La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 30 mai 2011











Nul ne ment autant qu'un homme indigné.

Nietzsche



à Servanne, Younes, mes amis du Maroc,

à Oxana, Marty,Magda,Isana.g. Nirit K. Marisa, Johanna, Elfine, Josepha, Judith, et toutes les femmes, passagères, non sans souci, du Chemin de Grands Jardins

et aux femmes violées, abusées, à qui l'on jette des pierres...

Roger Dautais






Le chant de l'eau était rouge...


Il pleuvait des cordes.
Daniel, l'idiot du village, les ramassait.Il aimait la pluie, car,en ces temps bénis des gnomes,les enfants du village étaient gardés dans les maisons et ne lui jetaient plus de pierres.
Il est bien normal de jeter ds pierres à qui n'est pas , au moins, propriétaire. Il porte es stigmates de Dieu.Parler de liberté et la souiller ensuite ne dérange personne,surtout l'année de la communion solennelle.Les enfants de Marie, rassemblés en enfants de chœur, autour du curé, rêvaient de vengeance.

Daniel, l'idiot du village, était fils de Meuyot et, disait-on, de fille de Vendest. Allez savoir, les Bretons sont si fourbes. Pas comme ces Normands, leurs voisin, limpides et innocents de tout péché originel.

Une belle garce que cette Vendest, comme on l'avait très vite surnommé. Grande, brune, les yeux noirs, es hanches à porter une douzaine d'enfants, et toujours pieds nus, avec ça. Un peu comme Esmeralda,avait dit le Notaire, alors que personne n'avait encore rien écrit sur elle. Un intersigne je vous dit.
Quatorze ans, des seins pareils, c'est une injure, un sacrilège dont elle aurait à rendre compte devant le très-haut, pensait Letronc. Défier tous les hommes du village était malsain. Elle finirait par se faire violer. Alors, Letronc s'en était plaint au curé du village pour qu'il la fasse bannir par le châtelain qui avait des relations.

En fait, c'est Letronc qui l'avait eue le premier. Dépuceler, était sa spécialité de notable.Après tout, un bon notaire se doit aussi d'inventorier le patrimoine et c'est ce qu'il fit.
Il l'invita, le soir de Noël, à partager sa table à la place du pauvre.Après la messe de minuit, les oranges distribuées aux enfants de sa femme, Mathilde, une laideronne épousée en seconde de noce pour sa dote, il les avait fait couchér tous les trois dans leurs chambres respectives et soufflé les bougies en leur souhaitant , belle nuit de Noël.
Mathilde avait encore parlé de la Roumanie avec Vendest en sirotant de la prune, jusqu'à environs deux heures du matin et demandé à montre se coucher.
Letronc, bon chrétien,avait proposé d'accompagner Vendest jusque chez le Meuyot, un vagabond d'une vingtaine d’années qui travaillait avec les charbonniers depuis deux ans à la sortie du village, sur la route de Rennes. Il dormait dans l’une de leurs cabanes.
Letronc avait fait un détour avec la fille, par le Moulin aux Ducs. Il prétendait que, passant par ici, on arrivait plus vite aux cabanes. Elle marchait devant et le mouvement oscillant de son bassin,excitait le notable. Au diable Mathilde et sa jambe trop courte,ses robes longues et ses cols de dentelle. Au diable son chignon sitriste et ses seins plats. Ctte sauvageonne devait encore être vierge. Un bon coup, en somme.
Il l'avait fait entrer dans l’appentis qui jouxtait la roue à aube. Il l'avait culbutée et violée, dans le chant de l'eau, parmi les râteaux, les pelles et les pioches du cantonnier. La petite avait pleuré en se débattant comme une diablesse et mordu Letronc au visage.
Pensez, à quatorze ans, on ne comprend pas pourquoi,un notable, ça vous lèche les pieds, pareil à une chèvre, comme un pervers,en faisant béé...Béé.

Elle s'était bien débattue sous le Notaire lorsque ses mains longues et blanches portant chevalière en or, qu’elle avait admirées à table, pendant le réveillon,avaient atteint sa petite culotte. Elle avait bien crié, pleuré, supplié, mais elle avait fini par céder à la force du mâle triomphant lorsqu'il viole pour perpétuer la tradition.

L'enfant arrivage dans la cabane, neuf mois plus tard, difforme.
Elle le regardait comme une malédiction du ciel, avec ses jambes arquées et son œil gauche, torve.
Le notaire sermonnait Vendest.

- ça t'apprendra à te faire sauter par les gitans. Ce sont les fils du Diable.

Vendest pleurait, mais comme cela ne suffisait pas à calmer l'ardeur du Notaire,éconduit après l’accouchement, il la fit arrêter, avec la complicité du curé et de Monsieur de Saint André, le châtelain, pour un crime sordide dont elle n'était nullement coupable.
Il faut bien de temps en temps que la justice se fasse.

Rapidement jugée à Rennes, puis condamnée au bagne après un procès bâclé, auquel assista le Notaire, elle disparût à tout jamais.Ce qui est moral.
Quelques mois plus tard, le notaire qui trainait vers le moulin aux Ducs, alors qu'il venait de violer une servante, se fît écraser par un puissant attelage de bœufs blancs. Il pleuvait des cordes, ce jour là et le sang de Letronc fût vite lavé.

Les lavandières du village, au repos forcé à cause des intempéries,trouvèrent le corps du notaire au milieu de la route, à cinq cent mètres de l’appentis. C'était l'endroit où Jean-Jean enterrait ses chevaux debout, après leur mort. Tout le monde disait que la nuit, des cavales blanches sortaient de terre pour de monstrueux galops autour du moulin.
Un endroit dangereux, bourré d'intersignes!
Le Bretons boivent beaucoup et bien évidement, ils inventent.C'est d’ailleurs le seul peuple du monde à être plus menteurs que tous les politiques du pays.

Malgré la pluie, elles lui avaient craché dessus,riant comme ds folles, en souvenir de Vendest. Elles lui avaient arraché ses souliers , défait sa veste et souillé sa belle chemise blanche avec la boue du chemin. Puis elles l'avaient débraguetté et sorti la verge en riant comme des enfants après un mauvais coup, car elle était molle... On aurait dit, une scène de viol.

Trempées jusqu’aux os, les cheveux défaits, elles avaient fait silence puis craché dessus, une dernière fois, ensemble.
Marie sortit une serpette d'entre ses deux énormes seins, car elle était aussi nourrice. Elle s'agenouilla au bout du corps et trancha les deux gros orteils avant de les jeter aux chiens qui les accompagnaient dans cette triste scène. Puis se furent les oreilles et la queue, comme dans les arènes de Séville.

Elle trainèrent le corps du supplicié jusqu'au lavoir, sous les yeux du gnome qui regardait la scène sans rien dire.

- tu dis pas au revoir à ton père, lança Marie, la nourrice.
Daniel attrapa une de ces cordes divines qui tombaient du ciel et la tendit à Marie.

- Pierre...pierre... se mit-il à hurler, en désignant un gros caillou dans l'herbe.

Les trois femmes le roulèrent dans la boue jusqu'au corps du notaire. Elle lui installèrent sur le ventre et la ficelèrent, comme on le fait pour fabriquer l'andouille de Guémené. Jeanne, la sœur cadette de Marie aux seins lourds de pluie et de vengeance,attrapa le corps par la jambe droite. Marie, par la jambe gauche. Les deux autres lavandières du groupe, Louise et Risette, l'empoignèrent par les bras.
Le visage maculé de salive et de boue, ressemblait à son âme boueuse.
Ainsi, les hommes ayant perdu pouvoir et attributs devenaient-ils faibles comme de femmes?
Non, ils rejoignaient la race des chacals.

- Dis, le gnome, ça te dirait de faire un tour, une ballade à cheval sur ton père ?

La bestialité s'exprimait, en-deçà du viol.

- Allez, monte.

Daniel s'assit à califourchon sur la grosse pierre, les pieds posés sur la panse du notaire.

- Vas-y, le gnome, hue cocotte, fouette ce salaud...

Et le gosse fouetta la bête morte au sexe flasque, en criant " salaud...salaud...tel un mal élevé, le nez morveux . Il avait le le visage inondé de larmes et d'eau de pluie.
Arrivé au bord de la rivière, le groupe de femmes entoura le gosse ainsi perché. L'une des trois femmes, à ce jour non identifiée, se signa puis elle trancha la gorge du nabot, fils de Vendest et du notaire.
Il se vida tel un lapin, sans une plainte. Son petit corps s'affaissa. Dans sa main droite, un fouet, un exutoire pour solde de tout compte.
Comme il pleuvait toujours des cordes,elle en saisirent une et attachèrent le corps de l'enfant avec celui de son père.
Elle jetèrent le tout à la rivière.
La vengeance exécutée, chacune des lavandières garda le silence.
Quelques mois plus tard, les gendarmes du canton vinrent les arrêter, une à une. Elles furent emprisonnées à Rennes, jugées, puis guillotinées. Elles reposent toujours dans le carré des suppliciés.

Cette histoire se passa dans le village de Bécherel, non loin de Rennes, en mille sept cent quatre vingt treize.
Vendest fût enterrée au carrefour des Ifs, non loin de la Chapelle de Lucien. Un sorbier des oiseaux poussa dans la bouche de la sauvageonne aux pieds nus.
Les gens du Voyage ont toujours été les amis ds oiseaux et de la Liberté. Ils l'ont payée cher.


Roger Dautais

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.