La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 20 juillet 2020

« L’échelle de Jacob » à Brigitte Maillard




L’histoire d’une vie s’inscrit dans le
corps tout autant que dans le cerveau.
Edna O’Brien
à Marie-Claude.
*
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Certains jours de misère, l’océan mangeait des pierres.
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La mer respirait à peine, juste des petits haussements d’épaule qui généraient une faible houle. Certains jours de misère, l’océan mangeait des pierres. Je savais son appétit pendant les tempêtes d’hiver. Il était capable de foutre un désordre terrible en quelques heures, et même parfois de prendre des vies en Mor Braz. Que saviez vous de tout ça ensuqués dans le confort ?
La côte avait l’âme rude et pierreuse. Sa complainte était mélancolique.J’aimais m’y perdre, en attendant les belles occurrences pour commencer mes installations land art. La présence des oies bernaches qui broutaient à proximité , était rassurante. J’aimais leurs échanges bavards qui remplaçaient allègrement le bavardages des touristes aux questions stupides.
J’avais toujours préféré cette solitude contemplative, loin des cages cadenassées de la société bourgeoise. L’entre-soi me fatiguait très vite.
La vie voulait que mon chemin passa par ici ce jour précis et je n’avais aucune raison de m’en réjouir.
Par les nuits de forte lune, les deniers d’argent couvraient la surface de la Mor Braz. Puis ils rejoignaient le fond, autour des ramassis des péris en mer dont l’eau fortement salée, blanchissait les os. Ces rutilances de surface, arrachaient les yeux des guetteurs de marée, au pied des leurs feux de solitude, je les ressentais jusque dans mon âme, capable ensuite, d’enchanter le lieu où je me trouvais. Elles influençaient mes créations. Si par hasard, la petite musique du succès, s’insinuait dans mes pensées, je la chassais comme l’intruse qu’elle était, suceuse de sang noir et de synapses. Seul mon cœur avait le droit de battre la mesure, comme le tambour du monde.
Je recherchais la belle forme du cairn, l’extrême limité de l’équilibre, capable de s’harmoniser avec le paysage marin.
Le land art restait une école de l’humilité, obligeant à intégrer l’échec dans le process de création.
Le courage nécessaire à toute construction éphémère, lourde,se ressentait dans tout le corps mis à l’épreuve. Chaque muscle, chaque tendon éprouvés par la douleur acceptée était poussé au plus loin de sa résistance physique.
Parfois, un chapelet de cris et d’onomatopées ponctuaient mon travail,. J’y avais l’impression de le rendre plus acceptable.
Puis, j’étais avec le temps, devenu l’ombre de moi-même, ouvert de partout, recousu, blessé. Je marchais à reculons, poussé par le vent.
Ma danse solitaire sur le rocher, était celle de la fascination. Aucune saison n’existait autre que l’instant où mes rétines dilatées provoquaient la rupture de sens et l’arrivée des anges déchus du Sad Paradise. Je repoussais la peur affrétée par le nuit, qui aurait tiré le rideau. Ma gueule saisie par le froid des embruns, bleuissait, lâchant les derniers jurons à la mer.
Non ! Je ne mourrai pas, ici, ni ailleurs ! Mutin embarqué dans cette galère, je refusais l’autorité de l’ankou. Une solution me venait à l’idée pour échapper à cette finitude. Je bifferai mon nom sur la liste des prochains appelés à mourir par la camarde.
Dorénavant, j’irai, fièrement, sans dieu ni maître, jusqu’au bout de mon histoire.
Roger Dautais
route 78 . Après la bascule.
Photo : création land art de Roger Dautais
« L’échelle de Jacob » à Brigitte Maillard

7 commentaires:

  1. Le plaisir de relire cette page sur l'ordinateur retrouvé... beaucoup plus agréable que la lecture sur un téléphone !
    je te souhaite une douce journée

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  2. I walked in a forest, new to me, with my son. it looked like rain might begin any moment. the leaves trembled. I felt close to everyone, everything. I felt my life tremble from the boughs. you will understand.

    you work always moves me.

    love))

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  3. L'échelle de Jacob n'est jamais assez haute, au moins la tienne est solide !

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  4. Maravillosa entrada!!!
    Mi cariño de siempre querido Roger.
    Abrazo y cuídate.

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  5. Merci pour ce très beau partage Roger
    Bonne journée à toi
    Bises

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  6. Une échelle bien inspirante et stable Roger. Que le chemin soit confortable!

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.