La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 17 novembre 2014

Demoiselles de Carnac :  pour Marie-Louise Nolte
La salutation au soleil  : Pour Marie-Claude
Magnétisme Celte : Pour Henri Zerdoun
Le secret des tuileries : Pour Tilia
Occurrences :  pour  Mildred
Le cri : pour Leeloo
Lagad  (œil ) : Pour Erin
Le volet de Saint-Jean  :  pour Youenn Gwernig
Connexions extimes  : pour Marie-Josée Christien
Les deux  mondes  :  pour Marty
Sérénité Celte :  pour Paul Quéré
Les demoiselles de Locmariaquer :  pour Joelma
La diagonale  jaune : pour France
La  porte de  l'Est : Patrick Lucas
Exil, les enfants d'Aminata  : Pour Joëlle Mandart
Kan ha diskan : pour Gwenola Gwernig
Mane Bogad , les beaux jours :  Pour Rossichka
Lemon song :  Pour Thérèse





Salutation au soleil.

A  l'instant où je saisis ma  première  pierre, gelée,  lourde une partie de  l'histoire du monde est entre mes mains. Je suis ému. J'essuie les grains de sable qui lui l'entourent et je lui transmets cette émotion.C'est elle qui servira d'interface entre le gros rocher qui s'étend du dolmen des pierres plates, et la suite du cairn. J'ai quitté la maison de  bonne heure,ce matin d'automne pour être arrivé, avant tout le  monde, sur cette  plage déserte de Locmariaquer. Malgré une météo  pessimiste, promettant de la  pluie,  j'espère voir un lever de soleil. Il fait froid, pas  plus de 4° à 5 ° avec  un vent qui fait trembler les  pierres. Je choisis chaque  pierre, les nettoie avec précaution et j'élève le  plus beau cairn de la journée. Je souhaite qu'il soit ma salutationau soleil. Au large, la mer est noire, l'Île de Méaban  est dans la brume. J'imagine " Ikario Lo " taillant la route, Alain Jégou  à bord et me saluant au passage, d'un monde  à  l'autre. L'ouest commence  à s’éclaircir au dessus de la pointe de Kerpenhir, puis le soleil apparaît, franc entre deux nuages et vient enflammer  mon cairn. Une jubilation. Quand je pense  à ces types de la météo ! Il  m'accompagnera  une petite heure avant de se  planquer derrière les nuages, sans  une goutte de  pluie.

Bambous.

J'ai perdu un de  mes cinq bambous offerts par  mon fils, Vincent. Probablement  oublié sur une des grèves du Golfe du Morbihan. Petite série de  demoiselles perchées. Trouver un sable malléable  pour y enfoncer les bambous de15 cm . Rechercher les pierres nécessaires  à la fabrication des demoiselles, commencer la recherche d'équilibre : c'est le programme du travail. Aujourd'hui, le vent ne me facilite pas la tâche et  je dois faire face  à beaucoup d'écroulements avant d'arriver à mes fins. Pas  mal, mais c'était mieux avec 5 bambous. Jamais content !

Baie de Saint Jean

Depuis que  j'y ai réalisé mon premier gisant breton, cette baie de Saint-Jean, en ria de Crac'h,  reste  un  lieu particulier de recueillement et d'attachement  à ma terre. Oh, bien sûr, je ne pèse pas  lourd contre tous ces  propriétaires terriens,  tous  plus, les uns que les autres,  poseurs de frontières , de  murs  et autre grillages pour délimiter leur propriété, mais je me sens, citoyen du  monde et donc d'ici. Les propriétés sont choses bien éphémères et pourtant, les guerres naissent autour de ça, le partage du territoire. Non, je suis d'ici, sans rien  posséder que l'air à respirer, la mer qui  pousse ses eaux de grande  marée, jusqu'à mes pieds, le vent que  porte les oies bernaches à remonter la ria. Je possède aussi  un peu de temps pour y inscrire ma vie et quelques petits talents  pour  m'exprimer dans ce paysage arboré et maritime, de toute beauté. On n'est jamais  libre totalement , mais  à condition de ne pas vouloir  posséder le monde et manger  à sa faim tous les jours, ce qui  n'est plus le lot de tout le monde, on  peut déjà faire  un bout de chemin avec cette idée  là dans la tête.
Je vais travailler, installer dans les traces de ceux qui,ostréiculteurs, abandonnèrent ce chantier, par manque de réussite. Ce lieu de mémoire me plait. J'ai, avec  moi, quelques cueillettes préalables et je me mets au boulot. J'aime cette  position ramassée de  mon corps, à genoux, les mains fouillant  l'humus et plaçant un par un, toutes les pièces d'un  mandala , le souffle  presque coupé. Cette intimité partagée  avec la terre qui vous fait comprendre qu'un  jour, nous ne serons devenus, guère plus que cet humus.

Exil,

Je me suis déplacé essentiellement sur la côte et près de la mer  pour mes travaux, hormis,  un crochet d'une journée par le Mané-Bogar  de Plouarnel,  à la recherche de souvenir des beaux jours passés là cet été en famille. J'y crée quelques installations.
Revenu  à mes travaux sur l'exil, je pense  à Karim, rencontré il  y a une douzaine d'années. Malien,  après mile galères et un séjour de 10 ans en Russie,  il est récupéré par une préfecture pour être interprète de Russe  entre autre. Des histoires d'exil, il les collecte. Il en a  plein la tête  puisqu'il travaille au service des émigrés.
 Il  me raconte la destinée d'Aminata. Aminata aurait  pu s'appeler Fatouma, peu importe. Africaine, musulmane, mère de 3 enfants,  elle  prend le chemin de  l'exil pour fuit la misère. En route, elle est chargée de s'occuper de  9 enfants, abandonnés, parce que les hommes n'en voulaient pas  pour prendre le bateau et que c'était son destin de femme de  s'en occuper. Aminata,  on avait perdu ses traces du côté de Tripoli. Elle avait embarqué une nuit avec sa ribambelle, quittant la Lybie sur  un bateau débordant d’immigrés  clandestins, qui devait rejoindre l'Europe. Son histoire s'arrêtait  là et Karim  pleurait, car elle était de sa famille.
J'ai essayé d'évoquer cette histoire, cette famille de fortune  ou d'infortune avec mes pauvres  pierres,  un  jour de Novembre 2014 sur une plage bretonne, aidé par le soleil.

Roger Dautais.


"Tout vient des mains
Infirmes de lumière
Le chant d'un ocarina
Le feu du printemps
Et le visage dune femme
Égaré dans les roseaux de l'aube
Tout vient des mains
Le sel et l'amour
Le rire des blés
L'insecte qui tourne autour de son ombre
Comme un fou dans la cellule
Où la liberté écrit sur les murs
Tout vient des mains
La porcelaine du jour et la glaise de la nuit."

André Laude / Nomade du soleil /oeuvre poétique /edit deLa Différence ... p.25

Merci  à Mémoire de silence de  m'avoir envoyé ce  poème déjà  publié sur Le Chemin  mais que je reprends aujourd'hui.

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.