La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 9 février 2013

La tendresse des pierres
Le guetteur noir
Cairn du vent
Cairn des brisants
Dialogue

Énergie orientée
La marche vers la mer
Exil
Méridienne

Globules rouges
Croire  à la vie
Silhouette
Ensemencer  l'hiver


La tendresse des pierres...



 L'hiver est long. Je ne suis pas sorti depuis une semaine, faisant avec une santé moyenne et un moral  du même  acabit qui accompagne le tout. Sentant mes forces revenir, je décide de rejoindre la  côte pour les tester et les mettre  à l'épreuve. Il fait froid et humide avec  un 2° au-dessus de zéro. Je traverse la plaine au  nord de Caen. Elle borde le littoral et s'élève doucement jusqu'à découvrir  un  large paysage marin qui s'étend au Nord -Est jusqu’au Havre, situé  à 60 kilomètres et sur le Nord-Ouest, la suite de la Côte de Nacre et ses villages les pieds dans le sable. Lorsque j'arrive sur la plage choisie, un vent du nord glacial me saisit. Pour un retour au métier, c'est un bon retour tonique. Dès que je mets le pied dans le sable, je trace une petite spirale dont le but est  de mobiliser mon énergie pour la suite de la journée. Il fait trop froid  pour continuer à créer. J'entreprends de marcher, marcher,  jusqu'à ce que je me réchauffe. Je commence par remonter vers l'Est.La plage est immense et vide. Aucune âme en  peine sur cette grève que la mer vient de quitter  il  y a deux heures  à peine. Le sable s'essuie par les petites rigoles d'eau de mer qu'il retient et  lâche,  on dirait,  à regrets. A vrai dire, je pense surtout au froid et aucune idée d'installation ne me vient d'emblée. Le soleil fait quelques apparitions entre les très beaux nuages qui tapissent le ciel tout en épargnant l'horizon. Le paysage est  grandiose et j'y suis bien malgré le froid. Un sentiment de liberté nait en moi,  à chaque fois que je marche dans ces immensités de sable. J'oblique vers la mer et marche encore un bon quart d’heure avant de retourner vers ces masses sombres aperçues tout  à  l'heure au niveau de l'estran. J'arrive dans un champ de pierres,  plutôt  petites mais qui  me donne immédiatement envie d'élever quelques cairns.C'est alors que je découvre des morceaux de fer  rouillés, sortant du sol, sur lesquels se sont  collés de petits coquillages. Étranges formes qui  peuvent se transformer  en redoutables pièges  pour les baigneurs  à marée haute. Impossible de les arracher  ni de les ébranler. Je devine que sous le sable, elles font partie d'objets métalliques assez grands. Des vestiges de la guerre ? Je ne sais pas. Nous sommes ici sur les plages du Débarquement  du 6 Juin 1944 en Normandie, secteur Anglais de  Gold Beach. 25000 Anglais  y débarquèrent et perdirent 113 hommes le Jour J. Comment l'oublier?
J'ai  à ma disposition, ces ferrailles jaillies du sol et des  pierres.C'est peu et suffisant  à la fois. L'équilibre de la grosse  pierre de base sur ces ferrailles  me demande du  temps et de la patience. Je travaille  à genoux pour avoir plus de précision dans le geste.
Cela se joue au millimètre près et il est facile de comprendre que le reste du cairn doit progresser pierre par pierre, toutes posées avec délicatesse. Je réalise ainsi cet ensemble que j'appelle : dialogue, car je l'imagine bien  naître entre ces deux cairns perchés. Et  puis les autres vont suivre, de plus grande taille avec des pierres nettement plus lourdes que je dois manipuler avec précaution, sur de petites distances  pour ménager ma santé. Mais enfin, en prenant des précautions, ça va.
Le soleil est caché derrière les nuages. La lumière faiblit aussitôt et la température également. Je suis gelé. Je fais des aller-retour sur l'estran et je découvre deux pierres dont les formes  m'intéressent. Je les prends et m'aperçois que, collées ensemble, elle me donnent l'impression d'avoir  des sentiments de tendresse, l'une pour l'autre. Je me souviens d'avoir gardé une longueur de cordeau rouge dans  mon sac à dos et je m'en sers pour les lier comme  on  peut l'être par des sentiments. Il  me reste  à les déposer sur une roche, face  à la mer. Je m’assois et regarde, simplement. Je trouve cette scène très belle. Manque le soleil pour la lumière. Cela arrive souvent mais je lui en veux pas. Quelques minutes  plus tard,  les nuages le dévoilent et j'ai  juste le temps de réaliser quelques  photos avant qu'il ne se cache, cette fois définitivement. Je pense alors  à la tendresse des pierres et à leurs histoires que nous devrions parfois copier.

Roger Dautais



Cible
L’oiseau sauvage nous épiait, nous
qui étions deux à reconsidérer,
inertes, le chemin parcouru dans la chair.
Les villes intérieures, les bagages ficelés,
le manque de mouvement, simplement
l’idéale stupeur d’aller en reconnaissance
au fond, au tréfonds, sans qu’il soit
question d’agonie, de perte ou de noirceur
inutile.
Je procédai aux derniers préparatifs, sous
l’œil fixe de l’oiseau noir
qui vole et qui fixe, conscience exilée
toujours égale à ce que nous projetions d’être.
 
Fabrice Farre
http://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/fabrice-farre

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.