La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mardi 10 juillet 2018

  En attendant que  demain soit  un autre  jour ...


Aux passantes du Chemin des Grands Jardins .

La machine à vivre…

Tout le malheur des hommes vient de ce qu’ils ne savent pas rester au repos dans une chambre.
C’est l’une des dernières phrases lues dans un récit de Philippe Lançon. Elle tombe à pic et rejoint ma réflexion de la nuit.
Le bonheur est fragile comme un cairn qui attend la marée. Et pourtant, ce bonheur, je le quitte tous les matins, depuis plus de vingt ans pour calmer cette intranquillité , de naissance. Les murs ne me retiennent pas longtemps. Je dois aller de l’avant, mais, dehors.
L’éternité tranquille, celle qui tutoie les étoiles,ce sera pour demain. Mon domaine s’étend entre le rêve et la sensation. Un état que je n’ai encore su restituer par des mots. Mais, est-ce grave et tout doit-t-il se partager, qui nous tient debout ? La perte définitive de chaque instant, aurait pu me transformer en historien cupide. Je ne suis qu’un marcheur mélancolique ,amnésique et leger.. Ma vie pourrait se résumer en un huis-clos suspendu entre deux levers de soleil. S’impose le rappel d’être soi, rien que soi, dans cet exercice solitaire, sans jamais dépasser.
Une mélancolie de migrant m’avait collé à la peau pendant trente années de ma vie, bien impossible de m’en débarrasser revenu en Bretagne qui ne m’a pas attendue pour changer.
Je surmonte lentement, une reconstruction physique permanente depuis 6 ans,avec un pied dans la tombe.
Un minuscule grain de sable enrayera définitivement, la machine à vivre.Ce n’est pas une raison pour stopper les rêves de land art.
L’immensité de la plage, accueille les flots deux fois par jour. En ces périodes d’équinoxe, de fort brassage des eaux, au gré des marées, le paysage se crée, heure par heure, dégageant des grosses pierres, ensevelissant les autres. La vie-la mort, mouvement éternel et répété.
Une pierre lourde choisi, levée, calée. Six autres posées, horizontalement. Le poème est né. Son titre : To the sea.
J’aime aussi ces temps de méditation, face à la mer, en compagne des ces pierres solidaires. Conclure ici, ne serait pas la pire des choses mais je me dois de dérouler la route, jusqu’au bout. Driss me répète souvent : "demain sera un autre jour" et je le crois.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo création land art de Roger Dautais
" La marche d’équinoxe " pour Louise Skira
Côte de Nacre - Normandie.

http://louiseskira.com/galerie



Cendre refroidie
la pierre fermente
les scories du temps

si près de revenir au sable

elle m'adresse
son signal

quelques mots sédimentés
par la vie.


Ludu yenaet
ar maen a laka
kenn an amzer da virviñ

wae-nes traeshaat en-dro

gervel a ra
ac'hanon

un nebet gerioù lec'hidet
gant ar vuhez.

Marie-Josée Christien *

Pierre après pierre /maen goude maen
(Editions Les Chemins bleus)
 Les quatre sœurs des  marais  : Pour Marie-Josée Christien


La marche d'équinoxe  : Pour Louise Skira.

jeudi 28 juin 2018

" Entre Avril et Mai "  à Laurence Millereau

Transparence  : to Erin

 Soleil  pour lieux  mouvants  : à Christian Cottard 



 Petite parenthèse d'été, en attendant...

" Jusqu'aux lendemains où l'ombre est silence..."
laurence-millereau.

Depuis, longtemps, je crois que mes pensées sont comparables à des paysages, séparés part des intervalles de blanches inquiétudes. Elle m'amènent à lire et à faire de si belles rencontres avec les mots des autres.
J'ai noté ceci, au beau milieu d'un roman se passant au Tibet : " nous naissons pour mourir, nous rencontrons des gens pour les quitter, nous possédons les choses pour les perdre. Tout est éphémère et accepter cela nous rend les choses moins douloureuses". Cette parole bouddhiste, me renvoie, à l'idée que je me fais en pratiquant le land art.
Dans ces zones blanches, j'entre en communication avec l'étrange, autrement dit, le rêve. Loin bien sûr de la frilosité de nos contemporains, lorsqu'il faut vivre hors des autoroutes de la pensée unique.
Ces fissure qui me parcourent comme un éclair, je pense l'avoir déjà expliqué, finissent par laisser passer la lumière. Dans les plis du cerveau, s'accumulent ces mémoires amnésiques, qui, une fois sollicitées me donnent l'idée de nouvelles installations, risquant, autrement d'être étouffées par une inhibition latente. L'inquiétude ne doit pas s'accumuler, sous peine d'enrayer la machine.
Cette libération du regard des autres, sorte de censure sociale, est vécue dans l'action.
Il n'y a plus rien à craindre que soi. Je veux dire que la limite sera physique. Le paysage devient écrin, et l'installation, la perle. Une fois choisies, transportées, assemblées, face à l'océan,l'individualité des pierre se transforme. Le cairn, exprime leur beauté, et chacune d'elles en est comptable. Pas de dominant, ni de dominé, le chant est total.
J'aime, après l'effort, m'assoir en retrait et contempler ce cairn qui ne m'appartient plus. Ici, la notion de richesse est différente.
Tout est éphémère, oui, mais dans ce laps de temps qui me reste à vivre, au moins j'aurai vécu cette grande joie, parmi les pierres. Je voulais vous la faire partager.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com

Photo : création land art de Roger Dautais
cairn " entre Avril et Mai " à Laurence Millereau


*


Calanques V

J’ai des yeux sans repos
Le pied pâle

Si peu de main
Accrochée
Sous le soleil

A l’endroit où l’on s’arrête

La chute inscrite dans les pas

La chair tombe
Sans choisir
De crier

Juste pas vue

Les pieds n’ont pas besoin de tant de place

Myriam Eck

Page éditée sur ROGER DAUTAIS GOOGLE + 
été 2018
Photo

lundi 11 juin 2018


















Merci aux 403 054 visiteurs  du Chemin des Grands Jardins

Aux passantes et passants...

Modeste blog  à qui  l'on prêtait peu de vie," 10 000 visiteurs et  puis tu fermeras la boutique ",  m'avait-on-dit. N'ayant aucune connaissance en matière de Web, Michele B.une amie artiste américaine ,  mit en page,  pour me mettre le  pied à l'étrier, la première page et j'ai fait le reste.Créé dans ces conditions, en mai 2009 pour atteindre et dépasser, aujourd'hui, plus de  4OO OOO visites,  en  présentant du land art, cela reste un exploit. Mon expérience de land artiste est un peu plus  longue,  puisqu'elle a commencé en 1997.
Quelques graves ennuis de santé,  m'ont arrêté  plusieurs fois pendant de très longs mois(  infarctus, paralysie, opération de la colonne vertébrale ) et j'ai repris la route,  à chaque fois. Ce blog ne présente pas encore, ici, de créations nouvelles car le suis à nouveau en convalescence, 8  mois après  une  importante  opération de la colonne vertébrale. Je porte des  prothèses dans le dos et celles-ci ne me permettent pas encore de tout faire physiquement, mais, j'ai échappé  au  fauteuil  roulant. J'espère, dans quelques  mois reprendre la route du land art.

Il  y a quelques  mois, pour garder le contact,  j'ai réactivé ma  page GOOGLE + en présentant un choix de  photos land art de ma collection et et  écrivant des textes d'accompagnement qui  ont reçu  un réel succès et agrandi le nombre de  lecteurs, venant principalement, de l'étranger

C'est volontairement que je n'ai pas titré ces  photos aujourd'hui,  puisque vous pouvez les retrouver sur ma page ROGER DAUTAIS GOOGLE + avec le texte d'accompagnement ainsi que les dédicaces auxquelles vous étiez  habitués.
Lorsque  mon état de santé, qui s'améliore, me permettra de reprendre la  pratique du land art, ce sera pour créer et vous présenter les nouveautés, sur ce blog.

Enfin,  pour terminer, et en remerciant tous les poètes qui m'ont  permis de  publier leurs textes, je joins, ici le dernier texte  publié sur GOOGLE +, hier.

S'il est important et vital  pour  l'artiste que je suis, de  montrer mon travail,  il est aussi  important de garder le contact avec mes  lecteurs, grâce aux commentaires. Faites-moi part de vos commentaires  ou émotions vécues, je les découvrirai avec grand intérêt.
 Que les saisons à venir soient belles  pour vous.
 Je vous embrasse, en toute amitié. 
Roger Dautais


***


à ma fille ...

Si j'interviens directement dans le monde réel, dans le paysage naturel et sans retouches, c'est pour ne pas être court-circuité par ce bombardement d'images et d'infos qui m'atteindraient dans une maison, un atelier.
Pourquoi relier le land art à ma vie ? Pourquoi pas, après tout, je suis libre. Je travaille dans le plus grand atelier du monde, la nature, où je reste en communication avec toutes mes mémoires, qui interviendront à leur guise, dans le processus de création. Je vais ainsi, sur cette plage de la côte de nacre, mettre en valeur, la mémoire et le passé intemporel de cette immensité, se complétant comme le Yin et le Yang d'une pensée celtaoïste de Paul Quéré.
Acceptez le le partage de ce flottement existentiel qui est le mien lorsque, je me laisse envahir par un travail harassant, que mène à la conclusion de l’œuvre.
17 cairns élevés ici, après trois heures de marche, jusqu'à l'épuisement et puis, le final : ce cairn perché sur un brise-lame rescapé des tempêtes, que la mer dévorera , dans moins de six heures.
Modification et disparitions seront considérées comme l'achèvement de l'intervention, un retour au zéro horizontal que représente l'équilibre parfait d'un pierrier roulant sous la houle, continuant son travail de polissage des galets, dans l’anonymat le plus complet.
Je reprends la route, comme le plus heureux des hommes, sac au dos, traversant les dunes plantées d'oyats, sans autre regard que celui tourné vers l'avenir.
Roger Dautais
Notes de  land art  pour la Route 75
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

***

 Vieillesse.

Forces insignifiantes
Mémoire évaporée
Solitude des jours
Souvenirs incertains
Sans référentiel au temps
Sans référentiel aux lieux
Approche de la mort
Obligation de vivre
Il ne fait pas bon vieillir.

Lie Tseu

samedi 5 mai 2018

La 19ème heure : to Erin

Cardinales et celtaoïstes :  pour Marie-Josée Christien

Status quo    : pour Marie-Claude

Aux passantes et passants du Chemin des Grands Jardins

7 mois de passés, depuis  mon  opération de la colonne vertébrale. Léger  progrès  mais pas question,  pour le moment de  pratiquer le land art.  Si la greffe osseuse a réussi, les séances de  kiné, et passages  à l’hôpital, sont  à faire toutes les semaines. A75 ans passés, le challenge n'était  pas gagné d'avance,  mais  maintenant, je garde espoir.
Je pense que je reprendrai un peu le land art dans quelques  mois.
C'est  pourquoi, je travaille sur mon stock photos de 20 années de  pratique. Je présente ainsi, régulièrement de mes installations sur  ma page
 ROGER DAUTAIS GOOGLE  + et je vous  invite  à  m'y retrouver.
Je vous  remercie de votre fidélité au blog qui file vers les 400 000 visiteurs. C'est  donc grâce  à vous qu'il est resté vivant  !
Que ces  mois  à venir vous soient agréables.
 Je vous embrasse, en toute amitié.
Roger Dautais.


**********************************************************************************


à Marie-Claude

Conclure.
Il m'arrive de ressentir ce froid intérieur qui me rappelle l'échéance. Comment ne pas la craindre, aussi, lorsqu'elle promet parfois, la dépendance totale.
Si la vie a un prix, sa fin aussi.
N'ajoutons pas à l'entropie naturelle.

Tentation carminée.
Qui a mis ces cerisiers sauvages sur la route? Des cerises gourmandes font ployer les branches du cerisier. Goût exquis d'avant le plein été. Je fais une provision de ces fruits rouges succulents.Les cerises sont petites, charnues et colorées. Pendant trois jours, je vais renouveler ces cueillettes et les compléter de joncs, de tiges de fougères, des dernières fleurs de digitales de la saison, de fleurs des champs diverses.

In situ
Le tout sert à réaliser de petites installations géométriques.Simple exercice où j'exprime le bonheur de jouer avec les formes, les couleurs du temps. L'expression est manuelle pratiquée en silence, sans le piège des mots bavards, dans la beauté naturelle des lieux. Cela me permet de me libérer de l'angoisse qui parfois me saisit, par la simple contemplation d'une œuvre aboutie qui mène à la sérénité.
Silence

Dao
Dans la nature, nul n'impose le silence, longtemps. Il est unique, original, fragile, parfois pesant comme un vide. C'est dans ce vide que je m'installe, en équilibre. C'est là et pas ailleurs, où je me sens le mieux, loin du bruissement du monde.
Le Dao Taoïste me convient. Ici, tout commence et finit. Toucher à l'absolu, dans le land art, est ainsi possible.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Status quo " pour Marie-Claude
Brec'h - Morbihan - Bretagne


***


" J'aime tout ce qui s'écrit sur le silence,
l'immobilité,
L'écriture est alors l'imperceptible
mouvement,
L'à peine audible respiration d'un infini,
Un instant attentif à l'homme. "

Paul Quéré *
( 1931-1993 )

https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Qu%C3%A9r%C3%A9

mercredi 27 décembre 2017

Le voyage de la sphère : aux lecteurs du Chemin des Grands Jardins

Maternité  :  pour Marie-Claude

Gémellité  : à mes enfants

Route 75  :  l'ouverture

J'ai  ouvert la route 75, le 20 décembre, par ces  mots :

Ma rencontre avec des pierres sur l'estran, revêt de multiples formes. Elles s'enchevêtrent, se confondent, se dissolvent. Chacune de leur mémoires de pierre ajoute au trouble de l'instant vécu. Cette mémoire globale se chargera de réinventer une idée d’où jaillira l'intention première. La mer au loin, me laisse le temps d'imaginer de très nombreux cairns. Les pierres quittent la plage, passent entre mes mains, et s'élèvent, une à une. Un léger souffle de vent fait tanguer le cairn. Il respire. J'offre ces deux premiers cairns à la mer et je m'éloigne de quelques mètres pour continuer ma série.
Le bonheur est là, ce matin et nulle part ailleurs.
Roger Dautais

Land art in Normany
Route 75 , l'ouverture


Pas de créations nouvelles  mais des reprises que je commente avec de nouveaux textes sur ma  page
Roger DAUTAIS  GOOGLE + Mes dernière créations  datent de début Septembre qui devaient clore  une année très difficile sur la plan santé. E
Début Aout,  le chirurgien orthopédiste qui me suit m'annonce que sans opération de la colonne vertébrale, je suis en fauteuil roulant dans quelques  mois. La décision est vite  prise. Je serai opéré  le 29 septembre. Une petite semaine  plus tard, je serai de retour à ma  maison. C'est  une toute autre histoire qui m'attend puisque je vais de complications en complications et reste 45 jours hospitalisé, encore heureux de sauver ma peau. Je vous passe les détails. Depuis,  je partage le  monde du handicap, gardant  bien sûr  l'espoir de remarcher normalement, ce qui est  loin d'être le cas. Si je reviens  au land art, ce sera que  mon  plus  profond souhait aura été exaucé. Si ce n'est  pas le cas,  l'aventure aura quand  même duré 20 ans de ma vie.  
Je n'ai pas encore abandonné tout espoir, c'est pourquoi, je me suis  penché sur cet énorme  fichier  photos qui représente la totalité de  mon travail  pour le faire  partager aux lecteurs de GOOGLE+. Ce blog qui vogue vers les 400000 visiteurs restera consacré  aux créations  à venir s'il y en a.
Tous ceux qui ont eu à traverser  une rude épreuve, qu'elle soit  physique  ou  morale, savent combien comptent toutes les  marques d'amour  ou d'amitié quand elles s'expriment à ce  moment.
Je remercie ma femme, mes enfants et tous les amis  lecteurs qui m'ont aidé durant cette période noire de ma vie et qui continuent.
. Je vous offre tous mes meilleurs vœux de  bonheur et de santé pour vous et vos proches,  à  l’occasion de cette année nouvelle qui  pour moi sera  l'année de mes 75 ans.
Je vous embrasse.
Roger Dautais

Merci à Danièle, Thérèse, Den, Dina, Martine, Maïté A, Patrick L. Marty, Brisou, Forest dream, Laure-Solange, Brigitte,Graça, Rossichka, Ruma, Françoise, Nadezda, Noushka, Océanique, Mémoire de Silence, Réjane, Orfeenix, Chri, Estourelle, el Tejon, Pepe B, Miss-Yves, Anne Lem. Synnöve, Serge-Mathurin, Swan Li, Manouche, Joelma, Bizack, Arlette A, Fifi, Marie, Le bourdon M. Rick F. Marie-Josée C. Guy A.pour leurs commentaires et  pour leurs soutiens

vendredi 22 septembre 2017

En espoir de retour  : à Patrick Lucas*
Le  point final  :  à Guy Allix
Route 74. Le dernier jalon  :  à Serge Mathurin Thébault
Déchirure  blanche  :  pour Marie-Josée Christien
Nés en  mer :  pour Erin
De  pierre et d'eau  à Rossichka, Nadezda et Noushka, pour leur petite  musique de l'âme.
Liste noire  à Lampedusa;  :  pour Mémoire de Silence
Gémellité:  pour Synnöve et Ruma
Guetteur de marée :  pour Joelma ( A.T.D.Judas)
La  longue marche  :  pour Bernard Moitessier
Autrefois, l'Afrique  :  pour Christian cottard
12 vie  à Lampedusa : pour Fifi
Le rappel  :  pour Pastelle
L'insoumis de Saint Phil.:  pour Anne Le Maître
Palpitation rouge   :  pour Marie
Pour toujours... : A Baboon, chien fidèle 
Trait-d'union :  pour Rick Forrestal

Un  homme est riche de tout ce dont  il  peut se passer.
H.D.Thoreau


à Marie-Claude


Lundi
Suis-je vieux, maintenant,  ou simplement un passager du temps, approchant  du terme ?
Exister, demande la plus difficile des acceptations, celle de  mourir  à terme. Ai-je le droit de me laisser  envahir par mes silences, jusqu'à l'ivresse ? Je le fais.
Mardi
Le calme de  l'océan a disparu au moment de la renverse. Je  l'ai constaté  au remous de la première vague  frappant l'estran. Brassage de  galets,  à vif. Je viens de terminer ma  énième série sur  l'exil, celle  où je fais parler  les  pierres de la mémoire. Mémoire sacrifié des migrants de Lampedusa. Je connais la  puissant vague d'oubli qui nous frappe l'esprit, après chaque tragédie. Perché sur  un rocher, mes personnages vivent leur destin. Au fond de la Méditerranée,  Nafy,Mohammed, Onnab, Hiba, Zanouba, Zayane, Zakia et des  milliers d'autres que nous avons refusé. J'ai dressé  des  pierres jusqu'à  user toutes mes forces pour dénoncer  ce scandale.Ce ne sera jamais fini et d'autres doivent prendre le relai.
Mercredi, 
J'ai rendu visite  à Bernard Moitessier, en sa dernière demeure, au cimetière du Bono, au  pied de son  palmier.Il sut, en son temps, refuser  les honneurs dus  à son exploit de tour du monde en solitaire, a bord de son mythique Joshua. Il considérait que la liberté valait  mieux qu'une  breloque. Une fois passé la  ligne d'arrivée en vainqueur,  il continua sa route sans s'arrêter. Bel esprit de résistance aux trompettes de la renommée.Son livre de  bord, La longue route, est un de  mes  livres de chevet préférés.Il   m'accompagne sur ma route de land art
Jeudi
Silhouette d'outre Atlantique : Erin
Je ne  l'ai jamais vue autrement qu'une  ombre opalescente,  une présence  intimement  liée au paysage, un regard  posé entre passé et futur, mais  nous sommes devenus amis.
Vendredi
Je suis emporté par le  mouvement  de  l'existence  humaine. Jours de disette  où  j'accomplis, malgré tout, mon destin. Les vagues frappent la côte de Kerpenhir, en cadence, drues,  têtues, avec force. Je sens vibrer la roche sous mes  pieds.Face au vent,je rejoins  la vie qui se love dans ces  petits instant de temps  long. Je ne céderai  ma  place  pour rien. Fabriquer des cairns,  ici,  est une belle gageure, mais les réussir,  une grande  joie. Il ne s'agit pas, ici,  de chercher  l'original, ou la flatterie vile mais  l'épaisseur et la profondeur de ma vie qui me branche avec la nature.
Samedi
Je relève le col de  ma veste de quart et  lève les  yeux au ciel. Je tente  une  ultime négociation : il  pleut depuis 12 heures sans  interruption,  pourriez-vous chasser tous ces  nuages, d'un seul coup de vent?
Les oies bernaches  ont fini  par décamper  pour de bon.
Rien...Aucune réponse...Le ciel est toujours vide au-dessus de moi. Je reprends la marche sur le chemin douanier. L'embellie a fini par s'établir alors que je suis  trempé  jusqu'aux os et transi de froid. Ah qu'il me fait mal, ce  premier pierrier. Je suis comme un enfant retrouvant son terrain de  jeu. Je n'ai d'enfant que les yeux du rêve.../
Non, le land art ne se  pratique pas dans  un salon. Il est  pour  moi, le  prix d'une vie.
Dimanche
Travailler sur  un cairn en voie de disparition, c'est un peu faire  mon  auto-portrait.
En équilibre dans les falaises de Ty Bihan,  à Carnac, je  m'absente du monde gris; Le rêve permet cette absence salutaire qui, elle  même, permet  une vison de la nature, toute différente.Cette vision disparaît dès que  le rêve s'interrompt.
 Cette technique  me fut donnée  par  mon ami, Peter Irnik, chaman  Inuit de son état,  lors de son  voyage en France au Mémorial Canadien Juno Beach (Courseulles sur Mer) Normandie. Il était chargé de ramener les âmes  indiennes, tombées au combat lors du débarquement de la seconde  guerre  mondiale, sur leurs  terres amérindiennes,  par la médiation d'un  Inuksuk, construit  par lui, en ma  présence. Une telle rencontre marque une vie.
 Sur la route du land art, je suis toujours en  partance, sans  idées  préconçues. C'est cela,  l'esprit de découverte.
Roger Dautais

                                                                           ***

Ce texte clos la route 74. Je serai heureux de  lire vos commentaires. Je  pourrai  le faire  jusqu'au Jeudi 28 septembre, à midi. Je serais ensuite admis  à l’hôpital puis  opéré le lendemain. La période  poste -opératoire sera difficile  à vivre et je ne sais ni quand  je reviendrai, ni dans quel état. Merci à vous de  m'avoir soutenu de votre amitié. J'espère  un jour, ouvrir la route 75, si je le  peux. Je vous embrasse  bien amicalement
Roger Dautais

                                                                           ***

/..."  Nous voulions seulement rameuter
       les aubes  primitives
       et capturer  l’extase
       de  l'alouette
       au fond du dé  à coudre de  nos pensées.)
Sylvie Brès

Tu les entailles
au diamant
tes mots
tu leur voudrais
tant d’éclat
mais les voilà qui saignent
et rien ne peut arrêter
cet épanchement. 
Sylvie Brès  1954/2016

(Cœur troglodyte,Castor Astral, 2014)




*Patrick Lucas
Auteur,  poète,  photographe 
"Terre d'asphalte"
E et D éditions Mai 2017
" Vraiment  un rêve dans  un monde  bleu, serein,  plein de  beauté"  ( Araceli,  bloggeuse )

mercredi 13 septembre 2017

à Marie-Claude






 Il faut un glaive,  un diamant très tranchant pour couper
tous les attachements et décapiter les idoles, les  illusions,
 pour oser enfin voir le  monde tel qu'il est.
Alexandre Jollien
Vivre sans  pourquoi.


Route 74 ...
Laissez- moi vous conduire auprès de cette spirale que  je créais  un jour, du côté de la barre d' Etel, alors que je revenais vivre en Bretagne. Très difficile  à réaliser, je savais qu'un jour viendrait,où je devrais  quitter cette  pratique du land art, rattrapé par  l'âge.
Nous sommes devenus amis, autour d'elle et de quelques autres  installation, au fil des années C'est pourquoi, dans cette  longue traversée du désert commencée en Février 2017,  pour raison de santé,  et qui se  prolonge,  j'ai reçu de très  nombreuses  preuves d'amitié. A tout ceux qui  m'ont écrit,  ici, téléphoné, rendu visite, envoyé des  livres, repris mes land art  pour les relayer sur les réseaux sociaux, je dois reconnaissance et  immense  merci. Je ne me sentais pas le courage de déballer  à chaque fois en réponse,  mes états d'âme et mon bulletin de santé.
Dans quelques jours, je présenterai ici ce que furent mes derniers travaux land art de la route 74 réalisés  l'hiver dernier en Bretagne, avant d'affronter  une ultime épreuve.
Malgré tous les soins reçus, je ne peux maintenant  échapper à cette  opération du rachis, tant redoutée et retardée,  parce que,  à risques, et très douloureuse. Je connaîtrai donc  un état de dépendance quasi total,  puis  une longue rééducation qui devrait me rendre  à la vie normale en Avril 2018, avec un peu de chance.
Je rêve alors de reprendre  mes créations land art et de réaliser  une superbe spirale dans les sables de ma Bretagne. Ce sera  le retour  à cette route 75. Prenons rende-vous.
En attendant, je contemplerai le  monde, tel qu'il est, depuis  mon  lit, et sans land art. Cela devrait  pouvoir se faire.
En avant de vous quitter, ce soir, permettez-moi de vous  offrir deux citations poétiques que je reçu  un jour de  mon amie, Maïté-Aliénor

« PERDUE AU SEIN DE L’IMMENSE
TOUTE PRÉSENCE EST PIVOT
AUTOUR DUQUEL L’UNIVERS
TOURNE, SOUDAIN, INTIME. »


« MIRACLE 

LORSQUE PAR-DESSUS L’ABÎME QUI SÉPARE
RESPLENDIT L’ÉTOILE
DE L’ ÉTINCELLE

LORSQUE PAR-DELÀ LES TEMPS MORTS
LE CAUCHEMAR ÉCLÔT
EN ROSE-THÉ DU JOUR… »

Les deux citations sont de François Cheng/ Le Livre du Vide médian.

J'ai toujours présenté de la  poésie sur LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS, elle est comme  le pain quotidien, viatique  pour  la route. 

Belle soirée  à tous.
 Amitiés.

 Roger Dautais

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Qui êtes-vous ?

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.