La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 25 juillet 2020

" Guetteur de marée" à Nathalie Novak





À Marie-Claude, femme aimée.
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Années 40 .
J’avais, s’en m’en rendre compte, bien fait partie des enfants de nulle part, comme Edfith et Maud, comme Titi, des fleurs de caniveau que si peu de monde regardait. Dans cet après-guerre, l’enfance s’élevait toute seule, encore heure se manger et de ne pas dormir dehors.
On avait appris tout ce qu’il ne fallait pas, dans la rue. Restait l’autre partie de l’éducation, dont on ne voulait entendre parler. Et cela brouillait les codes.
Nous étions des créatures frêles. Pour moi, commençait une dizaine d’années où j’appris ce qu’était la maltraitance, la douleur, la faim. Ma façon de voir l’avenir était très floue. Je comprenais, années après années que la place qui m’était impartie dans cette société, ne me convenait absolument pas et je décidais très vite de la quitter.
La marge me tendait les bras, c’est encore très jeune que j’en fis mon lieu d’existence Si l’espace adopté était un peu exigu, pratiquement pas occupé par mes semblables, il me revenait de le creuse pour augmenter sa surface habitable. Mon imaginaire s’en chargea très vite.
Les horloges tournaient.
Le temps passait, favorable aux héroïques hommes d’affaires, qui non seulement avaient copieusement trahi le pays pendant la guerre, mais en recevaient, une fois la paix revenue, toute la gratitude qu’il convient d’exprimer à la richesse la plus crapuleuse, l’argent n’ayant pas d’odeur. Devenu adulte, le choix était simple, où j’entrais dans les combines, ou je refusais, me condamnant à marcher toute ma c vie à l’ombre. Ce système cachait son, fonctionnement, verrouillait les postes importants et cadenassait le reste.Dans ce monde l’on ne me demandait rien, excepté de me soumettre. Je savais prendre une apparence feinte, entrecoupée de fugues. Vivre était devenu une sorte de clandestinité, si souvent vécue dans mon cagibi de malheur où mon père m’enfermait, privé de tout.
1995
Plus tard, était venu le temps du land art pour moi, qui allait prendre le dernier tiers de ma vie. Il devenait mon langage, derrière lequel je m’effaçais, et qui me permettait de communiquer, dans mon pays natal, où, à l’étranger. Il me posait des questions les plus inattendues, et me donnait les réponses chargées de m’apaiser.
Tout ceci se passait hors du monde et au cœur de celui-ci.
Dans les strates de ma mémoire amnésique, se trouvaient des lieux secrets, comme cette réserve naturelle d’indociles marais, piégeux comme des belles filles.
Mais sur les rives,je découvrais, avec émotion, les rousseurs au cœurs palpitants, des plus têtues des fougères. Il avait bien fallu, qu’elles cèdent, elles aussi, à leur jeunesse sauvage, pour qu’elles acceptent, à l’automne de leur vie, donner le meilleur, avant de sombrer dans l’entropie.
J’apprenais tous les jours.
La dépossession de l’œuvre, était enrichissante. Le land art m’apprenait que parfois, venait se mêler des histoires d’argent, de droit, qui assombrissaient le tableau. La célébrité ? Je l’avais connue, mais l’idée n’était pas d’être en avance ou pas, pour suivre une mode. Non, je préférais être sur la déferlante et prendre tous les risques dignes d’une vie bien remplie.
Insoumis au système, on me proposait des arrangements pour y revenir. Un oui de ma part aurait eu valeur de rédemption. Comment pouvais-je y croire, à cette rédemption, puisque mon ciel était vide.
Avais-je marché assez ? Avais-je bien ressenti ce vide qui s’installait en moi, précédent la création ? Qu’avais-je fait de ces vibrations nées de mes plus belles émotions ? J’avais choisi de poser mon sac, attendu ce silence qui se faisait en moi, pour saisir la première pierre du premier cairn de la journée, saluant le soleil, et vivre dans le paysage, pour un instant devenir le paysage, enfin.
J’étais alors, dans cette démarche dépouillée de tout orgueil, redevenu l’enfant du caniveau, pendant que la vie devait être belle ailleurs, et qu’il suffisait d’aller la chercher.
Roger Dautais
Route 78
Photo : création land art de Roger Dautais
" Guetteur de marée" à Nathalie Novak
Bretagne-sud

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.