La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 24 mars 2014

La grande tribu :  en hommage  à Youenn Gwernig
Les  jours heureux :  à Marie-Claude
Tombolo blues :  pour Gwenola
L'étranger bienvenu :  pour Sadaya
Ô  Ria :  pour Claude Pélieu
L'heure unique et solitaire :  pour Anne Le Maître
Embarquement  pour l'autre  monde :   pour Tilia
Chaque seconde rouge versée ici :  pour Annaïg

Double règle du marais :  pour Bagghia Shree
Toul  chignaned : pour Serge Mathurin Thébault
L'équerre et le chemin :  pour Christian Cottard
Gémellité pentue : pour Erin
Fleur des 7 Îles : pour Mari-Loeiza
La seconde vie de  l'arbre : Pour Marie-Josée Christien
Boîte  à  mémoires nues : pour Anne des ocreries


Aux trois filles de Youenn Gwernig,
 Annaïg, Gwenola et Mari-Loeiza en toute amitié *


Comment je suis passé de  l'hiver au  printemps...


Le soleil est apparu, franc, oblique, venant de  l'Ouest, bien  longtemps après que les eaux du golfe  n’eussent recouvert la phrase de Youenne Gwernig : " car il faut que chacun compose le  poème de sa vie ". Je venais de  l'écrire dans le sable du tombolo rejoignant les sept îles au continent,  à marée basse. Ainsi se déroula la partie la  plus importante  du dernier jour de mon soixante et onzième  hiver, sous  une pâle  lumière.
" ce sera  un  jour sans  lui "  m'étais-je dit en arrivant sur la  plage. Cela ne m'avait pas empêché de faire une  longue pause pour observer ce paysage du golfe qui gardait, comme seule la Bretagne sait le faire, le  même caractère magique quelque soit le temps.Les  îles, cela ne manquait  pas dans les parages, avec des noms de rêve Er Runro, Radanec, Gavrinis, Île de la Jument, Île aux moines,  pour les  plus proches des sept îles où je me trouvais. 
Comme  hier, des oies  bernaches se tenaient à une vingtaine de  mètres du bord,  plus nombreuses, cette fois, trente, peut-être quarante, indifférentes  à ma présence. L'écho de  leur  bonheur et de leur tranquillité, m'atteignait. Courant avril, elles s'envoleraient jusqu'à la Sibérie,  pour certaines d'entre elles. Qui n'a pas rêvé de les accompagner en vol  jusqu'au lac Baïkal ? Assis sur une roche, je suivais le vol sur place de deux goélands, face aux vents d’ouest, bien établis, maintenant et qui refroidissait l'atmosphère. Habituellement  beaucoup  plus nombreux,  ils  profitaient de  l'espace au maximum. Deux sternes vinrent s’ajouter au tableau et se posèrent à quelques  mètres de  moi,  pour bricoler dans les goémons et gagner  leur croûte.
Je m'étais juré de passer de  l'hiver au printemps, en marchant. Marcher comme d'autres écrivaient, marcher ma vie pour éviter une catastrophe. C'est si vite arrivé lorsque le moral vous quitte.
Une spirale de  plus s'inscrivait parfaitement dans cette volonté de faire. Elle était  pour  moi, comparable au voyage, avec  un début et  une fin. La concentration, je l'avais, l'application et la force  physique, aussi. Restait  à atteindre le lâcher-prise qui me permettrait d'ouvrir la  porte aux rêves. Tout allait vite dans la décision, la mise en route. Tout sauf l'avance des travaux  puisque  mon  pied gauche, servant de soc de charrue, avançait de 30 centimètres  à chaque pas. Rien de plus. Sachant que le tour final ferait au  moins 45  mètres, ce geste se répéterait 140 fois la  manœuvre, simplement  pour le boucler.
La mécanique cerveau-corps tendu-pied, fonctionnait bien et la fatigue se fit sentir  normalement, avec des  crampes aux jambes.
La machine  à rêves se  mit en route avec  une kyrielle d'idées, parfois  noires,  plutôt agréables et en  grande quantité. Sous un soleil caché et un ciel enveloppant, un  peu gris, stressant, pas question d'abandonner car à force d'attendre que les idées viennent, tu te fais envahir par celles des autres !
C'est comme  ça, qu'une fois de  plus, j'entrais dans le  monde Youenn Gwernig. Je revoyais cette veillé chez Anne Vanderlove , en compagnie de Gilles et de Marie-Claude à Kergrist, au pied du Méné Bré. Ses deux dogs endormis  près de la cheminée, Anne avait chanté après le diner, avec sa voix inoubliable, si touchante. Nous avions ensuite  parlé  poésie :Angela Duval, Youenn Gwernig. Puis elle  m'avait offert un de ses  livres An Diri Dir (les escaliers d'acier) poèmes  trilingues écrits aux États Unis, lors de son exil. La vie de cet homme ressemblait  à une légende, une vie incroyablement riche que j'avais aimé, par la suite , croiser dans son  œuvre. Et  puis,  il y avait surtout cette phrase que j'écrivais  le plus souvent dans les sables " Car  il faut que chacun compose le  poème de sa vie", faite mienne, comme une sorte de direction  à suivre, ce que je faisais maintenant depuis 35 ans.
Je l'écrirai encore en ce dernier  jour d'hiver dans les sables du Golfe du Morbihan, pour que la mer  la prenne, l'apprenne, l'engloutisse et la répète  à l'envi au  plus  loin qu'elle  puisse  l'emporter.
J'ai tourné ma spirale en un  peu moins d'une heure quinze. J'ai sorti ma boussle de  ma  poche afin de  matérialiser  un axe Nord/Sud. Je pouvais ainsi, me positionner dans l'espace, dans la géographie du pays.  J'ai chois 3 grosses  pierres , une serait le gnomon du centre, les deux autres, le nord et le sud.
Je suis allé ensuite chercher des pierres pour les positionner sur la circonférence et définir douze  points d'orientation.
 Tout cela avait  pris du temps. La mer arrivait, me cernait par l’ouest et le nord et elle était  à deux mètres de  moi lorsque j'ai commencé  à écrire la phrase de Youenn. Ce jour  là, elle fut la plus rapide. Le temps de prendre quelques  photos, elle avait englouti la moitié de  mon  travail..
J'ai donc recommencé  à  l'Est de la spirale et cela s'est terminé comme  la première fois. Je m’imaginais  oiseau planant, suivant cet  océan en train d'envahir le golfe, contournant les îles, arrivant aux sept iles, lisant  à  l'aveugle les sables bretons, la phrase de Youenn, avant de la digérer, de la garder en  mémoire de vagues, comme  un cri du cœur,  un poème flottant, un écho qui s'accrocherait au temps,  à  l'usure des marées, jusqu'à en devenir un  lei-motiv, dans chaque  houle, chaque tempête, pour rappeler aux hommes que  rien n'est perdu tant qu'il reste un poète pour chanter la vie.
J'avais envie de cette transmission par la mer, pour le dires aux trois filles de Youenn Gwernig, Annaïg, Gwenola et Mari-Loeiza,elles  qui venaient de  l'autre coté de  l'Atlantique, avec une âme de  poète, avec tant de souvenirs de leur  père. Je voulais leur dire et le faire passer  par ce rituel de la spirale, en toute fraternité.
S'en suivit l'éclosion de la fleur des 7 îles qui serait ma dédicace  pour Mari-Loezia.
Fleur née entre la laisse de  mer et le trait de côte,  à l'abri des vents comme  une douce  intention poétique.

Le premier  jour du printemps, je l'ai célébré en réalisant des offrandes flottées, sous  l'aulne et le noisetier, avec l'eau de source comme  médiatrice, car  l'esprit de  mon grand-père paternel habite les sources du pays. Il faisait froid  mais mon esprit était en paix et joyeux.
Les  jours suivants passèrent par les tombelles de Kernours en quette du souffle,  puis au pied du chant des  morts , par la grande diagonales des cendres, alors que le vents jouait sa  musique dans les pendrions de bambous.,  pour faire  mon offrande-cairn  à la ria.
Il  m'a suffit , afin de clore cette série de  petits voyages en direction du rêve, de passer le  pont noir, suspendu au-dessus du Sal,  pour aller saluer l'âme des bateaux au cimetière marin, en  bordure de forêt. J'y ai trouvé le calme de  l'heure  unique entre deux giboulées et le chant de  l'arbre  mort pour ses voisins dont les carcasses reposent pour leur éternité sur la vase de l'anse.
L'année  pouvait continuer.

Roger Dautais




INVITATION

I am inviting you, dear Humanity
on the time and day you like
(pipers are always playing)
to a party without tuxedo
come on naked, come on naked
I want you
to come on naked
and dance in the ballroom of my heart.

Well, this is my invitation
I think nobody will come
but day and night
and this is my pledge
I’ll keep my door unlocked.
PEDADENN

Ho pediñ a ran, Denelezh ker,
d’an deiz, d’an eur a blijo deoc’h
(dalc’hmat e son ar sonerien)
d’an abadenn hep dilhad sul
deuit e noazh, deuit e noazh
fell a ran din
ho kaout noazh
da zañsal e sal va c’halon.

Ma setu va c’hartenn gouvi
krediñ a ran ne zeuio den
met noz ha deiz
ha sed ul le
e vano dor va zi debrenn.
INVITATION

Je vous invite, chère Humanité,
au jour et à l’heure qu’il vous plaira
(il y a toujours des sonneurs de service)
pour une réception sans habit de rigueur
venez nue, venez nue
il me faut
vous avoir nue
pour danser dans la salle de mon cœur.

Eh bien, voici ma carte d’invitation,
je pense qu’il ne viendra personne
mais nuit et jour
et ceci est un vœu
il n’y aura pas de verrou sur ma porte.
Youenn Gwernig
Les filles de Youenn Gwernig  viennent de réaliser  un formidable travail de  mémoire  pour  honorer leur père et faire  mieux connaître son  œuvre puisqu'il n'est plus de ce  monde 

   PEDADENN - INVITATION  CD et Vinyle 33T 
"La Grande Tribu"  chante  Youenn GWERNIG  
Douze chansons pour un hommage en famille avec les amis.

www.gwernig.com   pour les retrouver
  lagrandetribugwernig@gmail.com  pour leur écrire
    

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.