La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 12 février 2020

En  hommage  à Youenn Gwernig




À Marie-Claude
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Au croisement des impossibles,
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Ce sentiment d’étrangeté que j’éprouvais dans certains paysages, était souvent lié à une disparition. Celle d’un être cher, d’un animal proche de moi, d’un souvenir tenace. Alors, je sentais monter en moi, une mélancolie si souvent reprochée et intimement liée à mon enfance. Si je m’étais tant perdu, pendant cette longue et douloureuse période de ma vie, c’était, avant tout, pour fuir. Je n’avais pas les armes pour me défendre.
Très souvent livré à moi-même, c’est dans la rue que je grandissais, avec mes amis, Titi, Édith et Maud. On naviguait à vue, sans grand repère, dans les parages du bar de l’Étoile. Je payais le prix fort pour mes bêtises, certes, nombreuses. Je n’avais rien appris des coups, des enfermements, des privations, des humiliations que mon père croyait nécessaires à mon éducation. J’en avait tiré une profonde haine pour l’injustice.
A gueule ouverte, je criais ma peine et la détestation de ma vie, dans les docks situés derrière la gare ferroviaire. Le noir, absolu, était seul capable de m’entendre sans m’en vouloir.
Je me trouvais vivant, au croisement des impossibles, espérant les beaux jours qui ne viendraient jamais durant cette enfance maltraitée.
Le monde sortait de la guerre. La soldatesque accédait à la parentalité, élevant sa marmaille, , à la dure. Je connaissais la faim, la tourmente. Une tristesse égayée par des fugues.
J’étais rebelle à toute autorité brutale. Je préférais la douceur de Maud, qui savait ce que voulait dire, consolation. J’aimais cette petite juive, orpheline de guerre, à peine plus âgée que moi. Son destin lui offrit une vie courte et moi, un profond chagrin d’enfance.
Soixante dix ans plus tard, sa présence se faisait régulièrement sentir dans mes pensées.
Elle vivait, là.
Je croyais entendre sa voix, des bribes de conversation, nos rires, de la rue Sébillot.

Les hivers s’étaient répétés, ouvrant des portes béantes, sur la rue des souvenirs. Les voleuses d’âmes qui s’emparaient des vies en dés-errance, avec leurs bouches voraces et détruisaient l’alentour en déversant l’injure sur leurs têtes, dépérissaient puis allaient disparaître dans l’oubli.
Dans l’errance, les âmes sœurs se rencontraient en toute saison, sans rien demander à personne. Aimer sans accepter le mystère de l’autre n’était que foutaise.
Sphère en main, arrêté dans cette marche qui allait m’amener vers les rives mortelles de l’Orne, j’étais incapable de donner une raison à cette situation qui me dépassait. Il n’y avait, ni soleil brûlant, ni marée menaçante, ni vagues audacieuses, encore moins de pluies mordantes, qui auraient pu menacer ma personne.
Non, nous étions bien, un jour de septembre, mais de quelle année, à quelle heure ? Je ne savais le dire.
Une insurrection subite de mon cerveau, une mutinerie de mes idées, m’avaient désarmés.
Mon sang inaudible circulait lentement dans mes artères. Mon cœur imaginait le pire pour l’avenir. Mes mains se taisaient, crispées sur le ciel vide et gris plombant l’estran. Au fond de cette vallée grise, qu’était le lit du fleuve, serpentait sa fin de vie, sans gloire, de petit fleuve côtier.
Les naufrageurs de morts, planqués sur les crêtes de la rive gauche, attendaient les premiers cadavres des péris en mer, arrivant à la marée montante.
Le temps des rixes macérées dans le gwin ruz, sur les pavés du port, s’éloignait. Ma jeunesse aussi. Les frères de la côte, rue de la soif, cognaient sec à Saint-Malo et j’étais des leurs.
Je vieillissais dans mes secrets de sang caillé et d’œil au beurre noir
A son heure, le grand Youenn Gwernig avait du connaître aussi, ces jeux de comptoir, qui se terminaient parfois, par une tournée générale, en compagnie de Kerouac, aux Etats Unis.

J’aimais sa vie, sa poésie, l’homme aussi, ses filles, excellentes chanteuses, comme leur père.
Du recueil trilingue An Diri Dir, j’avais extrait cette phrase
« Car il faut que chacun
compose le poème de sa vie  ».
Et depuis 1981, je m’appliquais à réaliser ce beau rêve.

M’étant avancé sur la rive droite du fleuve, j’écrivis cette phrase, dans la vase, avec la pointe en fer de mon bâton de marche. La vase me renvoyait la force de Gwernig. Elle effaçait ma peur de tomber. Il me restait à déposer ma sphère à côté et à reprendre mes esprits.
Roger Dautais
Route 78
«  Le voyage de la sphère » en hommage à Youenn Gwernig.
Estuaire de l’Orne - Région Nord de Caen - Normandie


Les filles de Niobé  : to Modjica Jurcer






Ce que j’espère écrire de plus juste se situe , sans doute, à la jointure du familial et du social, du mythe et de l’Histoire.
Annie Ernaux
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À à ma femme aimée.
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Le Grand Rêve

Cette nuit là, en plein sabbat de la nouvelle lune, j’avais laissé de côte, la crainte de l’inconnu qui parfois, me tourmentait. Le chiffre sept m’était apparu dans ce grand rêve, au milieu du jeu, comme étant le numéro du jour. Dans Sept étages superposés de l’univers où les femmes enfantaient le nouveau monde, je courais à ma perte lorsque les énergies spirituelles ont agi.
Il existait en moi, une terra incognita que je n’atteindrai qu’au dernier jour de ma vie. Une profonde circonvolution, marquait dans mon corps, une fin de cycle de sept ans. Mon cœur prenait rendez-vous avec les coutures, pour plus tard. Le passage dans l’inconnu futur se ferait par une pensée chamanique, incarnée, dans un cours d’eau.
Ainsi- le vivais-je dans le grand rêve.
Je marchais vers un ailleurs onirique, étranger, et je me devais de trouver de petites escales, pour installer mon campement, puis attendre de rencontrer le lieu idéal Au land art.

Sept fils de Niobé, avaient été tués dans ce rêve, dont les corps échappaient à ma vue. Puis, les sept autres filles, avaient vécu cette terrible fin.. Il me restait à incarner les corps des sept filles de Niobé, ayant subit le même sort, sauf une,, qui semblait vivre, et à les rassembler dans une installation symboliques.
Le bruit de l’eau courante dans le bief, auprès duquel j’avais installé mon campement provisoire, m’indiquait la marche à suivre. Le grand rêve permettait de conclure le rituel sacrificiel. Ma mémoire en solitude me souffla les gestes.
Je coupais sept poignées d’herbes souples que je nouais, en tête. Apparaissaient du grand rêve, sept
«  Niobides » six assassinées par flèche et une rescapée,Mileboéa .
Je ne pouvais séparer les sept sœurs, quel qu’aient été leur sort.
Une fois assemblées, les représentations des sept corps étaient offerts à l’eau du petit fleuve qui se chargerait du dernier convoi..
Je ne pouvais réaliser et vivre de telles installations que nourries des légendes de la mythologie Grecque, dans la solitude, au cœur d’une nature accueillante.
Cet acte libératoire, me permettait de passer à des installations plus communes, mais faisait partie de la réalité de ma vie poétique.
Il rejoignait en cela, le côté sacré donné à mes gisants.

Roger Dautais
Notes de la land art sur La Route 78
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«  Les filles de Niobé » to Modjica Jurcer
Sur le cours du fleuve Orne.
Normandie – Région de Caen

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.