La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 4 août 2010











Mes petits bonheurs.




Le ciel est menaçant. Je viens de terminer la cueillette des fleurs qui me seront nécessaires, dans un terrain vague situé en pleine ville. Elles sont ainsi, les villes, qui bâtissent, démolissent, évoluent et laissent de larges friches qui s'offrent à moi pour des installations éphémères. D'ici, je vois passer les bateaux qui sortent de l'écluse d'accès au port. Je marche à l'affût d'un endroit qui m'inspirerait et je trouve une tache rouge de brique pilée qui fera l'affaire. Je commence par installer une spirale de baies rouges, entourée à gauche par du lierre et à droit par un semais de fleurs mauves cueillies sur un buddleïa, le fameux arbre aux papillons. Au passage" j'épingle" une de ses fleurs avec des graines de coquelicot.
Les nuages s'accumulent au-dessus de ma tête. Je suis en immersion dans les bruits de la ville, murmure et bruits de klaxon qui s'échappent des rues avoisinantes où les voitures circulent. Pourtant, je suis seul au beau milieu de cette friche. No man' s land que personne ne franchira, le temps de ma présence, ici. Intéressant comme situation à condition qu'elle ne s'éternise pas.
Je termine ma spirale et monte sur les restes d'une très large dalle en béton armé qui devait recouvrir le sol et recevoir des bâtiments. Elle a échappé aux démolisseurs. Devant moi, dans cette dalle, un rectangle en creux d'un mètre par vingt cinq centimètre et de quinze centimètres de fond, dans le quel est posé un morceau de bois vermoulu. Ce trou devait très probablement recevoir l'un des piliers des hangars qui existaient ici, avant la démolition. On dirait une petite tombe, où bien encore, un totem que je vais orner. Ce travail est très intéressant. Il me permet de lier le passé de cette zone portuaire aux essences de fleurs présentes, qui poussent et colonisent ce terrain vague. Je termine le tout par un entourages en éclats de pierre de Caen.
Je réalise ensuite une composition dans un cercle avec des buddléïas ( non montrée, ici). Il commence à pleuvoir. Après cette période de sècheresse, je revois la pluie avec plaisir. Je retrouve mes souvenirs de jardiniers que je partageais avec mon père, sans craindre l'averse quand il fallait terminer un travail.
Je commence à élever un cairn qui sera mon dernier travail car la fin de journée s'annonce. Je reviendrai demain matin pour le terminer.
Dans ce long chemin parcouru à pratiquer le land art depuis tant d'années, je m'efforce de m'inscrire dans l'oubli de mes travaux passés. Je ne voudrai comme référence que l'instant du travail. Mais la raison s'envole et le rêve devient, réalité. Je sais bien qu'il y a plus de passé accompli que de futur à parcourir. Il y a tant de choses vécues et la solitude a tendance à faire remonter tout cela. Oublier est impossible.
" Tiens, je me souviens, dans ce petit parc aux bambous, les bancs étaient tous vides, ce jour là et j'avais amené avec moi quelques globes récupérés dans l'éclairage urbain que la ville avait changé. La lumière était particulièrement douce sur le tas de sable, un peu dorée. Je suis sûr que vous avez déjà vu ça, une lumière dorée. Et j'avais posé tout simplement ce globe diaphane sur le sable puis posé en travers, des sarments de branches de cornouiller rouge, en travers. Cela m'avait suffi pour y voir le monde, la planète. Rien que ça...et j'en avait ressenti un vrai bonheur.
C'est rare les journées où tout se passe bien. En début d'après -midi, je rejoignais cette friche lorsque j'ai rencontré une poule d'eau, écrasée au beau milieu de la route. Impossible de m'arrêter avec la circulation. J'ai regretté de ne pas l'avoir enterrée plus dignement. C'est si triste, un oiseau mort.


Roger Dautais








Tu te caches parmi les ruines de l'eau.
*


Je te suis
au-delà des autoroutes
de l'autre côté
des cartes routières.
Je lis ton nom
dans les passeports
à l'encre invisible.
Je t'entends dans le silence
au milieu de la respiration des horloges.
si je t'oublie lorsque les gens
clouent des pankakes aux sols
mettent le feu aux maisons de poupées
& égorgent les rivières avec des matelas
je me souviens de toi, parce que
les sternes migrant trois semaines
peuvent dormir dans les airs
& le requin doit bouger pour respirer
je veux te donner l'or de mon esprit
& l'argent de mes cuisses
c'est lorsque le hibou
dans mon crâne se réveille & s'étire
après des rêves qui ne se
dissolvent pas dans la lumière du soleil
c'est le corbeau
rapportant une bague égaré
c'est la colombe retournant à l'arche
c'est ce qu'ils
ont peint sur le mur des grottes
l'estomac en plomb de la naissance
l'engin de lumière dans un battement de cœur.


Tom Cusson ( poète Américain de la Beat Beneration )

*" You Hide among ruins of water "



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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.