La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

jeudi 19 septembre 2013

Grande spirale de Piriac sur mer : pour Jean-Pierre et Mireille

Le chantier : pour Serge Thébault


Guetteur de marée : à Guy Allix

La porte de Piriac sur mer : pour Camino roque

Jardin de mer : pour Linda Lourenco

Traces : pour Leeloo

Offrande  à l'Océan Atlantique : à Marie-Josée Christien

L'éveil absolu  : Pour Uuna


Naissance d'une spirale :  à Marie-Claude

Bel aplomb : To Erin

Le triangle  : to Sasa Saastamoinen

Fleur de mémoire : à Réjane

  

l'anonyme de Lerat :  à Patrick Lucas







à  mon  Père


Je reviens du "Pays Blanc", les yeux émerveillés de ce ballet silencieux des aigrettes blanches dans les vasières des marais salants des Terres Brûlées. Depuis deux jours, je me déplace sur la côte entre Batz sur Mer et la pointe du Castelli  à Piriac sur mer. Un détour s'impose par les marais  où je peux rien faire de mieux que d'admirer cette vie animales qui s'éveille au soleil levant.
 Guérande,Trescalan, La Turballe, Lauvergnat...Dans les dernières années de sa vie, nous avions amené notre père sur les lieux de son  enfance et il nous racontait. Je l'entends encore et ce matin, je marche dans ses pas. Il  m'accompagne, comme si souvent.
Après ce détour par les salines, je décide de parcourir  à nouveau  les plages de Piriac. La Bretagne  m'ouvre les bras, comment ne pas tomber sous le charme de cette plage désertée par les touristes de l'été. Il fait frais, la mer est calme. Un chalutier pêche  à la palangre à 200 mètres de la côte et je vois très bien  les deux marins  au travail. Je pourrais presque leur parler.
Machinalement, mon pied explore le sol. Ce qui n'était pas prévu va naître ici car les conditions sont idéales  pour tracer une spirale.Changement de programme.
Le sables est souple, granuleux et suffisamment humide pour que le sillon se tienne.Je suis dans le haut de la plage et, compte tenu du faible coefficient de marée et des traces de la laisse de mer, cette spirale ne terminera  pas dans l'eau. J'aurais  préféré, mais depuis que j'ai quitté la Normandie, les occasions sont rares de trouver  une plage correspondant  à ce que je cherche  pour ces grandes spirales. C'est simple,  ma dernière doit remonter au  mois de Mai, du côté de Plouharnel.
Avant de me mettre  à  l'ouvrage, je me pose toujours la même question : serais-je encore capable de la mener  jusqu'au bout ? 
Je plante  mon talon gauche dans le sol,  prends appui sur ma jambe droite et commence  le déroulé du sillon en reculant par petit pas de 30 cm environ. Les premiers tours doivent être faits assez rapidement  pour que le rythme de la marche donne de la puissance au mouvement et de la régularité au sillon. La tête me tourne.
N'ayant pas décidé de faire une spirale, je me suis chaussé de sandales et la sensation est complètement différente. Je travaille vraiment avec mes pieds et ce contact du sable encore tout emprunt de la fraîcheur de la nuit est très agréable.Mais il est composé d'un  mélange  de petits cailloux  qui me rentrent dans les sandales et ceci ralentit ma marche car je dois me déchausser régulièrement pour les nettoyer et  pouvoir continuer. Au dixième tour, je jette un œil sur le travail effectué. Aucun  problème de régularité, ni  pour la profondeur ni  pour le parallélisme du sillon. Il me reste 14 tours et  ça va être dur.J'ai déjà  mal aux jambes, aux reins  à cause de  cette position, corps  penché sur l'avant pour concentrer mon effort physique. Je sens quelques personnes s'approcher de la spirale sans vraiment les voir. Je dois tenir. 
Vers le 17 ou 18 ème tour, j'entends  une voix de femme :
- vous voulez que je vous prenne en  photo?  
Elle me surprend.
- C'est beau. Vous voulez bien ? 
 Je lui répond que oui et je continue.
- Dites, vous avez  un appareil  photo? 
- Oui 
-Donnez le moi et je vous prend avec.
 La proposition est rare et je profite de cette proposition sympathique. Je lui  prête  mon appareil et elle prend 3 photos, à son goût. Je la remercie. Nous échangeons quelques mots et je continue.
J'ai perdu le rythme, je me suis déconcentré et je vais avoir un  mal terrible  à terminer cette spirale. Je perds  l'équilibre, je m'enfonce trop dans le sable, je zigzague, je me reprends, bref, c'est la catastrophe. Tout ça  pour trois photos. Je arrête et je fais quelques exercices de respiration profonde et je me concentre  à nouveau. Je reprends le travail. Il se fait plus régulier, mais la douleur dans les jambes est très grande et je dois faire des arrêts fréquents. Les deux derniers tours me semblent interminables mais je termine une spirale presque parfaite que le soleil enluminera à  plusieurs passages entres les nuages.
Je pense  à  mon père qui se baignait âgé de 5  ou 6 ans sur ces plages dans les années 20. Cela fait presque cent ans. J'aurai aimé lui  montrer ce travail avant qu'il ne nous quitte.

Roger Dautais

 N.B Les photos de 1 à 9 et la dernière sont des installations réalisées à Piriac sur Mer




Nous ne sommes que
des passants
rien d'autre
mais  nul ne connait la rive

***


A l'écart du rivage
l'air vibre
sur les landes
imprégnées de la pâleur du sel


Le souffle et  la lumière
se prolongent
en frémissements


L'oeil scrute

ouvert aux étendues
qu'il retenait en  lui



Il voit


Marie-Josée Christien*

Temps composés
Cahiers Blanc Silex

* http://anthosuballix.canalblog.com/pages/marie-josee-christien/27590451.html

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.