La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 9 janvier 2012





































































































Aux chercheur d'or...



Je marche dans les pas de Florence Aubenas. Il est dix heures trente, les quais de Ouistreham sont déserts. La grille du terminal des Ferries est fermée. Au-dessus de l'entrée, une enseigne lumineuse minuscule, me souhaite Happy New Year et annonce une fermeture du site jusqu'au 2 janvier.
.Un seul poids lourd Espagnol, pris au piège sur la l'immense parking ! Le chauffeur malheureux émerge de sa nuit. Il attendra jusqu'au 2 janvier, 6 heures du matin.
Le ciel est gris, bas, plombé, comme dans le roman de Florence * L'hiver Normand est rarement souriant. J'ai terminé de lire son livre il y a deux jours et je voulais me replonger dans l'ambiance. C'est fait.
Devant moi, le Ferry à quai, sur fond de mer grise, à droite, en principe, on voit le Havre, mais aujourd'hui, le rideau est tiré. Seul l'estuaire du fleuve est dégagé. Avant de quitter ces lieux inhospitaliers, je prends la décision de commencer mon année en allant installer dans l'estuaire, rive gauche.
Promis, dès demain matin.
Jeudi 5 Janvier, la météo a suivi la couleur locale des journaux de la radio: gris, bas, pluvieux, venteux et l'on recommence.
Premier jour correct, Jeudi et nous y sommes. J'arrive sur les lieux en début d'après midi. Le terrain est vaste et l'estuaire s'étale à loisir entre les vasières, les zones marécageuses, les herbus et même un petit bois qui a résisté à bien des tempêtes. Il faut faire attention à ne pas glisser dans le fleuve, à ne pas s'envaser et rester prisonnier sur place, et, dernier danger, les chasseurs qui tirent depuis les gabions où carrément depuis la plage. Une fois que l'on a compris tout ça, le travail peut commence.
Je longe une digue qui retient les hautes eaux au moment des plus fortes marées. La partie Nord-est qui donne sur des praires est recouverte entièrement par une herbe glissante tandis que la partie Est, découvre un empierrement massif que les hautes eaux ont un peu chahuté, ça et là. De belles pierres ont glissé des brèches et je vais m'en servir pour élever une quantité de petits cairns élevés à l'esprit du fleuve. Je démonte tous les cairns une fois photographiés ét replace les pierres dans les brèches de la digue.
Une tache de lichen me donne le prétexte pour lier les murs au marais. Lorsque je vois des pierres ou des murs comme ici, je n'oublie jamais les six années passées à aider les longues peine du Centre de Détention, en les accompagnant dans des projets artistiques. Comment oublier ceux que j'ai vus et écoutés, ce que j'ai entendu, derrière les hauts murs. Nous parlions souvent land art. J'y ai même exposé des photos de mes installations.
Je quitte la digue et la franchis puis marche plein nord, pour retrouver, la plage, la mer. L'air est vif, mais j'aime ça. Je trouve un bout de coton orange, et je m'en sers, tel une araignée qui tisse sa toile. Piéger les vents, attraper des rêves au passage, jeu d'enfant que je suis parfois.
Je descend vers le bas de la plage et sonde le sable. Oui, je pourrai réaliser un spirale prochainement, ici, en arrivant plus vite sur les lieux.
je me demande quelle force me guide, à parcourir ainsi, la nature, tel un chercheur d'or. Faut-il croire que j'y trouve matière à vivre et à dire au monde que je n'ai pas d' autre façon d'être qui me convienne aussi bien. Et pourtant, ce n'est pas facile.
Je rejoins une construction en bois, qui sert d’observatoire, assez haut perché et ouvert aux quatre vents. La vue est imprenable. J'y fais une halte et sort de mon sac à dos, quelques poèmes de Henri Droguet, recopiés dans une revue, la semaine dernière, à la bibliothèque centrale de Caen. J'aime ces lectures faites au hasard dans lesquelles je puise pour vous les présenter. Aujourd'hui, ce sera Continuo. Il y a une force dans ce texte qui colle bien au côté sauvage de cet estuaire, l'hiver.
Je redescend sur le sol et décide de rentrer par le bois qui occupe toute la partie centrale de la petite presqu'ile. Une souche d'assez belle taille s'offre à ma vue et je pose mon sac pour mieux la regarder. Elle est magnifique. Je vais y installer une horloge avant que le jour ne décline de trop.
Je fixe les aiguilles , après avoir cueilli de grosses épines de ronce qui vont ensuite tenir en place, douze morceaux de mousse sur le cadran. Ainsi, vous pouvez savoir à quelle heure j'ai terminé mon travail.
Je suis heureux de ces travaux, et je marche d'un pas léger. Pourtant, une pensée me rattrape, Morgane, ma chienne fidèle. Elle est partie depuis plusieurs année, sans que je puise la remplacer, ni l'oublier. Tout à coup, elle est là, plus présente que tous ces travaux et me raccompagne jusqu'à la voiture. Je ne pense plus à rien et la suis du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse de ma vue.


Roger Dautais



* Le quai de Ouistreham
Florence Aubenas Editions de l'Olivier 2010


P.S. Seules, les cinq premières installations sont concernées par ce texte



Continuo

Tout ce qui fût
magnifiquement tu
rêve sauvage ou total gouffre
aux cendres bleues refouies
ça claudique et ça flâne
hurle à la dégobille à l'absente goinfrée
esclaffements noir fureur
mélancolique des vents bourrus
dans les hivers

Piètre miroir aux alouettes
que l'embrun fulmineux galvanise
le ciel roule ces déflagrants vaisseaux
touffes à crever plumes écumeuses
aux bas sépulcres chères.


Henri Droguet
Variations saisonnières
9 décembre 2006

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.