La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 24 mai 2010







Derrière les hauts murs...


Aux aveugles...

Sous les silences répétés des pierres, un passé inaperçu continue de vivre.
Je n'ai plus l'air de chercher et j'avance sous un soleil pâle. Les visages reviennent avec les souvenirs...les voix...aussi, les gestes...tout est là qui me parle, à nouveau sous les roches salées, soulevées. Tout sombrera avec la prochaine marée, comme mes pensées furtives. Dès l'aube, j'arpente les ruelles sombres de ma mémoire, je longe ces interminables murs à l'affût d'une lumière, d'une faille, d'un tressaillement de la terre qui les mettrait à bas. Entre les ruines, nos cris assemblés et l'espoir, un jour, de parler la même langue.


Roger Dautais
extrait de: Pourquoi je pratique le land art ?


Ces photos sont extraites d'une série de 150 photos qui avaient été choisies par des détenus d'un centre de détention. Elles furent présentées sur la télévision interne aux 420détenus pour accompagner une exposition photographique de vingt autres de mes réalisations, montrées pendant un mois, dans le bâtiment culturel . Je n'oublierai jamais ces six années, où je travaillais avec eux, en qualité d'artiste intervenant bénévole, puis d'administrateur des lieux avec 6 autres personnes, tant cette expérience humaine m'a ouvert les yeux. C'est aussi à ces personnes que je pensais en écrivant le texte ci-dessus.


Roger Dautais



jeudi 20 mai 2010








au cœur de l'été...


à Marie-Claude.






Chaque année, après la floraison de la rosa rugosa , je fais ma cueillette de ce fruit rouge qui sort du cœur de cette merveilleuse rose. J'ai mes endroits , repérés dans la nature, d'autres que je découvre au hasard et je remplis une petite musette qui me sert au transport avant de partir à la recherche de lieux d'inspiration. Toutes ces petites installations ont ce point commun d'avoir été réalisées avec ces fruits, lors de marches différentes, mais toutes également pendant le mois d'août 2008. Formes reptiliennes, ou compositions géométriques autour du carré, du triangle et de la spirale, elles sont nées dans des paysages aussi différents que le marais, la forêt, le bord de mer, et même dans un parc municipal. Ces installations me procurent calme et sérénité. Elles me comblent par leur simplicité et j'aime à répéter ces gestes d'installer, tout en écoutant la respiration de la nature. Je m'éloigne alors des travaux de force requis par la construction de cairns, ou d'endurance pendant la réalisation de spirales maritimes. Ces heures de marche solitaire, de ressourcement, me permettent de rêver à des projets futurs, de découvrir d'autres lieux et contribuent à me rapprocher encore plus de la nature. Dans ces moments privilégiés, je n'éprouve aucun besoin de partager ces installations avec quelqu'un et j'aime à les offrir, tout simplement aux lieux, à la mer, au vent, au soleil, aux arbres, aux animaux qui m'accompagnent dans leur vie libre et sauvage. J'aime à me fondre dans cette nature que je rejoindrai un jour sous forme de cendre, quand le moment sera venu. En attendant, je parcours le monde, plein d'admiration, parfois de peurs, souvent heureux de le faire et je laisse ça et là quelques traces. Une façon d'exister qui en vaut beaucoup d'autres.




Roger Dautais








C'était comme un signe
Qu'elle avait laissé avant de partir
Des petits cailloux blancs
Sur un banc de pierre usé
Cinq petits cailloux blancs
Dans l'hiver
Sur un banc de pierre
Pour que je sache
Qu'ils étaient pour moi
Qu'il fallait que je les prenne
Et referme ma main dessus.



Jean Rivet

Le soleil meurt dans un brin d'herbe.





mardi 18 mai 2010






Les occurrences...



Il m'est arrivé de m'écarter du chemin, de quitter les règles du land art, mais, comme dirait Flo, y-a-t-il vraiment des règles et qui les a fixées, une fois pour toute ? Bien difficile de répondre, autre que, par esprit de liberté je m'en suis écarté avec plaisir. J'emportais avec moi, pendant mes marches, deux cadres en bois peint,. Le plus grand, le noir, je l'avais trouvé à la porte d'un cimetière, sur un parking. Une toile de mauvaise peinture, sorte de reproduction délavée,entourée par ce cadre, avait été, empalée sur la branche d'un pommier et se balançait au vent. J'avais découpé cette horrible toile et gardé le cadre avec sa ficelle jaune. Pour le second cadre, il avait entouré ma première toile réalisée aux Beaux Art, depuis longtemps, détruite, et dormait dans mon garage. Quant à la boule, ancien éclairage de mon quartier, je l'avais récupérée lors du changement de lampadaires, avec neuf autres de ses copines.
Vous savez tout. Après, j'ai joué avec le paysage, la lumière des lieux, les végétaux, les matériaux, pendant des mois, en alternance avec des créations land art ne faisant appel qu'aux végétaux et matériaux trouvés sur place. Ce que représentent ces installations ? Une période de doute, peut-être, de moindre inspiration, de recherche, de retour au passé, je ne sais pas. Ce sont des fragments de vie, passés sur la route, à la recherche d'un horizon plus clément, afin de raconter une histoire, la mienne.J'ai quand même pris du plaisir, dans ces escapades et je suis prêt à recommencer, si l'occasion se représente. Tant pis pour les critiques !


Roger Dautais





L'horizon appelle
l'horizon
aucun espace n'immobilise
le songe
chaque instant de repos
fermente déjà le déplacement

Il est des endroits où l'herbe
et la pierre se concertent
défigurent le relief
mais 'endurance du nomade
l'emporte

l'immensité demeure un affront.


Alain Mabanckou (Congo)

" Les arbres aussi versent des larmes "

dimanche 16 mai 2010



à Ali Badri


Je faisais partie des invités d'Ali Badri pour assister à la projection de son dernier film DARVICH, le musicien du village . Ali est Iranien, exilé depuis 25 années en France. Après des études de psychologie, fonde avec ses frères le Théatre de Saëdi, il écrit, compose des poèmes, réalise des films pour notre plus grand bonheur et son talent est maintenant reconnu. Dans ce film, il raconte son voyage de retour en Iran, avec ses deux frères, Sam et Hossein, eux aussi, exilés en France depuis encore plus longtemps. Les retrouvailles avec leurs familles sont d'autant plus émouvantes qu'ils ont perdu leur pères quatre ans au par avant. Mais la vie et la joie de se retrouver reprend le dessus. Ali qui vient d'apprendre que Darvich, le musicien du village de Tchar Cheshmesh, très mal conseillé par un mollah, a brûlé tous ses instruments, désignés comme diaboliques. Depuis, ayant perdu sa raison de vivre et son gagne pain, il vit terré dans son village. Ali, connaissais cet homme depuis son enfance et il fait le vœux de le retrouver, de le faire rejouer avec un ancien complice. Il va prendre la route, retrouver les deux musiciens, leur offrir des instruments de musique et les relancer dans la vie pour le plus grand plaisir de tous les habitants de cette contrée.
Je connais la générosité d'Ali Badri et je le retrouve entièrement là, dans cette belle aventure humaine. Certes, la route de l'enfance est emprunte de nostalgie et les superbes images du film, réalisées par Jean Jacques Lion, sont là pour l'illustrer et nous faire découvrir l'Iran. En fin de séance, hier, dans ce petit cinéma d'art et d'essai, Le Lux, Ali Badri, entouré de ses deux frères, ont rendu hommage à leur producteur, André Guéret, dont on connait son amour pour l'humanité. Qu'il en soit une autre fois remercié ici.

En 2006, Ali nous avais invité, Marie-Claude et moi, pour un spectacle de danse, musique et poèmes iraniens qui m'avaient plus particulièrement inspirés. A cette époque, je vivais " Le voyage de la sphère " comme je vous l'ai déjà raconté. J'ai pris ma sphère et suis parti en direction des marais. J'ai réalisé cet ensemble dans les herbes hautes et le l'ai intitulé" Instants secrets". Cela représentait pour moi, la maternité, mais aussi la créativité, la création en mouvement, avec cette sphère-fétus, cet enfant blotti, cette idée féconde de l'artiste dans sa recherche avant réalisation. Je vivais cet instant comme ça. En rentrant à la maison, je me suis mis à écrire ce poème, je vous le présente à nouveau.




Femme fétichée
comme une gazelle

Ta course éteint le feu
au passage

Mais le vent fou du désert
Ravive

Les braises rouges comme
Ta bouche

Quand elle mord
Le vide

Atteindre
Les Pléiades ou Cassiopée

Constellations de toi
Expulsées d'une vaginale
plainte

Poignée de sable jetée au ciel
Accrochée à la voûte

L'orient me fascine
Me danse

Me transe
M'envoûte

Je retombe, flasque
Fétiché à mon tour.



Roger Dautais
Nuit du 7 au 8 octobre 2010

jeudi 13 mai 2010








Souvenirs...


Après une période de deuil , cet hiver, je me suis posé la question de savoir si je recommencerai à créer, si je serai capable de pratiquer à nouveau le land art, avec cette douleur, d'avoir la moindre idée, de retrouver les gestes. Alors, j'ai repris la direction des plages et je me suis mis à marcher, marcher encore. La mer était basse, le ciel dégagé, pas de vent, juste un froid piquant pour me rappeler l'hiver. J'ai marché, d'abord en direction du soleil, puis je suis remonté dans les dunes et je me suis assis, perdu dans mes pensées. J'aurai bien tracé une spirale, mais cela me paraissait impossible. Je suis redescendu vers les pierres et j'ai commencé à" jouer" avec, comme un enfant, à genoux, réalisant de toutes petites choses comme cet inuksut nain. J'ai continué par des équilibres, puis des tracés de ligne avec un bois flotté, puis un cercle , en piétinant le sable mouillé. Des signes, des traces, la solitude, des souvenirs...Cela, sur des kilomètres, perdus dans le temps, l'espace, sans lien véritable. Il fallait en passer par là.
L'hiver, ici, le soleil quitte la plage de bonne heure et j'ai consacré l'heure qui me restait à réaliser cette première spirale, après son départ. Je suis parti dans mes souvenirs lointains, ma petite enfance à Saint Nazaire, sous les bombes, et même plus loin, dans ce pays que l'on appelle la peur. La spirale est sortie du sable, comme si ce n'était pas mon travail, comme si ce n'était pas moi qui l'avait tracée. On dirait que parfois, la maitrise du geste remplace jusqu'à l'intention de tracer et permet à l'esprit de s'évader quelques instant sans rien perdre en qualité.
J'ai photographié cette spirale au soleil couchant et lorsque j'ai quitté la plage , il avait disparu derrière les dunes. Restait le froid sec pour m'accompagner et terminer la marche.


Roger Dautais






Fais ta demeure
dans la parole retenue
sur la rive d'une phrase


Tahar Beb Jelloun
à l'insu du souvenir






C'est avec des cendres
de la séparation
que se prépare la mixture
à s'enduire
quand l'insomnie noue l'estomac
de l'absence
la salissure des larmes
n'a aucune vertu
sinon d'inhumer avec oraison
la coquille évidée
des heures du rapprochement.


Alain Mabanckou
Les arbres versent aussi des larmes

mardi 11 mai 2010





Le cairn des Saints de glace...




Pour une fois, la météo ne s'est pas trompée. Il fait un temps de chien. Ciel couvert, froid d'hiver et vent de 70 kilomètres heure. De quoi rester à l'abri. En ce mardi 10 mai 2010, je prends la direction de la côte, bien décidé à en découdre avec ce temps exécrable. J'arrive sur la plage par
un chemin creux, véritable entonnoir à vent, avec ce courant d'air qui me coupe la respiration. Je m'avance, luttant contre ce vent et arrive sur une plage presque déserte. En effet, sur la droite, à deux cent mètres de moi, des personnes marchent le long de la mer. Je saurai, plus tard, qu'elle attendaient le retour d 'un petit bateau de pêche. La mer est blanche. d'écume. Sortir par ce temps, en mer, c'est prendre beaucoup de risques.
J'ai élevé un cairn dans ces parages, il y a quelques semaine et je n'en trouve aucune trace. Balayé, emporté par les vagues. Avec ce temps, il faut travailler avec du lourd. Pas question de faire dans la dentelle et l'équilibre. Je repère deux très grosses pierres qu'il me suffira de faire pivoter et glisser sur le sable pour amorcer le cercle servant de base au futur cairn. Je termine d'assembler la base et commence l'élévation. Aujourd'hui, les pierres qui se trouvent à proximité sont assez grosses et lourdes. Je vais en trouver suffisamment pour monter la première moitié du cairn. Pour la suite, il me faut aller les chercher de plus en plus loi, dix, quinze, vingt mètres. C'est le travail le plus pénible car le sol est bosselé, glissant. Un véritable exercice d'équilibre avec des charges de dix à vingt kilos dans les bras ! Le vent ne faiblit pas. Deux ou trois personnes débouchent du chemin d'accès, sur la plage, me regardent et font aussitôt demi tour, découragés par cette tempête. J'aime bien ce corps à corps, cette lutte contre les éléments, cette résistance qu'il faut déployer pour supporter le vent, et malgré tout, élever ce cairn. Une fois terminé, je l'estime plus haut que le précédent, à vue d'œil 2,10m, un beau spécimen, bien planté sur sa base, même s'il s'est un peu affaissé au nord. Il dépasse les 5 tonnes et restera sans doute en place quelques jours, car les coefficients de marée sont très bas cette semaine.
Je prends quelques photos et décide de le nommer Cairn des Saints de glace. C'est de saison ! Je remonte le chemin d'accès pour regarder la mer une dernière fois. Le cairn est positionné dans l'axe du chemin, et sans calcul de ma place. Il a l'air tout petit, perdu face à l'immensité. Je prends une dernière photo et quitte le site pour me mettre à l'abri.



Roger Dautais






s'il n'est de commencement
sans terme
le terme est le commencement
des choses

l'œil qui s'ouvre
déploie l'horizon des songes

la parole qui meurt
libère le champ du silence

le jour n'est que
la résurrection de la nuit.



Alain Mabanckou ( Congo)

Les arbres aussi
versent des larmes.

samedi 8 mai 2010






aux chasseurs de temps...




Bien des promeneurs de bord de mer pestent contre ces plages pleines de cailloux où l'on se tord les chevilles et rêvent de sable fin, peigné, aseptisé, sans creux ni bosse. Je recherche le contraire. Je crois avoir parcouru à peu près toutes ces plages délaissées, offertes aux pêcheurs ou encore aux chiens que l'on tolère ici. J'y trouve mon bonheur. Dès le premier regard, j'envisage des travaux possibles : balancing rock, cairns, spirales, et je me mets à l'œuvre. Combien de fois ai-je réalisé des ensembles de petits personnages qui représentent des guetteurs de marée. Combien de fois ai-je raconté cette fatalité tombée sur la tête de certains peuples voués à l'exil et que je représente, arrivant sur un rivage, les yeux perdus dans un horizon aussi vaste que leur espoir de trouver, ailleurs, une meilleure vie. Peut-être est-ce tout simplement parce que j'ai côtoyé ces exilés du bout du monde dans la réalité et que leurs récits de vie ont fortement marqué ma mémoire et rejoint aussi une partie de ma propre histoire. Fuir pour survivre ne doit jamais s'oublier.
Encore aujourd'hui, une histoire de pierres, une histoire racontée avec des pierres, au bord de la mer, avec ces équilibres aussi incertains qu'improbables, offerts à la mer, justement, car personne d'autre qu'elle ne méritait un autre hommage. Et cela se passera ainsi, pendant quelques temps, sans doute, avant qu'un autre prenne la relève, avant que la mer ne cesse d'imposer sa loi, entre marée haute et marée basse, dans ces moments de répit où les pierres s'offrent à notre imaginaire. L'après ne m'appartient pas et le passé ne se revivra plus. Il n'y a que l'instant " in situ" où s'inscrire, puis rapidement photographier avant d'aller vivre ailleurs.
En voici quelques traces prélevées dans le courant d'avril de cette année.




Roger Dautais







Soliloques

Ils disent des mots
Ceux qui leurs viennent

Et conduisent des bêtes
Inventées de toutes pièces

Au gré des transhumances
Qui recouvrent

De poussière
Nos maigres itinéraires

Et nous laissent
Jaloux d'émotion

Qui transfigure
Quand au bout du chemin

On ose
Un premier pas sur le plateau.


Gérard Noiret

" Pris dans les choses "

vendredi 30 avril 2010






Le marché des anges
...




Avant de prendre quelques jours de vacances j'ai sélectionné une série de quatre photos à laquelle j'ai donné le nom suivant :" Le marché des Anges" . peut-être en souvenir de mon premier conte pour enfants : "Le Anges aux Pattes rouges" qui en l'occurrence étaient des pigeons voyageurs !
Dans les quatre compositions il y a des fleurs, parfois des baies, et toujours de l'eau.
Si, dans la création land art, l'eau reste un des éléments les plus difficiles à maitriser, sa présence pour moi, est, à chaque fois rassurante. L'effet de miroir obtenu avec le jeu de lumière du soleil, les ombres aussi, donne un effet difficilement calculable mais souvent intéressant. A l'image de la vie, il faut parfois savoir se mouiller pour aller chercher ces endroits mais le voyage en vaut la peine.
Dans la dernière photo, j'ai imaginé une sorte de cagette flottante à base de joncs dans laquelle j'ai déposé ce qu'aurait ramassé un ange avant de reprendre la route du ciel. C'est ce qui m'a donné le titre de cet ensemble.
La première composition en forme d'éventail, a été exposée de nombreuses fois et choisie en couverture d'un magazine national.


Roger Dautais





Fleur épanouie

offerte nue au Levant

Corolle éclose

pistil à cueillir



****



Ma mie tendresse

sculpté par mes caresses

pas de paresse...



****




Oser c'est vivre

Prendre la vie offerte

Jouir d'aujourd'hui.




****




Chemin alangui

Le soleil étouffant

une source enfin.




****




De ton île au loin

tu voudrais bien voir Paris

Moi, ton soleil.


Merci à tous ces auteurs de Haïku pour la qualité de leurs textes.






jeudi 29 avril 2010






Le cairn de la route du sud
...



Lorsque je me déplace, je suis toujours à l'affût de lieux nouveaux, de dépôts de pierres naturels ou organisés et je les mémorise pour plus tard. Ainsi lors de la construction d'une quatre voies au sud de ma ville, j'avais repéré, depuis plusieurs années, ce genre d'endroit et je m'y suis rendu en début de semaine. La quatre voies m'y conduit raidement puis je termine le chemin à pied. Une zone a survécu à toute cette infrastructure routière et a consacré une aire de dépôt pour recevoir, terres de remblais et pierres de toute sorte. J'escalade le talus de plusieurs mètres qui borde cette zone et je découvre un " trésor". Entendez par là, un énorme dépôt de pierres de très grosse taille, que je ne remuerai pas avec mes bras, mais aussi de moins grosses, plus transportables. Ce lieu me ramène aussitôt par la pensée aux cairns élevés dans la montagne de Matmata, dans le sud Tunisien, auprès des tombes berbères. J'en garde un souvenir inoubliable et au moment de commencer ce travail c'est à mes amis berbères que je pense. Le sol est instable, les pierres qui ne sont pas calées me font avancer comme un équilibriste. La différence avec lui, c'est que je ne suis pas léger car les premières pierres transportées dépassent largement les 25 kilos. J'établis une base solide, bien calée et je les monte sur le haut du talus et commence à les, empiler les unes sur les autres. Pas question de chercher la rigueur, le calibrage, non, ici les lieux sont sauvages et la construction doit garder cet esprit. Il faut accepter ce rugosité des pierres qui me blessent le bout des doigts, et les élever jusqu'à ce que le point du cairn haut soit atteint. A cette hauteur, une seule pierre, même très petite suffit à faire vaciller l'ensemble et le précipiter par terre.
Il faut très chaud et je n'ai pas amené d'eau pour me désaltérer. Dans le mouvement, je ne peux pas me permettre d'arrêter pour aller boire, ce serait casser le rythme dont j'ai besoin. Heureusement, j'ai connu tout au long de ma vie, ces efforts soutenus dans les travaux de la terre et je crois que la passion l'emporte sur la soif. Je termine mes trois cairns qui seront les
" guetteurs de la plaine". Je pars à l'exploration de la zone de dépôt et, tout au fond, je découvre un second amas de pierres installé sur une petite butte de terre de remblai. J'évalue le volume des pierres disponibles et le temps qu'il me reste devant moi, avant de me mettre au travail. Je vais élever un cairn plus important que les trois précédents, ici, avant de quitter les lieux. Je trace le cercle de base sur lequel il va s'élever et commence à rassembler de grosses pierres qui serviront de socle.
En deux heures, il est debout. Hauteur, 1.80 m environ et une fière allure dans ce lieu désert. Il portera le nom du cairn de la route du sud.
Deux jours plus tard c'est sur plage de la Côte de Nacre que j'entreprendrai d'en élever un autre dont je vous parlerai, une prochaine fois.


Roger Dautais






La parole
bref instant d'un spasme
stalactite sculpté
rune sertie
sous le parquet du ciel
muse muette
lettre de l'âtre
écho congelé
que la main estropie
sur la plage des pierres.



Patrice Delbourg.

L'ampleur du désastre

mardi 27 avril 2010




Alliance.
..



En choisissant de vous montrer ces deux petites installations, je voulais parler de ce qui naît dans l'instant d'un rayon de soleil, de fulgurance qu'il convient de traduire aussitôt et matérialiser avant que l'idée ne s'envole. Elles naissent en chemin, sur le bord d'un champ comme la première. Je me rendais dans une carrière pour un travail de force et rugueux sans doute, quand je me suis arrêté à la lisière d'un champ de lin qui ondulait au soleil. Le lin, c'est comme le blé, ça se regarde puis ça se caresse pour en sentir toute la souplesse. J'ai tout de suite eu l'idée de rassembler deux gerbes sur pied et de les lier ensemble avec une tige de lin, pour symboliser l'amitié, l'amour, la force. C'est venu comme ça. Je me suis agenouillé pour mieux voir l'effet produit et j'ai trouvé que cette arche se confondait avec le reste du champ. J'ai donc coupé la tête des tiges de lin qui se trouvaient derrière, puis j'ai posé le tout sur cette partie plane. Cela dégageait l'arrière plan de l'arche et laissait pénétrer la lumière du jour par le haut. Cette photo a été très souvent publiée et exposée.
Pour la seconde, l'idée de rassembler, au-dessus de la brèche, dans ce magnifique champ de blé, je l'ai voulue, légère et fleurie avec ce que j'avais sous la main.
Tous ces menus travaux me retardent un peu dans ma progression mais je ne peux y résister. Ils font partie de ma manière de fonctionner, à l'écoute de la Nature et de ce qu'elle me propose.



Roger Dautais






Portrait mille ans après.



en toute persévérance
murmure dans sa félicité

rien qui ne soit rives
révérées par le vent

n'aille par la porte de l'eau
épuiser l'écart et la route

jusqu'où la séduction
garde l'ombreuse rose

et retrouve tranquillité
le bonheur avide d'un souffle.



Mohammed Dib (Algérie)

O VIVE

dimanche 25 avril 2010



Citis.*





SOIR D'ÉTÉ


C'est le vent qui les appelle


Dehors les enfants ravis
rattrapent les linges


Grondement sans noirceur
Malgré la porte bousculée


Quand c'est le vent
Et pas la peur


Bien des visages légers
Pourraient se lancer des baisers


Le enfants rentrent en riant car tout était à l'envers
Mais rien de perdu
C'est même chaud !

Voluptueuse redressée, la nuit a voulu envahir autrement
Appuyée sur le vent la poussant


Pas d'orage,
l'énorme spectacle de la douceur ensemble.


Ariane Dreyfus

" Iris, c'est votre bleu "








* Ces 3 installations ont été réalisées l'été et font partie d'un ensemble qui porte le nom du petit lac où elles ont vécu le temps que le vent ne les disperse.
Dans le courant de l'année 2009, je répondais, comme beaucoup d'artistes à une interview sur Whohub. Je la propose à nouveau pour ceux qui ne l'auraient pas lue, comme un éclairage donné à mon travail.

Roger Dautais

Interview à:

ROGER DAUTAIS ]



ART
Que faites-vous ? Comment vous définissez-vous?
Je suis landartiste et je pratique cet art à plein temps depuis un peu plus de dix ans. Je pratique aussi la photo, puisque j'assure les prises de vue de mes travaux
Quel est votre message?
J'essaie de mettre l'homme au centre de la pratique artistique et cet acte au centre de la Nature, en essayant de respecter l'un et l'autre.
Votre biographie en quatre lignes
Je suis né en Bretagne en 1942, j'ai rencontré ma femme en 1966. Nous avons eu deux enfants puis deux petits enfants. Études classiques, puis études aux Beaux Arts de Rennes et enfin une école de photo dans l'est de la France. Espaces verts, fleuristerie, décoration puis land art ont occupé ma vie, jusqu'ici
Éditez-vous votre travail sur le net? Où peut-on le voir ?
Oui, et c'est nouveau pour moi
http://rogerdautais.blogspot.com/ mon blog vient d'être sélectionné par le site international PORTAIL DU LAND ART et j'y suis présenté dans le site www.landarts.fr, le blog http://actu.landarts.fr et dans l'annuaire www.landarts.info
La photographe Belge Patricia Vanespen présente aussi mon travail depuis plusieurs années sur différents site.
L'agence internationale de communication Belge BAOBAB présente aussi mon travail et un lien avec mon blog dans son dernier N° TAMTAM NEWS N°4 JUIN 2009
baobab@baobabcreation.be
Comment une idée naît-elle ? Qu´est-ce que l'inspiration pour vous?
Des idées, notre cerveau en est perpétuellement traversé. Les idées viennent de la vie, tout simplement, celle vécue à l'instant, mais aussi celle du passé. Disons que l'inspiration, si elle est comparable à une abeille butinant des fleurs en quète de pollen, sera faite d'un mixage de toutes ces mémoires qui viendront percuter une zone sensible, mettant en mouvement ma sensibilité. Je pense que les cinq sens sont des partenaires privilégiés de l'inspiration, c'est sans doute ce qui après déclanche le désir de faire puis l'acte. La marche d'un cerveau est complexe et personne ne pense sans doute à celà au moment de la recherche, lorsque la pré-image se forme dans cette boîte magique. l'inspiration est certainement sentimentale en même temps. Je pense que pour moi, c'est plus facile à vivre qu' à décrire car je ne suis pas un scientifique.
Qu´est-ce que l´art?
c'est une invention humaine, faite pour le plaisir de l'homme, pouvant parfoisle sauver l'homme d'un dessèchement social et qui pourtant l'emmène parfois à sa perte. Contrairement à ce que j'ai pu lire, ici et là, tout n'est pas de l'art. Je pense que l'art est l'essence même de la pensée humaine, qu'il est universel, transcende les codes établis et fait évoluer les mentalités. Il nécessite de la part de celui qui le pratique, un minimum de conscience et d'honnêteté intellectuelle, ce qui n'est nullement une barrière à la créativité artistique.
J'ajouterai que l'art est un médiateur puissant lorsqu'il est mis à la disposition de malades mentaux, par exemple ou des personnes démentes. Je pense là à la maladie d'Alzheimer.
Dans quelles circonstances vous apparaissent les meilleures idées?
Dans ma pratique du land art, c'est dans des paysages marins que je ressens à plein, le sentiment de liberté. Après une marche d'approche, nécessaire à la décontraction, la vue du paysage, de la mer, les bruits ambiants, la lumière, me font très rapidement envisager des installations possibles. Je crois aussi que c'est très lié à des souvenirs marins de ma petite enfance. Il y a du bonheur dans cette démarche là.
Quelle est votre preuve par neuf pour savoir si une idée est bonne?
Je n'ai pas de réponse à cette question. La réponse, il me semble, appartient aux autres.
Trois idées créatives que vous aimeriez, si c´est vous qui les aviez pensées.
L'Art Thérapie
La photographie
La radio
Quand, comment avez-vous commencé à vous sentir artiste?
Dans mon enfance, 7, 8 ans peut-être.
Pourquoi tant d'artistes et créateurs ont des personnalités volatiles?
Par générosité ! Non ?
Je pense, pour ma part que la sensibilité ou l'hypersensibilité pourraient bien en être la cause.
Vous considérez-vous postmoderne?
C'est le genre de question que je ne me pose jamais.
Comment doit-on évaluer une œuvre d'art?
A l' émotion qu'elle procure, pour le commun des mortels, à la montagne d'argent qu'elle rapportera pour les spéculateurs
L'artiste doit-il se réinventer chaque jour?
Ce serait l'idéal mais l'idéal existe-t-il ?
Quels artistes admirez-vous et de quelle manière influencent-ils votre travail?
Richard Long,
Walter De Maria
Ana Mendieta

Après plus de 10 ans de travail, je préfère, même si j'aime beaucoup ces artistes de Land Art, me laisser influencer par la nature. Malgré tout, je continue à rendre hommage à cette grande prêtresse du land art que fût Ana Mendieta, et je regrette sa disparition si tragique.
Quelle est votre opinion sur les subventions publiques à l'art?
J'ai souvent la sensation d'être dans ce domaine, frappé de cécité.
L´art authentique est-il l'art nécessaire?
Les deux adjectifs encadrent mal le mot art. Et puis à l'aulne de quel savoir, de quel tribunal allons nous décréter l'art authentique. Ensuite, une fois étiqueté authentique, pour qui cet art sera nécessaire?
Rappelez-moi, ce qui est nécessaire à un homme pour vivre .
Avez-vous du mal à vous séparer d´une pièce que vous avez vendue?
Non, jamais.
Achète-t-on le travail, ou achète-t-on plutôt l'artiste?
D'après vous !!!!
En art, il n'existe pas de guide, comment connaissez-vous vos prochains pas?
C'est vrai, ce questionnement , cette inquiétude sont de moteurs. Le jour où le désir de faire n'est plus là eh bien je crois qu'il est temps de ranger ses chaussures de marche et son sac à dos, de laisser le land art de côté et de passer à autre chose. Cela revient à ce que je disais au par avant si l'on n'a ni conscience de ce que l'on est ni de ce que nous entreprenons, l'aventure s'arrête vite.
Plutôt que de prochains pas, je dirai qu'il faut considérer une direction à suivre, ça me paraît plus ouvert.
Voyez-vous d´un bon œil qu'une grande partie des œuvres exposées dans les musées d'art contemporains soient d´artistes déjà décédés?
Vous savez, la mort, ça frappe tout le monde et puis il y a pas mal d'artistes vivants d'exposés dans les musées. A leur place, je me méfierai.
Quel rôle ont joué dans votre trajectoire les figures du marchand, du représentant, de la galerie, et des intermédiaires en général?
En principe, le land art nous écarte de tout cela. Bien sûr, une mode consiste à rapatrier tous ces indiens et à les faire travailler à l'intérieur. Je pense que c'est plus facile pour servir le champagne, qui ainsi ne refroidit pas.
C'est l'argent qui a ramené les landartiste à l'intérieur. On n'y peut rien. Non, tout cela ne concerne qu'une petite partie des artistes , les plus riches. C'est à eux qu'il faudrait poser la question.
Quel type de commandes vous passe-t-on généralement?
Des interventions dans des écoles ou des villes.
Lequel de vos travaux aimez-vous le plus ?
Les spirales de sable qu'elles aient été réalisées aux portes du Désert dans le sud Marocain, dans le sud Tunisien, ou en France, à raison d'une centaine par an, après dix ans de cet exercice, j'ai toujours autant de plaisir à le réaliser
Collectionnez-vous quelque objet?
Des livres de voyage, des guides touristiques et des rêves
Quels portails d'art on line fréquentez-vous?
Je n'ai pas d'adresse particulière à part PORTAIL DU LAND ART, mais je visite aussi les sites d'artistes peintres,sculpteurs, et photographes essentiellement
Que conseilleriez-vous à ceux qui commencent?
De s'acheter une bonne paire de chaussures, un sac à dos, un appareil photo et de voyager. Voyager les yeux ouverts sur le monde, tel qu'il est, de rester modeste, de garder les pieds sur terre. Il faut bien sûr, pratiquer, généreusement, parler, échanger. Ne pas oublier que dans beaucoup de pays, le mot "Art" n'existe pas et qu'il vient après le mot "manger" que ce dernier devient " nécessaire" aussi.
Je leur souhaite, à 67 ans, comme moi, d'avoir la santé et de continuer la route.
Plus que jamais, le monde a besoin d'artiste et nous sommes en voie de disparition parce qu'en période de crise, nous ne sommes pas nécessaires aux yeux de beaucoup.
Il me semble que le mot "résistance" est indispensable dans la panoplie de l'artiste actuel, dans tous les sens du terme. Je leur dirai, pour finir, que l'expérience des uns sert rarement aux autres. Alors, défendez votre droit à l'erreur, expérimentez, inventez, il reste encore de beaux jours.

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ROGER DAUTAIS
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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.