La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 14 mai 2011















à Anne des Ocrerie et Michel Piccouli





Nouvelle...


Les bateaux de papier.



Le permanenté, caquetait, vêtu de noir, parmi ses poules. Peintre longiligne et sub-Saharien de l'est, il savait prendre la pose, lui qui, peintre génial, la demandait aux autres. Jambes légèrement écartées, bras croisés, le buste balancé en arrière, il argumentait en se tenant le menton à la manière du penseur de Rodin. Sa chevelure mi-punk aisé, mi blaireau cancéreux, louvoyait entre les regards énamourés des pucelles. Il poinçonnait à la demande, parfois même, il" égoïnait avec soin, les bourgeoises de chaque ville. Sa passion pour lui n'égalait que sa connerie mais à ce niveau, on appelle cela du talent.



- She as so blue ayes and me, alone... She death.
Ils ont tué mon oiseau des Îles.
Fucking english
Polperro s'endormait, vidant ses derniers pubs à poivrots et il y en avait en Angleterre, comme ailleurs. Mary avait suivi la scène depuis sa petite voiture et s'était précipitée juste après le choc. Anglais contre Français, cette putain de guerre de cent ans ne finirait donc jamais. Les deux voitures éclatées, fumantes, retenaient quatre corps en vie, mais dans quel état.
Elle appela les flics.



- Voyez vous, très chère, j'admire votre 95 B et votre bouche purpurine.
- Retenez-vous, Maître...votre femme.
- Ma femme, je l'emmerde..Ah..ah... et vous, votre femme ?
La bourgeoise rougissante se crut percée dans son homosexualité et lui glissa dans l'oreille
- Demain, au Hilton, 17 heures.
Le maître pris son agenda électronique et pointa la date en ajoutant.
- C'est bien pour vous dépanner. Au fait, égoïne ou poinçon ?
- salaud..
- décidez vous.
- les deux.
et elle tourna le dos au groupe de pucelles.
- Beau cul, tout de même, hein, mes demoiselles.

La basse cour caqueta devant le con joli. La peinture, après trois couches alourdit le tableau et lui, des couches, il en avait tellement que beaucoup prenait cette armure pour de l'intelligence. Il avait fini par s'en persuader. Voyez un peu, si l'homme est con. Il suffit de lui souffler dedans par le bon trou et hop, il gonfle et s'envole vers le très-Haut.
Daniel Ju, finassait, minaudait, croquetait, époustouflippait ses proies avec son arrogance d'épicier qui a réussi. Son œil vif allumait même l’homme viril au penchant de gauche. Que voulez-vous, les bi, c'est ça et comme lui disait le bon docteur La Fourre, un p'tit coup sec entre les deux fesses, ça ne peut pas faire de mal à l'homme honnête. Ainsi, notre peintre,qui se pensait honnête se faisait un beau CRS de temps en temps, histoire de se faire rentrer dans le garage et remettre en place , côté fondement, sans prendre de P.V.



Les flics étaient arrivés en même temps que l'ambulance. Moïse était sorti de son tas de ferraille, le visage tuméfié, mais, vivant.Augustine Sévec était morte sur le coup.
Son oiseau, c’était Augustine, une belle Bretonne, genre pouliche qu'il avait mariée à 20 ans et tiré de son milieu de marins durs à cuir. Encore ce matin, sur le port de Polpreeo, elle riait en voyant les mouettes se sauter sur le quai. Une santé, à plus de 6O ans, belle comme le jour, tuée par ce con.



Le Préfet entra dans l'exposition de Daniel Ju. Celui-ci se plia en deux. Belle occasion de perdue pour un P.D de passage, mais enfin, passons sur ces idées insanes non dignes d'un bon Juif.
- Dites donc, mon cher, quel Ju !
Le con permanenté , ébloui par la casquette du Préfet, pensa que le vieux demandait du café et sortit de sa poche un blackberry pour commander deux cafés au bar du commerce.
-Ainsi, vous faites poser le tout Paris, mais, connaissez-vous ma femme, Angelina ?
Pour la connaitre, il la connaissait et sous toutes les coutures, car elle lui avait fait prendre ses mesures si souvent, arguant même qu'avec un pareil double décimètre, il ne pouvait se tromper, ce qui avait flatté Ju.
- Angélina, ma chère, approchez que je vous présente Ju.
Des coups de Ju, elle en avait tellement pris qu'elle était passée du 220 au 110, c'est dire si l'autre permanenté mondain avait une belle boîte à outils dont savait se servir la belle qui ne voyait en cet étalon, qu'un con bien monté.



Le vieil homme marchait seul, vers le cimetière aux croix celtique. Il pensait sa vie terminée.
- Ils ont tué mon oiseau des Îles...
Dans le restaurant Thaï d'Est Looe qui servait un excellent chicken and curry,Moïse dreamait Augustine et ses yeux bleu de mer.
- pourquoi tu ris, chérie ?
-Je ris à cause des mouettes
- des mouettes ?
- Fucking birds, fucking females, always fuck..Fuck...Fuck et nous...nada...rien...
- i am not a fucking bird...Fucking shitt
Kill away, mouettes de merde, criai Moïse, debout devant sa table. Les clients du restaurant appelèrent le patron.
Le patron ventru et dégargaté, arriva.
- Monsieur désire ?
- another bottel of fucking wine Thaï...et rapido.
Il jeta un billet de cinquante livres sur la table.
-Pour le service.
le patron empocha et le calme revint.



Daniel Ju avait tant picolé dans sa jeunesse qu'il en avait gardé un sourire chicoté. Normalement, toute femme du monde aurait du s'en écarter mais il compensait par un don de la nature, son coup de pinceau. Elles se précipitaient toutes pour recevoir un coup de Ju comme on va à Rome pour recevoir une bénédiction des pigeons sur la Place Saint Pierre. Parce que les pigeons, c'est comme les politiques, ça ne respecte rien pour réussir son vol. Mais peut-on reprocher aux femmes, même du MLF de profiter de la connerie d 'imbus insanes.
Non.
Ju savait écrire et pomper dans les livres des copains aussi, mais les trois quart des visiteurs ne lisaient pas ce qu'il présentait,dans cette exposition, mi-peinture mi-littérature. Son beau-frère, un esthète, lui avait dit, en entrant:
- ça ne se sent pas.(sic)
Chez les Ju, les poètes étaient boucher, charcutier, primeur quatre saisons, paysan, médecin de campagne, maire, viticulteur, cantonnier, boueux. Tous des Jus étaient bien bas du plafond, mais roulaient en en Mercédes, R 19, R5, vélo,tous cocus et fiers de l'être. Enfin, ce que l'on appelle des vrais hommes.Ju qui était végétarien boudhiste, vengeait la famille comme il le pouvait.
Ils prenaient le peintre pour une fiotte, un évaporé, un fou, un barré, mais ils venaient toujours au vernissage pour se saouler la gueule au champagne en compagnie de belles gonzesses. Car leurs femmes, mon Dieu...! Nous étions dans l'indescriptible et par respect, je n'en dirai rien.


Moshe, né à Brighton, d'une mère Juive et Anglaise et d'un père de passage, avait porté ce prénom jusqu'à ses18 ans. Mais comme les gens du quartier n'aimaient pas les Juifs, sa mère l'avait appelé Moïse, ce qui n'était pas mieux.
Il tenait son nez d'aigle non à sa race,comme aurait dit le borgne, aujourd'hui, mais aux branlées successives prises dans le quartier pour lui faire comprendre que: les youpin, dehors. On apprend très vite ce que c'est qu'être juif. Il y a a des choses qui ne se font pas dans la vie.
Moïse avait oublié sa religion et avait épousé Augustine. Ils avaient eu deux beaux enfants. Ils s'engueulaient tout le temps mais vivaient un amour passionnel, comme Rocard et Mitterrand( humour Juif)



Ju senti la douleur dans la poitrine, et puis le sol de la galerie de peinture l'accueillit, raide mort. La femme du Préfet,syncopa et le Préfet donna ds ordres pour que les secours arrivent. Rien n'y fît. Ju était mort, comme Molière, devant ses poules et en plein boulot. Son enterrement fût digne d'un don, celui de Préfet, qui au nom de la reconnaissance publique, paya des obsèques très honorables pour un petit pays, à ce pauvre malheureux. Il y avait beaucoup de femmes à suivre le cercueil ce qui fait tomber une légende. Non, messieurs, vos efforts ne sont pas vains, non, c'est faux de dire que les femmes nous oublient(enfin...) aussitôt. Même les plus grands dont on connait la performance douche comprise, par la presse poeple ont tort de négliger leurs maitresses car c'est au moment du jugement dernier et dans les allées du Père Lachaise que se reconnaissent les vrais hommes et le vrais cons, aussi.


Sur le petit aéroport d'Exeter, Moïse passa la douane avec un morceau de ferraille à la main. Un tout petit bout de la Nissan Alméra qui avait servi de dernier domicile à son oiseau de iles .Elle reposait maintenant dans ce cimetière de campagne aux croix celtique, à mi-chemin entre Polperro et West Looe , en Cornouailles. Ce seraient les oiseaux du ciel qui viendraient jardiner sa tombe et la pluie d'Irlande, pleurer sur cette terre Anglaise, après avoir survolé le mont Snowdown. Catharina ne louerai plus jamais la chambre trois et ne regarderait plus jamais vers l'ouest sans penser à son rire, ses yeux bleu de mer, sa joie de vivre, son amour pour Moïse. Mais voilà, la vie était cette merde qui honore des paons permanentés et tue des grand-mère en voyage.
Moïse ne croyait plus en Dieu depuis Auschwitz et le Pape l'énervait au plus haut point, surtout le dernier, avec sa nationalité provocante. Moïse, il aimait cette femme morte, c'est tout. Les autres, elles pouvaient aller se faire sauter ailleurs, cesser de lui cavaler après parce qu'il était pianiste. Moïse, il aimait dessiner des spirales sur les plages du débarquement et pissait au cul de tous les architectes, comme ça, par provocation. Car la vie, était une provocation, avec ses débordements de richesse, ces maisons en double, en triple, ses propriétaires couperosés, ses comptes en banque, ses bourgeois qui se gavaient de bonnes choses pendant que les trois quart de l’humanité regardait passer le train du blé, du fric, du flouze, comme les vaches tout en crevant de faim..
Moîse,sa rage, elle coulait dans ses veines et elle cesserait de couler le dernier jour de sa vie. Mais en attendant, il les emmerdait tous.
L'ATR quitta le seuil de piste et le cola au siège. Il vit la terre sous ses pieds et le petit cimetière ou reposait Augustine.
Moïse pleura, comme toujours, seul et but ses larmes. C'est sa mère, Shara aux longs cheveux frisés et noirs qui lui avait appris cette technique pour que les autres ne voient pas sa peine. Elle disait aussi :
- Si t'as faim, mange une main et garde l'autre pour demain. Ah, c'est pas une vie de Prince, ça, et le Charles d’Angleterre il n'aurait jamais appris ça. Mais il est ben puni avec es chapeaux de sa reine de mère.
Moïse traversa la Manche comme autrefois son ancêtre, le Nil, mais sans brailler au miracle. Il arriva à Roissy Charles de Gaulle.
Il prit un taxi :
- Place des Abbesses, s'il vos plait.
Une heure plus tard, il était dans son lieu, sa mémoire, son rêve. Il admirait l'entrée art déco de la bouche de métro .Il prit la rue des Trois Frères. Il s'arrêta en face du 22. C'était l'ancien bordel à Mado. Il s’assit sur la marche de l’hôtel d'en face.
Mado le regardait,comme il y a longtemps, avec son maquillage de femme du monde et son cul moulé dans une robe de soie.
- Salut Mado
- salut, tu deviens quoi?
- Je débarque deCornouailes. Et toi?
- Je bricole, tu sais.
- Quand est-ce que tu auras fini de te faire grimper par tous ces vicelards, Mado, tu sais bien que je t'aime;
- Je sais et tu as tort.
- Pourquoi ?
- Parce que on n'aime pas une pute.
- Tu n'es pas une pute, Mado, t'es une femme du monde.
- Je sais, mon chéri, perds pas patience, après on se mariera.
Il n'y avait jamais eu d'après. Mado était partie d'une overdose et c'est Moïse qui l'avait trouvé dans les chiottes du gros Nini, bleue, raide morte. Ses frangines étaient toutes à l'église et son julot aussi, ce qui était rare.

Moïse essuya ses larmes d'un revers de manche. Il avait 69 ans. Il était veuf de sa femme et de sa mémoire. Il se leva et remonta la rue des Trois frères. Il s’engouffra dans le métro. Une pluie dense et froide transforma les caniveaux de la rue des Trois frères, en fleuve jaune. Il y a soixante cinq ans,en 1947, des bateaux de papier, passaient devant le bordel à Mado,comme des messages d'amour d'un enfant à la femme de sa vie. Mais la vie, elle veut jamais comme les enfants. La vie,c'est une garce,une pute,et c'est pour ça qu'il faut la respecter.

Moïse Clément

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.