La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mardi 31 décembre 2019

" Le voyage de la sphère" pour Ariane Callot


Hâte-toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie.
Sénèque
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À Marie-Claude.
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Une vie...quelle vie ?
Bien des souffrances pour peu de répit. Après, quand ça déborde, ils s’étonnent que tu déballes, mais ils lisent. Pour bien faire, il faudrait tout ravaler, tout tirer au cordeau, aligner et mettre le reste de la poussière sous le tapis.
Je prenais mon temps, que ce soit, rue Gît-le-Coeur, ou sur la Cabo san Vicente, du pavé au grand large, pour ne pas être pris par lui. J’avais le temps de la regarder, pas toujours belle, cette vie donnée.
Apprivoiser l’éternité, passait par cet exercice d’introspection naturelle qui cassait le rythme de l’ordinaire proposé. Les confidences sur ma passion n’étaient pas le plus important à retenir. Ce qui l’était , c’était de l’avoir vécue, cette passion. D’avoir pris le temps de jouer, de donner du jeu à la vie, de faire vaciller la bien-pensance, avant de tirer le rideau.
Le land art se serait appelé autrement, que rien aurait été changé pour moi. La définition étant plus pour les spécialistes de l’étiquetage, entomologistes de l’art d’épingler , que pour ma propre personne.
Vibrer dans la précarité, rester digne au travail, trouver son propre chemin, s’approcher des vérités de tout être vivant dans la nature, pour mieux la comprendre. Survivre était aussi dans la panoplie, qui est une condition humaine, inconnue de bien des gens. Tout ça me donnait une attitude atypique, un art de vivre peu adopté dans un monde affairé et bruissant.
L’ensilement de soi, sous la contrainte et la maltraitance de mon enfance, l’inhumanité, jusqu’à la faim, la pauvreté aussi, nourrissait ce besoin de beau, manquant.
Enfouir l’essentiel, toutes les modes nous proposant le contraire, préparait le surgissement de l’esprit libre, de ce chaos. Part incompréhensible, détail vital de la résistance à l’ordre injuste, aux éléments de langage qui asservissent. Ouvrir les yeux sur le scandale des injustices organisées, la faim, les noyés de Lampedusa…Cela se paye toujours cash.
Fait de peu, et, confirmé par une nature frêle, marquée par une guerre,je m’étais trouvé une seconde famille parmi ceux de ma race, les invisibles.
Les éclats de pierre, le bois mort, les effilochures de nuages, le crachin glacé, la vie infime du ver de terre, la ronce rouillée, la crosse de fougère, la cupule de chêne, le cornouiller de mon grand-père, tous pris dans l’entropie naturelle du monde et refermant le cercle, jusqu’à l’humus, constituaient aussi le monde où je vivais. Toutes ces vies inutiles, dont j’étais fait, donnaient une légitimité à ma vie.
Il avait fallu passer par les « Sin Paradise morphiniques et acides» lire Ginsberg trop tard, emboîter le pas de Kérouac, croiser Gwernig pour toucher à l’autre paradis de la poésie.
La forêt de mousses et de lierre, les restes d’animaux morts, la trace du renard en chasse,dans les maïs, découvrir le cadavre sanguinolent du faisant en plein champ, de la truite dévorée sur le bord du ruisseau, du hérisson écrasé dans une fondrière, rappelait la loi de la nature, pas simplement belle.
Une fenêtre sur le monde que trop n’ouvraient jamais, s’arrêtant à photographier un coucher de soleil sur la mer..
J’allais, vacillant. Vaillant aussi, mais quelque chose d’infiniment douloureux hurlait en moi. Chien enragé, j’avais connu les chaînes mais aussi l’évasion.
Que cherchiez-vous donc à pêcheurs dans la vase de mes jours, procureurs aux effets de manches ?
Les distinctions, les prix, les honneurs, les médailles. Je n’avais pas de place sur mon manteau.
J’avais perçu, très jeune,le silence de l’au-delà d’Alpha de Céphée, senti mon sang bouillir, cailler et mon coeur, faillir.
Inquiétez-vous de ne pas comprendre le land art, mais continuez votre chemin, il est trop tard.
Rien n’est à sauver. Rien ne restera. Votre regard m’a suffit, merci...pour vous aimer.
Retournez dans votre peau et moi, dans la mienne.
Le monde continuera sans nous, une fois que nous serons passés
Roger Dautais

Photo : création land art de Roger Dautais
" Le voyage de la sphère" pour Ariane Callot
Région de Caen - Normandie.
Ceci est mon dernier texte pour l'année 2019.
Je vous remercie de faire vivre LE CHEMIN DES  GRANDS JARDINS par vos nombreux passages , enrichis de commentaires amicauxqui  m'ont soutenu dans une année tyrès difficile  pour  moi.
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Je vous présente tous mes meilleurs voeux pour cette année 2020, qui approche. Je vous embrasse fraternellement.

dimanche 22 décembre 2019

C’est pas des morts qu’il faut avoir peur, c’est des vivants
La rafle Joseph Weismann.
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À Marie-Claude
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42...Il me manque un chiffre, et le compte sera bon.
J’aime la monotonie des heures sombres et pluvieuses de ce monde oublié, tintinabulé. Pour le plaisir d’inventer l’échappée-belle.Un mystère qui remonte à l’enfance., capable de faire le lien entre ce passé lointain et ce jour advenu, sans lui demander. Cela passe souvent par des états intermédiaires, dont mon inconscient détient le secret, où mon enfance émerge du chaos. Étonnantes fulgurances incompréhensibles, déstabilisantes, qui côtoient mes abîmes.
La lumière tremblante qui hésite, change le contours ds silhouettes, des vies et qui est faite pour troubler les eaux calmes, pour éclairer les choses, sous un autre angle.
J’ai côtoyé la nuit, la mienne, sourde profonde, froide anéantie, riche, dérangeante, lutine, étrangère, serpentine, en rupture, cousue à même ma peau, décousue, en lambeaux, offerte, bouleversée.
Je poussais mon premier cri, dans une rue en pente. Elle se nommait , rue Toulifault. La chambre était petite. L’étoile d’or se portait au cœur. Qu’en ai-je compris , au fond, que je tente de prolonger en land art, si ce n’est que le mystère la constitue, me fonde autant que ma lucidité.
J’ai cette image d’enfance. 5 ans, hiver 47, dans la neige tombée en abondance sur le grand jardin devant la maison, en Bretagne. Sous la voûte étoilée, je marche à côté de mon père, lui donnant la main. Il m’apprenait les étoiles. C’était fort, malgré le froid. Un véritable amour, mais si peu souvent donné, dans le chaos de ma vie. J’ai aimé mon père, ce personnage énigmatique, dans ces moments là, toujours rares.. Je ne l’ai vraiment retrouvé que très tard, bien qu’ayant vécu et travaillé longtemps à ses côtés. Je l’ai accompagné jusqu’au bout de sa vie, dans la tourmente de son esprit souffrant. Rien ne sortit de sa bouche pour expliquer cette longue violence envers moi, qui me détruisit. Je lui avais pardonné avant son grand départ.
J’ai toujours aimé dire, papa, maman. Je reste un très vieil orphelin, sur la route aveugle.
Je choisis les paysages pour installer mes créations. À moins que ce ne soit le contraire.L’eau y est très présente. La nature est une identité forte qui décide et m’emporte, là où il faut, au moment voulu, ignoré de moi. Le tout est d’accepter cette magie de l’instant, sans résister. Être le plus fort, le plus riche, le plus dominant, n‘est pas une nécessité pour moi, voyez. Mon corps vit la décroissance, naturellement, l’entropie s’en charge. Il faut laisser faire cette mécanique, accepter que le cœur se ride, mais qu’il reste bouillant jusqu’au bout. Céder sa place , au moment venu. Tacher de mourir vivant.
C’était un lundi, ou peut-être un autre jour, de mes nombreux jours vécus, dans ma vie, sur la côte de Nacre. La mer m’avait offert une belle journée. Je lui avait offert une spirale. Je la quittais en franchissant la dune d’oyats qui séparait la plage des marais. Un pont de pierres, reliant les deux espaces marins et se reflétait dans une minuscule rivière littorale. J’avais dans mon sac à dos, quelques étoiles de David de ma fabrication et de la ficelle. L’idée, m’était offerte, pour un dernier land art.
Il me fallait évoquer le chiffre 42, puis les mots : rafle du Vel d’Hiv. enfance, évasion, Justes, rencontre, fraternité, témoignage. Tout ce que mon ami , mon frère Raymond, avait été pour moi.
J’ai pris un morceau de ficelle dans mon sac à dos, et suspendu l’étoile de David, sous le pont de pierres, pour qu’elle se détache dans la lumière de l’arche.
C’est compliqué une vie. Le land art, aussi, incompréhensible pour beaucoup.
En fait, « sans amour, on est rien du tout ».
C’est Edith Piaf qui chantait ça.
Roger Dautais ;
Notes d’ouverture pour La Route 78
Photo : création de Roger Dautais.
« L’Étoile de David » à Raymond Anisten
Normandie -Côte de Nacre
à Raymond, fraternellement

jeudi 19 décembre 2019

Le rêve est un rébus
Jacques Lacan.
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à Marie-Claude, femme aimée.
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La part des Anges
L’été offre sa déchirure à ma pensée, errant dans un monde d’indifférence. Se lancer dans le tracer d’une nouvelle spirale, reste, après de nombreuses années de pratique land art, un exercice surprenant et assez rare, pour le considérer comme une exploration des possibles.
. Le voyage dure entre une heure et quart et une heure trente, suivant la qualité du sable. La mécanique du corps doit marcher parfaitement, se coordonner avec la respiration qui donnera le tempo de l’avancée. Il n’y a pas tellement de place au rêve, car le tracer se fait au pied et sans repères autres que ceux gravés dans mon cœur. Il m’est arrivé de travailler pour des télévisions, avec un cadreur, un preneur de son, parfois beaucoup plus de monde dans l’équipe technique.. Il faut s’extraire très vite de cet environnement qui devient gênant si on le considère comme l’élément majeur de la création.
Il s’agit bien d’un voyage intérieur, qui part du cœur, chauffe le sang à blanc, harcèle les tendons, brise le dos et les muscles. La seule contrainte acceptée, est, que la spirale doit faire 24 tours autour du centre. Cela représente les 24 heures d’un jour.
Qu’elle soit fait, à l’étranger, comme en Égypte, au Maroc ou en Tunisie, puisque j’ai pratiqué le land art à l’étranger, ne change pas la règle . Je peux ajouter que dans ces pays, une telle création en public amène beaucoup de monde rapidement sur la plage et suscite grand nombre de questions. En France, c’est plus modéré. Ne choisissant pas l’emplacement de la spirale, plutôt guidé par l’émotion ressentie dans le paysage, elle peut n’être vue que de moi-même et engloutie, quelques minutes après son achèvement, à marée montante. C’est spectacle bouleversant.
Pour des raisons de force physique , le dos doit être légèrement voûte, la tête orientée vers le sable, le regard fixé sur le pied gauche qui fait office de soc,pendant que le pied droit fait office de moteur dans le déplacement du corps qui recule et tourne et fouille le sable, à la fois. C’est l’œil qui estime le travail de tracer.
Le sillon est-il bien parallèle au tour précédent, sa crête, régulière, sa profondeur maîtrisée. C’est en bonne entente avec moi-même que je déroule ce fil imaginaire, simplement conscient qu’il naît par le mouvement régulier de mon corps et peut m’échapper à tout instant.
Je ne sais dire, pendant ce voyage, où se trouvent les points cardinaux, la terre, la mer. C’est une abstraction totale du lieu géographique, de l’heure, et donc du temps consacré, devenu sacré par le travail qui épouse le paysage marin.
Le corps et l’esprit s’approchent de la transe, nourrie par mon propre inconscient, à l’œuvre. Le crissement du sable devient l’incarnation de ma petite musique intérieure, et le souffle, la perception d’une âme dont je ne saurais dire à qui elle appartient.
Serait-ce la part des anges ?
Sil reste une notion perceptible de grandeur géographique, dans ces spirales éphémères ce qui m’échappe dans cette aventure, est probablement le plus grand .
Il faut accepter, d’être habité, éclairé de l’intérieur, relié à l’univers et vivre cette profonde transformation du palpable, du ressenti, amenant à vivre un état second, générant son propre langage. De spirale en spirale, le chemin initiatique est le même , parcouru, m’élevant dans la connaissance, niveau par niveau.
J’ai, dans ma vie de land artiste, créé plus de mille spirales et dépassé ce chiffre,depuis longtemps.
Seul, mon état de santé cardiaque, et l’opération à cœur ouvert, faite dans l’urgence, a mis fin, depuis 9 mois, à cette très longue et belle série. Je garde espoir d’un refaire au moins une, un jour, en Bretagne, ou je vis maintenant , avec ma femme..
Roger Dautais
Dernières notes prises sur La Route 77 *
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" Spirale éphémère " ( périmètre 45 mètres )
pour Raymond Anisten, mon ami, mon frère.
Normandie - Cote de Nacre.

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Ainsi se termine la Route 77. Demain,  à midi,  je ferai  un premier  pas dans cette nouvelle année. Mais avant tout, laissez moi vous remercier chaleureusement  pour le soutien et l'amitié dont vous avez fait  preuve  à mon égard durant cette longue  pose.
 Grâce  à vous , LE CHEMIN DES  GRANDS JARDINS  à continué de fonctionner seul. Il a atteint et dépassé les 500000, visites,  puisqu' aujourd'hui,  il a atteint 520365 visites en dix ans et quelques  mois. Un beau succès d'estime,  à qui  on ne donnait pas six  mois d'existence à sa création !
Si je  m'écoutais, je fermerai définitivement ce blog, ce soir, parce que  je suis épuisé. Mais je garde encore  l'espoir de retrouver un peu de  forces  pour pratiquer le  land art  à nouveau.
En 7 ans, nous avons vécu, Marie-Claude et moi, un grave accident de la route en Angleterre, avec un rapatriement sanitaire en avion suivi de  longs soins en France.
. L'année suivante, j'ai fait  mon premier  infarctus. Deux ans après, j'ai fait  une paralysie, suivie d'une grosse  opération de la colonne vertébrale, dont je ne suis pas encore remis, heureux  malgré tout d'avoir  pu quitter mon fauteuil roulant.
 Il  y a 9 mois, j'ai fait deux crises cardiaques en 24  heures, été évacué par le SAMU vers  un  premier hôpital puis  subit  une  importante  opération à cœur  ouvert,dans  un second hôpital. J'ai beaucoup mal à m'en remettre. Durant cette période de sept ans,  j'ai été  hospitalisé 8 fois et le nombre de  mois d'hospitalisation et de rééducation, et de convalescence, se  comptent en années.Certes,  j'ai brûlé ma vie  dans le  land art et  je le paye  probablement un peu, en fin de  parcours, mais je ne le regrette pas.
 Je consacre une très grande  partie de  mon énergie  à me remettre debout  pour vivre encore quelques années et retrouver ma passion.. C'est pourquoi, je serai moins  présent,ici.
 Je garde tous vos commentaires, comme  un trésor d'amitié, d'échanges et d'humainité qui se sont accumulé tout  au long des ces années, et nous  lie fortement et contine  à  m'aider, aussi. Ma  propre  histoire aurait  pu se terminer, au  printemps dernier. Je dois ma vie  à une équipe de chirurgiens experts, entourés de  leur équipe du bloc Imaginez ce que je leur doit comme reconnaissance !
Il me reste  à vivre,jusqu'au bout,passionnément et  à partager cette passion  un jour, si  possible
 Je vous souhaite de  passer de très belles fêtes de fin d'année. Je vous embrasse tous, fraternellement.
Roger Dautais

*Publié sur ma  page  FACEBOOK-ROGER  DAUTAIS

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.