La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 4 octobre 2014

Les demoiselles de Carnac  :  pour Maïté (Aliénor)
La passe de  l'Ange  : pour Anne Lemaître
Le rescapé de Piriac : pour Bob Bushell
Guetteur d'estran : pour Tilia
Les  guingois de Brec'h : pour Christian Cottard

Visions et rituel d'automne : pour Danièle Duteil
Loc'h, rive gauche :  pour Pastelle
Les rencontres de Brec'h : pour Elfi


Passerelle  pour le temps:  pour Patrick Lucas
Le grand lever :  pour Hélène Phung
Le chant des saisons  :  pour Marty
Les âmes au fond du lac :  pour Norma
L'espace-temps :  pour Rossichska
Passe Sud :  pour Uuna Syrjäsuo
Identité : pour Marie-Josée Christien





Aux passantes du Chemin des Grands Jardins


Au fond du lac, bordé de chênes, asséché  pour cause de travaux, ce  long cordon  noir qui borde la rive par endroits, me fait penser  à de la laisse de mer. Des milliers de cupules,  ont mariné, passé leur vie sous les eaux et gardé une trace de leur vie au grand air. J'en ramasse quelques-une qui me serviront pour les installations.Le temps s'écoule doucement.

 Je pense  à cette personne qui m'a dit: j'ai fait la Chine en dix jours. Comme elle a du souffrir ! Je suis beaucoup plus lent,  puisque je vais mettre  plusieurs jours  pour faire le tour du lac de Brec'h. Il est vrai en prenant mon temps. Depuis notre arrivée,  il y a dix-huit mois, je l'ai connu, très calme, agité, bouleversé par les inondations, accueillant de  magnifiques couchers de soleil d'hiver, brumeux, froid, animé par la présence de  pêcheurs, désert. Mais, en cela,  il ressemble au reste de la nature, en perpétuel,  mouvement, en changement, en mutation. Il faut être aveugle  pour ne pas avoir remarqué toutes ces variations qui rendent ce  lieu attrayant.
Cette étape de ma vie me fait interroger  l'univers au travers de ce  lac. C'est vrai, j'ai peu l'occasion de rencontrer des êtres humains capables de s’arrêter dans leur course, d'écouter, de partager. Tout le  monde  ou  presque, court, s'agite, se connecte, passe  à côté de la nature. Je ne condamne pas ces gens pressés, je constate qu'ils sont prisonniers du système.
Les pierres noires du fond du lac asséché ont entrepris  une reptation nocturne vers ce grand serpent d'eau qui subsiste en son centre. J'en rassemble quelques-unes. Elles sont  lourdes, sèches, ayant perdu toute leur eau. Elles sont parlantes et je capte beaucoup de leur énergie par les mains. La réponse de l'univers semble m'arriver par  là. J'élève un premier cairn. J'ai réussi  à m'exprimer, parler sans ouvrir la bouche, le jour  où j'ai compris le formidable langage des pierres. Leur énergie transcende ma pensée.
Être au monde devrait  éveiller en nous ce sentiment de surprise permanente face  à la nature.
Être suspendu entre naissance et  mort dans une tension  permanente, devrait nous éveiller à cette fragrance de la vie, cette vibration vitale et non nous endormir dans le vacarme de la vie imposée. Évoquer souvent  l'éphémère en oubliant qu'il est  au cœur de ma propre condition  humaine, sans l'avoir compris, serait une imposture.
Alors, tant pis, je n'aurai pas " fait la Chine en dix  jours" mais j'aurais appris à vivre en bonne entente avec  un  lac, qui  probablement, ne m'avais pas attendu pour faire sa vie.

Pendant cette dernière quinzaine, je me suis beaucoup déplacé dans la région et beaucoup marché, accusant une perte de créativité due probablement au moral. J'ai donc ainsi,  pu observer la nature, la mer, les  oiseaux de  mer qui sur cette côte Bretonne sont très nombreux. Se pose la question d'arrêter  ou pas,le land art, dans ces pannes créatives où je ne veux pas forcer ma pratique. Et  puis l'envie de créer est revenue, doucement, le plaisir aussi, de toucher la  pierre, la terre, le sable, l'eau, d'y sentir le temps les posséder. 
La conscience d'exister se cultive et peut se trouver aussi dans ce plaisir  à  manger quelques quartiers d'orange, assis dans les pierriers de Carnac, face  à  l'Atlantique, après une dure séance de land art. La conscience d'exister était en ce dernier jour de  l'été, de penser  à celle que  j'aime et de constater, une fois de  plus, que le bonheur sépare autant qu'il rapproche.

Circulaire et furtif, le jour répète sa leçon. Hier, maintenant, demain. Tout est appris,tout est contenu dans l'instant et cependant le vide s'élargit qui  parle d'abandon.

Roger Dautais




La  lumière pèse à  peine
ma patience du jour
accompagne  l'accomplissement
des saisons

Chaque  mot levé en  moi
peu  à peu.
m'unit
au froissement de  l'invisible


***

Le ciel
embarque un écho
de la terre

le  monde qui circule en  moi
se nomme avec la nuit

il  y brume
par envoûtement.

Marie-Josée Christien *

Ces deux  poèmes sont extraits de
Temps morts
Editions Sauvages 2014

* http://mariejoseechristien.monsite-orange.fr/
Gisante, l'ombre d'où tu viens
révèle le paysage comme quand on s'éveille.
Cette nuit, chaque étoile eut une tige
enfoncée dans le cœur de chacun
comme pour y puiser sa lumière
et la laisser retomber jusqu'à nous
qui ne savions la saisir.
Mais toi, tu vins et toute la nuit glissa de ta robe
puis ta robe de tes épaules.
Qui es-tu, maintenant si proche,
quand nous qui croyons être éveillés
ne sommes qu'appuyés à la fenêtre aveuglante
mais toujours fermée d'un songe qui te désire. - See more at: http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/jean-fran%C3%A7ois-math%C3%A9-la-vie-atteinte/gwen-garnier-duguy#sthash.1BlX8BEY.dpuf
Gisante, l'ombre d'où tu viens
révèle le paysage comme quand on s'éveille.
Cette nuit, chaque étoile eut une tige
enfoncée dans le cœur de chacun
comme pour y puiser sa lumière
et la laisser retomber jusqu'à nous
qui ne savions la saisir.
Mais toi, tu vins et toute la nuit glissa de ta robe
puis ta robe de tes épaules.
Qui es-tu, maintenant si proche,
quand nous qui croyons être éveillés
ne sommes qu'appuyés à la fenêtre aveuglante
mais toujours fermée d'un songe qui te désire. - See more at: http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/jean-fran%C3%A7ois-math%C3%A9-la-vie-atteinte/gwen-garnier-duguy#sthash.1BlX8BEY.dpuf

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.