La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 31 mai 2014

La clé des runes :  pour Marie-Claude
La clé des runes ( détail ) Baden
Les sacrifiés ( de la série Exil ) : pour Guy Allix
La  pierre  à feu : pour Marie-Josée Christien
Signal :  pour Mylène Gauthier
Transparence de Toulbroc : pour Marty
Le chant d sacré de Penmern  :  pour Amandine Durez
L'éternel retour des akènes à Kervazo   :  pour Cécile Guillard
Epidemic story : pour  Erin
Stone ans spirit  : pour Tilia
Les trois  mondes  :  pour Sylvie Méheut
La vie, la mort en forêt : pour Camino roque
Le voyage immobile : Pour Danièle Duteil

Le grand silence :  pour Rick Forrestal
La porte de Baden :  pour Elena Nuez

Aux  faiseurs de pluie, 
aux souffleurs de vent
aux sourciers,
aux conteurs de Bretagne...



- Vous faites quoi dans la vie ? 
- La nuit je voyage et le jour, je me déplace;
- et à part ça ?
- Vous voyez, je fais des spirales. 
Rencontre un peu tendue ce matin au  pied de ma dernière spirale avec cet homme qui  me quitte  là, brutalement ( après avoir pris quelques  photos), sans un mot de  plus, déçu des  mes réponses.
Comme dirait Brassens," les braves gens n'aiment pas que  l'on suive une autre route qu'eux".
Je n'avais pas  l'envie de  lui dire que je pratiquais le land art depuis  longtemps ni même que celle-ci reprenait un tracer ancien. En 2005, j'avais crée  une figure  à peu  près semblable, mais  plus grande  pour attirer l’attention du  public sur le  plages Normandes  où je militais pour  la libération de Florence Aubenas, et de son chauffeur Irakien, Hussein, enlevés en Irak en janvier de cette année  là.
Il faut dire que, pratiquer le land art, c'est s'entendre dire presque en  permanence, que cela ne sert  pas  à grand chose. Dans un sens, c'est vrai, si ce n'est que beaucoup d'autres personnes s'intéressent  à ce qu'ils voient, trouvent la démarche intéressante et partagent un instant de leur vie avec moi et ça fait une  moyenne.
Cette nuit, j'ai voyagé et les  lieux-dits Toubroc, toulvern, toulindac se trouvent sur ma route étoilée. Je cherche l'instant  où, au travers des  pins maritimes, je vais découvrir la mer. J’arrive au tombolo des sept îles, je tourne  à droite sur cette petite  plage en arc de cercle d'où la mer s'est retirée. Je choisis  ce  lieu, je trace ma spirale. Je l'entoure d'un cercle  ouvert  vers le sud par un  long couloir. Dans ce nouvel espace je trace quelques symboles runiques  : protection, perpétuel retour, mystère, esprit, vérité, feu, harmonie...etc. Ils se chargent d'énergie autour de la spirale et sont libérés sur la  plage, par ce couloir, pour être "digérés, ensuite par la mer. Un simple jeu ? Plus qu'un  jeu,  un  lien avec un certain passé. Le rapport entre la mer et la terre passera par là, aujourd'hui.
J'ai  parfois le sentiment d'habiter en  lisière d'une lumière vitale dont la flamme vacille et qu'il faudrait peu  pour qu'elle s'éteigne. Rien ne peut donc jamais suffire à calmer  un questionnement intérieur.  En ce qui  me concerne, j'ai trouvé une solution , je suis un rêveur éveillé, à tort  ou  à raison, cela devient un art de vie.
Au cœur du vivant, j'invente autour de ce qui n’est plus, de la trace, de ce qui échappe. Ah ! le chant des  morts lorsqu'il se joint à celui d'un soleil pâlot abandonnant la  partie! Il reste encore  là une possibilité de création  ultime.
 Ce jour la, sur une plage de  Locmariaquer, la pluie a chassé les promeneurs et je suis seul sur un champ de  pierres. Comme la mer recouvre en  partie les plus intéressantes, je décide de transporter une dizaines d'autres pierres très blanches, du sable vers  l'estran. La pluie a cessé  mais le vent s'est levé. La manœuvre me prend  une bonne  heure et beaucoup d'énergie. L'océan est gris. La lumière passe difficilement au très vers des nuages et on se croirait  à la lisière des deux mondes. l'île de Méaban est dans les brumes 
Je compose mon tableau. Des silhouettes  allongées, des têtes rentrées dans les épaules. Il  y a des hommes, des femmes, quelques enfants.  Au départ, ils sont éparpillés, puis je les déplace, les monte sur un rocher. Chaque équilibre est  à calculer, parfois, contrarié par le temps. Ils sont maintenant, tous ensemble, regroupés. Regroupés face  à leur destin d'immigrés,de sans terres, de sans papiers. Je rassemble toute leur dignité d’humains dans ce dernier tableau qu'une légère brume vient entourer. Je suis au comble de l'émotion. Pourquoi un tel destin?
D'autres sorties sont  plus légères, ensoleillées. Les  noms de  lieu chantent dans ma tête, Talouët, Kervalh, Kervazo, Kergouarec. Mais toujours cette nécessite de rejoindre l'inconnu, le limès, la zone amnésique, ce besoin de dépouillement des savoirs pour retrouver  un fraîcheur d'être, celle de partager  l'air du  pays avec les faiseurs de pluie, les souffleurs de vent, les sourciers, les conteurs, ceux qui vous racontent  le  parfum  des fleurs quand elles ne sont  plus là.
Ce n'est sans doute rien que tout ce temps perdu aux yeux de certains,  pendant mes  journées, en  pourtant, c'est bien là que se fait l'alchimie entre une pensée et un acte,  une transformation du  monde. C'est aussi un témoignage de vie plus près de sa conclusion que de son début,  où les frontières entre le rêve et la réalité sont devenues des espaces de  liberté que je ne retrouve  plus ailleurs.








encore une fois
rassembler mes souvenirs

akènes au vent


***

les silènes ploient
sous la brise matinale
soudain me reviennent
nos courses folles sur la dune
nous n'avions pas quinze ans

***


ayant quitté les miens
le vent
à mes côtés

***

refermer la porte
pour que la nuit n'entre pas
paroles feutrées

***

maison à vendre
la branche de seringa
ploie sous les fleurs
un peu de leur parfum
au creux de ma mémoire


Danièle Duteil


J'ai rencontré Danièle Duteil à  l'occasion d'un interview auquel j'ai répondu  pour sa revue  littéraire L'Etroit chemin. Nous avons sympathisé et  j'ai voulu,  à  mon tour,  faire connaître son œuvre de  poète aux lecteurs du Chemin des Grands Jardins en présentant ici, quelques  haïkus et tankas dont elle est  l'auteur.

http://letroitchemin.wifeo.com/page-03.php 
 https://www.facebook.com/daniele.duteil

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.