La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

jeudi 19 février 2015

L'adieu au soleil  : pour Mémoire de silence
Le guetteur du  pont Romain  : pour Odile B.
Équilibre:    Pour Rick Forrestal
Vision druidique  :  pour Tilia
La cabane du pêcheur :  Pour Lara Ferri
Petit mandala d'hiver :  Pour Chantal Miscoria
Boîte  à mémoires : pour Yannick Bonaventure
Le cadet  :  Pour Lara Ferri
Cairn aux bernaches :    Pour François Esperet*
Gwenn :  Pour Marie-Josée Christien
Les vivantes : pour Ana Minguez Corella
Attachement  :  Pour Jefferson B.Cezimbra
Le souvenir de toi :  pour Remei
Les âmes perdues de Lampedusa:  Pour Erin
La parole donnée : Pour France


à celle que  j'aime...



 Dolmen du Mané Brizil
Partager  mon temps, mais avec qui d'autre dans cette immensité, sinon avec ses habitants? Je parle des Bernaches, avant qu'elles ne repartent en Sibérie, des courlis, des  pluviers, des  mouettes, des cormorans et même des corbeaux perdus sur  l'estran. Des hommes? il  n'y en a pas aujourd'hui, chassés par le  froid,  ou bien trop  loin pour leur parler, embarqués sur de petits chalutiers en route vers  l'horizon.
Je suis seul, oui. Ce n'est pas que je perde en humanité, mais  l'heure est venue d'approcher de  l'autre âge, . C'est un constat, je deviens  plus vieux, jour après jour,  moins facile  à côtoyer. L'insignifiance me guette et, bientôt, la transparence. L'effacement n'est plus  une figure de style à pratiquer lorsque le corps se dérobe, c'est  une réalité. Je connais mes semblables, les courbés, les fatigués, les encombrants. Ils deviennent, petit  à petit, des invisibles, de ceux qui ne rentrent  plus dans les comptes. Il se fait que je le sais et que je les rejoins.
Les  perdues de Lampedusa
La rugosité des  pierres qui  m'arrache les mains, n’empêche rien à  l'ouvrage. Tassés, les uns contre les autres, ils croient  en la chaleur humaine, la leur et qui ne servira  à rien  pour les sauver.En répétant cette figure de petits personnages de  pierres depuis tant d'années, je veux rappeler les drames de  l'exil. Victimes des passeurs et de  l'indifférence Le monde a décidé, ils périront. Rien ne va, ici. Il semble que la mer se soit foutue dans  l'idée de désaltérer la terre et ses côtes découpées avant de s'occuper des hommes.Avec ses eaux salées, elle te  lui colle  une pépie dont elle ne sortira qu'en implorant une autre marée, malgré les corps flottants.
Baie Saint Jean
La fabrication d'un mandala est chronophage. Vision druidique. Le temps  présent,  à peine tu marches dedans qu'il est déjà remisé  dans le rayon des souvenirs. Autant te dire qu’avec leur nombre, il devient vite un objet non identifiable, une amnésie de  plus. Et  pourtant,  il sera pris en compte dans la mémoire du monde.
Lann Guerban
A genoux, courbé en deux, je respire  l'humus. Je dispose  tous les éléments rassemblés dans  une boite  à mémoires. Sitôt terminé, je suis happé par la route. Il faut filer, décamper, courir, s’arracher au lieu,  l’oublier et reprendre la marche. Vous comprenez,  il  n'y a pas de statut d'itinérant. On est le surplus, le trop qui fait déborder le vase. On est cerné  par les  propriétés privées. La terre, je ne la vois pas comme  ça, alors  bien sûr, quelques rencontres sont rugueuses. La liberté se respire en  pointillés, entre deux rangs de barbelés.
Souvenirs.
Tous les soirs, elle s'endort en  lisant  un haïku.Sa vie est réglée par cette pratique.
 Hier soir, j'ai ouvert  une boîte de photos  land art datant de 1997. Mes débuts. Oui, mes débuts, suivis de quatre ou cinq ans de  recherches et d'essais, avant de  prendre la route. Maintenant  on fabrique un artiste en 8 jours de stage.
Brec'h
Comment dire ces instants de beauté fragile lorsqu'au coucher de soleil,  un de  mes cairns s’apprête  à vivre l'unique vie de sa courte existence.
Pointe de Kerbihan
L'effort est violent. Décoller 40 kilos du pierrier, avec des appuis au sol, glissants, demande une concentration de toutes mes forces, sur  l'action. La base du cairn est prête. Le poser doit être réussi, sinon, la pierre tombera, roulera et ne sera plus récupérable.Une fois  posée, si je constate  une petite bascule, je dois la caler avant de  monter  plus haut.La deuxième pierre sera encore  lourde. Les autres suivront,  plus légères. Chaque cairn raconte une histoire, la mienne et balise ma route. L'océan clapotte contre la roche. Une vingtaine de Bernaches, suit le  mouvement avec élégance. Elles sont  à une quinzaine de  mètres Avec le temps, elles se sont habituées  à la présence humaine. Elles sont belles et tranquilles,  pourtant j'ai  lu que dans certaines îles, non  loin d'ici, on cherchait à les éradiquer.

Roger Dautais





Patience de la terre

Juste  une  poignée de terre
Et  un peu d'eau
Juste  une poignée terraquée
Et tu attends
Que germent les premiers  mots
Entre tes doigts
Dans le silence recueilli de cette main
Qui consent  à  l'humus
A ce cycle terrible
Où toute vie terrassée
Pour que renaisse le vivant

Guy Allix*

* Guy Allix  :  http://guyallixpoesie.canalblog.com/

* François Esperet  : une de ses dernières  interview, à la sortie de son roman
Les Gagneuses Edt. Le Temps des Cerises 2015
http://www.20minutes.fr/livres/1477918-20141110-gagneuses-francois-esperet-chez-temp

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.