La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 7 novembre 2012




Non  loin d'Ardennes
au lac
à Marie-Josée Christien
Equilibre
Le  guingois des doigts gelés
Méridienne rouge
Triangle rouge
Guimbarde au coucher de soleil
Pour Sharon : Le dire avant la nuit



Soleil de roche
à Patrick Lucas : On the road again
Pour Louis Bertholom :  Partition pour les anges déchus...
To the sea : les forces vives



à mon  Père...

J'ai froid. Impossible de me réchauffer dans ce bois. Le temps est humide malgré  un soleil  matinal qui lutte  pour pénétrer entre les feuilles. L’automne est bien  là qui rend ce lieu désert au petit matin. Je ne sais trop quoi entreprendre sinon, de faire demi-tour, entrer  à la maison, retrouver mon confort. Et après? L'inspiration viendra  bien et ma place est ici. Je vais marcher. Marcher  sans penser. Marcher  pour me réchauffer,  pour découvrir ce que j'ai mal vu en passant  à côté. Un tapis de feuilles rousses couvre entièrement le chemin. Je pense  à mon  père, au temps  où nous travaillions ensemble dans les années soixante. Nous passions des journées entières  à ramasser des feuilles  dans le bois du Chêne Ferron,  près de Dinan, afin de réaliser des couches chaudes dans nos rangées de coffres  à châssis. On se parlait peu, chacun  à sa tâche. On faisait des monticules de  feuilles en  ligne, puis avec une fourche, nous nous mettions chacun de notre côté pour rassembler le tout dans  un  grand tas, avant de charger le tout dans une remorque attelée  à la voiture. On faisait deux tour, trois, les bons jours. Dame! le jardin était  à dix  bons kilomètres, avec la manœuvre  du déchargement dans les coffres, ça prenait du temps. Nous étions éreintés le soir. J'étais heureux de ce travail, heureux d'aider  mon  père, aussi qui avait failli se tuer dans un  grave accident de voiture et qui, quelques années  après, était en pleine forme. 
Voilà ce que me rappellent inévitablement, des tapis de feuilles mortes, leur couleur rousse,  leur odeur particulière, les sous-bois, depuis que mon  père nous a quittés. Il habite  là, en quelque sorte et  j'aime cette idée.
J'ai fini  par me réchauffer,  à part le bout des doigts, et rencontrer quatre pierres noires qui  attirent  mon regard. Un rayon de soleil les affleure. Je vais m'arrêter  ici, cueillir quelques baies, ramasser des feuilles d'érable, très peu, et de hêtre, encore  moins, suffisamment  pour me constituer  une palette de couleurs nécessaire au travail.
Malgré le froid qui me serre le dos et  mes doigts gourds, je suis heureux, un  peu extrait du monde et de son bourdonnement de ruche qui nous saoule parfois. Je pars d'un rien, d'un détail sur la roche, je trace une méridienne rouge et me mets  à écrire  une histoire avec des lamelles de feuilles d'érable. Je suis enfant, recherchant dans le jeu un échappatoire  à la souffrance injuste. Je crois que j'ai gardé  ça, ma capacité  à  m'extraire de moments difficiles par la création. Je découpe, cisèle, assemble, choisis  une couleur,  une ligne, une direction. Mon haleine est blanche qui me rappelle le froid. Je passe d'une pierre  à  l'autre, me relève, compare, ajoute  un détail,  puis décide que c'est fini  pour aujourd'hui. Je prends quelques  photos.Toujours mettre une fin aux choses pour se rappeler que nous sommes dans l'éphémère et que trop bien faire serait s'attacher  inutilement  au  travail. 
Je pense  à Marie-Claude qui doit m'attendre. J'ai envie de la rejoindre, de la retrouver, de revoir son sourire qui me garde en vie, ses yeux  incomparables.



Roger Dautais

Ce texte concerne les  photos 3,4,5,8,9.



Demain
C'est sûr
Je recommencerai
A courir les chemins creux
Pour sentir les herbes  mouillées
Pour caresser  l'herbe
Et  me perdre  dans les campagnes inconnues.
L'aube glacée
M'appellera  vers les monts
J'y grimperai
Les jours de solitude
Dans les matins blancs
Quand le cri  des corneilles
Déchire les premières gelées.
Mes  pierres seront toujours là
Pour toi
Elevées en cairns
Avec des feux de bois
Pour réchauffer mes souvenirs.
Je dirai quelques mots
A ces oiseaux noirs
Pour célébrer ces instants
Avec  eux
Et  je repartirai
Vers  l'inconnu.

Roger Dautais

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.