La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 23 janvier 2013

Le présent orangé au passé
Sur la route de Balbec
Équilibre :  pour Brigitte Célérier
Diagonale gelée
Cohabitation des saisons
Petit signe aux migrateurs
pour Marie-Josée Christien : Attachement:
Évolution
Pour Guy Allix : Une fois dit
La Terre, elle souffre...
Voluptueux silence
Le guetteur de l'ombre
Le voyage de la sphère : à Denise Scaramai

à Guy Allix, fraternellement


Sur la route de Balbec, l'adieu des bois flottés

J'ai pris la route de Cabourg. Le soleil perce la couche de nuages en fin de matinée mais il  reste pâle.La radio nationale est en grève. Je profite d'un flot continu de musique.Je roule depuis  une demi-heure. J'aperçois le phare de Ouistreham.,  puis la mer, au bout de l'estuaire. Je gare ma voiture sur le bas côté et je prends le chemin  qui borde  la réserve d’oiseaux de Sallenelles.
Devant  moi s'élève une digue qui masque les marais servant d'abri aux migrateurs. Trois oies décollent de la zone humide dans un  lourd battement d'ailes. Elles volent en  ligne  puis modifient leur formation avant d'amorcer  un long virage  à droite. Elles survolent tout le marais  puis reviennent droit vers  moi. Le spectacle est impressionnant. J'observe très bien leur bec orangé et ce long cou très reconnaissable..Elles obliquent vers l'Est et prennent la direction de Balbec.Sans doute rejoindront-elles le canal pour s'y poser et nicher  plus tard.
Le chemin est boueux, glissant, à cause des dernières marées qui l'auront recouvert. J'arrive au niveau d'un ancien cairn qui a un  peu souffert, mais reste reconnaissable. Je pose mon sac et j'entreprends , sans trop de mal de le retaper.Les pierres ont été jetées  à terre, mais elles restent  à portée de main, ce qui est bien  pour  moi car elles sont lourdes. En 45 minutes, tout est en ordre. Avec ce genre de pierres,  il faut bien assurer chaque calage car elles sont lisses et glissantes. On, est toujours  à la limite de l'éboulement.
Je quitte les lieux, reprend  ma marche et arrive bientôt sur la plage. La configuration des lieux évolue sans cesse, comme souvent dans les estuaires. La plage est parallèle au fleuve et borde le  marais de la réserve. Elle commence en pointe  et va, s'élargissant, vers le port de plaisance, déserté, l'hiver. PLus de sable fin. La mer  a y dépose des alluvions et bientôt, ce ne sera  plus qu'une grève glissante. L'estuaire s'envase chaque jour.
Je longe le mur en traverses de rails de chemin de fer, qui retient la dune et la protège contre les coups de boutoir des  marées les plus fortes. A l'extrémité Nord de ce mur, je découvre une énorme souche d'arbre déposée par la mer à  l'endroit même  où,  il  y a quelques années, je commençais ma série de"Gisants de Sallenelles".
Je décide de travailler, ici, en souvenir.Ce lieu ne m'a pas encore tout dévoilé de sa force.
Je vais orienter ce gisant Est-Ouest, la tête au soleil levant, les pieds au soleil couchant. Je travaille  à genoux. Il  prend forme et sort du sol. Le dialogue s'installe. Malgré  moi, la tête s'est inclinée vers la gauche et je ne le vois que debout. Je trouve ce dernier geste, touchant. Il humanise mon gisant, bien que je ne cherche pas  à faire ressemblant  mais simplement  à évoquer  une forme capable de s'exprimer toute seule. Quelques marcheurs, passent, s'arrêtent en silence  puis continuent leur chemin. Qu'en  ont-ils pensé. Est-ce que, comme  pour moi, cela les renvoie  à leur  propre questionnement sur la mort? Le soleil baisse déjà et je dois terminer avant la nuit. Je pars  à la recherche de bois flottés afin de constituer  un enclos autour du gisant. Une porte  ouvre cet enclos vers  l'Ouest, vers le fleuve qui va  à la mer. Tous ces signes mis en  place sont comme  une sorte d'adieu donné au gisant  par des  bois flottés. L'adieu des bois flottés: le grand départ. Il  manque quelque chose,  un geste,  un dernier. Je dépose trois oranges  à ses pieds que le soleil réchauffe de ses derniers rayons. Si  j'étais  musicien, je lui composerai de la musique.
Une femme accompagnée d'un gros chien, s'approche de l'installation. Je n'aime pas les gros chiens, d'abord parce que j'en ai été victime et qu'en  plus,  ils peuvent te ruiner un  travail en quelques minutes. Tout se passe bien. Elle me questionne car elle a vite compris de quoi  il s’agissait.
- "C'est toujours aussi triste" me dit'-elle?"
Je lui répond que non et je lui explique ma démarche d'artiste, de la part de ma vie qui se joue ici, des voyages, des saisons, de  l'âge qui me transforme et qui avance.
Elle comprend mieux.
Un  long cordon sort des pieds du gisant passe la porte et s'en va vers la mer comme  pour leur indiquer le chemin  à tous les deux. La rencontre se fera forcément et pas obligatoirement telle que je l'aurai  imaginée.
Je me lève et  lui souhaite bon voyage. Tout est fait. Tout est dit.
Je reprends le chemin du retour. Le soleil touche l’horizon. L'instant est sublime et  j'aimerai le partager avec celle que j'aime et qui  m'attend.

Tout ceci se passait la semaine dernière. Depuis, le froid s'est accentué, la neige est venue, repartie, puis la pluie et toujours le froid. Je suis sorti travailler dans ces conditions, continuer à baliser mon chemin de petits  ou  grands signes que la nature aura digérés. Rien n'est facile en cette saison mais la démarche vaut d'être vécue. On ne peut  toujours être dans une jeunesse éternelle ni dans  un été qui n'en finirait pas. Il faut faire avec, avancer vers l'inconnu, l’échéance.La finitude n'est pas qu'un mot !
 Je vous montrerai la suite de mes travaux puisque certains sont déjà sur cette page.
Merci à vous qui êtes chaque semaine,  plus nombreux.

Roger Dautais



 Poèmes en sursis


Il gravera ses pauvres cris dans le vent d’hiver
Et nul n’y répondra que cet immense mépris
Plus froid que le vent
Plus lourd encore que le rocher de Sisyphe
Il n’y aura pas de répit avant le terme
Mais ce seul souffle saccadé et urgent
Cerné par le gel et qui tentera
Un mètre de plus encore et malgré tout
Pour porter la vie au plus loin de la vie
Même quand il se fait très tard
Même à l’heure définitive.


***


Tu sais que la parole vient de loin
D’un pays étrange
Dont tu n’entends au juste la langue
Mais dont tu répercutes l’écho indéfiniment
Tu sais que la parole vient de loin
D’un pays étrange
Dont tu n’entends au juste la langue
Mais dont tu répercutes l’écho indéfiniment

***

Et après tout qu’importe la fin
Tu es venu ici-bas
Pour inscrire ce qui naît
Tu es venu ici-bas
Pour vivre un court instant
Ce qui n’a pas de fin


Guy ALLIX
 http://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/guy-allix
 http://poussierevirtuelle.over-blog.com/article-poemes-de-guy-allix-52132718.html

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.