La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 27 janvier 2014

Mémoires cardinales  :  Pour Yves Jégou
Cap  à l'Ouest  : Pour Jacques Thomassaint
Sereine solitude : pour Claude Pélieu
Remember : pour Erin
Breizh : Pour Guy Allix
Le cercle ami : Pour Isabelle Jacoby
Le chant du Loc'h :  pour Sasa Saastamoinen

Le manège  à souvenirs : Pour Virginie Gayot

Le voyage  à quatre : pour Pierre Boyer
Éloge de la paresse : pour Camino roque
Trois fois rien : pour Marie-Josée Christien
Transfusion  lente : pour Tossan
Insolence : Pour Leeloo


à Marie-Claude


Terre sacrée 


Un  jour, je prends la route avec le sentiment d'en voir la fin.Désillusion passagère due  à mon état de santé. Espérer,  pour moi, consiste  à marcher, avancer malgré tout, comme si l'éternité était contenue toute entière dans chacun de  mes pas.
 J'ai adopté le rythme qu'il faut et accepté le travail du temps sur tout ce qui existe.
Je suis parti  pour vivre parmi tout ce qui existe et que personne ne voit, personne ne nomme, ce tout qui  nous accepte tels que nous sommes. Il faut faire de la place au rêve si l'on veut le voir advenir.Louis Calaferte, Youenn Gwernig et quelques autres ont su me montrer le chemin Il faut oublier, tout ce qui  pèse, tout ce qui encombre inutilement. Je veux m'ouvrir  à la seule éventualité possible : avancer, expérimenter ma vie et faire reculer le mot fin. Une belle utopie.
 La route défile, Kerléano, Toul-er-Hah, Mi-Voix, Kergroix, Gourvanzeur, Je prends  à droite,  longe les alignements de Kerlescan. La route est étroite, sinueuse. Il faut bien tenir sa droite. Dès les premiers  menhirs de Kermario, commune de Carnac, se découvre sur la gauche,  un  bel étang. Je  m'y arrête,  pour   parcourir et explorer ses rives.
 Sac au dos, je commence par la  rive Ouest. Les ondées alternent aux éclaircies.Je marche  à peine depuis  un quart d'heure que je suis déjà trempé. Je suis attiré par cette étendue d'eau. Au  bord de la rive, la macération des feuilles  mortes tombées  à  l'eau, leur donne une seconde vie. Mon regard est capté par leur couleur brune, jaune-orangé et cela suffit  à  m’arrêter. Je pose mon sac.Un  lieu idéal  pour travailler.
Mon  idée est de faire le tour complet de  l'étang et d'y créer quelques installations éphémères. Je progresserai dans le sens inverse des aiguilles d'une  montre pour rejoindre le Nord de la  pièce d'eau.
Je  monte un  premier cairn, sous la  pluie et je  pose  à ses  pieds,  une orange. Je pense aussitôt :  hommage  posthume  à Alain Jegou. C'est la répétition d'un geste réalisé en Ria d'Auray, peu de temps après sa  mort.
Je dois  maintenant  prendre  un certain rythme qui me permet d'enchaîner mes installations et leur donner une unité de temps et de  lieu. C'est un seul et  même geste, qualifié ici de  poème gestuel.
Près d'un genêt aux fleurs  à peine écloses et qui cherchent le printemps, j'installe  un nid dont le seul  œuf sera  une mandarine. Pourquoi ces fruits? Parce qu'elle me les a offerts en quittant la maison et qu'ils sont du voyage. Dans mes mains suivront un second cairn, pour Jacques Thomassaint, puis sur  un  muret, le chant des cupules, puis une halte assez  longue pour admirer un cormoran en  pleine  pêche. Fabuleux.
Je n'ai pas vu le temps passer comme d'habitude et lorsque je reprends  la marche, c'est déjà le moment  où la lumière cesse de  mordre le  jour  pour faire  place  à  l'ombre. S'installent devant mes yeux, le miroir de  l'entre-deux  mondes.
Les  oiseaux se sont tus. La pluie reprend, douce, fine, froide. Les pierres sont extrêmement lourdes. Il faut poser  juste, ne pas s'y reprendre  à deux fois. Ce cairn s'affirme, a du caractère et se rebelle face  à l'ordre établi. Nous sommes frères. Il fait face au cairn d'Alain Jégou et je pense tout naturellement : ce sera un hommage  à Claude Pélieu.
C'est comme ça, tu as des personnes, plus tu t'imagines qu'elles sont mortes,  plus leur présence s'intensifie.
Je pense  à Lu qui n'oublie pas.
Ici, nous sommes en Terre Sacrée, à  mi-chemin entre les menhirs de Kermario, soldats  pétrifiés ,porteurs de mystères et le tumulus de Kermadio avec sa kyrielle d'âmes en peine. Autant dire que le magnétisme est d'une forte intensité et la légende authentifiée. Que deviendra-t-il ce cairn ? Il sera, capteur magnétique, trait d'union de  l'entre-deux mondes, gnomon,  ombre portée  parmi les ombres,  poème de  pierres. S'entendra-t-il avec le grand cormoran des  lieux. Lui accordera-t-on un regard pour peu qu'en  plein hiver, un marcheur s'écartant du chemin balisé, vienne se  perdre  par ici?
Je lui ai donné vie. J'ai tracé son destin et celui-ci  m'échappe déjà. Inexorablement, il terminera  l'aventure dans les eaux  profondes de l'étang. Mais, n'est-ce pas  mieux ainsi que d'échapper à toutes mes suggestions acrobatiques pour retrouver la paix des eaux du lieu ?
Je ne sais pas, je ne sais  plus, mais il faut surtout, ne rien  posséder qui alourdirait ma progression. Le beau souvenir des heures laborieuses qui ne produisent qu'un déplacement de vent sur la  planète, doit me suffire. Et cette question  permanente qui trotte dans ma tête et me fait reprendre la route : suis-je arrivé au terme  ou dois-je encore avancer  un  peu. Petite musique suffisante pour me servir de réponse, au  moins  provisoirement.





Caillante d’espoirs
Et piètre devenir
En souffrance
Qu’est-ce qu’une vie
Sinon gagner du temps
Juste un soupçon de temps
Comme on souffle sur ses doigts
Pour les garder du froid
Quérir un peu de chaleur
Pour se préserver du pire
Et poursuivre vaille que vaille
L’ineffable combat

Alain Jegou
 "Une meurtrière dans l'éternité "
 

samedi 18 janvier 2014

Breizh : à Danièle Duteil
Le gisant de Saint Jean  :  pour Elena Nuez
Le gisant de St. Jean : vue d'ensemble
Le secret de St Jean :  Pour Pilar Lain
Pierre de  mémoire :  pour Uuna

Laisse de  mer :  pour Remeï

L'heure  profonde :  pour Moun  B.
Le guetteur de St Jean : Pour Sadaya
Spirale de ST Colomban : à Serge Mathurin Thébault
Terraqué : à Eugène Guillévic
Les suivants : pour Norma
Les  premiers : pour  Orfeenix
Confidences : à Marie-Claude
Après la tempête :  pour Marie-Josée Christien



Dès  lors que  l'on renonce  à tout comprendre tout
s'éclaire *

M.J.Christien




Hommage  à  l'Atlantique

Il fait froid. Le ciel est couvert, la mer est grise,  un  léger vent qui  n'arrange rien, va m'accompagner  aujourd'hui. C'est la première fois que je mets les  pieds sur cette  plage de Saint Colomban,  à Carnac. D'emblée, le lieu me plait.J'aimerai y tracer ma première spirale de  l'année 2014, car,  jusqu'à ce  jour, le mauvais temps  m'en a empêché.
Je descends sur la plage. Le sable est tassé,  mouillé, les dernières tempêtes l'on  damé comme  une dalle de ciment. Enfin,  presque.
Je tente le coup et je ne suis pas déçu car elle sera très difficile  à réaliser. J'insiste,  plante mon talon gauche dans le sable et commence le travail de traçage. Au bout de quelques tours, elle apparaît assez régulière  mais  peu profonde. L'effort est intense et il faut surtout éviter le claquage d'un  muscle - cela  m'est arrivé- surtout par ce temps froid. Les derniers tours sont tracés, centimètre par centimètre ce qui est très  pénible, mais le sol est si dur qu'il est impossible de faire autrement. Ayant choisi le haut de la plage, par  obligation car c'est le seul endroit possible pour travailler, je suis proche de la digue et j'ai de la visite. J'entends de tout, ça va du compliment  à  l'ironie,  parfois la  moquerie : "c'est les Maya, les Aztèques, les martiens ! J'ai l'entrainement et je prends cela avec  humour. En fait, ce que je crains le  plus, ce sont les gros chiens en  liberté.Ils peuvent ruiner  mon  travail en quelques secondes. Aujourd'hui,  il  m'aura fallu 1H30 pour arriver à terminer cette spirale. Je prends du recul et  monte sur la digue  pour  la découvrir , vue d'en haut. Une belle  impression,  une satisfaction du travail bien fait. Enfin,  premier  hommage  à  l'océan Atlantique.
A cette  heure  là, Carnac attend que la nuit tombe ce qui ne saurait tarder. Il  me reste environ deux heures de  lumière et ce sera fait. Je prends la direction de l'Est. J'emprunte le chemin de Ty Bihan qui  longe la côte. Les dernières tempêtes  l'ont abîmé. Je descend sur les rochers bordés  par un emer calme et choisis quelques  pierres  pour élever  le premier cairn d'une série.
j'écoute  l'imperceptible chant des  pierres bretonnes. Il est silence, me dites-vous ? Nul n'est besoin pour  moi,en ce domaine, d’acquiescement. Je l'entends, je le sais, je le sens et le tambour du  monde qui bat dans ma  poitrine, s'emballe. Mes  yeux se brouillent. Ils sont  là, devant moi, revenus, mes revenants, qui dansent sur la grève. 
Retenir une heure simplement en  mémoire, de ce  jour : celle ici  présente, maintenant...


Le rendez-vous de la baie

Un ami  me demanda  un  jour, pourquoi  je continuais la série des gisants de Sallenelles, si décriée, autrefois. Je  lui  répondis  : je ne me suis jamais  posé la question de savoir,si  je devais le faire, mais  pourquoi, je ne le ferai plus.
Ils se sont  imposés comme des  incontournables dans  mon travail.
Depuis  notre retour en Bretagne, je n'ai trouvé ni le lieu ni  l'inspiration pour reprendre cette tradition qui remonte  pour moi au début des années 2000. Très attiré par la beauté sauvage de la Baie de Saint Jean, sur la ria de Crac'h, j'y retourne régulièrement depuis que je l'ai découverte. En  pratiquant le land art sur sa rive gauche,  j'ai trouvé  une minuscule  plage de sable fin. Elle est située  à  l'emplacement d'un ancien chantier ostréicole, en ruine et domine la rivière. Ce  lieu  me  plait, car  il est calme,  ouvert et lumineux .Depuis  plusieurs semaines je me dis qu'il  pourrait convenir  à installer  un gisant. Ce matin  là, malgré la brume, je pars vers la ria et j'arrive sur la petite  plage. La mer a commencé à monter , mais il y a peu d'oiseaux  posés sur la vase et au bord des filières, quelques cris  par ci  par là mais c'est tout.
 Je pense que c'est le bon  jour  pour entamer  une série  bretonne. Je trace sur le sol  la silhouette du gisant et ,  à  l'aide d'une pelle, j'accumule le sable nécessaire à la sculpture du corps.
La forme évoque très rapidement  un corps allongé et la proximité fait que  j'ai  l'impression de lui prodiguer les derniers soins. Le rituel  m'emporte  loin, très  loin. Je ne cherche  pas  à combattre mes idées et je les laisse  venir.  Impossible de ne pas revoir tous ces morts accompagnés, les  miens, disparus.C'est troublant.Je parle, je lui  parle, je  m'adresse  à eux,  le rite passe par là.
 C'est probablement  une façon de conjurer ma peur, de partager aussi ce  magnétisme émanent de ce gisant. Véritable  piège pour qui se laisserait prendre trop  longtemps au  jeu.  En  même temps, une relation  puissante m'unit avec d'autres rites vu en d'autres lieux, entretenus dans d'autres cultures sur la planète.Je suis comme dans  une bulle  isolé de tout provisoirement mais  profondément humain dans ces gestes.
Il me faut terminer le travail d'ornement.
L'ancien chantier  ostréicole abonde en tuiles rouges, servant au naissain d'huîtres. Abandonnées par centaines, elles sont  là, inutiles, véritables objets de la  mémoire ouvrière que la crise a rendus inutiles après en avoir chassé les hommes. Ces  tuiles s'imposent  à  moi,sans calcul mais avant, je réalise comme  une sorte de couronne de  pommes de  pin cueillies sur  un arbre abattu par la tempête. J'entoure le gisant d'un ruban de tuiles rouges orangé. L'effet est saisissant. Il m'échappe. Je ne peux  plus  y toucher et je ne le toucherai plus. Il appartient au paysage.
Pendant  mon travail, l'océan a fini de remplir la ria et  j'entends derrière moi, le chant de  l'eau me rappeler sa  présence. Elle est  à deux  mètres de mes pieds. Avant qu'elle ne recouvre entièrement le goémon,j'en récupère quelques  pognées. Il me sert à entourer le corps d'un dernier geste et ainsi,  lier le gisant  à la mer.

Ce sera  mon  premier réalisé en Bretagne et il portera le nom de Gisant de Saint Jean. Avant de quitter la rive, je réalise un petit mandala en  hommage  ultime. Je m’assois  près de  lui .Le temps s'étire. Je ne fais rien de  plus et me laisse vivre. La sérénité de  l'instant est la récompense de tous mes efforts
Le froid, la brume,  l'humidité,  l'auront accueilli et  pris en charge dans cette Ria. Il fait maintenant partie de  l'esprit des  lieux quoi qu'il arrive.


Roger Dautais



Je ne sais du voyage
que les haltes
où la mémoire fait escale

un segment d'horizon
dévoile
l'âpreté de l'attente

il  n'est plus temps
de croire
tout ce qui s'offre
 à  l'enclos de  l’œil.

Marie-Josée Christien
Temps morts

Editions Sauvages
Collection Askell 2014

Saluons  la parution en ce début d'année, des deux derniers  livres de Marie-Josée Christien

* Petites notes d'amertume
et Temps morts
dont est extrait le  poème présenté ici cette semaine

Ces deux  livres sont édités par Les Editions Sauvages
dans la collection La Pensée Sauvage  pour le premier
et la Collection Askell  pour le second livre

lundi 6 janvier 2014

Dialogue avec la vague : Pour Seijastrïna
Parole donnée au Dolmen du Mené Lud : Pour Pierre Boyer
Le Grand Passage : to Ana Mendieta
Longue conversation au téléphone : Pour Bhaggya Shree
L'instant : Pour camino roque


Le temple des vents de Kerpenhir : Pour Patrick Lucas
Amnésies  blanches :  Pour Isabelle Jacoby

Signes de générations: Pour Carla Fernanda
Le solitaire de Brec'h :  Pour Fifi
Les autruches de Pierrepont :  Pour Margarithes
:

Talisman : à Marie-Claude
Mémoires suspendues : Pour Marthy
La porte de l'an neuf à Kerpenir : Pour Guy Allix


Carnets de la veille et du jour  pour demain.


Me voici  parti en voyage, privé de sorties,  presque prisonnier du temps qui nous  mène la vie dure depuis des semaines en Bretagne. Pluies, violentes, vents, tempêtes,  inondations. Je regarde la  pluie tomber par la fenêtre et je rêve  à cette semaine passée avec Marie-Claude sur les routes de Bretagne, il  y a déjà quelques années, de Paimpol  à la Presqu'île de Crozon en passant par les chaos du Gouet, au Huelgoat et les montagnes noires.
Nous l'avions entièrement consacré au voyage et au land art et il faisait beau. C'était un  matin, entre Morgat et Postolennec, je m'étais senti attiré par une petite  plage. Un pareil silence, je ne l'aurais trouvé ailleurs que  là, tant la mer sans doute inspirée, m'accompagnait de sa mélodie secrète. L'ordinaire de ma  journée de remueur de pierre et d'éleveur de cairns s'en était trouvé  bouleversé. L’instant, j'avais trouvé  l'instant  unique dans  le  lieu unique.
 Être habité,  me disais-je  plutôt qu'habiter en propriétaire. Propriétaire, mais de quoi donc ? D'une œuvre ? La belle affaire !
La  pluie ça sert au ça aussi, à rêver mais je ne  me suis pas malgré tout  totalement  privé d'aller marcher sous la  pluie,  pour le  plaisir de la sentir sur  mon visage et de rentrer  bien trempé, autrement,  il  m'aurait manqué quelque chose.
Pour le land art,c'était  plus dur mais j'ai fait deux  belles sorties, entre les gouttes, et puis je me suis soigné aussi, il le fallait bien. J'ai donc  une fois de  plus, mélangé mes propres souvenirs des temps passés, avec ceux  plus récents  pour vous présenter quelques  photos de mes créations.

En attendant la Saint Sylvestre.

Nous sommes au cœur de la tempête,et la nuit n'a pas été de tout repos  pour tout le  monde. Le vent a soufflé très fort et des arbres se sont couchés  un peu partout en campagne, sur les routes, ce qui rend la circulation dangereuse. Le vent a  un peu molli lorsque je prends la direction de la mer, vers Locmariaquer. Juste  pour voir. Je passe devant le dolmen du Mané-Lud , j'irai le saluer en revenant. J'arrive sur le front de  mer, à droite, l'allée couverte des Pierres Plates, remarquable Dolmen,  à gauche La  pointe de Kerpenhir qui délimite avec Port Navalo, sur  l'autre rive, l'entrée du Golfe. La mer est agitée. Elle sera  au plein dans  une heure. Avec  un peu de chance, avant la renverse, le temps  pourrait s'améliorer. L'Océan Atlantique est gris, et ses vagues frappent la grande  plage. Difficile d'approcher. Quelques personnes regardent le spectacle  non  loin de de Notre Dame de Kerdro,  une statue taillée dans le  garnit. Elle est  de belle taille et tous les marins ayant navigué dans la région, la reconnaissent de  loin. C'est la gardienne des  lieux. 
Réfugié sous les pins, je monte  un premier cairn puis  un second que je dois alimenter en descendant chercher quelques  pierres roulées  par les vagues. Dernier bain de  pieds de  l'année ! Ici, c'est gratuit. 
Comme je l'avais  imaginé, le vent tombe et je me dirige sur  un autre  petite  plage qui se situe un peu au nord à 200m de la  pointe de Kerpenhir. Cette fois, je tente de  porter  plus gros. C'est vrai qu'avec les 2 premières  pierres j'ai  mon compte. Je ne le referai pas deux fois dans la journée, mais  l'effort vaut le coup Ce cairn,  je vais  le laisser s'expliquer avec la marée  montante,. Il  a fière allure face  à  la grosse bouée rouge  qui indique le passage aux  marins entrant et sortant du Golfe. 
Je continue mon chemin vers le Nord . Je tombe sur  une colonie d'oies  Bernaches, venue comme tous les ans de Sibérie pour se refaire  une santé ici .Elles passeront  l'hiver, ici.  
Je fais en sorte de ne pas les effrayer car elles sont  à  moins de dix  mètres de  moi. Quel beau spectacle.
Je me détourne de  mon chemin et découvre  un  immense  menhir qui,  jusqu'ici  m'avait échappé. Je m'approche, le prend dans mes bras et reste  ici, collé  à  lui quelques instants, comme je le fais sur chaque  menhir, un ressourcement. Entre  lui et la  mer, un très gros tas de bois dont je vais faire une sorte de pagode, de temple  pour les vents d'ici et pour que la communication  soit complète,  un cairn au pied du  menhir. L'instant vaut d'être vécu. Rien d'étrange dans tout cela  puisque ces idées me viennent et s'enchainent naturellement, alimentées par la beauté du lieu de de la  joie de vivre ici, ainsi exprimée.
De mon  travail, je sais qu'il ne restera rien,  ou si peu qu'il serait vain de rêver à une quelconque  postérité artistique.L'important, aura été dans ces instants de partage  intime avec la Nature, notre Terre Mère, car à chaque fois, je repars  plus riche de  l'expérience c vécue, et plus dénudé devant l' avenir. Et tout sera  possible  à nouveau  à chaque fois que je vivrai ces émotions.

L'An Neuf

Les fêtes sont passées. Le temps ne s'est guère amélioré et dans certaines villes et villages de Bretagne, les inondations font la loi et le malheur des gens. Depuis ma fenêtre, j'observe la rangée de chênes qui m'indique la force du vent. Le samedi 4 janvier, je pars, sous une pluie acceptable en direction des terres, vers Brec'h. Je sais qu'au-dessus du Loc'h, passe  un  superbe pont Romain .Je tiens à prendre de ses nouvelles. J'entre dans le petit bois dont  le chemin en pente donne accès au site. Il  y a de la casse, beaucoup de casse et de  grosses  branches sur le sol. J'entends  l'eau avant de la voir. Au fur et a mesure que  j’approche du Loc'h, habituellement,  une rivière tranquille, je sens le sol trembler et l'eau gronder en s’engouffrant sous les arches du pont. Le Loc'h s'est étalée, couvrant tous les champs  alentour et produisant  un courant d'une incroyable force. Y tomber serait connaître la mort. Ce sont mes territoires de land art qui à  leur tour  ont changé d'aspect,  plus  près du lac que de la terre ! 
Je me verrai bien  ici, en faisant attention,  élever mon  premier cairn de  l'année  et honorer ce  pont qui se bat contre  l'adversité . Je m'y  mets, trouve les premières pierres et comme  il  m'en faut d’autres, je m'approche du bords et glisse dans l'eau jaunâtre. Premier bain de  pied de  l'année, et gratuit, comme  à Kerpenhir ! Le cairn est de taille  moyenne  mais  il s'inscrit asse bien dans ce paysage  inondé. Il  marque  mon entrée dans cette année dont j'ignore ce qu'elle me réserve.
Difficile de faire plus  pour aujourd'hui. J'emprunte le pont Romain et passe sur l'autre rive. Fort heureusement,  une sorte de construction élevée en amont, mi-barrage,  mi-déversoir, le protège car avec la force du courant il se serait encore plus dégradé.
La semaine qui s'annonce paraît bien perturbée au niveau de la météo et j'attendrai de meilleurs jours  pour reprendre ma  pratique  plus régulièrement.


Roger Dautais



 à Marie-Claude

Talisman

Entoure ton  âme
d'un long ruban de brume
et attend le passage
des  oies sauvages
dans le ciel d'hiver
assise.

Roger Dautais
chagrins déboisés
                         une épidémie d’épingles
cloches émoussées
orages lents
écumes et leurs geôliers
craies, cratères
sur l’étagère
dans les tiroirs
frontières embaumées
émigrés qui bivouaquent
                         isolement
étiolement
          —puis le tout renversé
émigrés soudain devenant chagrin
frontières déboisées
cloches plus lentes
craies disparues
              cratères isolés se remplissant
d’épingles
              orages émoussés bivouaquant
              écumes et leurs geôliers embaumés
puis l’épidémie se répandant
puis le monde
étiolé
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chagrins déboisés
                         une épidémie d’épingles
cloches émoussées
orages lents
écumes et leurs geôliers
craies, cratères
sur l’étagère
dans les tiroirs
frontières embaumées
émigrés qui bivouaquent
                         isolement
étiolement
          —puis le tout renversé
émigrés soudain devenant chagrin
frontières déboisées
cloches plus lentes
craies disparues
              cratères isolés se remplissant
d’épingles
              orages émoussés bivouaquant
              écumes et leurs geôliers embaumés
puis l’épidémie se répandant
puis le monde
étiolé
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chagrins déboisés
                         une épidémie d’épingles
cloches émoussées
orages lents
écumes et leurs geôliers
craies, cratères
sur l’étagère
dans les tiroirs
frontières embaumées
émigrés qui bivouaquent
                         isolement
étiolement
          —puis le tout renversé
émigrés soudain devenant chagrin
frontières déboisées
cloches plus lentes
craies disparues
              cratères isolés se remplissant
d’épingles
              orages émoussés bivouaquant
              écumes et leurs geôliers embaumés
puis l’épidémie se répandant
puis le monde
étiolé
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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.