.
Le monde continuera sans nous, une fois que nous serons passés
Roger Dautais

Photo : création land art de Roger Dautais
" Le voyage de la sphère" pour Ariane Callot
Région de Caen - Normandie.
Ceci est mon dernier texte pour l'année 2019.
Je vous remercie de faire vivre LE CHEMIN DES  GRANDS JARDINS par vos nombreux passages , enrichis de commentaires amicauxqui  m'ont soutenu dans une année tyrès difficile  pour  moi.
***
Je vous présente tous mes meilleurs voeux pour cette année 2020, qui approche. Je vous embrasse fraternellement.

17 commentaires:

  1. "Le monde continuera sans nous, une fois que nous serons passés"
    la marée effacera le labyrinthe dans lequel on a pu s'égarer
    le vent mélangera les ajoncs tressés
    mais dans nos cœur restera la pensée

    RépondreSupprimer
  2. Douce année, doux chemin à vous, malgré tout, Roger. Je vous embrasse,

    ANNE

    RépondreSupprimer
  3. Meilleurs vœux également de la part d'un nouveau fan (à plumes)

    RépondreSupprimer
  4. Cette sphère magique a sans doute beaucoup voyagé pour trouver de la neige...
    Reverrons nous un jour la neige sur l'Île-de-France ?
    Mon âme enfantine se désole de son absence.

    Merci pour tes vœux, Roger.
    Que cette nouvelle année t'apporte la joie et la sérénité et bien sûr une meilleure santé, de même pour tous tes proches.
    Bises chaleureuses

    RépondreSupprimer
  5. J'aime ta sphère fragile sous la neige..."et pourtant elle tourne"!
    Bises 2020 toutes neuves.

    RépondreSupprimer
  6. Bonne et heureuse année
    Emportons dans nos bagages pour 2020 :


    du Bonheur pour Partager
    de la Douceur pour Aimer
    des Amis pour Ecouter
    de la Paix pour se Reposer
    du Soleil pour Illuminer
    de la Force pour Supporter
    de la Santé pour Avancer

    RépondreSupprimer
  7. Je te souhaite une année simplement meilleure que la précédente, ce sera déjà bien... Et encore de belles pages à écrire, ici ou sur le chemin du land art. Affectueusement.

    RépondreSupprimer
  8. Il faut être passé soi-même par la souffrance et l'angoisse
    pour commencer à comprendre -un peu- celle des autres...
    Je dois dire que je la comprends de mieux en mieux depuis trois ou quatre ans
    (années qui furent également éprouvantes pour moi :
    cancer de mon mari, maladie de ma fille... et parents en "fin de vie"...).

    La vie ne nous épargne pas...mais elle a sans doute ses raisons :
    elle nous "passe au tamis" pour ne laisser, au final, que l'essentiel...

    La nature, dans ces moments, est souvent consolatrice...
    et la beauté nous tire vers le haut...
    Merci pour tes mots, tes images...pleins de force et de grâce.

    Que 2020 t'apporte répit et douceur...
    je te le souhaite du fond du coeur...

    RépondreSupprimer
  9. Et, aussi, un article qui pourrait éventuellement t'intéresser :-) :
    https://lefildariane1234.blogspot.com/2019/10/la-beaute-sauvera-le-monde.html

    RépondreSupprimer
  10. Bonjour Roger,
    Merci pour ces textes partagés ces derniers jours...
    Je retiens ces mots : "l’ensilement de soi, sous la contrainte et la maltraitance de son enfance" qui me bouleversent particulièrement.
    Mais je retiens aussi "paradis de la poésie", "fenêtre", "avoir vécu cette passion", "donner du jeu à la vie".
    Merci Roger. Tous mes voeux sur la route 78. Que 2020 te permette de donner du jeu à la vie malgré toute sa dureté.
    Prends soin de toi.
    Je t'embrasse.
    Leeloo

    RépondreSupprimer
  11. vibrate in the precariousness...nothing is to be saved. nothing will remain. the gaze (the open gaze, the loving gaze) is everything))

    yesterday i tried to run down back roads, away from town, however there has been so much freezing rain this winter it was impossible to do so safely. and so i found myself somewhat far outside of town taking to the highway, which i would have thought to be alienating, there amongst the transports and hurry. however, the magic of presence worked and i ran by tamarack and rock outcrops and train tracks and became faceless, the joy of being here too profoundly large for my body. i flooded the side of the highway and ran, singing, using my body as the natural machine it is. in some way i took back from the uninhabitable world my place to live. years that have accumulated in me passed out of me as spent energy. i could be everywhere and nowhere and no one and yet myself. no one can convince me it wasn't land art:) it is the job for us all.

    love))

    RépondreSupprimer
  12. Salut à toi sur ton chemin tantôt de lumière, tantôt de misère,
    avec la lucidité et la poigne qui te caractérisent.
    Salut à toi, land, lande, mer et vent phare d'artiste,
    je te souhaite un chemin de crête ou d'embruns, tous mots devant
    pour 2020
    et je t'embrasse.

    RépondreSupprimer
  13. Je me souviendrai, toujours, de toi et de ta magnifique oeuvre, mon ami Roger. Une sphère formidable pour faire tourner l'année 2020
    Abrazo fuerte.

    RépondreSupprimer

Membres

Archives du blog

Qui êtes-vous ?

Ma photo
Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.