La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 31 juillet 2010












Avant d'oublier de respirer...






Parfois, j'ai eu la drôle d'impression d'être entré par effraction dans cette immensité. Mes yeux n'avaient pas suffi à comprendre où j'étais et ce qui m'attendait. Par deux fois, m'a-t-on dit, javais tenté de passer la tête au travers des barreaux du lit de fer, puis j'avais renoncé. Quand il m'avait pris par les pieds et suspendu à bout de bras comme un lapin sanguinolent,j'avais poussé un cri. A partir de cet instant, il me restait à vivre. J'en suis resté à peu près là, pas tout a fait éveillé, tâtonnant dans la grande Nature et cherchant ma positon dans l'espace.
Mille fois, dans ce voyage, la lumière faillit s'éteindre et ma boussole rien d'autre qu'un pitoyable spectacle m'entrainant dans le fin fond des abîmes.
D'apnées en hésitations, de respirations en pauses, j'ai gravi le chemin. Mon corps se prêtait aux travaux les plus durs. J'ai bêché, retourné, creusé, ensemencé la terre, comme un paysan. J'ai pleuré sur mes mains trop petites et mes bras grêles qui n'étaient pas faits pour ça. Mon dos s'est cassé sous la charge. J'ai trimardé, trimballé, porté beaucoup trop lourd, pendant de trop longues années. J'étais aspiré par le lupem-prolétariat et je ne voyais plus le jour. C'était écrit dès ma naissance, il faudrait gravir tout le temps ce chemin de vie, dans la peine.
J'ai tiré le grand rideau qui occultait une nature sublime. J'y suis entré , aveuglé par tant de beauté. Je m'y suis perdu.
Les horizons se succédaient. Le sables des déserts m'appelaient pour des marches sans fin sous un soleil harassant. Les chemins de montagne et les sentes rocailleuses m'inspiraient des cairns sauvages. Le plages Maghrébines me dictaient des pages d'écriture à même le sable, et des spirales géantes.
Mais la solution n'était pas à ma portée, ni dans la peinture, n i dans la sculpture, ni dans le land art, ni dans l'écriture.
La solution était dans le voyage permanent qu'il me fallait poursuivre, inventer, encore et encore, sous peine de perdre la respiration, le souffle, la vie.
Je ne sais pas si elle viendra de gauche ou de droite, si elle frappera à la tête, ou m'attrapera par les pieds, la camarde. Ce que je sais, ce que je vois, ce que j'entends, c'est toute sa litanie de mots mielleux. Ils ne sont prononcés que pour tendre le piège, pour me ramener au départ. Franchir, le miroir, je l'avais voulu, puis j'en étais revenu par miracle, mais maintenant que le probable, le certain même, approchait, qu'il était là, avec la vieillesse programmée, en cadeau, je n'avais plus envie de partir avant l'heure.
Quitter cette bande de petits cons merdeux, rivés à leurs places, à leurs diplômes à leur carrière, bien au chaud, faisant la pluie et le beau temps, ne serait pas bien difficile. S'il n'y avait qu'eux !
Oublier que le parcours n'aurait été que parallèle, vécu dans les chemins de traverse, avec des fortunes de mer, derrière des hauts murs, parmi les cris et sans grande reconnaissance, ne serait pas impossible. Mais ne plus voir tes yeux bleus qui avaient tout connu, tant pleuré, tant aimé, ne rentrait pas dans le domaine du possible.
Je ne sais s'il me reste un seul jour ou dix mille jours à vivre. Je ne sais si je marche dans la bonne direction. Je ne sais si mes yeux verrons la lumière jusqu'au grand départ. Ce que je sais, c'est que je t'aime mieux qu'au premier jour et veux t'emmener aussi loin que mes forces le pourront.
Demain est inscrit dans les pierres, le sable, la terre, le feu, l'eau et le vent. Demain est complainte le soir et parole d'amour au petit matin.
Demain, tu le vois là-bas. Le soleil levant, il est pour toi, mon amour...Cadeau à la vie à la mort.




Roger Dautais

Le Chemin des Grands Jardins. 31 Juillet 2010


La spirale présentée ici a été réalisé ce matin sur la plage de Ouistreham, en Basse Normandie, à marée montante. Circonférence : 45 mètres environ.






Démunis


Le moment : l'aube, ou lorsque l'obscurité brille
L'espace: la porte interdite de ta demeure
Je sais Il n'y a plus d'autre temps
Que celui-ci Plus d'autre espace
Que celui-ci


Moi L'égaré pendant que ma propre
Mort me sert de guide
Moi Le mendiant


Je déploie mon tapis de prière devant ta porte
J'appelle tes mains
Et les choses disparues
Et les heures soudaines perdues


J'appelle la lumière la liberté
J'appelle les mots que jamais
Ne seront au rendez-vous.



Refîq Sabir ( 1950 Kurdistan )

dimanche 25 juillet 2010











Aux voyageurs, à leur étoile...




Rien n'est facile. Je pense à ceux qui un jour m'avaient écrit pour "nettoyer mon blog" des étoiles de David trop présentes à leurs yeux et des gisants, " de mauvais goût" selon eux. Et je les ai ai écouté, en partie, écœuré par ces bonnes âmes qui , je pense, rêvaient d'en faire autant dans la société. Ainsi le land art ne leur échappait pas et en cela, ces censeurs me confortaient dans ma démarche : je faisais bien partie de la société. Il en faut de peu pour être jeté aux orties. Il suffit de classer le conformisme aux oubliettes et c'est vous que l'on enverra dans un cul de basse fosse. En ces temps de propreté à tout crin, les artistes ont rarement été épargnés. Il reste cependant le moyen de poursuivre son chemin à condition de ne pas concourir pour un prix assurant la fortune, ni pour une sculpture en bronze immortalisant votre personne. Et ça tombe bien, ce n'est pas ce que je cherche. Voici donc revenus sur cette page, une étoile de David et un gisant de pierre, au nom de la liberté d'expression.

J'ai soulevé ds pierres sans compter ma peine et la vie est passée comme ça. Trop simple d'abandonner si le chemin est en pente, deux vies suffiront à le gravir. Je t'entends, mon amour, absente, respirer en moi et ton souffle rythme mes pas. C'était bien avant, me dis -tu,
c' était le passé. Rien n'a survécu, sauf la mémoire. Tu lèves tes yeux bleus au ciel, tu le sais pourtant bien, elles n'ont pas laissé de traces dans le ciel, les hirondelles en partance, simplement, dans ton cœur. Dans le désert, le jour se lève. Le chamelier panse ses bêtes. Je t'y emmènerai bientôt compter les étoiles. Garde espoir, demain, c'est déjà presque fait. Le temps de s'arrêter une nuit , c'est tout. Tu le sais bien aussi, elle hésite à tomber à cause du soleil puis elle allume ses étoiles, la nuit. Ne t'en fais pas pour moi, dans l'usine le labeur pèse sur les bleus, ici, ma peine est libre. Je ne sais plus parler, j'ai donné ma voix aux oiseaux. Je marche dans le silence en les regardant voler. Manœuvre, je m'écorchais les mains et le mur s'élevait, droit. Je suis resté à son pied, endormi pour toujours. L'âge, je n'en n'ai plus besoin. Il me suit partout. C'est devenu un ami invisible. Avec moi, il te manquera toujours un sou, jamais un bonjour,mais ta vie se terminera ainsi.
Les heures s'égrènent, je m'écarte de ma vie, le temps d'oublier que demain arrive. La terre me cherche. Je n'ai plus le sens de la marche. Il faudrait penser à creuser, bientôt. Une poignée de cendres, un souffle de vent: conclusion d'une vie bien remplie.


Roger Dautais







(Bremen)


A-t-il touché la foudre
nuque et cheveux de pierre
l'ange au regard de cathédrale
le visage fléchi
vers son propre miroir
dans les décombres ?

La vile est comme un bruit
qui se répand
avec les murs
déshabille ses ombres

Le ciel
éventre les fenêtres
son épaule de lumière s'accroît avec
le vent

La cendre
sur les briques
sur les chaussures l'ombre des avions.



Bruno Berchoud
L'ombre portée du Marcheur (1998)

mercredi 21 juillet 2010












In memoriam...




La mer sera haute dans trois heures lorsque je mets les pieds sur l'estran. Elle a fait un bon nettoyage de sable et découvert un très grand nombre de pierres. Ici, pratiquement pas de touristes, juste des chiens en balade et moi, de temps en temps. Il ne faut pas troubler la tranquillité du parisien de passage. D'emblée, je sens bien la construction d'un cairn, assez trapu, puisque la base fait quatre mètres cinquante de périmètre, ce qui est déjà beaucoup. car je vais l'élever jusqu'à une hauteur de un mètre quatre vingt. Je travaille avec de très grosses pierres et au bout d'une demi heure, j'ai utilisé tout ce qui peut l'être. dans un rayon de dix mètres Après, cela devient plus difficile,. Il me faut aller de plus en plus loin et porter ces grosses pierres une par une en assurant chacun de mes pas sur un sol dangereux. C'est à cause de le mer que tout cela arrive. Le dialogue s'établit dès que je la vois. Je travaille pour elle. Elle m'encourage de son bruit sourd produit par les vagues. Elle approche, je la regarde...Quel spectacle. J'aime travailler en sa compagnie. Parfois je m'arrête pour souffler. Je regarde l'horizon. Je pense à lui depuis qu'il est parti. Je garde cette dernière image, de lui, allongé dans son beau costume gris. Je lui parle aussi du bon temps lorsque nous étions à travailler ensemble dans le jardin, parfois sans dire grand chose, juste dans les gestes d' horticulteur. Tu m'apprenais la taille des arbres fruitiers, puis le bouturage, les greffes, les semis. C'était passionnant. On regardait les saisons passer. Il fallait bien s'y plier. A qui d'autre veux-tu que je pense aujourd'hui alors que je termine ce cairn et que la mer vient le cerner pour l'emmener dans ses souvenirs. Pour qui ferais-je le choix d'autres travaux à présenter ici,et que voudrait dire cette photo d'oyats peignes comme des cheveux par un vent de noroît. Tu sais bien que les souvenirs sont comme la marée, ils vont et viennent. Ils t'envahissent et puis, ils disparaissent. Ça dépend des jours, des heures. On ne les commande jamais. Certains départs, tu les encaisse, tu fais comme si rien n'avait existé avant. D'autres, tu te les prends en plein cœur et c'est très dur de les digérer. Je sais bien qu'il fallait que tu partes, mais je ne m'y fais pas.Tu sais bien , aussi que j'ai toujours fait ça, offrir mes travaux , les dédicacer, parce que je trouve que c'est mieux ainsi. Hier, c'est à toi que je pensais en travaillant, aujourd'hui c'est à toi que j'offre ce cairn, Papa.



Roger Dautais






à Marie-Claude...

Je ne possède que le temps qu'il me reste à vivre. Est-ce trop ?





Je contemplais les oyats peignés
comme des cheveux
par le vent de Noroît.




Sous la pleine lune
une carpe koï
me regardait, rouge sang.




Ici l'été bascule
dans les blés couchés
L'alouette élève sa joie dans le ciel.




Le rossignol chantait
déjà les blés murs se couchaient
les beaux jours, aussi.




J'irai dans les nuages
boire la rosée divine
en attendant la pluie.




Roger Dautais
le 26 juillet 2010 en Normandie




vendredi 16 juillet 2010











Le cairn du poisson mort...




Me voici confiné dans un atelier de montage pour la post production d'un film documentaire( je me répète) sur la maladie d'Alzheimer, et ça tombe en pleine période de vacances. Rien à dire, c'est le jeu. Pendant ce temps, au lieu de crapahuter en Tunisie, comme prévu, si j'ose dire, je suis privé de désert, cantonné en Basse Normandie. Je m'offre une belle parenthèse dans ma pratique du land art, m'échappant de temps en temps pour réaliser des créations, par ci, par là. Voici par exemple un cairn que j'ai réalisé pendant cette période de disette, avec un grand plaisir, sur la rive gauche de l'Orne. Le précédent élevé à 50 mètres de celui-ci a été détruit et tellement éparpillé que c'est signé. Que faire contre la bêtise ? En descendant dans le lit du fleuve, je constate que le niveau des eaux a baissé et découvert une grande quantité de pierres. Je découvre aussi, la carcasse d'un poisson desséchée, resté en suspens sur une grosse pierre. C'est décidé je vais lui consacrer mon travail de l'après midi et cela s'appellera :
Le Cairn du Poisson Mort.
Je rassemble de grosses pierres que j'assemble en couronne, au raz de l'eau. Le terrain est glissant. Je dois assurer tous mes pas avant de les transporter. Après avoir construit un mètre, je dépose le poisson mort au cœur du cairn et continue l'élévation. Je fais une deuxième pause et je le lie au paysage en déposant des orties d'un très beau vert et quelques lianes, puis je recouvre le tout. Ces rituels sont très importants car ils donnent un sens à ma présence et à mon travail. Je continue l'élévation et donne une forme de dôme au sommet du cairn. Il est très beau, placé, le pied dans l'eau du fleuve qu'il va garder jour et nuit jusqu'à ce que quelqu'un se mêle de son destin. La tranquillité énerve toujours la agités. En même temps, je ne demande pas l'éternité pour mes travaux. Ils ne sont pas fait pour ça mais posés ou déposés dans la nature comme des offrandes. Les autres installations sont plus anciennes et ceux qui les ont déjà vues les reverrons. Je pense aussi en les représentant à mes nouveaux lecteurs, dont beaucoup d'étrangers qui connaissent moins mon travail. Je souligne au passage qu'il y a plus de légitimité de ma part à les représenter que de me faire "emprunter" des photos par des indélicats pour leurs blogs et qui se les approprient ! Quand on me demande de le faire, je réponds toujours oui, mais cette façon qui est aussi un des inconvénients d'internet, est rarement critiquée, moins que de montrer plusieurs fois ses créations. J'aime relire de beaux textes, des poèmes, écouter des chansons et il ne viendrait pas à l'idée d'écrire à un chanteur: "eh ! Remballe ta chanson, on l'a déjà entendue".
Certains détracteurs ou critiques, eux même "créateurs" ont trop le sentiment d'inventer l'eau chaude tous les matins et je m'en amuse. Je pense qu'un peu de modestie ne ferait pas de mal à ces petits maîtres. J'aimerai assez les confronter à mes patients Alzheimer pour qu'ils comprennent qui ils sont face à eux, et à quoi sert leur superbe. La vie n'est pas faite que de jeunesse et de neuf, de création permanente.
Qu'ils soient l'eau vive d'un fleuve, certes, mais sans les rives, sans ces éléments qui bordent ces mouvement de force créatrice, ils ne s'inscriraient dans rien. On ne peut nier le monde pour ensuite se l'approprier quand ça arrange. L'élitisme à tous crins, c'est bien beau mais à la longue, ça saoule ! Un peu d'humanité fait autant avancer que cette avidité de certitudes et ces jugements à la hache.
Pour le reste de mes installations vous trouverez une spirale maritime, de petits cairns guettant la marée, des flottaisons colorées, un jeu d'objets trouvés dans une mallette au bord d'une route couvert de coquelicots. J'avais aimé la découvrir et je m'étais longtemps demandé qui l'avait abandonnée, en bon état. Le hasard de la découvert pour un jeu de roulette. Très étrange. Et pour terminer, cette boule transparente que j'avais promenée pendant quelques semaine au hasard de mes marches pour la mèler à une nature si différente de la sienne.
Ce matin , je travaillais dans mon atelier d'art-thérapie et comme je le fais depuis novembre 2009, j'ai filmé mes patients pour les besoins de mon documentaire, car il me manquait certains plans, aidé de Jean Jacques, mon cadreur, présent toute la journée pour d'autres prises de vue. Cet après midi, nous avons enregistré une interview assez longue où j'explique ma démarche d'artiste passant par cette belle expérience humaine. Je vous raconte cela car je vous avais promis des informations concertant ce documentaire. C'est fait.
Dans les jours qui viennent je vais pouvoir un peu m'échapper de ce travail et retourner au land art qui me manque beaucoup. Alimenter mon blog en images n'est pas un problème, c'est le temps qui me manque. J'aime aussi en consacrer une partie à la lectures de vos blogs qui me passionnent aussi. Pour ce soir, je vais m'arrêter ici.


Roger Dautais







L'infini


J'écoute la montagne
Elle me parle de l'océan
Et l'océan raconte
L'histoire de la plaine
La nature met en scène
La légende de l'homme
Et quand j'écoute la terre
Elle me parle de l'univers
Les mystères me bercent
Ils m'endorment. Je suis l'enfant
Quand toucher enfin
Aux frontières de l'inconnu.


Sêrko Bêkes ( 1941 Silêmani )

samedi 10 juillet 2010









à Fanny...





Qui pourrait imaginer une vie pareille ? Une vie de voyage, de marche de déplacements, une vie qui serait à la recherche de l'impossible. Je ne savais pas trop à qui m'adresser pour ce genre de travail, alors, comme je disposais d'une vie et d'un certain temps, je me suis mis à l'inventer, à l'imaginer et l'inscrire dans une pratique quasi journalière du land art. Je ne savais pas où cela m'amènerai ni combien de temps je durerai sur ce chemin. Je peux dire maintenant que j'ai commencé au siècle dernier et que la première décennie du suivant, s'achèvera dans quelques mois. Je n'ai toujours pas de programme autre que de pousser au plus loin cette expérience de vie où j'ai rencontré plus d'arbres, de végétaux, de plantes et de pierres que de personnes, car ce choix est celui d'une vie rude, assez solitaire et pourtant passionnante. L'âge venant, j'ai du accepter de vieillir et de comprendre pourquoi, je n'étais plus capable de faire ce que j'entreprenais il y a dix ans, seulement. Je trouve d'ailleurs cette observation pleine d'enseignements car c'est à moi de m'adapter et non à la Nature et cela me force à lutter pour conserver une autonomie suffisamment réelle pour entreprendre d'autres expériences. Bien sûr, il y a eu les périodes de doute, les blessures, les arrêts, mais je me suis toujours remis debout, par chance et j'ai repris le chemin de ma vie telle que je la rêvais, à nouveau. Ce matin, je me suis replongé dans mes photos et choisi de quoi vous présenter une nouvelle page. Le point commun de toutes ces installations est d'avoir été conçues en Septembre. Cela commence par une spirale réalisée pour l'anniversaire de notre fille, Fanny, pour tout ce qu'elle est et pour la place qu'elle garde dans notre cœur. Cette spirale marine mesurait environ 45 mètres de circonférence.
La deuxième installation représente un "masque de présence" dont le but est d'habiter un lieu et de le garder, ici, un bois. Sur la troisième photo, ce personnage flottant entre deux eaux a été réalisé sur les anciens docks de Caen, avec une ampelopsis vichii . Quelle émotion de voir apparaître , puis bouger et s'animer dans le léger courant de l'eau ce personnage que j'avais eu beaucoup de mal à réaliser. Dans ces moments,je laisse mon imaginaire m'emporter et je me contente d'observer la part d'inattendu, l'éphémère dans d'un revenant qui joue avec la lumière, de l'autre côté du miroir.
La suivante est une " boîte à mémoire ", une des nombreuses fabriquées dans différents lieux et qui consistait, dans un rayon assez restreint( quelques mètres) autour d'un endroit chois pour la réaliser, à prélever un échantillon de toutes les couleurs présentes. Ensuite, je les assemblais. Je me souviens, pour celle -ci réalisée, non loin d'un gabion, qu'il faisait une chaleur étouffante. Je l'avais installée dans un chemin tracé par les roues d'un tracteur, dans une friche dont les herbes atteignaient 1,50 mètre. J'étais en immersion totale dans cette nature à qui je dédiais ce travail. Très beau souvenir.
Les deux autres que j'appelle des "tapis de prière" ont été réalisés dans un autre endroit assez désert des docks du port de Caen, sur un socle de béton. J'étais à l'époque, blessé et ne pouvais plus travailler à genoux. Ce socle m'avait servi de table. Tous les végétaux avaient été cueillis sur place.
Et pour les deux dernières, qui sont aussi assez simples, je les ai réalisées dans un petit marais. Ce genre de travail me permet d'en faire plusieurs et je privilégie, le geste de poser, la simplicité, la spontanéité, et la rapidité d'exécution qui doivent traduire l'apparition d'une idée, née du lieu, des végétaux, de la lumière, de ma sensibilité du moment, sans calcul. C'est, dans ce cas, comme si souvent, la poésie du lieu qui prévaut.
Cette semaine, je n'ai réussi à m'échapper qu'une demi-journée de mon travail de dérushage pour mon documentaire sur la maladie d'Alzheimer. J'en ai profité pour réaliser un cairn sur le fleuve et j'avoue que cette semaine sans land art m'a parue longue. Je vous remercie de votre patience et de votre fidélité au CHEMIN DES GRANDS JARDINS, sur lequel j'avais l'habitude de présenter des pages quotidiennes, ce qui m'est devenu impossible en ce moment. Je suis très sensible à vos commentaires et j'avoue y apprendre beaucoup de choses.
Bel été à tous.




Roger Dautais









De fil en aiguille


La prochaine fois
Je mettrai la nuit à mes côtés
J'appelle mes rêves
Avant qu'ils ne se multiplient
Je leur apprendrai s'asseoir devant moi
Quand ils se plaisent devant moi
Je leur dis:
" rêves! Soyez plus longs cette nuit"

La prochaine fois
Je conduirai le jour dans ma chambre
Je lui apprendrai à comparaître devant moi
Quand il se plait avec moi
Je leur dis:
" Jour !Aide moi "



Adnan Mohsen ( né à Bagdad en 1955)

dimanche 4 juillet 2010










à Morgane*...




Depuis quelques semaines, j'ai vu l'été se pointer en douce. Ici, les saisons basculent rarement d'une à l'autre, de façon brutale. Il faut être en immersion permanente pour en découvrir les signes avant-coureurs. Chaque je jour, je prends la route. Chaque jour différente, pour des marches au hasard, à la rencontre de cette nature qui m'appelle et m'attire. Je vous ai montré des spirales et des installations sur les plages mais elles se sont alternées avec d'autres réalisées, le long des chemins de traverse, longeant une voie ferrée, au fond d'un marais, dans des carrières, au bord du fleuve. J'ai sillonné ce pays de long en large, quittant la ville et ses bruits. Ici commence mon territoire. Il n'y a ni parole, ni bavardage, juste le bruit de mes pas pendant la marche. Je suis aux aguets, à l'écoute, prêt à recevoir le signe qui va me déclencher l'idée et faire naître le travail. J'avance dans une sorte d'anonymat . Qui relèvera mes traces, qui me suivra dans cette" itinérance", lorsqu'elles se seront fondues dans le grand tout.
Je me souviens, cette marche sur le ballast d'une voie ferrée désaffectée. Elle devait m'amener jusqu'à un petit marais que je n'ai jamais atteint. Je marchais, rêvant à Kérouac et Wooddy Guthrie, comme à chaque fois, à cause du chemin de fer, lorsque j'ai aperçu une mare d'eau en contrebas dont la couleur tranchait avec le blanc éclatant des pierres. Je me suis arrêté là et j'ai travaillé à genoux, sous un soleil ardent, avec tant de plaisir. J'avais tout sous la main, le rêve, les pierres blanches, l'eau, les fleurs, et la compagnie de trains improbables qui ne passeraient sans doute jamais. J'ai fait un puits, réalisé une langue de pierres, noué trois fois l'herbe devant la couronne blanche et fleuri la mare entre deux bois flottés. Cela m'a pris tout mon temps.
Je me souvient d'un marche, un peu avant les grandes chaleurs où j'étais descendu dans un autre marais pour y retrouver le cours d'une petite rivière. Je n'y étais pas revenu depuis longtemps et al végétation rendait ma progression difficile. J'y avais travaillé longtemps autour de diverses installations. De petites flottaisons toutes simples, captant un rayon de soleil me comblaient autant que de grosses installations. J'avais détaché d'un tronc d'arbre une très grosse liane morte, qui s'était révélée ressemblant à un miroir rococo et je l'avais orné de quelques fleurs. Je passais d'une installation à l'autre avec un vrai bonheur d'être là et d'y inscrire ma vie.
Je me souviens d'une autre marche, c'était hier. En route vers une carrière de la région, j'avais levé deux superbes lièvres aux oreilles dressées. Ils étaient sortis d'un friche, à cinq mètres de moi, détallant chacun de leur côté. Je m'étais réjoui de ce spectacle en leur souhaitant bonne route et bonne chance. De l'autre côté de la haie, sur une très haute butte de terres et de pierres, j'avais trouvé une souche de coquelicots d'un rouge carmin si inhabituel que je les ai honorés de trois petits cairns dans la pente, avant de reprendre ma route.
Et puis, je l'ai vue, là, sous des milliers de marguerites, suivant les traces au flair. Morgane, revenue, une fois de plus, m'accompagner ici, comme avant le grand départ. Je suis allé cueillir de coquelicots et je les ai semés en direction de l'ouest qu'elle avait forcément rejoint, un jour, vers Ploudaniel, non loin de Brest.
Puis j'ai rejoint la carrière, mais le charme était rompu. Les cairns s'écroulaient les uns après les autres. J'aurai dû rester sur sa mémoire et terminer ma journée avec elle. Une prochaine fois je saurai.


Roger Dautais

* Morgane a été ma dernière petite chienne. Elle m'accompagna pendant 11 ans.







Hantise



Le désert prescrit
Le poème
L'éphémère
Le feu
Le sang lesté d'éther.

Propice à l'espace absolu,
Aux syllabes mouvantes
Il désavoue le livre.

Le désert
Nous arrache à nos fatalités
A l'alchimie de de notre verbe
Et nous redressant
Sables médiateurs
Visions belliqueuses
Vagues silhouettes en quête de forme.

Le désert
Grand lac de mémoire
Vent bruissant d'un cadavre.


Abdul Kader El Janabi ( Né à Bagdad en 1944 )

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Qui êtes-vous ?

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.