La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 23 mars 2019

Mémoires blanches  : à la  marcheuse du Sal

Ma bien-aimé,
laisse derrière toi toutes ces pensées infructueuses
et viens ici reposer dans le silence de l’Être.
Mooji


.Ce n'est pas en roulant trop vite que tu rattraperas le temps perdu, mon amie. Tu peux prier tous les Saints du monde, ils ne feront rien pour toi. Une journée nouvelle , n'est pas faite pour remplacer la précédente, ni un satsang d'hier, mal compris, te feras avancer sur le chemin de la sérénité. Laisse la nuit préparer la prochaine journée, sans te soucier de savoir comment elle se déroulera. Je sais, ce n'est pas facile mais pourquoi me l'avoir appris si tu ne pratiques pas toi-même tes enseignements, depuis que je suis parti.
La prochaine journée sera la continuité de ta vie, de ton temps de vie, de celui qui te reste.
Pour le land art, c'est comparable. Une installation n'est pas là pour pousser l'autre, pour la remplacer pour que tu l'oublies.
Non, l'installation n'est jamais le but. Elle est le vase dans lequel s'épanouira ton esprit, sans idée de possession. Tu n'es pas là pour plaire, mon amie et si tu veux te mettre à mon école, abandonne toute idée de séduction. Deviens le chemin et cesse de me suivre, deviens l’expression et cesse d'attendre le compliment.
Le temps de la séparation et de la distance, s'est incarné dans le silence de notre relation.
Nous cherchions l'unité d'Amour et voilà qu'elle s'incarne aujourd'hui.
J'ai ramassé mes nuits entre mes mains, je les ai transportées au pied du grand réfrigérant, où s'expriment nos disparus. Je les ai offert à la salamandre dorée, qui vit parmi les roseaux.
 Heith, régnant, en ce jour béni, et moi-même, enfant de la Terre, je t'ai dit ici quelle était la véritable motivation, sur mon chemin de vie.

Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com

Photo : création land art de Roger Dautais
" Mémoires blanches " à la Marcheuse du Sal.
Région de Caen - Normandie

vendredi 22 mars 2019

Passer en maille   :  pour Anne Le Maître

 a Marie-Claude

In extêmis, se souvenir d'un visage,
le tien, et puis sombrer.


L''espérance de vie d'un homme européen est de 78 ans,ce qui est considérable. à 76 ans passés, il est vain pour moi, de faire des calculs de longévité. Il est urgent de vivre chaque seconde, de cœur à cœur.
La marche en côtoyant le vide est un exercice équilibriste consistant à ne pas se faire griser par le fond.
J'aime entendre le bruit d'une feuille qui pousse et l'écho de son chant chargé d'éternité.
Roland Barthes m' a appris à saisir les forces actives du présent, pour devenir plus libre, plus léger.
Je viens de détruire une grande quantité d'écrits qui n'attendait que ça et je pense à l'ami qui trépigne pour une de mes lettres égarée, avec sept de me textes. Une futilité.
Cloué à mon fauteuil, j'invente ma vie d'insomniaque, je construis mes rêves comme un ouvrage de brodeur bigouden.
L'orage est en moi, éclairant les plaines à blé, comme le chant du ruisseau charme le rossignol. Je suis accompagné de mon étoile, de mes morts en mémoire. Mes mains habiles tressent les joncs comme en enfance. Les coquelicots m' appellent et Morgane se perd en eux.
Tu me connaissais, marcheur sur les Rives de Sal, ouvrant ta voie Je suis le même et j’aime toujours ce cimetière à bateaux du Bono, que nous regardions ensemble, sur  l'autre rive.
Tous nos animaux morts ont été incinérés. Je veux les rejoindre de cette façon, dispersé dans l'immense nature.
Il me reste encore à aimer, beaucoup aimer, avant.

Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.comPhoto : création Land art

" Passer en maille " pour Anne Le maître
Port de Cabourg.
-Normandie
années 2000


jeudi 21 mars 2019

Répétez-le et laissez-moi en paix :
"ici se consuma une passion, partie au fil de l'eau et de la vie ".



Aime la vie même si elle doit finir demain
S.L.

l'humilité se vit pieds nus, la tête dans les étoiles.
Moïse Cl.



L'étrange beauté du réel se trouve où vous êtes.

Élèves des Beaux arts, au début des années 60,  pour certains comme moi, rebelles et jeune sauvageons perdus dans les paradis artificiels, enfants de la beat  generation,  nous apprenions la discipline. Elle se nommait dessin, anatomie, peinture, gravure, sculpture, histoire de l'art, décoration, philosophie, lecture, et personne n'en souffrait plus que cela.

Après vint le temps de l'oubli, de la jachère, du doute, du vide, indispensables à toute autonomie dans la création.

C'est la discipline bête et disciplinée, ahané par des chefs abâtardir par les règlements, les normes et autres  originalités sociales, que je m’appliquais pendant toute ma vie, à combattre, à fuir comme la peste.
L' assujettissement à qui que ce soit me parut être moins utile que la pire des mauvaises herbes sur un trottoir de ville. Au moins, elle, poussait un cri de révolte contre le béton, la lourdeur, une  faisait  naitre en moi,  lueur d'espoir. Une vie libre dans le caniveau, valait  dix fois mieux que tout concepteur de dogme ou règlement inutile.Je vis mes frères s'éloigner  à jamais et devenir un étranger à leurs  yeux d'hommes d'affaire.

On peut parler d’amour avec une poignée de coquelicots et quatre bois flottés, posés au bord d 'une rivière , pour peu que ce land art soit traversé, par un élan du cœur et par la divine lumière descendant de la canopée.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
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Photo :création land art de Roger Dautais
"ici se consuma une passion, partie au fil de l'eau et de la vie ".

mercredi 20 mars 2019

à Morgane, fille de la mer.
À la marcheuse céleste
aux pieds nus et divins.


Aime la vie , même si...




Son absence physique me pesait. Ces derniers jours, elle prenait de la distance, ce que je pouvais encore comprendre, en tenant compte de son besoin de vivre seule.. Mais entre distance et effacement,, la mort s’était installée sournoise, collante, dévoratrice. Elle annonçait le brasier, les cendres, la dispersion dans le jusant.
Le jour de sa disparition finale, je me suis laissé pousser la barbe , en signe de deuil.
Des années de vie commune à pratiquer le land art, de courses folles dans les champs déserts, des siestes au soleil, des baignades dans les torrents, des jeux dans les vagues de l’océan, sans arrêt, de peur de se perdre, de se désunir dans l’inaction.
Je n’avais pas su comprendre, pas su entendre les intersignes des oiseaux annonceurs. Pas compris l’arrivée du dernier train en gare, celui qui se chargeait des morts comme du temps de Pitchipoï. J’étais aveuglé par le bonheur de partager sa vie.
Elle était tendre,fidèle, douce, soyeuse, chaude et lisse de peau de son ventre rose tacheté de noir.
Elle aimait m’observer en silence, me regarder pendant de longs moments. Elle aimait se taire, aussi et m’imposer ses silences ;. Je lui avait appris à aimer la musique de Sati, les rues serrées de Honfleur sous la pluie, son port à peintres du Dimanche où elle faisait des rencontres. Elle adorait la rue froide de Caen où je la lâchais pour qu’elle aille humer les portes cochères, à son rythme.
Elle recherchait le quartier de la gare,ses squats immenses dans les friches industrielles. Elle aimait se faire caresse par mes amis Junkies, chez qui je me dépannais , les soirs de galère, pour terminer la nuit en beauté.
Elle aimait mes nuits d’ivresse,autour du port, celles qui duraient jusqu’à la fermeture des bars à poivrots.Elle aimait aussi le quartier du Vaugueux où je retrouvais Suzanna, ma petite juive, toujours à sa table de labeur, avançant ses illustrations à rendre «  des demain ». Elle aimait son appartement exigu, la gamelle d’eau fraîche sous la table et son Jack Russell, ébouriffé comme sa maîtresse, qui la courtisait tout le temps.
La mienne, c’était une trois couleurs Bats. Elle avait des oreilles et une queue de renarde et le caractère rebelle et tendre qui allait avec. Mais, elle ne se laissait pas prendre comme ça. Elle avait le coup de croc, facile.Ces deux là pourtant, étaient inséparables comme Suzanna et moi.
Onze années de vie commune, menées à fond, avec moi comme exemple, de la graine d’ortie. Puis, une mort subite. Un infarctus,probablement... dans mes bras.
Ce que je l’ai pleurée !

Plutôt que de reprendre les petits rituels de deuil, sans enthousiasme , j’avais voulu inventer un truc, dans un endroit qu’elle avait bien aimé.
C’est ainsi que je me suis retrouvé dans une carrière abandonnée de Fontaine-Henry, à lui élever un premier autel, afin que son âme puisse rejoindre la Grand Prairie.
Tout passait par l’intention et le geste, la cueillette végétale, la mousse, la plume, la pierre, le bois sec pour le bûcher, le feu, le vide..
j’ai allumé le bois sec en chantant et j’ai vu son âme bleue, s’élever en fumer, rejoindre le ciel
parmi les petits rapaces.
Tout parlait de Morgane, chienne heureuse, ici, jusqu’à ma prière adressée aux faucons crécerelle, pour qu’ils l’accueillent dans la grande famille des oiseaux libres.
Elle devenait, oiseau.
Je suis resté sur terre pour raconter son histoire, avant de partir moi-même en fumée
Roger Dautais
" Parce que je suis rien qu'une  poignée de cendres grises"...
Mémoires d’un Hobo céleste.

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
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Photo : création land art de Roger Dautais
" à Morgane, fille de la mer".
Grande plage de Ouisterham - Normandie

mardi 19 mars 2019

Cairn de la cabane du silence : pour Maria, seulement



Pour Erin, seulement,
car elle comprendra cette histoire écrite pour elle.




Il fait toujours trop beau après les catastrophes

Depuis la dernière tempête, ils avaient fermé la seule voie ferrée capable de desservir, les coins les plus reculés du pays, où je trouvais matière à land art. A pied, en longeant la voie ferré, c'était quand même, dix kilomètres et sur la ballast, ça devenait vite un enfer. En empruntant quelques chemins de traverse, ça se faisait.
J'avais toujours aimé Woodie Guthrie sa voix nasillarde, ses histoires de trains,de hobos et des marées prises en rade, qu'il trimballait sans son sac à dos.
Voilà pourquoi, je suivais les rails.Je m'appuyais donc cette distance, rencontrant sur le parcours, des morceaux de ciel bleu, tombés dans des flaques d'eau.
Il fait toujours trop beau après les catastrophes, mais on arrive par ne plus y croire. C'est la même chose avec les histoires d'amour.
J'avais réussi à rejoindre la Cabane des Silences, non loin de la tombe de l'ange.
J'avais retrouvé la cafetière posée sur la cuisinière à bois et le tablier jaune de mon amie, pendu à une patère.
Elle s'appelait Maria.
Maria aimait bien, cette cabane abandonné, eu peu en ruines, il faut le dire. Elle lui ressemblait, trainant quelques addictions qui lui rongeaient le cerveau.
Elle aimait aussi battre le bitume avec son chien errant qu'elle appelait " mon bâtard d'amour ".
Marie "faisait "la tournée des bars de nuit, jusqu'à plus soif et c'est là que je l'avais trouvée, en fin de courses, avant de finir dans son lit.
Nous avions fini par nous entendre, même si je laissais les portes de placard ouvertes, dans sa cuisine et mes chaussures trainer dans sa maison.
Un jour, je l'avais emmené au bord de l'eau et appris qu'un cairn n'était pas qu'un tas de cailloux, comme disaient les ploucs du coin.
Non pas, un objet quelconque, de forme bizarre et de destruction du paysage, mais bien un trait d'union entre elle et moi, entre nous et le ciel. Ça lui plaisait bien à Marie. Elle disait que c'était comme mon sexe, un trait-d'union entre elle et moi.
ça me plaisait aussi d'élever des sexes en Ria.
Des filles comme Maria, ça ne sait pas vivre longtemps. Trop à fond dans le carburant. Son cœur avait cédé.
J'étais le seul au crématorium. Tu sais les hommes, c'est souvent comme ça, ils profitent de la bonne occase, remettent leur froc et s'en vont.
J'ai récupéré son urne et je suis allé répandre ces cendres,au jusant, du côté du Bono, où les eaux du Sal, rejoignent la mer.
A chaque marée, je la vois passer, Marie, en compagnie des Bernaches et je chante pour elle.
Roger Dautais

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Cairn de la cabane du silence : pour Maria, seulement

Bretagne sud -2014

lundi 18 mars 2019

Rupture  :  pour Sarah



Pour Sarah
Si comme moi, tu ne connais pas l'éternité,
rien ne t'empêche d'en inventer une autre.
Roger Dautais


Aux femmes-étoiles qui nagent entre deux eaux...

Nuit blanche...
Cette nuit, je suis passé de l'autre côté du miroir. Je savais t'y trouver, mon amie. Tu dors de trop. Ta pensée se sclérose et se retrouve dans cette pensée universelle morte en ce moment. Tu te veux normale, normalement normale, désaccouplée, libre. Ce sont des mots. Il faudrait les redéfinir, les élargir, les enrichir. Redeviens vague dans ta fumée d'herbes et satisfais-toi de cette véritable existence excessive. La mer s'était retirée quand tu avais regagné le bord, les cheveux  mouillés. Je connaissais ta façon de les balancer sur le côté de la tête,  pour le essuyer vigoureusement, avec ta serviette épouse, en regardant la mer, avant de la nouer "en fakir", ce qui  grandissait aussitôt ta petite taille.
Elle est encore froide-   m'avais-tu dit, couverte de frissons. 
La plage des commensaux était sujette aux vents du nord. . Parfaite pour des cairns, pas pour se baigner.
 Je te regardais, en perpétuelle oscillation par rapport à la norme et son désir d'ordre. Je supportais mal ce flou dans lequel pourtant, je trouvais de quoi t'aimer. Probablement,  m'échappais-tu, en permanence, sans le savoir. 
Ton bateau-couple avait coulé dans la violence, malgré tes enfants, et personne ne montrait à bord, maintenant. Quelque marin ou capitaine, pour lofer au bon moment, mais rien, rien d'autre que le vent n'embarquerait avec toi, trop rebelle, trop abîmée par la vie.

Sarah le savait. Elle en jouait. Je l'avais accepté trop longtemps. Je devais partir, aussi.

-Ton cœur te lâche, fais toi soigner -,  avait-elle  lâché, en me regardant dans les yeux, ses deux mains   mouillées,  posées sur me bras.
Tout était dit. Je suis parti le jour même. J'ai quitté sa maison, sac au dos.
 
J'ai traversé les dunes d'oyats, qui remontait vers le nord. J'ai emprunté le pont de pierre qui franchissait le fossé des premiers gabions. Son étoile se reflétait dans l'eau bleu, pendule sacré sur fond de ciel bleu , tombé sous l'arche. Je pensais à Sarah que je ne reverrai plus jamais, absorbée par sa folie naissante.
J'ai pleuré longtemps cet après-midi là et je me suis perdu dans la nature.
Roger Dautais
Notes de Land art pour la route 77

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
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" Rupture " pour Sarah
Cote de Nacre - 1998
 
Cairn du souvenir  :  pour Tio + *



à Christian Cottard
frère d'écriture.


Durant ces dernières semaines, une longue indifférence m'avait entourée sournoisement, depuis que mon opération du cœur s'était annoncée. Rien de violent. Non, les mots changeaient de trottoir, les regards fuyaient. Même les chiens détalaient en courant devant moi.
Je suivais Tio et Zac sur le même trottoir. De vieux amis que je n'aurai dérangé pour rien à cet instant. Je me suis dit au même moment : : tiens, je suis vieux, je commence à sentir.
Beaucoup craignent cette maladie sociale. Et pourtant, à moins de se faire écraser, ou de mourir brusquement terrassé par un infarctus, vers 30 ans, leur vie future les amènerait un jour à la vieillesse. Et justement, ce pays là, habité par des séniles leur faisait peur.
Alors, je suis parti pour de bon. J'ai quitté la maison. Comme j'étais voyageur, je me suis retrouvé loin de chez moi, tout à fait à l'aise.
Tio venait de fêter ses quarante six ans et elle m'avait confié quelques poème de son cru, recopiés sur des petits papiers blancs, roulés sur eux-même. Sa main de femme exquise, , les avait entourés d'un ruban rouge, pour souligner le côté cadeau fait à la nature.
J'ai pris la route qui menait à la voie ferrée. J'aimais les voies ferrées, les chemins creux, les plaines sans fin, les carrières dangereuses, les chênes et les oiseaux, surtout les sternes.La mer était mon paysage préféré. Pas de quoi rester longtemps seul,avec ces amis.
Après quelques heures de marche, j'entendis le chant de l'Océan. Il avait le pouvoir de me calmer aussitôt.
Le vent s'était levé lorsque j'étais arrivé à Ty Bihan. Je me suis mis aussitôt à l'ouvrage, élevant une série de cairns face à la mer.. J'ai réparti tous les poèmes dans ces pierres levées, puis j'ai allumé un feu de solitude.
J'étais heureux, loin de cette hypocrisie déambulant , mielleuse qui me souhaitait une bonne santé et pensait le contraire.
Les poèmes prirent la mer à chaque écroulement de cairn. Je pensais à Tio que j'aimais tant et qui, elle aussi n'en avait plus pour longtemps à vivre. Roger Dautais
Notes de Land art pour La Route 77

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Photo : création land art de Roger Dautais
" Cairn du souvenir " pour mon amie Tio + *
Bretagne Sud - 2014

* Tio est morte en 2014 dans  l'indifférence d'un monde cupide.

dimanche 17 mars 2019

Flottaison  :  pour  Edith et Maud

Aux passantes du lac...



Entre le ciel et l'eau.

Ce jour,là, à l'occasion de l'arrivée du Printemps, j'étais descendu au lac des trois moulins,avec une boîte d'allumettes. J'y avais fabrique une table à feu, dont le principe était de rehausser le foyer, afin d'y allumer un feu, dominant les eaux du lac. Dans ma vie de land artiste, le premier remontait à deux ans, en compagnie de Lee, une amie Coréenne et photographe.
Intéressée par ce spectacle, elle m'encouragea. Aujourd’hui, j'en étais arrivé à la vingtième.
Je montais un bucher en forme de tipi indien. Au bout d'une heure, le feu s'éteignait en cendres grises que je chargeais sur de petits radeaux de roseaux. Une fois poussés sur l'eau, leur fumée blanche purifiait ainsi mon espace consacré aux flottaisons. Je ne pouvais oublie tous ces feux de solitude allumés dans ma vie, auxquels j'avais confié tant de confidences.
Le premier datait de l'hiver 50.Javais déjà besoin d’échapper à ce monde violent qui régnait à la maison, par la magie du feu. Il me paraissait, immortel.
Edith et Maud, mes deux amies d'enfance, furent mes premières spectatrices.
Et jusqu'aux plus récentes femmes connues, toutes avaient été initiées, par moi, à ce jeu du feu entre le ciel et l'eau.
Toutes sauf une qui, ne voulant pas y assister sans explication, en avait été privée.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
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Photo : création land art de Roger Dautais

"Flottaison " pour Edith et Maud, mes étoile d'enfance.
Lac des trois moulins.
Normandie - 2006
Contraste :  pour Maria-Dolorès Cano







à  ma femme aimée, MarieClaude...

Je décide de remonter  vers le ciel. Je n'ai plus d'eau et la température est intenable au fond  de la carrière. Considérant que le simple est un  long  processus de simplification, ma  journée sera essentiellement de  marche, d'observation, d'écoute des petits rapaces en chasse. Je  n’élèverai qu'un cairn,  une fois la surface de la terre atteinte. 

Détrompez-vous, je ne vis pas dans le passé. C'est le passé qui vit en  moi. Nuance.

Mes silences se comptent par années. Mes réflexions, je les confie  à la mer, aux  pierres, aux animaux sauvages, avant tout.

Ce  long manteau que je  porte est  brodé de  blessures, mais je reste atentif  au chant de la mer qui guérit tout.Il  y a plus de  poésie dans  le flux et le reflux de la mer, que dans le  plus beau de  mes cairns. Voilà  pourquoi je  l'écoute longuement.

J'ai connu le désert absolu de la  longue traversée, lorsque frappe  la maladie grave. Je m’y apprête à nouveau. Le voyage sera long. Vous ne connaissez pas mes hurlements de  loup  blessé. Ils ne se  partagent pas. Dans ces cas extrêmes, nul dieu vers qui me tourner, nul besoin de fausse condescendance. Il me restera encore,  une seule solution  : survivre. Je suis résistant. J'ai survécu aux coups de mon père.
J'ai souvenance de pas tracés dans le sable du tombolo de  l'Île de Stuhan:  éphémères, rapprochés, allant vers la mer, si fragiles. Cette fragilité de  l'instant fait vibrer  mon cœur malade, toujours capable d'aimer.
Ce jour  là, deux sternes volaient  à  l'envers, devisant, les yeux  dans les yeux. Nous avions écouté leur chant sacré,  à deux pas des  menhirs de Carnac. 
Leur va et vient annonçaient le  printemps.
 Fallait-il autre chose pour  être  heureux ?

Roger Dautais  
 Notes  de  land art pour  la Route 77
LE CHEMIN DES  GRANDS JARDINS
www.http.//rogerdautais.blogspot.com/

Cairn  : " contraste "   pour Maria Dolorès Cano, en fraternité.

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.