La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 23 juillet 2014

Ar tad :  pour Kenza
Mamm -gozh :  pour mémoire de silence
War dreuzoù Mor Braz : Pour Marie-Josée Christien
Boîte  à  mémoire Alréenne : pour Marty
L'écho de Saint-Jean : pour Anne des Ocreries
Amnésies rouges :  pour Isabelle  Perronneau


La part belle du Loc'h : Pour  Laodina Legall
La vie hors cadre : pour Serge Thébault
La confidence en ria : pour Isabella Kramer
Digenvez : Pour Rick Forrestal
Anaon.  : pour Guy Allix
Love story for ever : pour Marie-Claude
L’embarquement en ria : Pour Sylvie F.
La vie-la mort :  pour Erin


à Marie-Claude, seulement
car nous ferons route ensemble jusqu'au bout...


 « beaucoup à désapprendre pour voir sourire un arbre » 
(Albane Gellé, L’Air libre)


La route est bonne  à prendre qui me tend ses bras  en ces temps où  les bombes délirent et les enfants succombent. Je n'ai à dire au revoir  à personne, ni  merci,  puisqu'ils ne veulent pas de  moi. Gardez vos certitudes, vos guerres, vos manifs. Je m'en vais depuis si longtemps.

 Dire au vent de ne rien oublier, de prendre le relais de ma mémoire amnésique J'ai en  poche un rouleau de papier et ces vers recopiés de J.Tanner : 

J'écris le tumulte silencieux
d'un enclos crucifié
au ponton des mémoires
et le fleuve inerte
transperce les rizières
muselées
oubliées. 

Il sera enfoui en terre sacrée, humus de  poussières d'os, routes éclatées du Mané Kérioled, du Ménec, kermario, Mané rutal, Mané lud,  Luffang. Pierres plates, levées, dolmens, toutes et tous reliés, connectés, transfusés par ce  poème né d'une étoile jaune entrée enfant dans le drame absolu de  l'exil  pour échapper au rafles.
Jamais vu un pareil foisonnement de fougères. Ce pays a des générosités qui dépassent l'entendement.
Je sais maintenant que mon père à  lâché ma main, avancer vers la conclusion, sans peur. Mais avancer ne veut pas dire comme je l'expliquais  hier  à Serge, plaire  à tout le monde et faire des concessions en veux-tu en voilà. J'ai cassé le mode d'emploi d'une vie rangées. Je me délecte de cette joie sauvage qui en découle.
Je suis ma route et verrais bien  où elle me mènera chaque jour. Je n'ai pas  à supporter le passage  obligé de mon tumulte intérieur.

L'été se met en pause. Je goûte  à cette averse inattendue qui rafraîchit  mon corps et  l’accompagne jusqu'au bout des doigts. Eaux océanes, eaux saumâtres des rias, ruisseaux et rivières, lacs, étangs endormis, mares aux lentilles ,  sources cachées, vous souffrez de l'incurie des  hommes et je comprends votre détresse. Sans vous, que serais-je sinon déjà mort. Petit fils de sourcier,  je frissonne  à votre approche et répare mes failles,vous confie mes secrets. Et  pour avoir rendu dignement la salamandre d'or  à la terre, non  loin de notre maison, je me fais ami des batraciens.

Dans les plis et replis de la baie Saint-Jean, le soleil joue sa fin de partie sur les bruyères d'été. Face au couchant, j'élève quelques cairns. Ils sont tous dédiés  à quelque disparu mais je n'en dis pas  plus aujourd'hui pour apaiser les doutes de certains. L'entendement au premier degré tue toute poésie de  l'instant et m'éloigne de ces obtus.
 Entre le silence et les dires, le bavardage des pies énervées par l'orage et mon incapacité  à leur répondre, accompagne mes travaux de land art.
Alors que j'exprime le hors cadre, je suis assailli  par une pensée. Mais que diable vient-elle faire, dix ans après dans ma mémoire ?

... Chaque semaine, en Normandie, autour d'un café, je lui décrivais en détail, mes sorties land art.Cette fois,  il s'agissait d'une de mes nombreuse marches sur cette voie ferrée, très  ancienne, bien au-delà du pont métallique et suspendu qu'elle connaissait aussi. Il y passait un  train par jour et depuis tant d'années que je l'arpentais, les chauffeurs de loco me connaissaient. Ils me saluaient au passage, alors que j'élevais des cairns sur les bas côtés de la voie. J'imaginais Kerouac, Guthrie, bien sûr et leur emboîtait le pas, sac au dos, avec ma fidèle chienne noir et feu, Morgane.
Michelle  m'écoutait et me disait que j'étais devenu  un hobo du land art. Américaine, elle adorait la beat génération et venait de Los Angeles. Lorsqu'elle était inspirée, nous pratiquions le land art ensemble, dans mon groupe Plages de Liberté, avec Lee, la coréenne, Rose-Mary, l'anglaise, Elizabeth, la canadienne et Marie-Claude, ma femme.

J'ai déserté les sables de la côte transformés en barbecue géants, véritables poêles  à frire  pour touriste en mal de soleil qui tape  à plus de 30 degrés. Ils sont bien  là et moi, ailleurs.
Je rejoins mes pierriers bordés aujourd'hui  par une mer scintillante. J'essaie une pair de chaussure neuves. Important pour la stabilité d'avoir de bonnes chaussures. Travailler dans ce chaos, certes attirant, car toutes les pierres sont belles, n'est pas sans danger et qui est négligeant, termine par terre, blessé ou cassé. Il faut assurer chaque pas,  même si la pierre semble stable, car elles tournent souvent. Une fois le lieu choisi, j'imagine ce que pourra être le cairn : forme, nombre de pierres, petites  ou très  lourdes. J'approche la  plus grosse qui sert de base et je vais chercher les autres, une par une. Par ces temps de canicule, je dois faire plus attention et faire des mouvements moins brusques pour que mon cœur suive car  le transport de chaque  pierre, les plus lourdes dépassant souvent les 25 kilos, en terrain hostile, est très éprouvant. Lorsqu’il pleut, c'est encore  plus dangereux. Je peux en témoigner  pour  m'être blessé très souvent en pratiquant le land art, notamment dans les carrières Normandes;Très vite en sueur, je m'hydrate beaucoup comme pendant mon entrainement sportif de la semaine( au  moins 4h30). Aujourd'hui,  j'ai une réussite de 100%. Aucun cairn ne s'écroule et je trouve chaque  point d'équilibre, avec facilité. Je suis en ce moment, calme, équilibré, heureux d'être ici. Cela se répercute dans  mon travail.
Je prends mes photos et, comme souvent  l'été, je ne suis pas le seul. C'est toujours  plus agréable d'avoir  un petit salut. Rien cette fois. Ils photographies, expédient, immédiatement et partent. C'est la classe !

J'en profite pour répéter  ici que mes photos ne sont pas  libres de droit et je les retrouve  un peu partout, quand elles ne sont pas anonymes et appropriées par l’emprunteur( Je pense  à facebook)

La route dévore ma vie et je n'ai d'autre ambition que de la nourrir.
 Kenavo

Roger Dautais


une femme elle reste à la fenêtre elle ne
se jette pas par-dessus bord elle n'ouvre
pas elle regarde la vitre ou quelque chose
dehors derrière la vitre on n'en sait rien
elle ne dit rien de ce qu'elle voit est-ce
qu'elle voit seulement et puis son front
il est collé ça fait de la buée sur cette vitre
qui la sépare du monde


Albane Gellé, Un bruit de verre en elle, Inventaires invention, 2002, page 25



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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.