La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 15 décembre 2018

Le chant  des  oursins : pour Emily de Wavrechin




Land art, malgré tout...

J'ai appris, travaillé, cherché et j'ai fini par développer mon talent, qui, sans toute cette recherche, serait resté, au mieux, au stade de la découverte.
Mes perceptions s'éveillent dès que j'entre en contact avec la nature.
J'ai mes préférences géographiques, mes paysages. Je les marque. Les oiseaux marquent leur territoire en sifflant.
Mon cerveau est devenu un vraquier qui navigue sur la mer de la mélancolie.
L'éternité? J'y cois ? Oui, en quelque sorte, puisque je connais l'éternité de la solitude, sans jamais en voir la fin.
Toutes ces pensées qui se bousculent dans ma tête. Des pensées en désordre et aucun lien entre elles.;;;
J'ai beau lui dire que je suis fatigué, très fatigué, elle détricote tous mes dires pour leur donner un sens.
Trop savante pour moi...Des souffrances inutiles ? Et cette blessure profonde qui n'en finit pas.
Je vais avoir 76 ans dans cinq jours. Vingt et un an de trop, consacrés au land art.
Je suis mort, pendant un hiver blanc.
La belette m'avait filé entre les mains.
Elle m'avait dit en me donnant le livre :C'est trash, mais vous aimerez.
C'est vrai.
Maintenant, je cherche l'ultime chemin qui m'amènera à la Route 76.
Le temps passe et je m'absente de plus en plus.
Roger Dautais
Au Cadoudal,
le 15 décembre 2018.

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
htt:://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Le chant des oursins " pour Emily de Wavrechin
Normandie - 2010





Je suis
de passage
chez les autres avec les autres pour les autres dans les autres
sans les autres
je m’attache à quelques corps à quelques fripes
l’envie de transmettre parfois saisit
Je suis
de mèche avec la révolution essentielle du tournesol
profondément pour le printemps.

Ada Mondès

* https://www.youtube.com/watch?v=CwdttHqZr-I

jeudi 13 décembre 2018

Les  fantômes de Lampedusa  :  à leur mamoire

Il est plus tard que vous ne pensez,
nous sommes déjà hier !
Hugo Pratt




Les fantômes de Lampedusa

Il faudrait arrêter de les compter, noyés en trop grand nombre, morts sur la route de l'exil, de mille façon, parce que cela gène, me dit-on. Mais ce qui gène d'abord c'est que l'on puisse encore venir au monde, dans un pays où l'on ne pourra jamais vivre sans mourir de faim, avec comme seul avenir, de prendre un jour, la route de l'exil.

Roger Dautais
Photo : création land art de Roger Dautais

" les fantômes de Lampedusa" à leur mémoire.
Locmariaquer - Kerpenhir

Morbihan - Bretagne

Le poème sort de l'ombre
écoute l'orage à portée de la voix
répercute en écho
le murmure des pierres
invite l'aube nue
à alléger la lassitude
et effacer l'encre des vertiges.

Éliane Biedermann
En marge des rues étroites

Éditions Caractères

*

POUR DECOUVRIR MES 159 MEILLEURS LAND ART SÉLECTIONNES
PAR GOOGLE +

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"Roger Dautais
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Roger Dautais is a French environmental artist, photographer, author of children's books. Born in Brittany in 1942, he lives in Normandy since 1986. In 2006, he founded the Land Art international group BEACHES OF FREEDOM. "My childhood speaks to me and inspires those eternal gestures. Bent over Mother Earth, I paid tribute to her. My roots are now also in this lifelong journey. For me, life is a journey that is meant to be shared."
Propietario del tablero

mardi 11 décembre 2018

le premier signe de StPhil;  pour Mokhtar el Amraoui


Nous appellerons "émotion "une chute brusque de la conscience dans le magique.
Jean-Paul Sartre



Mémoire amnésique...

Durant ces jours de disette, j'accomplissais, néanmoins, mon destin. Lors de mes premiers pas solitaires dans le chemin creux qui longe notre maison,, je déposais de petits talismans de ma fabrication, dans les bras d'un chêne centenaire pour qu'il transforme, ces cadeaux en journées lumineuses pour l'avenir. Ce fut l'endroit de lectures de poèmes offerts à la nature que m'attendais.
Loin de la mer, les vagues ont frappé dur en mon absence, sur les rochers de Kerpenhir. Je sentais la cadence de leurs vibrations, sous mes pieds et m'appeler vers elles pour danser un An dro sans fin.
Etais-je devenu un tas de pierres par tan d'immobilité ? Je crois que oui,respirant avec elles, rejoignant ainsi, la vie que se lovait dans ces petits instants de solitude et dans le long temps des jours égrènes.
Pendant cette parenthèse folle de trois jours, jamais je n'ai cherché à faire original, à épater, mais à vivre complètement l'épaisseur et la profondeur de ce qui me branchait le plus simplement avec la nature. Combien de fois me suis-je répété ce vers d'un des poèmes du grand Youenn Gwernig : " Car il faut que chacun compose le poème de sa vie " et c'est ce que j'ai fait
Roger Dautais
Notes de land art pour la Rote 75, juste avant la fin.

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
Cairn " Le premier signe de St Phil". : Pour Mokhtar El Amraoui

Saint Philibert - Morbihan

Bretagne


*


Kerampeulven ( Berrien )

La sève de la pierre

jaillira de la mémoire

unissant la terre au sang du ciel.

Marie-Josée Christien *

* https://www.mondeenpoesie.net/2015/09/un-monde-de-pierres-marie-josee.html

dimanche 9 décembre 2018

cairn de l'embarquement : pour Rick Forrestal 

Présences...

Ce n'est pas facile d'appartenir à la foule des anonymes et c'est pourtant là que tout se révèle. A force d'approcher l'évidence d'une disparition certaine, à force de me tenir en marge du bruit des foules, j'ai retrouvé cette liberté de mon enfance rebelle.
Si je capte une belle lumière, je la partage avec le paysage, ou, avec l'oiseau de passage. J'aime voir au-delà de ce ce que ma vue propose. Sans émotions, pas de basculement, pas de passage de la ligne, pas d’éblouissements ni de frissons possibles.
Les présences ne peuvent s'expliquer ni se fabriquer. Elles sont la preuve du lâcher-prise, de la vraie connexion avec les forces vives de la nature. Aucune pierre n'est muette, chaque conteur le sait. Parfois, se tiennent-elles dans la retenue, mais c'est tout. Chaque pierre reçoit, contient et transmet sa part d'univers à qui sait l'approcher, l'écouter. Ainsi, l'outre monde peut-il être contacté de cette façon et de mille autres encore.
Roger Dautais
Landartiste.
Notes de land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Cairn de l'embarquement " pour Rick Forrestal

Presqu'île de Locoal-Mendon
Morbihan - Bretagne

vendredi 7 décembre 2018

A Cabu,Wolinsky, Charb, Tignous et autres journalistes assassinés.
 
Je suis ( toujours ) Charlie

.../  " La spirale Charlie est présente,sur cette dernière page de l'année crée en Janvier 2015 pour ne pas oublier cette date du mercredi 7 janvier : le massacre perpétré dans les locaux de Charlie-Hebdo: Charb, Cabu, Wolinski,Tignous et tous leurs amis. Les ranger dans l'armoire des oubliés, serait trop cruel  ".../

Depuis quelques semaine, la France vit des événement qui remettent en cause notre société. La liberté est menacée et nul ne sait ce qu'il en adviendra, après la journée de demain. Mes amis de Charlie Hebdo, ont payé de leur vie d'être des femmes et des hommes libres d'exprimer leurs opinions.
Nous sommes beaucoup, attachés à cette liberté d'expression, et je voudrais pas qu'ils soient morts pour rien. A eux, cette spirale de sable, gravée sur une plage bretonne, le 8 Janvier 2015, toute la France était descendue dans la rue, pour honorer les victimes du massacre de Charlie Hebdo ( 7-O1-15 ) pour défendre la liberté.
Demain, c'est aussi la liberté de s'exprimer qui sera réclamée. Nous revendiquerons aussi , dans la rue, pour obtenir des conditions de vie décentes et plus justement réparties.
Roger Dautais

mercredi 5 décembre 2018

Salutation au soleil   :  pour Marjolaine Cassiaux


Chacun est l'océan des terres de sa soif.
Bernard Jakobiak



Retour aux sept îles, sous un soleil généreux. Je continue l'exploration des lieux et je pense à ces vers de Xavier Grall qui me sont parvenus d'une artiste bretonne :
" Viens en cette Bretagne ancienne /Je plaide pour l'homme nouveau /Je chante la route, le cercle, la danse /Je dis le retour de la fraternité".

Après ceci, je ne peux me tromper de geste. Les pierres s'accoupleront au chêne mort, les sables serviront de linceul aux vaines pensées car l'enfouissement des souvenirs demande beaucoup de précautions si l'on veut, en même temps, garder une chance de les retrouver. La mémoire s'ensauvage et se rebelle lorsque l'âge s'impose dans la dernière ligne droite. Garder un peu d'images pour nourrir mes racines avant la bascule fatale. Les cairns montent, issus de la terre. Il faut assurer leur langage. La maladresse d'un mot, d'une pierre mal posée,une bousculade, un retard et voilà l'oubli qui règne en maître aux Sept Îles et nous ressert des plats vides et froids. On n'invite pas les morts aux festins virtuels, ils n'aiment pas ça. La mer est froide, l’exercice périlleux. La solitude habitée des vers de Grall n'est pas là pour arranger les choses. Aucune thérapie ne peut l'éradiquer. La progression se fera entre les hauts murs de la mémoire, les cris entendus, les cadavres rigides et bleus. Les descentes aux enfers tatouent le cœur de stigmates aux fers rouges. Puisqu'il faut se perdre offrons au soleil les dernières pierres froides. Qu'il les transforme en or au regard de l'enfant qui partagera sa joie avec son père.
Ici tout est permis puisque l'esprit divague et se laisse enchanter par la poésie des lieux. Aux rides profondes d'une pierre plate, j'ai osé ajouter quelques couleurs vives et les chemins de traverse m'ont emmenés jusqu'au bout de la nuit, danser au Sabbath du Mont d'Etemclin, en attendant le solstice d'hiver.

Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com

Photo : création land art de Roger Dautais
" Salutation au soleil " pour Marjolaine Cassiaux

Les Sept Îles - Golfe du Morbihan
Bretagne Sud


*


JE RETIENS LE CHEMIN

Je retiens le chemin
de rencontre et d'énigme,
la nuit et le parcours
des terres labourées
dont l'attente et la paix
sous la houle des neiges

Cet hiver qu'on traverse
où l'eau se fait murmure
pour donner au chemin
de la femme amoureuse,


Bernard JAKOBIAK

dimanche 2 décembre 2018

pour Esther Tellermann



Journée grise, pluvieuse et mélancolique. Je souffre du dos, à nouveau mais je suis sorti au devant de meilleurs souvenirs ensoleillés.
J'avance entre impermanence et complétude, là où se trouvent ces cairns perchés qui représentent bien cette idée.

Bambous.
J'ai perdu un de mes cinq bambous offerts par mon fils, Vincent. Probablement oublié sur une des grèves du Golfe du Morbihan. Petite série de demoiselles perchées. Trouver un sable malléable pour y enfoncer les bambous de15 cm . Rechercher les pierres nécessaires à la fabrication des demoiselles, commencer la recherche d'équilibre : c'est le programme du travail. Aujourd'hui, le vent ne me facilite pas la tâche et je dois faire face à beaucoup d'écroulements avant d'arriver à mes fins. Pas mal, mais c'était mieux avec 5 bambous. Jamais content !
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
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Photo : création land art de Roger Dautais
" Les demoiselles de Locmariaquer " pour Esther Tellermann
Morbihan - Bretagne





Les jours firent de toi ma teinture

jours firent
de toi
ma teinture où
j’épuisais le monde
lunes mouillées avaient
la rondeur
des sommeils
je comptais les passages
pour que reviennent
la vigne le bleu
des univers
dessinais
votre cœur.
Des fenêtres qui
bourdonnent
refont la durée.
C’est toujours
vous une jupe caresse
votre
mélancolie
je vous jette
sommeils laissés
au vent vos formules
me creusaient et ne sais
qui
à nouveau
m’appelle.

Esther Tellermann *
Afin qu'advienne
http://fr.wikipedia.org/wiki/Esther_Tellermann
* http://guyallixpoesie.canalblog.com/

jeudi 29 novembre 2018

à Youenn Gwernig et ses filles




Ils passent et puis s'en vont, les beau jours.


.../Que la vie passe, c'est une évidence, mais tant qu'elle est occupée à ça, du moins, elle existe.Après...
Toujours cette sensation éprouvée dans ma petite enfance : la peur du noir. Ce matin encore, en quittant la maison. Et puis m'éloigner d'elle. Si je ne la revoyais pas ?
Je cherche la sortie.
" La fissure, il n'y a rien de tel, pour s'engouffrer dans nos souvenirs". Youenn Gwernig, était un des poètes majeurs de notre Bretagne contemporaine. Auteur, compositeur, chanteur et poète, c'était un homme sans compromis, taillant la route, cherchant la fissure qui laisse passer la lumière.
Je l'aimais beaucoup, et je le cite souvent dans mon blog. Je reprends depuis des années, cette phrase de lui qui me le fit connaître " Car il faut que chacun, compose le poème de sa vie ".
Je vais l'écrire, au cœur de l'été normand, sur le glacis glissant de la rive gauche de l'Orne. Le fleuve est au bas de la pente. Si tu tombes, tu ne remontes pas. Si tu es bon nageur, tu t'en tires, autrement, c'est la fin. Je préfère ces lieux extrêmes, dépouillés, vrais, où l'on joue sa vie sur un faux pas, loin des jou-joutes oratoires et bourgeoises, qui vous piègent dans le mielleux pour vous détourner du chemin.
Une fois écrite, sur la glacis, j'ai déposé ma sphère de bois tressé,, celle qui me suivit pendant un an, raconté dans " le voyage de la sphère ", parce qu'elle roulait sa bosse avec moi, en silence.
Dans quelque heures, les flots auront " digéré cette phrase, qui partira vers le large.../
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

Photo / création land art de Roger Dautais
" Le voyage de la sphère " pour Youenn Gwernig , Annaïg,Gwenola,Mari-Loeiza
Estuaire de l'Orne - Région Nord de Caen - Normandie

Youenn Gwernig : http://gwernig.pagesperso-orange.fr/photos_cd.htm





Le ciel grave
quelques copeaux de lumière

quelque chose ici
se murmure
qui échappe à la mort.

Marie-Josée Christien




Comment séparer notre être du dedans
de la vie extérieure, quand le dehors nous habite et que l'intérieur
déborde par tous nos pores ,

Marie-Josée Christien.

https://www.cequireste.fr/marie-josee-christien/

lundi 26 novembre 2018

Cairn à  l'anneau  :  pour Isabella Kramer

Je ne suis pas  ici pour résoudre quoi que ce soit.
 Je suis venu  ici  pour chanter et faire chanter avec  moi .
Pablo Neruda.




Salutation au soleil.

.../A l'instant où je saisis ma première pierre, gelée, lourde une partie de l'histoire du monde est entre mes mains. Je suis ému. J'essuie les grains de sable qui lui l'entourent et je lui transmets cette émotion.C'est elle qui servira d'interface entre le gros rocher qui s'étend du dolmen des pierres plates, et la suite du cairn. J'ai quitté la maison de bonne heure,ce matin d'automne pour être arrivé, avant tout le monde, sur cette plage déserte de Locmariaquer. Malgré une météo pessimiste, promettant de la pluie, j'espère voir un lever de soleil. Il fait froid, pas plus de 4° à 5 ° avec un vent qui fait trembler les pierres. Je choisis chaque pierre, les nettoie avec précaution et j'élève le plus beau cairn de la journée. Je souhaite qu'il soit ma salutation au soleil /...
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création Land art de Roger Dautais
" Cairn à l'anneau. Pour Isabella Kramer
Ria d'Auray - Le Bono
Bretagne Sud - 2014


*


"Tout vient des mains
Infirmes de lumière
Le chant d'un ocarina
Le feu du printemps
Et le visage dune femme
Égaré dans les roseaux de l'aube
Tout vient des mains
Le sel et l'amour
Le rire des blés
L'insecte qui tourne autour de son ombre
Comme un fou dans la cellule
Où la liberté écrit sur les murs
Tout vient des mains
La porcelaine du jour et la glaise de la nuit."

André Laude / Nomade du soleil /œuvre poétique /édit de La Différence ... p.25

Merci à Mémoire de silence de m'avoir envoyé ce poème déjà publié sur Le Chemin mais que je reprends aujourd'hui.

vendredi 23 novembre 2018

Carré d'as   :  pour Miren



à ceux qui se perdent la nuit...

Chacune de mes installations est précédé d'une marche, pendant la quelle, se passent différentes choses. C'est mon moyen d'oublier, de me déconnecter du monde, d'entrer en poésie. Ce texte, écrit en 2010, donne une idée de ce que je peux vivre chaque jour., chaque fois de façon différente. Roger Dautais


.../Le jour se lève. Il a fini par effacer la nuit et son cortège de cauchemars. Je regarde par la fenêtre, le gris délavé du ciel.Il pleut légèrement. Les marais seront encore plus humides, plus inhospitaliers. J'ai dans ma tête, mille chemins qui m'amèneront à destination la plus inconnue possible. Se perdre est nécessaire. Je longerai les murs du cimetière sans réveiller les morts. Je ramasserai dans mes poches, les plus belles pierres. Je passerai par le pont de chemin de fer. Je longerai la voie ferrée. J'entends toujours les chansons de Woody Guthrie, le long des voies ferrées et puis je prendrai à droite après le bois des jonquilles. J'emprunterai les chemins creux en pensant toujours à ceux qui dorment sous terre. J'irai jusqu'au menhir de Saint Sanson. J'en ferai sept fois le tour et j'écouterai son chant, comme nous savions l'entendre dans l'enfance. Il faut toujours écouter le chant des pierres. Le petit chariot est apparu deux heures après Orion. La nuit n'a pas délivré tous ses secrets. Je n'ai pas vu la voie lactée. La cavale blanche est passée vers trois heures. J'entends encore le bruit de ses sabots sur les pavés du Jerzual. Les nuits sont longues pour les chevaux de trait. Ils rêvent aussi à son passage dans les écuries. Le jour continue d'effacer la nuit peu à peu. Je regarde par la fenêtre. Le ciel est triste, ce matin. Les lichens seront couverts de rosée et le marais sera dangereux. Je ramasserai les dernières feuilles d'automne, celle qui sont d'un jaune orangé, surtout. Je les disposerai sur un sphère de cornouiller. Je la suspendrai comme une pleine lune, au dessus de la rivière, à une branche d'aulne. Je fabriquerai de mes mains , un nid d'oiseau pour y élever des escargots d'albâtre. Puis je continuerai ma route. J'emprunterai le chemin creux pour marcher sous la terre, avec mes morts, le temps d'une apnée.. Tu m'apparaîtra en rêve, avec tes yeux bleus 'd'amoureuse. J'élèverai pour toi, des cairns sur les rives de ton pays. J'écrirai ton nom dans les sables mouillés. Je me perdrai dans les grèves jusqu'à te retrouver.../
Roger Dautais

Notes de land art sur la Route 75
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
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Photo : création land art de Roger Dautais
" Carré d'as " pour Miren
Côte de Nacre - Nord-est de Caen
Normandie - 2010

mercredi 21 novembre 2018

le solitaire de Carnac  : pour Clémence Dujardin



C'est vivre et cesser de vivre
qui sont des solutions imaginaires.
L'existence est ailleurs.
André Breton.


'Sauvé par la nature...

.../Hier, en débouchant sur cette plage, j'étais perdu. Perdu par la disparition des gros amas de pierres et galets, enfouis par les marées successives, sous des tonnes de sable. Perdu en descendant vers la mer, sur l'estran, colonisé par des algues vertes. Plus envie de rien. Si, de faire demi tour. Stopper tout. Je ne me situais plus dans cet espace. Qu'y faire ?
Je me suis lancé dans une marche rapide sur les sables mouillés en remontant vers l'est de la plage. Je me disais qu'un jour, cesserait bien toutes ces courses, cette agitation et que je ne perdrai plus ma vie, seul, à pratiquer le land art, à me geler, à me faire tremper par cette pluie de Novembre, glacée, sans aucune idée de création.
Et puis, mon regard s'est porté sur des pierres oblongues, couchées dans une mare, en partie ensablées. Je les ai vus. Je les ai vus, ces personnages hirsutes, hagards, déambulant, recherchant une solution dans la fuite, l'exil. Je me suis arrêté, je les ai levées, ces pierres, une à une, puis couronnées d'une tête, pour former ces groupes d'exilés, dont je parle depuis presque dix ans, avec mes pierres. J'ai presque oublié le froid, la pluie et je suis parti dans une séries d'installation jusqu’à la nuit tombée.
C'est à ça que je pensais, en élevant ce cairn unique, à Carnac, une fois le beau temps revenu.
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
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" Photo : création land art de Roger Dautais
" le solitaire de Carnac " pour Clémence Dujardin
Carnac - Bretagne Sud.


*


En marge des dires anciens

en marge de dires anciens
le silence se replie
on manque d'air
plus de conteurs
pour
taire le chagrin
refuser
le mur qui sépare
plus de dépanneurs…
pour un monde
virtuel
de vraies guerres
pourtant
des drames
une énorme blessure en forme de
‘trou du côté gauche’

Brigitte Gyr

mardi 20 novembre 2018

Passion d'estran  : à Marie-Claude
 
 
 
La mémoire s'ensauvage et se rebelle
lorsque l'âge s'impose dans la dernière ligne droite.



.../Je continue l'exploration des lieux et je pense à ces vers de Xavier Grall qui me sont parvenus d'une artiste Dinannaise:
Viens en cette Bretagne ancienne /Je plaide pour l'homme nouveau /Je chante la route, le cercle, la danse /Je dis le retour de la fraternité.
Après ceci, je ne peux me tromper de geste. Les pierres s'accoupleront au chêne mort, ou bien entre elles, les sables serviront de linceul aux vaines pensées car l'enfouissement des souvenirs demande beaucoup de précautions si l'on veut, garder une chance de les retrouver.
La mémoire s'ensauvage et se rebelle lorsque l'âge s'impose dans la dernière ligne droite. Garder un peu d'images pour nourrir mes racines avant la bascule fatale. Les cairns montent, issus de la terre. Il faut assurer leur langage. La maladresse d'un mot, d'une pierre mal posée,une bousculade, un retard et voilà l'oubli qui règne en maître aux Sept Îles et nous ressert des plats vides et froids. On n'invite pas les morts aux festins virtuels, ils n'aiment pas ça. La mer est froide, l’exercice périlleux. La solitude habitée des vers de Grall n'est pas là pour arranger les choses. Aucune thérapie ne peut l'éradiquer. La progression se fera entre les hauts murs de la mémoire, les cris entendus, les cadavres rigides et bleus. Les descentes aux enfers tatouent le cœur de stigmates aux fers rouges. Puisqu'il faut se perdre offrons au soleil les dernières pierres froides. Qu'il les transforme en or au regard de l'enfant qui partagera sa joie avec son père.
Ici tout est permis puisque l'esprit divague et se laisse enchanter par la poésie des lieux. Aux rides profondes d'une pierre plate, j'ai osé ajouter quelques couleurs vives et les chemins de traverse m'ont emmenés jusqu'au bout de la nuit, danser au Sabbat du mont d'Etemclin, en attendant le solstice d'hiver.../
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
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Photo : création land art de Roger Dautais
"Passion d'estran " à Marie-Claude
Presqu'île de Quiberon
Morbihan - Bretagne


*


dans les jardins paissent les morts

dans les jardins paissent les morts. ils se redressent
quand ils crient.
ils ne crient pas. personne les a entendus.
ils nagent dans l’herbe.
sur le dos nagent.
ils ne tournent pas leurs mains
seulement le menton.

tôt dans la rosée ils rient se vautrent en tous sens
quelques-uns boxent ensemble.

à midi ils se recroquevillent crabes sur le sol.
le soleil les martèle à plat. leur couteau
entaille le ciel par-dessous.
ils ne saignent pas. l’argile
les cuirasse. sur le dos
ils se défendent contre les jets de pierre d’en haut
et détournent la tête
quand une étoile s’abat entre eux.

Source : Franz Mon :

dimanche 18 novembre 2018

Guetteur de marée   pour Annick L.



Les sternes volaient à l'envers...


...J'ai besoin de la présence de l'eau, du flux puissant de l'Océan Atlantique remplissant les Ria pour comprendre ce qui me lie, à tout jamais avec la mer, depuis mon enfance. Une fois cette puissance ingérée, je peux la restituer dans mes spirales qui restent la figure emblématique de mon travail de land artiste.
Temps suspendu, isolement sensoriel poussé à l’extrême limite de l'équilibre. Tout geste de création qu'il soit infiniment petit ou grand, naît dans cette matrice que l'on nomme Nature, et participe humblement au chant du monde.
Passer quelques heures sur l'île de Stuhan, élever un cairn sous la dictée des sternes qui volent à l'envers, c'est entendre battre le cœur du monde, c'est déjà apprendre à changer, à perdre toute habitude, à se fondre dans le paysage marin
Simple passeur dont le souffle s'amenuise avec les ans, je ne serais rien au bout du compte, s'il ne me fallait plus donner, échanger. C'est votre regard qui donne de l'humanité et un sens à ce que je fais.
Dans quelques semaines ou mois, une fois remis en forme, je répondrai à cet appel intérieur et je repartirai sur les chemins pour d'autres rencontres, d'autres créations. C'est promis.
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
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" Guetteur de marée " pour Annick L.
Île de Stuhan - Bretagne


*


Le feu ne brûle pas
c'est un radiateur
qui gargouille parfois
comme s'il avait peur
comme s'il avait froid
les deux clochers d'Arbois
sonnent à la même heure
ce soir pas d'apéro
en face le carreau
du toit capte un dernier
reflet du jour d'octobre
et puis la cheminée
crache un peu de fumée
que le ciel enveloppe
et va porter ailleurs
comme lettre à la poste

de ma table je vois
la rue par la fenêtre
j'écris ce que je vois
pour ne pas disparaître
je serai disparu
avant demain peut-être
un vieillard dans la rue
croira me reconnaître
ce ne sera pas moi
ce ne sera personne
mourir ne surprend pas
celui qui n'est personne


Jean-Claude Pirotte *
Chronique douce, Le Promenoir Magique et autres poèmes 1953-2003, La Table Ronde, 2009,

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Pirotte

vendredi 16 novembre 2018

Chant d'automne   à Marie-Claude



Chanson d'automne.

.../ Si les grands travaux sont derrière moi, grâce à cette culture permanente de la perception du monde acquise par ma vie dans et au contact de la Nature, je peux connaître des émotions fortes, très fortes et les transposer dans mes installations. Ma lecture singulière du paysage, mes cheminements permanents, curieux, renouvelés, répétés, comme un pianiste le ferait de ses gammes, me font aller à la rencontre de l'histoire de l'humanité, de cultiver ce contact singulier que bien de mes semblables ont perdu.
J'ai tissé des liens d'amitié avec des lieux, des chênes centenaires, des dolmens accueillants, des menhirs dressés au milieu de terres sacrées. Les pierriers les plus chaotiques m'ont confié leur poésie. Vivre dans ces lieux, pour peut que l'on soit sensible au magnétisme ambiant, transforme, calme, rend plus sage, plus humble, aussi. Il faut avoir la porosité d'une feuille qui transforme la lumière en énergie. Nulle avancée possible dans l'initiation, sans avoir compris qu'il faut s'arrêter pour écouter, voir, sentir, goûter et toucher au cœur du monde, au tambour du monde qui bat ici. Se tenir en équilibre près des eaux dormantes d'un marais respirant sous le brouillard au lever du jour c'est être à la rencontre des Deux Mondes qui se révèle dans l'instant, ponctué par le cri d'une aigrette saluant la lumière.
C'est pourquoi, aucune de mes installations land art n'est banal, puisqu'elle parle du monde.
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 76

Photo : création land art de Roger Dautais
" Chant d'automne " à Marie-Claude
Bretagne Sud

mardi 13 novembre 2018

Liaison "  à Marie-Claude   



Battre le rappel...

Le land art est colère , rébellion, liberté. Le land art, est le sang de la Terre nourrie des hommes qui y sont enterrés. Le Africains savent cette chose, les Celtes, aussi, les Basques également. Enfin, la Terre entière le sait.
Qui prend le risque de le dire?
A nous de sortir des conventions si nous voulons découvrir nos propre codes de fonctionnement, si nous voulons créer en toute sérénité, au sein de la Nature.
Non, mes cairns ne sont pas des tas de cailloux. Il faut prendre le temps de les regarder, comme celui-ci, se lever fièrement, sous la pluie. Il est la liaison voulue entre une plage de galets noirs, et le ciel plombé et gris. Il est œuvre commune, partagé avec Marie-Claude, pendant un road trip, breton, en 2009. Il est notre mémoire commune assemblée dans l'effort et nulle insulte ne pourra l'abattre.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blospot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" liaison " à Marie-Claude
Région sud de Paimpol


*


Recours


Écrire dans la faiblesse et le dénuement
Parfois jusque sur les bords de l'irréparable
Tendre ici simplement
Cette main qui saigne.

Guy Allix *
Lèvres de peu
(Rougerie, 1993)

* http://anthosuballix.canalblog.com/pages/roger-dautais/27590332.ht

lundi 12 novembre 2018

Ombres flottées :  pour Thérèse



Ombres flottées...

Actuellement, je consulte des livres de géométrie, m'informe sur la symbolique des nombres, étudie sur photo, la palette de couleurs proposée dans un endroit donné, revois les règles de la composition. Puis je sors de la maison et j'essaie de tout oublier.
Je sais où je vais, quitte la ville pour me rendre à la Coline aux Oiseaux. C'est tout. Pour le reste, ce sera une question de rencontre, sans savoir ce que je vais trouver ni faire exactement.
Une petite demi-heure de marche pour me laver l'esprit, puis cette découverte d'un très beau bassin, animé par un filet d'eau, en cascade. Le lieu m'interpelle. Désert, beau, planté d'essences d'arbres et d'arbustes, effleurés par un vent léger, où je vais prélever de quoi faire une installation flottante, à cet endroit même. Aucune connaissance, aucune théorie n'est présente à mon esprit. Je laisse la main créer, l'esprit prenant le relai. J'éprouve beaucoup de plaisir dans cette réalisation, sans prétention autre que celle d'aller vers le beau.
Le land art ne peut être que spectaculaire, il passe, pour moi, par des instants plus intimes, où, penché sur la terre, agenouillé, dos arrondis, je suis en communion avec les éléments. Pendant ces instants,ces émotions ressenties, peuvent être très fortes.
Roger Dautais
Notes pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Ombres flottées "
Caen - 2009 - Normandie


***


Elle croit que nous faisons le monde

pourtant
c'est le soleil qui caresse
c'est le vent qui parle aux feuillages
et c'est dans la pierre que ricoche
le chant du ciel

Leurs éclats parsèment notre histoire
d'une ponctuation d'oiseau

Écoutez donc.

Alain Boudet

" Quelques instants d'elle"
Éditions Océanes 1988

vendredi 9 novembre 2018

Traces  :   Pour Emily de Wavrechin




Les professeurs sont faits pour les gens qui ne savent
rien apprendre tout seul
Paul Leautaud

Amnésie douce.

Agenouillé parmi les oyats, j'entends à peine le chant de la mer, adoucit par les dunes. Je suis au milieu du monde, installé provisoirement dans la solitude. J'ai avec moi, quelques dizaines de feuilles d'eleagnus, dont le camaïeu naturel, dispersé dans les buissons, m'a intéressé. J'aime me laisser surprendre par la beauté de la nature, dans les moindres détails et me décaler du monde bruissant.
Je vais installer une figure géométrique en partant de la feuille la plus foncée pour aller vers la plus claire. Mon imaginaire se satisfait du peu quand il es beau. Le land art , par sa diversité d'expressions, du gigantesque au plus petit, parle aux gens ou les laisse indifférents. Le siècle nous porte à consommer toujours plus, pour posséder plus. Je ne participe pas à ces mouvements de foule.
Ici, rien de livresque. C'est une installation land art, indéfinie qui interroge. Elle fera partie du délaissé, de l'oublié, comme le sont de plus en plus de nos semblables.De la même façon, elle fait partie du monde et mérite d'être respectée comme une trace d'humain passé sur cette plage immense et déserte de Ouistreham, à deux pas de la route des ferries.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com

Photo : création land art de Roger Dautais
"Traces " pour Emily de Wavrechin
Ouistreham Calvados - Normandie
Années 2000

jeudi 8 novembre 2018

Lieu de  mémoire  :  pour Marie-Claude



.../De 'île de Stuhan aux Sept îles

L'imprévisible se découvre mieux au contact du sauvage, de ce qui m'échappe et c'est à la mer que je vais le chercher. Je parcours le tombolo qui m'éloigne du continent. La marche, la fatigue, l'oubli tricotent ici, une nouvelle vie, jusqu'à perdre pied.. Résumer ma vie à cet instant s'écrit en un mot : souffrance. Je dois la dépasser où passer à autre chose. Si je n'ai rien à gagner dans ce récit de vie, il témoigne que mon retour au land art, passe par cette réalité et non par une autre voie
Le passage vers l'Île change au rythme étonnant des marées. A cette heure, l'île se fait engloutir en grande partie par les flots. Et si j'y restais, qui viendrait me chercher dans ce lieu totalement désert. ? Pratiquer le land art ici, n'est pas sans danger. Il faut le savoir. Un flot impitoyable, poussé par le courant de la Jument, se charge d'effacer toutes les plages. Il reste à peine deux mètres entre l'eau et le trait de côte. Juste de quoi choisir entre les pierres rescapées pour élever quelques cairns.
C'est ici que je trouve le bonheur, près de mes pierres. Chaque cairn est un cri, une victoire sur les flots.
Ici, je remets mes angoisses à demain. Mon corps transpire, éreinté par l'effort. La fatigue s'installe, m 'épuise. Encore une pierre, une autre. J'abandonne le reste des pierres aux flots gourmands. Ne jamais oublier le vent libre et cinglant de l'hiver qui souffle du large et me glace le corps. Il est vital, je le respecte, il construit ma mémoire pour le temps d'après qui approche.../
Roger Dautais
Notes de land art pour la route 75


LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
htp://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Lieu de mémoire " pour Marie-Claude
Bretagne Sud - 2014


*



Plages lointaines
larges suaves
échouages d'horizons
commencement de la mer.

Robert Fred
Cascades
Éditons Gérard Guy

lundi 5 novembre 2018

Pour Florence Arrighi
Miz du....../


Je me suis jeté à corps perdu dans cette pratique du land art. Ce que je donnais à la nature, elle me le rendait, avec ce sentiment d'être pleinement vivant et à ma place.
J'ai appris à élever des cairns immenses, à côtoyer des fleuves, à travailler sur leurs rives. J'ai foulé les sables de mille plages, en France,à l'étranger. J'ai compris les saisons qui me passaient entre les mains, comme les années normales, assez détaché de cette notion de vieillir, sans le regretter. J'ai pris des risque physiques, j'ai connu des blessures sans jamais en vouloir à cette nature qui me remettait en place. Et puis est venu le temps où l'on s'aperçoit que marcher, est plus difficile, escalader, plus dangereux encore, porter lourd, impossible, parce que le corps ne suit plus. On dirait que la ligne droite va s'arrêter, mais qu'avant, il convient de la parcourir jusqu'au bout, le mieux possible et c'est ce que j'envisage de faire.
Alors, j'ai décidé d'aller confier tout cela à la mer, car je la sais d'une immensité capable d' absorber toutes les mémoires de la terre.
Quoi de mieux qu'un temps d'hiver, froid, pluvieux et venteux pour réaliser ce souhait avant de rentrer à la maison. C'est ce que j'ai fait, les yeux dans les vagues blanches déferlantes, bercé par cette petite musique intime.
Le vieil homme et la mer, oui, je sais...mais cette fois, j'ai emprunté à Hemingway, une conclusion qui me va bien. ce soir, avant de retrouver tous les miens en Bretagne.
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com

Photo : création land art de Roger Dautais
" cairn en revenant de Kervillain " pour Florence Arrighi *
Bretagne Sud
* http://les-galets-de-nonza.blogspot.com/

*



ENTRE NEIGE ET NUIT

Entre neige et nuit
je glisse murmures lents

l'émanation des ombres
volutes, flammèches, fumerolles
mes aspirations

Tout ce qui s'efface
apparaît disparaissant

ainsi cet arbre, ainsi ton corps
ma main

évasive, soulevée, reperdue

à la lisière du gris
calme ouvert.

Ida Jaroscheck
extraits de " Survivances de la neige" Inédits

samedi 3 novembre 2018

Cairn de  l'espérance


à Karine Kergroac'h.


J'ai souvent l'impression de me cogner la tête contre les murs. Il me faut toujours répondre, expliquer, ceci ou cela, le pourquoi de telle lumière, le choix d'une pierre et non d'une autre,la symbolique de la forme, mon goût pour le silence et la solitude des pierres..
La réponse n'est pas possible. Je tente simplement, dans ce qui m'est encore possible d'exprimer, de rester en équilibre entre l'imaginaire, le réel et l'espérance.
J'ai la passion de tout ce qui vit, tout ce qui bouge, tout ce qui pèse, tout ce qui vole, tout ce qui rayonne dans la nature. Je ne possède rien d'autre.
Comment voulez-vus expliquer cela dans un monde consumériste.
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

"Cairn de l'espérance" à Karine Kergroarc'h
Carnac.
Bretagne sud - 2015

jeudi 1 novembre 2018

Flottaisons d'août  "  pour Pastelle.
Voir le monde autrement…

Cette force intérieure qui me vient du vécu, se heurte aux résistances nocives qu’il me faut contourner. Je veux parler des idées noires.
Il n’est pas question, au moment des installations land art d’exhumer de l’éparpillement des idées quelque ersatz sans saveur.
Représenter le monde avec ce que l’on a comme moyen, ce que l’on trouve et s’en tenir à ça, voilà ma conduite.
Appréhender avec mon corps, le vertige de la non-compréhension. Repartir avec une foule de questions qui se perdront dans dans le brouhaha du monde, suffit à me construire une espérance.
Les images représentées, ici,avant d’exister, se sont composées lentement : paysage, lien,eau, lumière, fleurs, comme un zoom, à l’envers qui amène les composants à la chambre noire.

Boîte à idées où se mêlent l’amour, la déraison, la colère, l’espoir, le silence. Un capharnaüm indescriptible.
Le temps se dilate. La main transmet, exécute, reprend, pose, hésite, traduit ma pensée.
Je quitte cette situation inconfortable et nécessaire à la création.
On voudrait tout dire en un geste. Il faut accepter ce manque, ces imperfections, ces scories de l’imaginaire.
Demain, je reprendrai la route kaléidoscopique, jusqu’à la rivière qui mène à la mer.

Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

Photo : création land art de Roger Dautais
" Flottaisons d’août " pour Pastelle
Région de Caen - Normandie -2007


*
 
 
Le temps  pour toi
me semble recourbé
Forme échouée,  un  peu
le  poisson  mort rendu par le filet.
 sa gueule bée sur  un son
étouffé.
Michel Dugué 
" Tous les fils dénoués "
 Editions Folle Avoine 2014

mercredi 31 octobre 2018

Passion d'estran  : pour Marie-Claude



Notre mémoire est hors de nous,
dans un souffle pluvieux du temps.
Annie Ernaux

pour Liza Chavez

Après cette période furieuse qui a fait de la casse sur les côtes, la mer reprend ses marques. Elle respire, présente et calme.Les grands pins abattus par la tempête, ont été débités sur place, dans le petit bois qui jouxte la plage, puis chargés sur de gros camions.
Il me fallait retourner à la mer, par beau temps et parler d'amour. Parcourant le pierrier, j'ai choisi deux pierres qui semblaient faites pour s'aimer. Je les installées, face à la mer, et lié, avec un cordon rouge. Amour -passion , longue route à deux, comme celle parcourue avec ma femme, depuis 52 années. Je n'avais rien à ajouter. D'ailleurs, ces pierres ont tout de suite attiré l'attention, des promeneurs, les photographiant depuis le chemin des douanier, du haut des falaises.
J'ai eu beaucoup de plaisir à les laisser vivre cette passion d'estran, face à l'océan.
Roger Dautais.
Notes de Land art pour la Route 75

Photo : création land art de Roger Dautais
" Passion d'estran " pour Marie-Claude.
Bretagne Sud

Beaucoup de mes photos land art se baladent sur le Net " empruntées " par des blogueurs qui veulent me rendre hommage à leur façon, et c'est en général assez bien fait. Cela me fait plaisir, bien sûr. D'autres fois des inconnus, créent à partir de mes images. C'est le cas aujourd'hui. Je n'imprime jamais un citation directement sur mes photos, mais,que faire ? Et puis Montaigne, ça me plait bien. Alors, à mon tour je me suis servi de ce montage pour le présenter aujourd'hui.
Merci à cet inconnu d'avoir enrichi ma création.
Bien amicalement.
Roger Dautais

lundi 29 octobre 2018

Salutation au soleil  :  à Marie-Claude



un jour avec, un autre sans...

Voilà deux jours qu'une pluie fine et tenace tombe sur la région. En début de semaine, j'ai tenté une sortie. Marcher par un temps pareil rend difficile la moindre installation. Je laisse passer la nuit et le lendemain matin, une légère accalmie me redonne espoir. Je prends la direction des plages.
Dans le chemin creux qui mène aux grèves, j'aperçois la mer, calme et au bas. Avec un coefficient de 94, elle aura bien dégagé l'estran. Mais sur ces côtes, le paysage est à découvrir au dernier moment car les empierrements peuvent disparaître sous des tonnes de sable, d'une semaine à l'autre.
Je marche plein nord. L'air marin me fouette le visage. Il ne fait que 3 degrés et je vais travailler les mains dans l'eau. Aujourd'hui, pas de spirales possibles, tout le sable est mouillé, trop tassé. Je vais donc monter des cairns. Aujourd'hui, j'ai la main et trouve facilement les points d'équilibre. C'est un vrai plaisir que de choisir chaque pierre, l'apporter au lieu choisi et monter le cairn, face à la mer.
Je change d'axe de marche et remonte vers l'est. Je croise quelques marcheurs emmitouflés. Ils me saluent. Sur mon trajet, je trace une figure géométrique dans le sable mouillé. Elle s'intègre bien au mouvement laissé par la mer, en se retirant, d'ici.../

Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/ "Salutation au soleil " pour Marie-Claude
Normandie - 2008


*



L'arbre fait le mort
tout l'hiver
sous la voix d'oracle
du vent

Il observe en silence
le fond du monde par ses racines

Il nous enracine dans le ciel vide.


Marie-Josée Christien

Les extraits du temps
(Les éditions sauvages )

samedi 27 octobre 2018

"Eros et Thanatos"  pour Jacques Vico +



Pour moi, le land art... une nécessité, une urgence.
R.D.

... Il arrive que les lumières éclairent notre part d'ombre et nous voici réconciliés avec le monde alentour. Hors cadre, la vie nous attend, nous échappe à chaque tournant. Qu'une page blanche survienne dans notre nuit et le vacarme des incertitudes recommence, incessant. Il questionne l'inconscient. La lumière propose, l'objectif fixe, écarte, élude. Restent les mémoires à oubli. Ainsi va la vie.
L'oubli règle à peu près tout et parfois, dans notre propre vie, il nous englobe dans sa béance.
Roger Dautais


Notes de land art pour La Route 75
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot. com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Éros et Thanatos " à Jacques Vico
Saint Germain Blanche Herbe Normandie 2008


*


" Gracieuse
en ces vieux gestes
l'aube essore
avec soin la mer

Le soleil met à la baie
sa nappe bleue
sans une tâche de temps
de guerre de marée noire

Bien peu répondent
a l'invitation
accordent au jour
des yeux prêts au regard "


Anne-Josée Lemonnier *

Falaise de proue 2003

* http://www.barapoemes.net/archives/2017/11/06/35840850.html

mardi 23 octobre 2018

Mémoires empilées  :  pour Erin



En confidences d'automne...

.../Le premier cairn se dresse sur une base assez lourde que j'ai du mal à porter. Ce travail de force me plait . Il sera suivi d'un travail de recherche d'équilibre, plus fin, plus subtile. La mer déroule de petites vagues blanches qui viennent me mouiller les pieds. Il y a beaucoup de pierres, des milliers, mais chaque cairn est particulier. Les pierres me parlent, je les sens, les choisis, à l’œil, puis les tourne, les retourne, les palpe, les lave, les essuie, une à une. Il faut qu'elles se plaisent, qu'elles s'accordent, qu'elles s'entendent. Et puis, elles 's'amourachent, vivent leur vie de cairn, et m'oublient. On dirait qu'elles sont la à pour une éternité. Et c'est long une éternité de cairn. Elle se terminera dans l'éphémère d'une volonté suprême et finira par enlacer la loi universelle de l'entropie, rejoignant la foule des pierres anonyme qui jonche la plage.
Je suis heureux comme un enfant qui retrouverai un peu de liberté après l'école.../
Roger Dautais
Notes de Land art pour La Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Mémoires empilées " pour Erin
Luc sur Mer - Normandie


*


Nue
Frileusement venue,
Devenue elle sans raison, ne sachant
Quel simulacre de l'amour appeler en image
(belle d'un doute inachevé
vague après vague,
et comme inadvenue aux lèvres), ici
d'une autre qui n'est plus
que sa feinte substance nommée


Miroir, abusive nacelle,
eau de pur silex.


Roger Giroux
L'arbre le temps.

lundi 22 octobre 2018

Gemellité  : pour Océanique




La source du temps

Silence, le plus digne hommage !
Quel tumulte d'amour emplit jamais le très profond silence ?
Victor Segalen


Parenthèse ...
Le land art me relie à l'humanité, à l'histoire du monde et me permet d'être moins seul. Il me permet aussi de dire ce que personne ne voudrait entendre autrement. C'est un dialogue entre la terre et moi, entre la mer et moi dont il s'échappe quelques bribes pour les oreilles attentives. Pour le reste des gens, c'est un amusement, une occupation, à la manière des saltimbanques , des peintres ,des chanteurs, des poètes qui à leurs yeux ne servent pas à grand chose.
Ceci n'est pas très grave, je poursuis un chemin d'expérimentation de ma propre vie et j'en suis le premier spectateur. Je me souviens de la phrase de Youenn Gwernig qui disait : "car il faut que chacun compose le poème de sa vie" et cela me suffit comme programme.
C'est dans l'humilité d'un art comme le land art et dans sa pratique quasi journalière que j'inscris ces mots. Penché vers la terre, le dos courbé, je me dis qu'un jour elle arrivera bien par finir de m'accueillir. Je ne suis pas pressé, seulement, prêt.
Roger Dautais
Notes de land art pour La Route 75

Photo : création land art de Roger Dautais
" Gémellité " pour Océanique
Côte Nord du Calvados
Normandie -


*



Yeux de silence.


J'écoute tes yeux de silence
Brandir ce que tu n'oses dire
Brave espoir
Tu exerces ta profession
En intimidant les audacieux
Pour comprendre l'importance
De la couleur des eaux inaccessibles
De la foudre corporelle
De la création d'un cosmos
Où se pavane la liberté
Comme les doigts entremêlés
Regardant un dialogue confidentiel
Argenté de thèmes édifiants
De soleil brûlant
D'essence étincelant la mesure
Pour que ravive le printemps
Royaume des soucis impuissants
Que le sourire pervenche
Écoute avec des yeux de silence.


Mohamed Attaf (Algérie)

samedi 20 octobre 2018

Paroles rouges  :  pour Marie-Josée Christien


.../
Et la vie passe s’efface, existe, malgré tout.
Ce sera bientôt, les cernes d'hiver, les jours gris, les pluies incessantes, lavant les terres noires de la Pointe du Roselier. Ce sera aussi, les longues nuits solitaires passées à hurler comme un loup. Il restera, malgré le temps, malgré les routes empruntées, à suivre les souvenirs de l'été.
Il restera à retrouver les pas des voyageurs de l'au-delà, et puis leurs voix qui répéteront sans cesse :
Dans la mémoire des routes,
il y a toujours des bruits de pas
des matins ensoleillés,
d'autres pluvieux,
des pierres sèches
et d'autres recouverts de mousse.
Et je reconnaitrai ta voix défunte et je me dirai, tiens, cette fois, c'est elle qui m'invite à entrer dans la mémoire des morts. J'y entrerai et je reprendrai la route.
Personne ne m' empêchera de descendre au cœur du fleuve, d'y noyer ma peine, d'en retirer les pierres nécessaires à l'élévation de trois cairns. Ainsi se mêlent souvenirs défunts et vie difficile, pour exister un peu.
Roger Dautais
Notes de land art pour La Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http::rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Paroles rouges " pour Marie-Josée Christien 2007


*


Nous cheminons tous
oubliant que nous fûmes bercés
sur des chemins de terre
éclairés de néons


La route familière
s'efface sous une brume intense.



Nous marchons cependant
car il faut bien aller
quêtant les étincelles d'amour
dans le flux des saisons.

Eliane Biedermann

jeudi 18 octobre 2018

Occurrences Celtes   :  à Christian Cottard
 
 
Il est des jours de travail ordinaire qu'il convient d'offrir
à la nature, afin que l'invisible prenne le pas sur le réel...
R.D.


Dans les plis des mémoires empilées se nichent la foule des rêves stratifiés. Je tire le fil d'Ariane et traverse le temps jusqu'au rivage.
L'apaisant chaos de pierres me parle. Ici est passée la tempête et la rondeur des pierres en est la preuve. Un goéland perché sur les rochers, porteur d'âme en peine, m'indique le lieu du travail.
Entre le silence de la mer et les dires hystériques des sternes, je retrouve mon pays.
J'avance doucement vers la conclusion. Ici, l'espace me délivre. Je n'ai plus à supporter mon tumulte intérieur.
En écho, la voix de Driss, disparu : " demain sera un autre jour".

Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

Photo : création land art de Roger Dautais
" Occurrences celtes " pour Christian Cottard
Côte Sud de Bretagne
 
 
***


Donne toi à l'espace
Il est ta nature

Qu'il te déchante
Ou te reprenne dans les airs

Il est de pluie tu es de rêve
Tu danses sous la mer
Au doux chant des baisers

Quel regret a porté ta mémoire.

Brigitte Maillard

* http://www.mondeenpoesie.net/ ainsi que les autres blogs créés et animés par Brigitte Maillard avec talent et humilité !

lundi 15 octobre 2018

Rachis  : au Docteur Missoury


Tiré de l'oubli...

.../Je vous dis, la vie de land artiste, ce n'est pas fait pour ceux qui traversent dans les clous. C'est vraiment pour ressentir les choses. C'est fait pour sentir, voir, écouter, toucher et goûter la vie au milieu de la nature. C'est d'emmener avec soi tous ceux qui l'ont quittée. C'est chanter la vie, simplement ça, chanter la vie libre dans la brume naissante qui un jour ou l'autre remonte de la mer pour effacer les falaises à suicide.
J'ai repris la route vers les côtes, avec en tête cette phrase de Norge :
" Tout ce qui existe un instant existe toujours".
Mais alors, mes souvenirs...
Roger Dautais

*

à Myriam Montoya

Ne rien regretter
Ni le gel, ni le sol rugueux
Ni le dos cassé au travail
Se courber seulement,
Devant la Nature.

Roger Dautais

D'autres poèmes dans l'Anthologie subjective de Guy Allix
guyallix.art.officelive.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Rachis " cairn en côte de Nacre
au Docteur Missoury

vendredi 12 octobre 2018

Spirale océane  :  à Marie-Claude
Au nom de l’alchimie du hasard…

J’ai beaucoup étudié le land art avant de le pratiquer. Il me fallait comprendre ce que j’allais donner à ma vie, comme nouvelle orientation, dans cette expérience unique et singulière.
J’avais 55 ans
Fallait-il crouler sous une production d’images de masse où alimenter ma propre réflexion ?
Maintenant, je peux dire, sans me tromper qu’en prenant la route chaque jour,les éléments extérieurs ont changé ce que j’ai créé en vingt ans.Cette alchimie du hasard, alimentée, sans cesse, par le paysage, les vents, les intempéries, les marées, a fait entrer dans le jeu créatif  , la notion d’imprévisible et cela me plaisait.
Lorsque j’ai choisi le land art, emboîtant les pas d’Ana Mendieta,j’ai quitté la foule et je suis rentré en résistance contre cette production de masse.
Je me suis mis dans l’incapacité de vivre sans la pratique de cet art difficile.
J’ai appris que la matière organique,contenait en elle, l’imprévisible et ça me rendait heureux .
Le sable de mer, si souvent travaillé dans mes spirales, change de texture, d’une plage à l’autre, de couleur, d’aspect physique, sec ou mouillé, fin ou granuleux.
Lorsque je réalise une spirale, je ne sais pas où elle m’amènera, physiquement, mentalement.
Pour obtenir un résultat vu sur cette photo,il m’a fallu, apprendre, expérimenter. Et pour expérimenter, il faut pratiquer.
C’est pourquoi, devenu handicapé, provisoirement, je me suis fixé comme objectif de réaliser la même spirale, qui scellerait mon retour au monde du land art.
J’approche de ce rêve. Encore quelques mois de soins et cela deviendra, j’espère une réalité..
Je me suis fixé comme règle de vie d’aller chercher l’impossible, non pas dans la possession matérielle, qui est vaine, selon moi, mais dans un ailleurs philosophique où le dépassement de ce qui est atteint, devient moteur et créateur d’espoir.
Qui peut se permettre de juger la raison de vivre de l’autre, même si c’est souvent la règle dans les réseaux sociaux ?
Le temps pour moi, n'est plus à la polémique. Il me reste simplement à prouver, dans les mois qui viennent avant de conclure, que je marche correctement et que j'ai retrouvé la force physique de tracer une dernière spirale.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

" Photo : création land art de Roger Dautais
" Spirale océane " * à Marie-Claude
Etel - Morbihan - Bretagne


***




Cercle

Tu es un frère
On peut s'entendre

Fais moi pareil,
Enferme moi.

Eugène Guillevvic

Du domaine 1977
Euclidiennes 1967 Gallimard

Réchauffons nous,
Vivons ensemble
Et méditons.

Eugène Guillevic

Du domaine 1977
Euclidiennes 1967 Gallimard

jeudi 11 octobre 2018

«  Flottaisons  » aux flaneuses


" Vous n'avez pas de morts, pauvre ami, pas du tout ?
Venez que je partage les miens, avec vous".
Georges Brassens


Mise au point...

De fantomatiques habitants des réseaux sociaux me disent agonisant. C’est faux. Je suis simplement sur la liste d’attente. Je m’écarte de ces glissements sémantiques malfaisants. Ils ont vite fait de vous enterrer vivants. Je milite pour la vérité nue de la pierre qui apostrophe et garde sa liberté d’être elle même. Suis-je un voleur d’images impénitent ou simplement un voyageur doué d’un sixième sens ?
L’Arte Povera m’inspire et j’aime l’extrême précarité d’un merle en hiver. Son chant, né de si peu, est une merveille. Je tente en vain, de l’imiter, dans la retenue des moyens.
Toutes liquidités libertaires abandonnées, je laisse les sponsor qui tentent l’aventure,à leur funeste sort.
J’assiste à une fantastique dégringolade d’idées. Mais laquelle saisir ?
Pourquoi ces flottaisons, au cœur de l’été ? Pourquoi pas une une noyade et qu’on n’en parle plus.
Le soleil se crispe sur les lentilles d’eau. Il se morfond, disparaît, m’endeuille puis revient. Il éclaire la scène. Incroyable résurrection dont je profite.
Roger Dautais


LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
«  Flottaisons  » aux flaneuses
Hérouville-Saint-Clair - Normandie 2007




« l’hiver
les serpents
dorment »

Daniel Biga *

https://www.babelio.com/auteur/Daniel-Biga/167476

mercredi 10 octobre 2018

Les amants de  l'estran  : pour Marie-Claude




Voir le monde autrement…

Cette force intérieure qui me vient du vécu, se heurte aux résistances nocives qu’il me faut contourner. Je veux parler des idées noires.
Il n’est pas question, au moment des installations land art d’exhumer de l’éparpillement des idées quelque ersatz sans saveur.
Représenter le monde avec ce que l’on a comme moyen, ce que l’on trouve et s’en tenir à ça, voilà ma conduite.
Appréhender avec mon corps, le vertige de la non-compréhension. Repartir avec une foule de questions qui se perdront dans le brouhaha du monde, suffit à me construire une espérance.
Les images représentées, ici,avant d’exister, se sont composées lentement : paysage, lieu ,eau, lumière, fleurs, pierres, sable, vent, comme un zoom, à l’envers qui amène les composants à la chambre noire.

Boîte à idées où se mêlent l’amour, la déraison, la colère, l’espoir, le silence. Un capharnaüm indescriptible.
Le temps se dilate. La main transmet, exécute, reprend, pose, hésite, traduit ma pensée.
Je quitte cette situation inconfortable et nécessaire à la création.
On voudrait tout dire en un geste. Il faut accepter ce manque, ces imperfections, ces scories de l’imaginaire.
Demain, je reprendrai la route kaléidoscopique, jusqu’à la rivière qui mène à la mer.

Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" les amants de l'estran " à Marie-Claude
Côte de nacre - Normandie - 2007

mardi 9 octobre 2018

Mémoires .     Pour Tilia




J'ai rejoint le silence...

Je ne sais pas si ce que je fais, se partage. Cela peut se partager mais pas avec tout le monde. Je ne crois pas. Certaines de mes urgences, sont si fortes, si personnelles, qu'une fois traduites, je crains l'overdose.
L'essentiel n'est pas dans le détail de chaque travail, il est bien dans l'inscription à long terme et dans cette envie de vivre ainsi, loin du tumulte.
J'ai rejoint le silence, mon silence. J'attends le prochain départ, avec le désir d'oublier tout ce que je sais du land art, tout ce que j'ai déjà fait ,avec l'intention de laisser la Nature me proposer, d'autres pistes, d'autres inspirations.
Probablement, je continuerai à vous montrer quelques unes de mes créations, si tout se passe bien. Je sens si souvent le courant d'air de la porte de sortie dans mon dos. Désormais, ce ne sera pas long.
Enfant, j'aimais l'école buissonnière. je n'ai pas beaucoup changé. La tentation est trop grande, pour rentrer dans le rang.
Roger Dautais
Notes de Land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com

Photo : création de Roger Dautais
" Mémoires " . Rive gauche.
Pour Tilia , étoile du Chemin des Grands Jardins.
Caen - Normandie 2007


*


je manque de répartie ça c’est depuis
longtemps surtout quand le cœur fait un
boucan à l’intérieur c’est peut-être que les
mots ne sont pas à la bonne place il
faudrait les faire refroidir et moi mes
mots ils sont toujours un peu trop dedans
émus.

Albane Gelé

Extrait de Aucun silence bien sûr

lundi 8 octobre 2018

Cairn sur  l'estran  :  pour Marie


 Les mots sont dévastateurs.
Un mot vous sauve, un autre vous tue.
Amélie Nothomb.


J'ai affronté ma mémoire jusqu'au bout,ce matin d'automne.Tête vide, tel un rôdeur sous la lune, j'ai recherché une solution vers la mer. Elle monte vers moi, sans pitié. Mixture remontée des abers pour me sauver du reste. Je me serais assis en dehors de ma peau, sans ce viatique.
Par crainte d'étouffement, j'ai craché des cauchemars les plus noirs et suis descendu au pierrier.
La mer folle brassait les pierres à grand bruit. J'ai attendu que ce tintamarre me fasse tout oublier et abattre ce cairn comme on fait pour un chêne, en fin de vie.
Roger Dautais

Photo : création land art de Roger Dautais
" Derniers instants " pour Marie
Cairn sur l'estran.

http://marie-aupaysdesimagesetdesmots.blogspot.com/

*


Noyau central

Lorsque les mots parviennent à leur sommet
Ils ont déjà brûlé
Le texte s'écrit
Dans les ponces et les basaltes
Je ne sais rien e ce que je suis
Je ne connais que les scories
Où va le doigt sur le chemin des signes
Obstinée à la phrase
Puisatier du verbe
Je n'ai de lien qu'avec l'opaque

Consumée- c'est toi qui portes le feu.

Claude LOUIS-COMBET

"Petite géologie du cœur " in Le Petit Œuvre Poétique.

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.