La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

jeudi 18 octobre 2018

Occurrences Celtes   :  à Christian Cottard
 
 
Il est des jours de travail ordinaire qu'il convient d'offrir
à la nature, afin que l'invisible prenne le pas sur le réel...
R.D.


Dans les plis des mémoires empilées se nichent la foule des rêves stratifiés. Je tire le fil d'Ariane et traverse le temps jusqu'au rivage.
L'apaisant chaos de pierres me parle. Ici est passée la tempête et la rondeur des pierres en est la preuve. Un goéland perché sur les rochers, porteur d'âme en peine, m'indique le lieu du travail.
Entre le silence de la mer et les dires hystériques des sternes, je retrouve mon pays.
J'avance doucement vers la conclusion. Ici, l'espace me délivre. Je n'ai plus à supporter mon tumulte intérieur.
En écho, la voix de Driss, disparu : " demain sera un autre jour".

Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

Photo : création land art de Roger Dautais
" Occurrences celtes " pour Christian Cottard
Côte Sud de Bretagne
 
 
***


Donne toi à l'espace
Il est ta nature

Qu'il te déchante
Ou te reprenne dans les airs

Il est de pluie tu es de rêve
Tu danses sous la mer
Au doux chant des baisers

Quel regret a porté ta mémoire.

Brigitte Maillard

* http://www.mondeenpoesie.net/ ainsi que les autres blogs créés et animés par Brigitte Maillard avec talent et humilité !

lundi 15 octobre 2018

Rachis  : au Docteur Missoury


Tiré de l'oubli...

.../Je vous dis, la vie de land artiste, ce n'est pas fait pour ceux qui traversent dans les clous. C'est vraiment pour ressentir les choses. C'est fait pour sentir, voir, écouter, toucher et goûter la vie au milieu de la nature. C'est d'emmener avec soi tous ceux qui l'ont quittée. C'est chanter la vie, simplement ça, chanter la vie libre dans la brume naissante qui un jour ou l'autre remonte de la mer pour effacer les falaises à suicide.
J'ai repris la route vers les côtes, avec en tête cette phrase de Norge :
" Tout ce qui existe un instant existe toujours".
Mais alors, mes souvenirs...
Roger Dautais

*

à Myriam Montoya

Ne rien regretter
Ni le gel, ni le sol rugueux
Ni le dos cassé au travail
Se courber seulement,
Devant la Nature.

Roger Dautais

D'autres poèmes dans l'Anthologie subjective de Guy Allix
guyallix.art.officelive.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Rachis " cairn en côte de Nacre
au Docteur Missoury

vendredi 12 octobre 2018

Spirale océane  :  à Marie-Claude
Au nom de l’alchimie du hasard…

J’ai beaucoup étudié le land art avant de le pratiquer. Il me fallait comprendre ce que j’allais donner à ma vie, comme nouvelle orientation, dans cette expérience unique et singulière.
J’avais 55 ans
Fallait-il crouler sous une production d’images de masse où alimenter ma propre réflexion ?
Maintenant, je peux dire, sans me tromper qu’en prenant la route chaque jour,les éléments extérieurs ont changé ce que j’ai créé en vingt ans.Cette alchimie du hasard, alimentée, sans cesse, par le paysage, les vents, les intempéries, les marées, a fait entrer dans le jeu créatif  , la notion d’imprévisible et cela me plaisait.
Lorsque j’ai choisi le land art, emboîtant les pas d’Ana Mendieta,j’ai quitté la foule et je suis rentré en résistance contre cette production de masse.
Je me suis mis dans l’incapacité de vivre sans la pratique de cet art difficile.
J’ai appris que la matière organique,contenait en elle, l’imprévisible et ça me rendait heureux .
Le sable de mer, si souvent travaillé dans mes spirales, change de texture, d’une plage à l’autre, de couleur, d’aspect physique, sec ou mouillé, fin ou granuleux.
Lorsque je réalise une spirale, je ne sais pas où elle m’amènera, physiquement, mentalement.
Pour obtenir un résultat vu sur cette photo,il m’a fallu, apprendre, expérimenter. Et pour expérimenter, il faut pratiquer.
C’est pourquoi, devenu handicapé, provisoirement, je me suis fixé comme objectif de réaliser la même spirale, qui scellerait mon retour au monde du land art.
J’approche de ce rêve. Encore quelques mois de soins et cela deviendra, j’espère une réalité..
Je me suis fixé comme règle de vie d’aller chercher l’impossible, non pas dans la possession matérielle, qui est vaine, selon moi, mais dans un ailleurs philosophique où le dépassement de ce qui est atteint, devient moteur et créateur d’espoir.
Qui peut se permettre de juger la raison de vivre de l’autre, même si c’est souvent la règle dans les réseaux sociaux ?
Le temps pour moi, n'est plus à la polémique. Il me reste simplement à prouver, dans les mois qui viennent avant de conclure, que je marche correctement et que j'ai retrouvé la force physique de tracer une dernière spirale.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

" Photo : création land art de Roger Dautais
" Spirale océane " * à Marie-Claude
Etel - Morbihan - Bretagne


***




Cercle

Tu es un frère
On peut s'entendre

Fais moi pareil,
Enferme moi.

Eugène Guillevvic

Du domaine 1977
Euclidiennes 1967 Gallimard

Réchauffons nous,
Vivons ensemble
Et méditons.

Eugène Guillevic

Du domaine 1977
Euclidiennes 1967 Gallimard

jeudi 11 octobre 2018

«  Flottaisons  » aux flaneuses


" Vous n'avez pas de morts, pauvre ami, pas du tout ?
Venez que je partage les miens, avec vous".
Georges Brassens


Mise au point...

De fantomatiques habitants des réseaux sociaux me disent agonisant. C’est faux. Je suis simplement sur la liste d’attente. Je m’écarte de ces glissements sémantiques malfaisants. Ils ont vite fait de vous enterrer vivants. Je milite pour la vérité nue de la pierre qui apostrophe et garde sa liberté d’être elle même. Suis-je un voleur d’images impénitent ou simplement un voyageur doué d’un sixième sens ?
L’Arte Povera m’inspire et j’aime l’extrême précarité d’un merle en hiver. Son chant, né de si peu, est une merveille. Je tente en vain, de l’imiter, dans la retenue des moyens.
Toutes liquidités libertaires abandonnées, je laisse les sponsor qui tentent l’aventure,à leur funeste sort.
J’assiste à une fantastique dégringolade d’idées. Mais laquelle saisir ?
Pourquoi ces flottaisons, au cœur de l’été ? Pourquoi pas une une noyade et qu’on n’en parle plus.
Le soleil se crispe sur les lentilles d’eau. Il se morfond, disparaît, m’endeuille puis revient. Il éclaire la scène. Incroyable résurrection dont je profite.
Roger Dautais


LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
«  Flottaisons  » aux flaneuses
Hérouville-Saint-Clair - Normandie 2007




« l’hiver
les serpents
dorment »

Daniel Biga *

https://www.babelio.com/auteur/Daniel-Biga/167476

mercredi 10 octobre 2018

Les amants de  l'estran  : pour Marie-Claude




Voir le monde autrement…

Cette force intérieure qui me vient du vécu, se heurte aux résistances nocives qu’il me faut contourner. Je veux parler des idées noires.
Il n’est pas question, au moment des installations land art d’exhumer de l’éparpillement des idées quelque ersatz sans saveur.
Représenter le monde avec ce que l’on a comme moyen, ce que l’on trouve et s’en tenir à ça, voilà ma conduite.
Appréhender avec mon corps, le vertige de la non-compréhension. Repartir avec une foule de questions qui se perdront dans le brouhaha du monde, suffit à me construire une espérance.
Les images représentées, ici,avant d’exister, se sont composées lentement : paysage, lieu ,eau, lumière, fleurs, pierres, sable, vent, comme un zoom, à l’envers qui amène les composants à la chambre noire.

Boîte à idées où se mêlent l’amour, la déraison, la colère, l’espoir, le silence. Un capharnaüm indescriptible.
Le temps se dilate. La main transmet, exécute, reprend, pose, hésite, traduit ma pensée.
Je quitte cette situation inconfortable et nécessaire à la création.
On voudrait tout dire en un geste. Il faut accepter ce manque, ces imperfections, ces scories de l’imaginaire.
Demain, je reprendrai la route kaléidoscopique, jusqu’à la rivière qui mène à la mer.

Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" les amants de l'estran " à Marie-Claude
Côte de nacre - Normandie - 2007

mardi 9 octobre 2018

Mémoires .     Pour Tilia




J'ai rejoint le silence...

Je ne sais pas si ce que je fais, se partage. Cela peut se partager mais pas avec tout le monde. Je ne crois pas. Certaines de mes urgences, sont si fortes, si personnelles, qu'une fois traduites, je crains l'overdose.
L'essentiel n'est pas dans le détail de chaque travail, il est bien dans l'inscription à long terme et dans cette envie de vivre ainsi, loin du tumulte.
J'ai rejoint le silence, mon silence. J'attends le prochain départ, avec le désir d'oublier tout ce que je sais du land art, tout ce que j'ai déjà fait ,avec l'intention de laisser la Nature me proposer, d'autres pistes, d'autres inspirations.
Probablement, je continuerai à vous montrer quelques unes de mes créations, si tout se passe bien. Je sens si souvent le courant d'air de la porte de sortie dans mon dos. Désormais, ce ne sera pas long.
Enfant, j'aimais l'école buissonnière. je n'ai pas beaucoup changé. La tentation est trop grande, pour rentrer dans le rang.
Roger Dautais
Notes de Land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com

Photo : création de Roger Dautais
" Mémoires " . Rive gauche.
Pour Tilia , étoile du Chemin des Grands Jardins.
Caen - Normandie 2007


*


je manque de répartie ça c’est depuis
longtemps surtout quand le cœur fait un
boucan à l’intérieur c’est peut-être que les
mots ne sont pas à la bonne place il
faudrait les faire refroidir et moi mes
mots ils sont toujours un peu trop dedans
émus.

Albane Gelé

Extrait de Aucun silence bien sûr

lundi 8 octobre 2018

Cairn sur  l'estran  :  pour Marie


 Les mots sont dévastateurs.
Un mot vous sauve, un autre vous tue.
Amélie Nothomb.


J'ai affronté ma mémoire jusqu'au bout,ce matin d'automne.Tête vide, tel un rôdeur sous la lune, j'ai recherché une solution vers la mer. Elle monte vers moi, sans pitié. Mixture remontée des abers pour me sauver du reste. Je me serais assis en dehors de ma peau, sans ce viatique.
Par crainte d'étouffement, j'ai craché des cauchemars les plus noirs et suis descendu au pierrier.
La mer folle brassait les pierres à grand bruit. J'ai attendu que ce tintamarre me fasse tout oublier et abattre ce cairn comme on fait pour un chêne, en fin de vie.
Roger Dautais

Photo : création land art de Roger Dautais
" Derniers instants " pour Marie
Cairn sur l'estran.

http://marie-aupaysdesimagesetdesmots.blogspot.com/

*


Noyau central

Lorsque les mots parviennent à leur sommet
Ils ont déjà brûlé
Le texte s'écrit
Dans les ponces et les basaltes
Je ne sais rien e ce que je suis
Je ne connais que les scories
Où va le doigt sur le chemin des signes
Obstinée à la phrase
Puisatier du verbe
Je n'ai de lien qu'avec l'opaque

Consumée- c'est toi qui portes le feu.

Claude LOUIS-COMBET

"Petite géologie du cœur " in Le Petit Œuvre Poétique.

samedi 6 octobre 2018

Cairn en Bretagne  :  pour Océanique


Vie et mort d'un cairn...

J'ai toujours voulu voyager plus loin que ne promet une terre où je marche.
Enfant, atteindre l'horizon était peine perdue, mais, y accrocher mes rêves, me rendait curieux, me maintenant en vie.Un jour noir passait plus vite que son bruit. Dans les terres noires,chaque pierre remontée du fond, laboure les pièces de pâture, les plus ingrates.J'étais cette pierre. Suis-je en mon pays devenu étranger, quand l'identité se calcule en biens de toute sorte ? Que pèse une poignée d'ajoncs, une poignée de cupules, les dernières fleurs de buddleïa, les fruits d'une rosa, la grappe d'ampélopsis, ou la feuille de
figuier ?
L'eau s'enroule lascive autour des pierres moussues, du Loc'h. Plus au sud,
en bordure d'atlantique, de l'estran..elle lèche ,salée, les premiers sables de l'estran.
Nuits blanches entre Orion et Cassiopée. Blondeur des rêves, présents, blés lascifs, mèches rebelles.
Mes vertèbres ont tenu. Mes souffrances, aussi. Loin de sa parole, ma vie se déroule, silencieuse, transformée en nuit glacée. Les traces mnésiques engrangent l'histoire d'un vieil homme, quittant la terre, jour après jour.
Entre mes mains, celles qui vont chanter la vie, face à la mer et l'attente de pied ferme. Le cairn vit et attend la marée. Plus tard, en une seconde d'éternité, tout sera dit et projeté au sol.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Cairn en Bretagne " pour Océanique
Carnac - Bretagne

*


L’homme prendra modèle sur la terre
La terre prendra modèle sur le ciel
Le ciel prendra modèle sur la Voie
La Voie, elle se modèle sur le naturel.

Lao Tseu – Tao te king

jeudi 4 octobre 2018

Les trois frères :  à Rick Forrestal


Le silence des pierres.

Des cris d'enfants jetés aux poubelles de l'oubli. C'était les miens. Dans le cimetière des amnésies, les tombes sont anonymes. Détestant rester entre quatre murs, je suis en fuite permanente des lieux clos.La mort frôlée, c’était tout ça à sept ans. Collée pour toujours, la malédiction du placard aux toiles d'araignées. Si tu n'as pas vécu enfermé, la figure aplatie sur la vitre de la fenêtre, à bout de souffle, tu ne sais rien.
Homme épi, j'ai poussé dans l'ornière, cabossé par les saisons lourdes. Souffrances niées jusqu'à la folie. Ces exploiteurs d'âme portaient soutane. La seule sortie possible, en finale, était l'école buissonnière puis la route qui menaient à l'immanence de la mer.
Frères aveugles et gavés, vous avez fermé les yeux, ignoré le drame.
J'aime le silence des pierres, mais aussi leur chant quand il s'élève, fraternel et pacifie l'histoire.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Les trois frères "
Ile de Stuhan - Morbihan
Bretagne

mercredi 3 octobre 2018

Pierres d'oubli  :  à Youenn Gwernig
 
 
Le temps galope vers le "Miz du" ...


L'automne est au Nord. Un soleil pâle tente de réchauffer ma carcasse. Je sors de mon placard d'enfance. Les heures tranquilles se comptent sur les doigts d'une main.
Le temps galope vers le "Miz du ".
Je ne crois plus aux couleurs vives des feuilles, vivant leurs derniers instants dans les arbres. L'entropie est aussi en moi également. Pas d'indulgence dans le décompte. Je descends la pente. Au cœur des pierres se trouve le chant de la mer . Ici se posera la première pierre de mon oubli. Sauf que je vais aveuglément rejouer le geste de mon enfance et lever les yeux au ciel, désespérément vide.

Roger Dautais
Notes de land art pour la route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : " Pierres d'oubli " Pour Youenn Gwernig
Locmariaquer - Bretagne


*


« Voilà maintenant suis fixée

J’ai l’âge où un gars défoncé

Dans un métro de nuit bondé

Éructe et me tend un billet

Pas du tout doux pas doux du tout

Un billet rose pourtant mais bouh

Billet de banque de dix euros –

C’est pour t’acheter une teinture –

Je n’ai pas compris tout de suite

N’ai pas saisi du premier coup

Le message en sa vacherie

Quand je suis sortie à l’air libre

La lune éclairait sans scrupules

Les gens les choses jusqu’aux racines ».
Valerie Rouzeau*

* https://www.franceculture.fr/personne/valerie-rouzeau

mardi 2 octobre 2018

Le  gardien du feu  :  à Charles Aznavour


à toi qui aimante ma vie...

Une solitude recherchée m'incite à suivre ce fleuve aimé, à l'accompagner en rive. Tous les matins du monde, rassemblés, dans ce croisement des vent matinaux, au-dessus de l'eau. Une route secrète me travaille et m'attire. Les roseaux voraces colonisent la rive gauche.
Un chapelet indéchiffrable, d'amnésie nostalgique, pend à ma ceinture. Toutes ces vies vécues, tous ces êtres croisés, oubliés, près de moi, surgissant sans prévenir.
Je préfère marcher seul, depuis la mort de Morgane. Je m'incorpore mieux à cette saignante multitude, absente. Je disparais aussi.
Ni légende, ni mythe, j'avance, marcheur impénitent, libre et vieillissant.
Dans ce chaos de vie, c'est toi que je réclame, femme aimée, toi qui aimante ma vie.
Ce pays sans toi serait trou noir.
J'ai hérité de toi,ce monde commun, sans partition autre que l'éclatement.
Il se peut que ma mémoire soit vide, mais pas de toi.
En secrète entente, j'élève pour toi, ce cairn, accompagné d'un feu de solitude.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Le gardien du feu " Pour Charles Aznavour
May sur Orne - Normandie



*


Le temps

Laisse-moi guider tes pas dans l'existence
Laisse-moi la chance de me faire aimer
Viens comme une enfant au creux de mon épaule
Laisse-moi le rôle de te faire oublier
Le temps qui va
Le temps qui sommeille
Le temps sans joie
Le temps des merveilles
Le temps d'un jour
Temps d'une seconde
Le temps qui court
Et celui qui gronde

{Refrain:}
Le temps, le temps
Le temps et rien d'autre
Le tien, le mien
Celui qu'on veut nôtre

Le temps passé
Celui qui va naître
Le temps d'aimer
Et de disparaître
Le temps des pleurs
Le temps de la chance

Charles Aznavour

Ecoutez- le chanter " Le temps " :
https://www.youtube.com/watch?v=_R-ldtG5Xjc

lundi 1 octobre 2018

Cairn majeur   :  pour Erin

Condamné à vie...

Toutes pareilles, ces pierres à vos yeux. Tous ces regards perdus qui les délaissent. Même le ciel passe au-dessus, sans s'arrêter. Venu jusqu'ici pour faire connaissance, à nouveau, je pose mon sac. Je les écoute, d'abord, reprenant le refrain du ressac, puis e laissant bercer près du trait de côte. Des vagues imprenables, petites et courtes, meurent à mes pieds. En mémoire, ici, d'effroyables tempêtes.
Mon enfance m'accompagne , avec ses jours étranges, si souvent noirs.
Mon besoin d'espace, vient de là. Le carreau d'une fenêtre de placard, suffit à gâcher un ciel bleu. Geôle d'enfance brutalisée et mémoires se mêlent.
Ma vue s'embue.
Condamné à vie, à suivre le hasard qui veut un chemin d'exode sous mes pieds. Je refuse tout hurlement. L'humain n'y est pas. L'ombre notoire des pins maritimes avale tous sévices, écume les poèmes édulcorés. Restent les coups, en mémoire, comme pluie drue.
J'échappe au pire, hoquetant, face à la mer. J'irai bien jusqu'à l'offrande d'un cairn pour un peu de répit dans cette vie qui s'achève.

Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

" Cairn majeur "
pour Erin
Ile de Saint-Cado
Morbihan - Bretagne


*


Offrande

C'est à venir entre les mots vieux grimoire
Ce qui se dit cerné de silence
Dans la nuit des feuilles

Le calme terrible du poème ici offert
L'ombre clairsemée de tes yeux
Dans un orbe blessé

Guy Allix *

Pour découvrir ou mieux connaître le frérot : 

samedi 29 septembre 2018

Poème de  pierres :  pour Sharon Murgatroyd


à Anne Le Maître...*

Ici et maintenant.
A l'eau, tous ces morbides rêves rejetés au bout de ma nuit.Hoquetant le long du trait de côte, vos désirs ont accouché d'eunuque endimanchés et consuméristes. La décroissance est en moi. D'autres disent, entropie. Je progresse d'est en ouest, parcourant les terres noires.Les ombres s'allongent. Mon cœur fatigue. Que faire des idées moisies, proposées à longueur de journée par les marchands de rêves frelatés?
J'ai refermé tous mes livres. Je marche à la mémoire engrangée.
Tu t'évertues à me réparer, le temps manquera pour mener à bien cette tâche. Ta présence suffira.
L'air a tremblé.
En alerte, je m'oriente comme une boussole vers la source du bruit. J'écarte d'un bras, une haie de noisetiers. Un troupeau de vaches affolées, laboure leur pâture au galop. Je contourne la scène. En moins de dix minutes, j'ai atteint l’Atlantique. Je préfère son calme relatif aux sabots mortels.
Je foule le pierrier. Le poème de pierres viendra de lui-même ou ne sera pas.
Ici et maintenant.
Notes de land art pour La Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" poème de pierres " pour Sharon Murgatroyd
Région de Carnac - Bretagne
...

Pour découvrir les blogs de Anne Le Maître :

*http://alm-bleudeprusse.blogspot.com/
http://alm-atelierbleu.blogspot.com/

vendredi 28 septembre 2018

Cairn Normand  :  à Marie-Claude
Au seuil du savoir...


En cages cadenassées, des mémoires empilées, strates de vies oubliées. J'avance dans l'estuaire, passe les filières. Saigné à blanc, mon cerveau demande grâce. J'achève le rêve. Des soleils-matins sont ouverts. Ils me réchauffent. Je rends la route d'hier, jusqu'aux tripes puis en reprend une autre. La terre hallucine et me supporte encore. Je vais au bout des confluences. Je quitte, ici, avec le reste de moi. Il se résume dans un cri : il agonise, échelle rompue dans les vasières.
J'ai besoin d'une autre chance. Peut-être une vie d'oiseau libre en automne?
Le tonnerre circule d'un cap à l'autre, éclaire ma nuit nue. Rêve éveillé. J'avance vers la mer encore incapable de renouer avec le chant des cupules.
Me voici artisan, au seuil du savoir. Il est temps de choisir l'endroit et d'incarner mes rêves. Ce sera ici.
Avec quelques pierres complices, le cairn s'élève.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

" Cairn Normand " à Marie-Claude
Rive droite en estuaire de l'Orne.
Merville-Franceville - 2012





Jour de bruine
personne
qu'elle

Le vent seul
croise les chants d'oiseaux
où dorment les étoiles

Alain Boudet *
https://www.babelio.com/auteur/Alain-Boudet/106207

jeudi 27 septembre 2018

Antipodes  :  pour Ariaga



Pas attendre que le vide s'emplisse et me noie. Né de travers, j'emprunte la diagonale du fou. On me dit que le monde nous étreint, nous possède, nous enferme. Ne pas entretenir ce leur tombé de leurs bouches. Marcher reste une solution pour y échapper.
Les chemins de traverse sont faits pour moi. Ce passé lourd et brutal,je le fuis, pas après pas. Mes rêves s'incarnent en noir et blanc.
L'oublie efface mon destin, mes chagrins, mes rides,devient pluie fine sur mes plaies.Trop pressé, je me casserai le cœur à nouveau.
Dans mon corps palpitant, le sang s'échauffe. Il me faut choisir entre mille idées. Traduire en gestes simples, la pensée du jour. Accepter de tomber très bas, connaître l'ombre, épouser la terre. Ne rien dire d'autre, regarder la mer, chanter sa beauté en silence.
Les pierres répondront, antipodistes.
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Antipodes " pour Ariaga
Cairn réalisé à Dives sur Mer en 2011
Normandie


*


"Apprendre sans réfléchir est vain. Réfléchir sans apprendre est dangereux."
Confucius

mercredi 26 septembre 2018

Les autruches de Pierrepont  : à Yvonne Guégan

Serment tenu.


Entre les saisons, les silences s'accumulent derrière les murailles éphémères de nos mémoires. La bruyère vibrant sous l'automne, ravive mon rêve.
Quand se taira la grive de notre été, mes vieilles mains porteront les cicatrices de ruscus. L'hiver précoce est inscrit dans l'histoire à venir, et la tempête, aussi. Il faut ouvrir nos portes.
Ce qui échappe à l'imaginaire est bon pour éviter le gringue clinquant de septembre, brouillé avec le simple. Il faut aller de l'avant dans les brandes à sangliers, s'arrêter aux dormantes noires qui accueillent tous les ciels tombés.
Il faut connaître la source aux salamandres dorées, se souvenir du serment prononcé, les yeux dans les yeux. Il faut ravauder l'amitié trouée. Il faut aller au bout de la fatigue pour entendre l'appel ténu de l'inspiration et s'y tenir. Trop de migrants sur les routes maritimes, sans aide.
Roger Dautais

L'exil est un thème universel et malheureusement, récurent. J'avais choisi de traiter ce thème en Land art, invité en résidence, au tout début des années 2000, pour plusieurs semaines, au Chateau de Pierrepont. Ainsi est née cette longue caravane de grandes autruches.
( la plus grand : 2,50 m de haut )
Un véritable succès d'estime couronna mon travail et chaque autre trouva accueil, chez l'un des nombreux visiteurs, une fois cette expo terminée.
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com

Photo : création land art de Roger Dautais
" les autruches de Pierrepont " à Yvonne Guégan
Normandie- au début des années 2000


*


Un astre passa à l’horizon,
Descendant...descendant.
Ma chemise était
Entre feu et vent,
Et mes yeux pensaient
A des dessins sur le sable.
Et mon père a dit un jour :
Celui qui n’a pas de patrie,
N’a pas de sépulture
... Et il m’interdit de voyager !

Mahmoud Darwich *
" La Terre nous est étroite et autres poèmes "

Et pour mieux connaître ce grand poète :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahmoud_Darwich-

lundi 24 septembre 2018

Cairn noir :  à Maria Dolorès



Septembre noir.

Je ne veux plus de flamboyance livrée par des vents inconciliables. Le temps est venu de crier que j'ai trop porté, trop enduré de saisons. sans chemin, on ne touche plus le sol. Au rythme où j'avance, me terrer dans un midi exigu n'a pas de sens.
Sorti pour vivre le dernier acte de l'été, j'assume la transition et grignote les premières notes d'automne, à ma portée. Les berniques respirent..
Mémoire dénudée à califourchon, je déroule mon inspiration au milieu d'un pierrier à sec.
Mes mains attrapent, saisissent, s'égratignent,agrippent, frémissent, posent les pierres, une à une, empilées. Mon corps se met à l'unisson. Le cairn existe, face à la mer retirée, assumé...noir, septembrien.
C'est l'instant land art, éclipsant toute raison, pour que le corps parle.
Ce sera ici.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com

Photo : création land art de Roger Dautais
" Cairn noir " pour Maria Dolores Cano
Région de Paimpol - Bretagne


*
Étoiles roses

Modulations du son

Dans un chemin abstrait,

Partir et

Là-haut attire

L’idée, le sentiment.

Montée, expérience

Du grain et du plein

De la vie retrouvée

Sans voix mais extasiée

L’amour en flèches comme points de fuite.

Laure Delaunay

Extrait de « Tendresse des astres »



Laure Delaunay

Extrait de « Tendresse des astres »

vendredi 21 septembre 2018





Noces rouges...


à Marie-Claude.

Ne pas être né pour rien, m'importe. J'abandonne la meute et trace ma route entre deux paradis. Le temps est pressé.Les lendemains s’allument sans regret. Pourquoi se voiler la face de mots mesquins, ignorer mes faiblesses ? L'humain se répare au contact de l'humain.
Ce ma tin a pleuré sous la pluie jusqu'à l'embellie. J'ai pris le chemin de l’étang aux nénuphars, les pieds dans la rosée. Les églantiers sont couverts de cynorhodons, akènes au repos. Je les cueille, y laisse du sang. Je les sais indispensables aux mariages poétiques de l'étang.
J'atteins les rives du lac. J'entre dans l'eau froide. Trois cercles posés délicatement sur de larges feuilles flottantes, résument ma pensée.
Le monde nous étreint. Le monde nous sépare et je te rejoins ici par de simples gestes, femme aimée.
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Noces rouges " à Marie-Claude
Région de Caen Normandie


*


"Nous sentons notre parenté avec tout ce qui existe dans l'univers".
Hubert Reves


*


Heures tardives

Je marche chaque heure du jour
chemin vide et terre entière

Le pas chargé d'ombres brûlées
d'aventures

des traces de lumières gravées
jusqu'à me perdre à l'horizontal
du bleu fondu.

Patrick Lucas

Terre d'asphalte
Journal de route
E&D
"Spirale dorée"  à Marie-Claude

Plus chien-loup que chasseur.

Absents de bruits intérieurs, ourlés de vents, des territoires entiers. Je m'y tiens, debout, vivant. Le soleil est mûr à présent. Aucun doute, l'été se termine. Besoin de solitude. A peine si je peux frôler l'humain, plus chien-loup que chasseur.J'avance vers la nuit bleue. L'ululement d'une chouette interpose le réel entre l'imaginaire et le réel. Et pourtant, je rêve.
Jamais seul, vraiment.
Égaré entre deux rangs de vie, je détricote l'idée qui m'amène doucement au land art. Le faire sera ici, entre l'aube et le jusant. Tangenter le globe se fera par le biais d'une spirale. Je commence un voyage d'une heure trente. Demain sera un autre jour.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot. com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Spirale dorée " à Marie-Claude
Grande plage de Ouistreham - Calvados

lundi 17 septembre 2018

Cairns Normands  :  à Bonnie Wiltse



Temps d'inquiétude...

Matin sombre. La pluie a éreinté les côtes. Je marche sans penser à rien, aidé par un soleil marbré et froid qui peine à s'imposer. Le rien et le tout se confondent.
Voir au loin, est impossible. Les faiseurs d'horizons, à l'ouvrage, proposent des plans faciles. Je m'écarte.La nostalgie se sert à satiété. Quelques rêveries éphémères montent au créneau.
Rescapé de l'océan, je ne laisse aucune place à la morosité. Le monde se défend, agité, brutal, colosse au pied d'argile. A la prochaine marée spéculatrice, il sera abattu.
Je j'ai su, enfant, je le sais, viel homme, le temps est de passage.
Je choisis sur l'estran,quelques pierres parées d'algues verts, peignées dans le courant littoral. Les plus lourdes sont levées sur place et servent de socle aux cairns.
L’inquiétude s’apaise.
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais - 2009
" cairns normands " à Bonnie Wiltse
Côte de Nacre.
Région nord-est de Caen


*


Je suis
de passage
chez les autres avec les autres pour les autres dans les autres
sans les autres
je m’attache à quelques corps à quelques fripes
l’envie de transmettre parfois saisit
Je suis
de mèche avec la révolution essentielle du tournesol
profondément pour le printemps.

Ada Mondès
" des errances "

Membres

Archives du blog

Qui êtes-vous ?

Ma photo
Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.