La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 18 mai 2013

Guetteur de jusant : à Eugène Riguidel


Cairn au jusant :Ria d'Auray

S’élever au rythme des pierres Alréennes

Circulation

Mémoires de pierre : à Yanis Petros
La porte du large:  Pointe de kerpenhir. Morbihan

Hommage  :  à Marie-Claude


Trait d'union : à Serge Thébault

Le temple du Soleil Levant : to Fumiyo Suko

L'heure unique : Pour Leovi

L'océane : Pour Alain  où qu'il soit.


à Eugène Riguidel *


Ce que j'ai laissé de vie, ici, en ce lieu que vous appelez "terre"! Loin des  poètes agrégés,  loin des peintres académisés, loin des chanteurs  à voix royale,  loin des slameurs labellisés,  mon corps s'étirait à s'en rompre les os autour de charges que je m'évertuais à transporter dans ma pratique du land art. Des pierres  lourdes, glissées autrefois sur les goémons de l'estran pour me servir de base aux guetteurs de marée toujours  plus nombreux, fixaient mes limites lorsque je tombais de fatigue  à genoux devant elles. Et voilà que maintenant, l'âge venu, les cairns continuaient à s'élever, amis d'un  jour, d'une heure,  peut-être, entre la mer et moi pendant que vous consommiez jusqu'à  l'ivresse de posséder encore  plus dans les hyper dont la démesure me repoussait.
Ce que j'ai appris des pierres, de leur langage qui use les mains, de leur mystère, dépasse ce que l'école  elle-même me refusa, enfant.
Le souffle s'est raccourci,  mon dos s'est courbé, mes cheveux  ont blanchi et ma vue  à baissé, certes. Certains appelaient cela, la vieillesse, bonne  à flanquer dans un fauteuil, capable de  jouir de tout sans effort, de dominer le monde, assis sur un tas d'or. Probablement  pour certains. Comment pouvais-je imaginer qu'en revenant au pays, après trente années d'absence, je me serais contenté de ne rien faire, même si  j'imagine ( assez mal)que pour d'autres, ce soit le rêve absolu? 
Je n'ai pas résisté longtemps malgré le coup de semonce, l'avertissement sévère et sans frais,  l'infarctus. Qu'aurai-je mis de côté dans la pauvre vie,  pour plus tard puisque j'étais déjà dans ce  plus tard ? J'ai découvert, dans cette Bretagne que j'aime, des paysages  à faire pleurer de bonheur, des chemins de traverse qui menaient d'un port à  l'autre. J'ai senti à nouveau mes forces s'évanouir, le besoin d'une halte dans ma vie de marcheur mais je suis reparti de  plus belle.
J'ai retrouvé la pierre, sensible au chant du merle. J'ai,  à  mon tour, monté des cairns, comme  un chant sacré s'élevant vers  un ciel vide. J'ai ressenti cette vibration première, cette vitalité, cette  sauvage envie de vivre libre et de laisser quelques traces le long de  mon chemin qui  m'emmène aux "Grands Jardins",  pour baliser ma vie comme des falots, river droite, rive gauche, tandis que le bateau  d' Eugège* filait au gisant, rejoindre le golfe de tous ses rêves.
C'est  un  peu ce que j'ai vécu lors de ces huit derniers jours, parcourant le Pays d'Auray, découvrant ses labours, ses chemins creux, sa ria, continuant  à faire mes premiers pas dans une région où j'habite maintenant. Apprendre  un pays demande beaucoup de temps, de patience, d'humilité, et, j'aurai probablement disparu avant de le faire totalement  mais je veux profiter de ce bonheur simple et profond qui enrichira très certainement ma vie.

Roger Dautais

*Eugène Riguidel vient de publier un recueil de nouvelles CAP SUR L’ÉTRAVE
http://www.agencebretagnepresse.com/fetch.php?id=19416


Le chantier
déclinait
trois matières précises:
le fer
le bois
la pierre

Pour se trouver
au milieu de soi
il suffisait d'entrer en lui..

 ***

Je n'ai pas eu le temps

de dire  à  mon père

Que c'était du chantier

que vînt  l'idée

d'écrire

un chant

sur le sacré

de ce  monde.

Serge Mathurin Thébault*
 Le chantier. Editions Artchignaned-Auray 2007

*http://sergemathurinthebault.unblog.fr/

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.