La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 18 mars 2019

Cairn du souvenir  :  pour Tio + *



à Christian Cottard
frère d'écriture.


Durant ces dernières semaines, une longue indifférence m'avait entourée sournoisement, depuis que mon opération du cœur s'était annoncée. Rien de violent. Non, les mots changeaient de trottoir, les regards fuyaient. Même les chiens détalaient en courant devant moi.
Je suivais Tio et Zac sur le même trottoir. De vieux amis que je n'aurai dérangé pour rien à cet instant. Je me suis dit au même moment : : tiens, je suis vieux, je commence à sentir.
Beaucoup craignent cette maladie sociale. Et pourtant, à moins de se faire écraser, ou de mourir brusquement terrassé par un infarctus, vers 30 ans, leur vie future les amènerait un jour à la vieillesse. Et justement, ce pays là, habité par des séniles leur faisait peur.
Alors, je suis parti pour de bon. J'ai quitté la maison. Comme j'étais voyageur, je me suis retrouvé loin de chez moi, tout à fait à l'aise.
Tio venait de fêter ses quarante six ans et elle m'avait confié quelques poème de son cru, recopiés sur des petits papiers blancs, roulés sur eux-même. Sa main de femme exquise, , les avait entourés d'un ruban rouge, pour souligner le côté cadeau fait à la nature.
J'ai pris la route qui menait à la voie ferrée. J'aimais les voies ferrées, les chemins creux, les plaines sans fin, les carrières dangereuses, les chênes et les oiseaux, surtout les sternes.La mer était mon paysage préféré. Pas de quoi rester longtemps seul,avec ces amis.
Après quelques heures de marche, j'entendis le chant de l'Océan. Il avait le pouvoir de me calmer aussitôt.
Le vent s'était levé lorsque j'étais arrivé à Ty Bihan. Je me suis mis aussitôt à l'ouvrage, élevant une série de cairns face à la mer.. J'ai réparti tous les poèmes dans ces pierres levées, puis j'ai allumé un feu de solitude.
J'étais heureux, loin de cette hypocrisie déambulant , mielleuse qui me souhaitait une bonne santé et pensait le contraire.
Les poèmes prirent la mer à chaque écroulement de cairn. Je pensais à Tio que j'aimais tant et qui, elle aussi n'en avait plus pour longtemps à vivre. Roger Dautais
Notes de Land art pour La Route 77

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Cairn du souvenir " pour mon amie Tio + *
Bretagne Sud - 2014

* Tio est morte en 2014 dans  l'indifférence d'un monde cupide.

4 commentaires:

  1. Je viens de vous lire sur G+

    C'est beau ce que vous dites Roger. Apprivoiser sa vie est peut-être utile pour nous.
    Merci pour cette belle page vivante.

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  2. Dernière offrande à la mer
    Pour chanter malgré tout
    La vie dans le souffle des marées

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  3. J'ai aussi une pensée pour Tio qui n'a pas tout à fait disparue...

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  4. Frère d'écriture... Honneur.

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.