La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

jeudi 3 janvier 2013

Cairn du  jour de l'An
à côté de la plaque
Grande spirale de Merville-Franceville
Méridienne
Sœurs de septembre
Anneaux borroméens
Pour Raymond, simplement.

Sans issue
Composition  hivernale
Dérive violette
La déchirure
Mandala
Juste avant la nuit






à celle que j'aime...



C'est le jour de l'an. Je quitte mon quartier désert, sous  un ciel plombé. Il est neuf heures. J'ai décidé, hier, d'élever un cairn pour honorer le jour de l'an. J'ai  peu de temps devant moi et je sais  où trouver des pierres sans perdre trop de temps. Je rejoins la rive gauche du canal dont les eaux affleurent le haut des rives. Je gare ma voiture non  loin de l'ancien terminal minéralier d'une usine métallurgique entièrement démontée  pour être reconstruite en Chine, après transport en cargos. Le monde est bizarre. Il n'en finit pas de détruire des outils de travail et de laisser des hommes sur le carreau.
 Je travaille souvent dans ces  lieux,  pourtant inhospitaliers et dangereux parce que j'y suis relativement tranquille. L'eau du canal est noire. Un couple de foulques s'y ébroue en toute quiétude. Je franchis la route qui relie la grande ville  à la mer et borde  le canal. Un enclos complètement affaissé  par le passage des chasseurs, me permet de rentrer sur le chantier de concassage de béton et autres gravats qui a remplacé une partie de l'usine. C'est une vision de guerre, de chaos, d'enchevêtrement de fers  à béton, que me transporte aussitôt dans un autre monde. Je dois progresser  lentement, à cause des fers qui sont de vrais pièges. Passé ce premier obstacle, je découvre le plateau technique et ces différents  monceaux de béton concassé dont je ne peux rien faire. Le sol est détrempé, boueux, glissant. Il n'est pas rare de voir des sangliers traverser ces lieux, et leurs empreintes nombreuses  marquent le sol. J'aperçois, ce que je cherche: une petite montagne de pierres rouges qui feront mon affaire.
Je travaille dans le silence des lieux. Je commence  par disposer au sol,  une couronne de pierres d'un  mètre de diamètre, que je remplis ensuite de plus petits cailloux. Je peux  monter  un cairn, pyramidal, cylindrique  ou conique. Je choisis cette dernière forme. Je travaille courbé en deux, et mon souffle est un peu court.Je choisis chaque  pierre avec attention et respect Je fais de nombreuses poses, car, après avoir élevé ce cairn  jusqu'à 1,30mètre, j'aurai déjà déplacé du  poids!
Le cairn s'inscrit bien dans l'environnement. Petite  montagne au pied de la grande. Demain,  il sera découvert  par les ouvriers du chantier qui ne manqueront pas d'en discuter.

2 Janvier. L'idéal,  pour bien commencer l'année, après ce cairn, serait de réaliser  une spirale sur la côte. La mer est basse, cet après midi et je m'y rends. Arrivé sur les lieux, je m'équipe chaudement car il fait 7°. Ce sera encore moins, face au large, avec ce léger vent de nord est. Je traverse le petit kilomètre de dunes, recouvertes d'oyats, de rivières asséchées  à marée basse. Je monte sur la dernière dune  pour contempler le paysage. Devant  moi, une très grande cuvette comparable aux baïnes du sud ouest, garde prisonnière l'eau de mer. Je comprends, aux postes de tir creusés  dans le sable que les chasseurs s'en servent comme d'un gabion naturel. Chacun s'exprime comme  il  peut. Plus au large, la mer chante sa chanson.
Je m'installe sur  un glacis en pente après avoir inspecté le sable. En  partie haute, j'aurai du sable très souple, vers le milieu,  un sable  plus tassé, et vers le bas,  mélangé avec des cailloux, donc  plus dur. Cette spirale qui fera 48  mètres de circonférence, sera difficile  à réaliser, j'ai passerai une heure et demi à la tracer..
Je commence par planter  mon talon gauche au centre choisi et je creuse le sillon avec ce pied, en le reculant, de 30 cm  à la fois,  pendant que l'autre jambe assure mon équilibre. Bien que je connaisse parfaitement ce geste, répété depuis 14 ans, ce qui en change la difficulté est lié  à  l'âge, au corps qui s'affaiblit et à la forme physique  du  jour. Dans cet exercice, c'est ma volonté qui guide mon avance, et le plaisir de la réalisation ne vient que très tard, vers le 20ème tour, à contempler cette figure. Les derniers tours sont extrêmement longs  à boucler, d’autant que la plage est en pente. J'offre cette spirale  à la mer. Je prends quelques  photos et je la laisse  à sa vie très éphémère. Je pense  à Marie-Claude qui  m'attend et je prends le chemin du retour vers la maison
Je suis prêt, maintenant  à entrer dans cette nouvelle année.


Roger Dautais





Passage

Entrer dans la matrice
souterraine
y espérer
la lumière

en naître soudain
dans le vagissement des vagues
protégé du vent
par la mousse et la pierre

dominer les eaux et les terres
de la cime cyclopéenne de ce
sein de menthe

respirer les îles embrumées
au-delà des lits de sables

et laisser le soir apaiser
lentement
l'infinie douleur d'être
au monde


Jacques Thomassaint

Retrouvez cet auteur  : http://thomassaint.over-blog.com/10-index.html
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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.